‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseursChapitre 61 sur 105 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Péchés de Luxure non consommée,

632. On pèche contre le sixième commandement, en consentant à de mauvaises pensées, à des pensées déshonnétes, ou contraires à la sainte vertu de chasteté. Mais une mauvaise pensée ne nous est imputable qu'autant qu'elle est volontaire. Or, pour juger si elle est volontaire , on doit distinguer trois choses : la suggestion , la délectation et le consentement. La suggestion n'est autre chose que l'idée du mal ou de la chose illicite qui se présente à l'esprit ; elle n'est point en elle-même un péché. La délectation est le plaisir charnel qu'occasionne la pensée du mal. Si on ne renonce pas à cette délectation aussitôt qu'on s'aperçoit qu'on ne peut s'y arrêter sans péché , si on s'y complaît avec pleine advertance et de propos délibéré , il y a péché mortel. « Omnis delectatio carnahs sive luxu- « riosa cum advertentia et deliberatione capta , est mortale pecca- « tum, » dit saint Alphonse de Liguori (2). Si la volonté ne consent qu'à demi , le péché n'est que véniel ; si elle ne consent en aucune manière, il n'y a pas de péché.

Il ne faut pas confondre le consentement de la volonté , ni avec la pensée , ni avec le plaisir ou la délectation qui accompagne ordinairement la pensée de re venerea. Ce plaisir peut subsister sans que la volonté y soit pour rien ; et tant que la volonté n'y prend aucune part , qu'elle n'y adhère point, il ne peut y avoir de péché ; ce n'est plus qu'une tentation qui devient un sujet de mérite pour nous (3).

633. Nous parlons de la délectation charnelle, carnali, libidinosa, seu venerea, quse nempe sentitur circa partes venereas, et

(1) Lib. III. n" 413. ~-(2) Ibid. n» 415. — (3) Voyeir. dans le Traité des Péchés ce que nous avons dit de la Délectation morale des péchés de désir.

oritur ex commotione spirituum generationi inservientium. Cette délectation n'admet pas de légèreté de matière , comme on le voit par la condamnation de la proposition suivante : « Est probabilis « opinio , quse dicit esse tantum veniale osculum habitum ob de- « lectationem carnalem et sensibilem quse ex osculo oritur, secluso « periculo consensus ulterioris, et pollutionis (l). » En est-il de même de la délectation organique, naturelle, quse sine ulla commotione spirituum genitalium oritur, ex sola proportione objecti sensibilis ad sensum , visibilis nempe ad visum , tangibilis ad tactum? Les théologiens ne s'accordent point sur cette question. Les uns admettent la légèreté de matière dans la délectation naturelle. * Non peccat nisi venialiter, dit Billuart , qui aspicit pulchram mu- « lierem , aut tangit ejus manum seu faciem, prœcise propter delec- « tationem mère organicam seu sensualem, consistentem in quadam « conformitate rei visai vel tactse cum organo visus vel tactus ; ita « ut non sit aliud quam delectatio de re pulchra quae videtur, aut « de re blanda, molli, tenera quae tangitur, absque alia cujus- « cumque rei turpis delectatione (2). » Les autres soutiennent, avec quelques modifications cependant, qu'il n'y a pas de légèreté de matière dans la délectation sensitive : « Non datur parvitas mate- « riae , dit saint Alphonse , in delectatione sensibili sive naturali , « nempe de contactu manus feminse , prout de contactu rei lenis , « puta, rosae, panni sériel et similis; quia ob corruptam naturam « est moraliter impossibile habere illam naturaletn delectationem « quin delectatio naturalis et venerea sentiatur, maxime a personis « ad copulam aptis , et maxime si actus isti habeantur cum aliquo « affectu et mora. Attamen , ajoute le même docteur, aliud est « agere propter delectationem capiendam , aliud cum delectatione « quae consurgit ex qualitatibus corporibus annexis , in qua bene « potest dari parvitas materiœ, si delectatio sit mère sensibilis, sive « naturalis , modo non sistas in ea , sed în tactu delectationem de- « testeris : alias non ageres cum delectatione , sed propter delecta- « tiouem ; quod non potest esse sejunctum a periculo incidendi in « delectationem veneream (3). »

Le premier sentiment nous parait plus probable que le second ; mais parce que dans l'un et l'autre sentiment on pèche en cherchant la délectation naturelle , et que le péché est plus ou moins grave , suivant qu'il y a plus ou moins de danger de se laisser aller

(1) Décret d'Alexandre VII, de l'an 1665. — (2) Tract, de Temperantiaf^'iseert. v. de Luxicria, art. 2. — (3) Lib. m. n° 416.

à la délectation charnelle, eu égard aux circonstances et à la nature de l'acte, on ne doit point s'arrêter de propos délibéré à la délectation naturelle : « A délecta tione sensuali ad veneream, maxime « in sensu tactus aut visus, facilis est progressus (1). »

634. Il n'est pas permis d'arrêter la vue, sans quelque nécessité, sur les choses qu'on ne peut regarder sans alarmer la modestie, sans s'exposer au danger de tomber dans quelque péché d'impureté. Le regard immodeste est mortel ou véniel, suivant qu'il est plus ou moins dangereux, qu'il excite plus ou moins la passion. Pour en juger, il faut avoir égard à la nature des choses sur lesquelles il se porte, au motif qui le détermine, au sentiment qui raccompagne, aux effets qui en sont ordinairement la suite. Un regard, innocent en lui-même ou dans son objet, peut devenir mortel par l'intention de celui qui se le permet, par le motif avec lequel il se fait. Quiconque regarde une femme d'un œil de concup scence, a déjà commis l'adultère dans son cœur : « Omnis qui « viderit mulierem ad coricupiscendameam,jammœchatusesteam « in corde suo (2). » Il en est de même des attouchements, qui sont plus dangereux encore que les regards, et parla même plus facilement mortels.

635. Inter personas non conjugatas, aspectus, oscula, amplexus, tactus, quantumvis levia, etiam in partibus honestis, si fiant cum affectu delectationis venereae, sunt peccata mortalia. Hinc mortaliter peccant qui, cum praefatos actus levés exercent sub praetextu urbanitatis aut amicitiae, carnali délectation! inde exurgenti deliberate adhœrent.

Aspectus, oscula, amplexus, tactus in partibus honestis, si fiant tantum officii, aut consuetudinis patriae, aut urbanitatis, amicitiae, reconciliationis causa, etiamsi suboriatur delectatio venerea, modo statim reprimatur, non sunt peccata (3). In his tamen servanda est decentia status ; quod enim licitum est laicis plerumque dedecet in clericis, maxime religiosis.

Cavendum est ne aspectus, oscula, tactus, etiam ea quœ licita sunt, fiant cum nimia ^mora aut nimio ardore, propter periculum commotionis carnalis, quam vitare debemus in quantum potest.

Non excusatur a mortali esculum oris ad os, ai fiât modo valde

(1) Billuart, de Temperantia, dissert. v. art. 2. — (2) Matth. c. 5. v. 28. — Voyez ce que nous avons dit dans le Traité des Péchés, de la délectation morose et du désir illicite. — (3) S. Thomas, S. Antonin, S. Alphonse de Liguori, Sylvins, Billuart, etc., etc.

moroso , aut sœpius eodem temporis articule repetatur ; neque osculum quod lit per immissionem linguse unius in os alterius (1).

636. Aspectus, oscula, amplexus, tactus in partibus honestis, ob solam delectationem organicam , sensibilem seu naturalem , non sunt mortalia; sed periculosa, magis minusve pro circumstantiis (2). Hinc nemo peccati mortalis damnât nutrices aut ancillas quse, delectationis sensibilis aut naturalis causa, rejecta intentione turpi, tangunt, osculantur molles infantium carnes.

Diximus autem periculosa; nam, ut nemo non sentit, facilis est a delectatione naturali ad veneream transitus , propter affinitatem utriusque delectationis.

Aspectus , oscula , tactus , amplexus in partibus honestis , habita ex levitate , joco , curiositate , non excedunt peccatum veniale , si aliunde absit affectus libidinis. Hinc venialiter tantum peccat vir qui , hujusmodi causa, osculatur feminam in facie, aut faciem ejus manu tangit, manum comprimit , digitos aut brachia contorquet , et similia. Ita et de femina respectu viri (3).

G 37. Aspectus, oscula, tactus alieni corporis diversi sexus in partibus pudendis aut yicinis , si immédiate fiant etiamsi ex levitate, joco, curiositate, praeter casum necessitatis , ordinarie sunt peccata mortalia.

Diximus 1°, alieni corporis : Nam aspicere aut tangere propria verenda ex levitate aut curiositate , per se non est mortale , quia propria minus movent quam aliéna. Cavendum tamen , ne aspectus aut tactus sit morosus aut frequentius repetatur absque causa ; alias jam aderit proximum periculum libidinis , peccatumque mortale (4). Aspicere autem et tangere seipsum propter necessitatem aut utilitatem, vacat a culpa.

Diximus 2", diversi sexus : Aspectus non morosus ex sola curiositate aut levitate pudendorum inter personas ejusdem sexus , ut contingit inter viros simul natantes , aut feminas simul se lavantes, non est mortalis. Secus vero, si aspectus sit morosus nimis, vel aspiciens valde propensus ad sodomiam (5). Non autem excusatur a mortali tactus pudendorum alterius personee etiam ejusdem sexus, nisi fiat ex quadam petulantia, non sufficienter dehberata.

Diximus 3*^, in partibus pudendis , generationi nempe inservientibus : itaque , mortaliter peccat qui etiam ex levitate , joco

(1) s. Alphonse, lib. m. n° 417 ; Billuart, etc. — (2) S. Antonin , Sanchez, Sylviiis, Bilinart, etc., etc. — (3) Billuart, etc. — (4) S. Alphonse, lib. m. n"" 419; Saiidiez, S}lvius, Bilinart, etc. ~ (5) S. Alphonse.

vel curiositate tangit partes génitales personse divers! sexus, etiam si tactus non sit morosus ; item , qui illas aspicit , nisi fiât aspectus e loco tam remoto tamque brevi tempore ut absit periculum libidinis commotionisve carnalis (l).

G 38. Aspicere ex sola curiositate pudenda personse divers! sexus depicta aut sculpta , non excedit probabilius peccatum veniale ; quia artificialia minus movent quam naturalia : sed in praxi vix excusatur a mortali vir qui morose aspicit depictse pudenda mulieris.

Aspicere , ex sola curiositate aut levitate , partes minus honestas sed non turpes mulieris, utcoUum, humeros, brachia, crura, pectus, non est de se mortale, secluso periculo lapsus (2).

Hinc non peccat mortaliter qui, ex curiositate, aspicit ubera nuda mulieris ; nisi morose aut studiose aspiciat ; peccat autem mortaliter qui illa tangit absque causa.

Diximus 4°, immédiate, sive mediante solo indusio : a mortali enim excusatur vir qui ex levitate vel joco tangit mulierem supra vestes; modo tamen tactus non fiât ex affectu libidinis.

Diximus 5°, prœter casum necessitatis : unde medici , cliirurgi, aspicientes aut tangentes pudenda etiam personne divers! sexus, non peccant, etsi per accidens involuntariam pollutionem patiantur. Item , de personis quœ curant œgrotos.

Diximus 6°, ordinarie : Nam excusantur a mortali qui aspiciunt infantes nudos etiam alterius sexus : sic non peccant mortaliter ancillse quse, non alia quam curiositatis aut levitatis causa, partes Infantium génitales inspiciunt vel etiam manu tangunt. Imo , non peccant , si id propter aliquam nécessita tem faciunt , secluso quolibet affectu libidinoso (3).

639. Mulier quse permittit se tangi impudice peccat mortaliter. Tenetur ergo resistere tangere volent!. Verum v! oppressa valde probabiliter non tenetur clamare cum periculo damn! notabilis , infamise scilicet vel nimise verecundiae , nisi adsit proximum periculum consentiendi ; non tenetur enim cum tanto incommodo vim vi repellere, si aliter jam résistât quantum potest (4).

Mulier permittens se tangi pudice non peccat , nisi constet ei tactus malitiose seu pravo affectu fier! ; libidinose enim tangent! resistere tenetur.

(1) S. Alplionse, Billuart, etc.— (2) S. Alphonse, Billuart, Narvare, Sanchez, Sylvins, etc. — (3) S. Alphonse , Billuart , Sanchez, Bonacina, Sylvius, etc — (4) S. Alphonse, lib. m. n° 430.

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