‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 103 sur 172 · RÉPONSES PRÉCISES · texte numérisé non relu

RÉPONSES PRÉCISES

I. Le monde, tombé dans Fignorance et Taveugleraent, avait besoin d'un maître qui lui apprit comment il pourrait se relever de sa chute profonde et revenir h Dieu ; d'un maître qui sût donner à sa mission une autorité supérieure, et communiquer à sa vie et à sa mort une impression unique. Or, Jésus est mort pour prouver cette doctrine fondamentale, qu'il est le Christ, le Fils de Dieu, le Messie, l'Attendu, le Salut promis, base sur laquelle repose toute l'autorité de ses autres enseignements. Interrogé, en effet, par le grand-prêtre, qui lui demande : « Je vous adjure par le Dieu vivant de dire si vous êtes le Fils du Très-Haut, » Jésus proclama aussitôt sa dignité de Messie ; sur quoi tous s'étant accordés à dire qu'il avait blasphémé Dieu, ils le condamnèrent, comme tel, digne de mort , et l'exécutèrent [Matlh., XVI, 63-66).

Ceci est d'autant plus remarquable, que le monde avait besoin d'un précepteur qui, loin de donner une démonstration apodictique de sa doctrine et de la défendre par toutes sortes d'arguments, y mît le cachet de son autorité divine. La mort de Jésus, considérée simplement comme le sceau de la divinité de son enseignement , exerce déjà une grande influence sur le salut du monde.

II. Le monde, tombé dans une corruption si profonde, avait besoin d'un modèle de sainteté parfait, tout à fait pur et divin . Sans doute que l'amour de Dieu est déjà, en lui-même, le plus parfait modèle de sainteté ; mais ce modèle, qui est à une distance infinie de nous, qui l'exposera à nos regards? Qui nous ouvrira les yeux pour que nous puissions contempler ce tableau original? L'exemple d'un pur homme est trop particulier; c'est pour le monde un exemple trop individuel. L'invisi-

ble Divinité s'est donc rendue, en Jésus-Christ, visible à ia créatui'e, et ainsi le modèle par excellence de la sainteté de Dieu a été rapproclié des hommes. Et comme Jésus était envoyé pour le salut du genre humain, et que, grâce à la prédication (le ses envoyés et à la propagation de son Église, sa vie devait être la loi du monde, l'exemple de Jésus-Christ est devenu par ce moyen un exemple public pour l'univers entier.

Or, cet exemple (que deux avantages immenses élèvent au rang d'exemple sans égal, savoir : la forme sensible sous laquelle Dieu s'est manifesté, et la notoriété . qu'il a obtenue), cet exemple est arrivé à sa plénitude par la mort de Jésus sur la croix. L'exemple de son obéissance envers le Père céleste, l'exemple de son amour envers les hommes, l'exemple de sa patience dans les souffrances atteignit, par ce genre de mort, aussi bien que par les dispositions du mourant, à son plus haut degré de manifestation. « 11 a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous marchiez sur ses pas » [I Pierre, ii, 21).

La mort de Jésus, considérée comme le modèle parfait de toute vertu, exerce donc nécessairement une immense influence sur le salut du monde.

Remarque. Que la mort de Jésus ait mis le sceau à sa dignité de Docteur, et qu'elle soit un modèle achevé de vertu, c'est ce que reconnaissent ceux-là mêmes qui ne veulent rien savoir de la réconciliation proprement dite du monde avec Dieu. Il convenait que nous prissions cet aveu pour point de départ.

III. Le monde, enseveli dans l'égoïsme et dépourvu des idées d'une sainteté et d'une justice divines, avait besoin d'une preuve palpable, immédiate et à la portée de tous, de la sainteté et de la justice de Dieu. La dette de l'humanité devait être payée pour le salut de l'humanité. La sainteté de Dieu ne pouvait pas, en laissant le péché impuni, vouloir rendre le monde encore plus audacieux à le commettre. La justice de Dieu ne pouvait pas, en pardonnant le péché sans exiger d'expiation, vouloir sanctionner en quelque sorte le mépris delà loi.

Or^ était-il possible de trouver dans le trésor de la science divine un sacrifice plus précieux pour les péchés du monde que la mort de Jésus-Christ ? Sa mort devait donc être reconnue par tous les esprits éclairés comme un document éclatant de la sainteté et de la justice de Dieu, et elle l'a été, effectivement, par Isaeï, saint Jean-Baptiste, saint Pierre, saint Paul, saint Jean, etc.

Dieu s'est chargé de tous nos péchés. Voici r Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde; nous avons été guéris par ses blessures. Il est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Il a expié non-seulement nos péchés, mais encore ceux du monde entier.

Or, est-il possible que cette manifestation de la sainteté et de la justice divine soit sans influence sur le salut du monde ?

IV. Il n'y a point de salut pour le pécheur hors de cette pensée consolante : « Mon péché m'est pardonné ; » et cette pensée consolante ne saurait exister sans la confiance en la bonté souverainement indulgente de Dieu ; or cette confiance, comment lui donner de Ténergie sans cette parole du Seigneur : « Celui qui nous a donné son Fils nous donnera tout avec lui » (par conséquent aussi la rémission de tous nos péchés). Nous avons un Pontife qui sait compatir, un intercesseur auprès du Père, qui est la réconciliation de tous les péchés du monde (jRom., viii, \ ; Hébr., V, 2, 3; ix. M, i'2; IJean, it, i, 2). La mort de Jésus- Christ étant donc Técho éternel de la miséricorde divine, il est nécessaire qu'elle exerce une puissante influence sur le salut du monde.

V. L'humanité, déchue de sa dignité, et devenue ignorante de son origine, avait besoin d'une preuve frappante et offerte dans le plus beau modèle, qui lui montrât ce que devait devenir l'humanité, et comment elle pouvait recouvrer sa dignité première.

Eh bien, ce modèle, nous le trouvons en Jésus-Christ, qui, après s'être abaissé jusqu'à mourir sur la croix, a été élevé audessus de toute hauteur, et s'est assis sur le trône et à la droite

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de Dieu. « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit et entrât ainsi dans sa gloire?» disait le Sauveur lui-même; paroles qui nous ouvrent le secret de tous les trésors que renferme sa mort. Par conséquent, la mort de Jésus, considérée comme l'entrée dans sa gloire, comme la condition de son triomphe, exercera nécessairement une influence décisive sur le salut du monde; car elle est la preuve permanente et lumineuse des grands desseins de Dieu sur Thumanité.

vr. L'humanité, créée pour aimer, et ne pouvant être heureuse que dans l'amour, mais maintenant aussi éloignée de Tamour que du bonheur ; par conséquent le monde tombé dans un état de froideur et de souffrance, avait besoin d'une révélalion de l'amour divin qui fondit sa glace, et qui, après avoir enflammé son âme à un amour réciproque, le rendît heureux par l'amour.

Or, la mort de Jésus-Christ, au témoignage du Sauveur luimême, a été la plus haute manifestation de l'amour. « Le Père a livré son Fils à la mort pour le salut du monde, parce qu'il aimait le monde » (Jean , m, 1 6). « Et le Fils est allé à la mort parce qu'il nous aimait » [I Jean, ii, 16).

Quel effet devait produire cetle manifestation de l'amour, sinon favoriser le salut de ceux qui en reconnaîtraient la vérité et en sentiraient la beauté? Cette manifestation produit encore, à cette heure même, des effets semblables dans tous les cœurs bien disposés, et elle en produira jusqu'à la fin du monde.

vn. Le monde, impuissant par lui-même à recouvrer la. vie divine et éternelle, avait besoin d'une assistance supérieure qui détruisît en lui toute inaptitude au bien et toute inclination au mal, et qui, de créatures ténébreuses, méchantes, mortes spirituellement que nous étions, nous transformât en des êtres lumineux, bons, et vivant de la vie du ciel.

Cette assistance divine, Jésus nous l'a procurée par sa mort; car ayant été élevé ensuite à la droite de Dieu, cette exaltation lui a donné le pouvoir de répandre le Saint-Esprit sur ses disciples. Et voilà comment la mort de Jésus devient la vie du

monde; voilà comment la mort de Jésus influe non-seulement sur la \ie, mais encore sur le salut du monde.

Si Je ne me sépare point de vous, le Consolateur ne viendra pas.

Vous avez été rachetés à un grand prix.

Ceux qui sont poussés par l'esprit de Dieu sont enfants de Dieu.

Celui qui n'a pas l'esprit de Jésus-Christ ne lui appartient pas.

Voilà comment le point de vue de la vérité réunit ce que Tintelligence de Thomme avait séparé.

C'est à ce point de vue que saint Jean écrivait ce mot si fécond {Jean, vu, 39) : « Celui qui croit en moi, il sortira de son corps des fleuves d'eau vive, comme dit TÉcriture. Ce qu'il entendait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croii^aient en lui. Car l'esprit n'avait jms encore été donné, parce que Jésus-Christ n'était pas encore glorifié. » Ici Ténigme est résolue^ ou jamais.

L'humanité qui avait soif de la vie éternelle ne pouvait être rafraîchie que par les torrents de l'eau vive. Or, qui la donnera, cette eau vive, sinon le Saint-Esprit? Et qui donnera le Sainte Esprit, sinon Jésus glorifié? Et comment Jésus peut-il être glorifiéj sinon par sa mort?

C'est là véritablement une chaîne de diamant, dont chacun des anneaux aboutit à la croix.

\ . Point de salut sans l'apaisement de cette soif de la vie éternelle ;

2. Point d'apaisement de cette soif sans les torrents de l'eau vive;

3. Point de torrents de l'eau vive sans le Saint-Esprit qui vivifie tout;

4. Point de Saint-Esprit vivificateur sans le Christ glorifié;

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