‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 104 sur 172 · Point de résurrection du Christ sans la mort du Christ · texte numérisé non relu

Point de résurrection du Christ sans la mort du Christ

7. Point de mort du Christ sans son abaissement jusqu'à l'ignominie de la croix.

Le regard du chrétien trouve dans la croix la lumière; et l'âme du chrétien trouve dans cette lumière la vie, et dans cette vie le salut.

In cruce lux, lu cruce vita, In cruce salus.

Ces mots si simples^ que le monde méprise par ce qu'il ne les comprend pas et ne les saurait comprendre, sont pour les chrétiens des vases précieux, qui contiennent la plus profonde sagesse.

VIII. L'humanité était morte spirituellement et physiquement ; elle avait donc besoin de reconquérir pleinement sa dignité originelle^ et que quelqu'un la ressuscitât de la mort.

Or^ Jésus étant entré par la mort dans sa gloire^ comme le premier d'entre ceux qui sont ressuscites et comme le vainqueur de la mort, il nous a rachetés non-seulement de la mort du péché, mais encore de la mort du corps (I Cor., xv, 1-15).

IX. Par conséquent, de même que, par la désobéissance du premier homme, l'humanité était déchue de sa dignité, devenue victime de la mort et du péché; de même elle avait besoin d'un second et meilleur Adam qui lui restituât sa pleine dignité, détruisît la mort et le péché, et amenât à sa suite l'humanité dans la vie éternelle. (Tout le cinquième chapitre de l'Épître aux Romains est plein de cette doctrine du salut.)

D'après ce qui précède, il est facile de se convaincre que toutes les influences de la mort de Jésus sur le salut de l'humanité ont réellement obtenu leur plein résultat.

Gomment, en effet, rhumanité, sujette au péché et à la mort, aurait-elle pu être secourue par le Christ, si le Christ n'était pas venu à son secours, s'il ne l'avait pas délivrée de la aiort et du péché, de la mort spirituelle et de la mort corporelle; s'il ne l'avait pas transportée dans la vie divine, éternelle, qui est la vie de la justice et du bonheur.?

Il ne suffit donc pas do ne voir en Jésus-Christ qu'un maître qui enseigne la vérité, qu'un modèle de vertus; il faut encore l'envisager comme le salut du monde. Il ne suffît pas de considérer Jésus-Christ comme une victime offerte pour les péchés du monde; il faut encore le reconnaître comme un Sauveur vi-

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vant, devenu tel par la plénitude de son sacrifice sur la croix; un Sauveur qui peut nous baptiser par son esprit, nous justifier, nous préserver de la mort spirituelle^ nous ressusciter de la mort corporelle, et être notre unique salut.

Il suit de là que^ dans la doctrine fondamentale du christianisme , il faut surtout fixer son attention sur : « Dieu en Jésus- Christ, » et (( salut du monde, » qui en sont les deux points lumineux;» Jésus-Christ, victime pour les péchés du monde, et Sauveur vivant du monde pécheur. » C'est d'ailleurs sur ces deux points queTâme du pieux chrétien s'arrête de préférence.

Jésus- Christ offert comme agneau de Dieu sur l'autel de la croix, et montré dans sa résurrection et son triomphe comme pasteur de la communauté des chrétiens, voilà deux cantiques de louanges qui resteront sur la terre aussi longtemps qu'il y aura une Église de Dieu, et qui retentiront encore au milieu des chœurs de l'éternité : Gloire à Dieu et à V Agneau !

68. Si claire que soit pour l'œil de la foi cette exposition de Tamour éternel dans la mort, dans la résurrection et dans le triomphe du Christ ; si consolante qu'elle soit pour l'âme chargée de péchés et soupirant après la délivrance, elle ne restera pas moins un scandale pour les Juifs du christianisme, aussi longtemps que les Juifs seront Juifs, et que les païens seront païens. Pourquoi le païen, heureux de sa propre sagesse, auraitil besoin d'un Sauveur, puisqu'il est lui-même son salut? Pourquoi le Juif, satisfait de l'accomplissement extérieur de la loi, aurait-il besoin d'une foi vivante au Christ vivant, lui qui, dans la mort de sa conduite extérieure, croit trouver la vie ?

Outre les Juifs, auxquels la parole de la croix est un scandale, et les païens, auxquels elle est une folie, il y a encore un troisième parti qui fait de cette doctrine fondamentale : « Dieu en Jésus-Christ, salut du monde, » le jouet de ses vaines subtilités et le passe-temps de sa curiosité, mais qui avec tous ses jeux et ses raflinements, n'a pu encore aboutir à une conclusion définitive. S'il m'était permis de jeter au milieu de ses amusements une parole sérieuse, je lui di^^ais : « Le mystère du bonheur,

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Dieu manifesté dans la chair et reconnu dans l'esprit^ est un mystère d'amour auquel la sagesse païenne et yos subtilités enfantines peuvent bien appliquer leur compas, mais que l'humble raison du pieux chrétien ne pourra jamais se rassasier de voir, d'adorer et d'aimer. »

Car si Dieu,, en tant que maître de toutes choses, habite dans une lumière inaccessible, il faut que, sortant de l'obscurité de l'éternité et se révélant dans le Christ, il soit suffisamment visible au regard du chrétien qu'animent l'humilité, la charité et l'espérance, sauf à rentrer de nouveau dans sa lumière inaccessible en face de tous les pourquoi , comment et dam quel but?

69. La nuit qui couvre le monde et ne lui permet pas de voir ce que le Christ réserve aux siens, cette nuit se fait la complice des « péchés du monde, » comme Jésus appelle l'incrédulité ; en d'autres termes : « Le péché du monde, malgré sa science et sa civilisation apparentes, lesquelles, à certaines époques, répandent une obscurité extrême, est frappé d'un triple aveuglement :

Le péché ne se connaît pas lui-même, et c'est en cela que consiste tout son aveuglement.

Le péché ne sait pas qu'il est « l'éloignement » .de Dieu, la privation de « la vie de Dieu » [Éph., iv, 18).

Le péché ne sait point qu'il est une véritable mort de Tesprit (^>^., 11,1).

Le péché ne sait point que sa vie est proprement la vie de l'esprit de malice, qui exerce son œuvre sur les incrédules [Éph., II, 3).

Or, comme le péché ne connaît ni le bien qui lui manque, la vie en Dieu; ni le mal, qui est lui-même, je veux dire la vie dans l'incrédulité, il ne saurait ni sentir le besoin de la vie en Dieu, ni soupirer après ce héros qui étouffe la vie produite par l'esprit d'incrédulité, et rétablit la vie divine.

Gomme le péché ne se connaît point lui-même, il ne connaît ni le Dieu dont l'âme est déchue, ni le dieu du monde, qui ar-

raclie lïime à sa liberté, pour la replacer sous Tautorité de son maître primitif.

Voilà le triple aveuglement inhérent au péché du monde^ à rincrédulité. Or, le Dieu qui arrache les pécheurs à la domination du mal^ et les replace sous la souveraineté du bien, étant le Sauveur lui-même^ il suit de là que non-seulement le pécheur aveugle méconnaît le Sauveur^ mais qu'il éprouve encore une haine instinctive contre tout ce qu'on nomme Sauveur, affranchissement du péché, etc. On levoit^ le péché n'est pas seulement une inimitié contre Dieu, contre le Sauveur et le Réparateur de rhumanité. Le pasteur prendra donc tous les moyens pour donner auprès de la partie incrédule de ses ouailles du crédit à la parole de la croix ; mais ses essais seront infructueux aussi longtemps qu'il n'aura pas découvert et vaincu le triple aveuglement inhérent au péché.

Là est la racine du péché du monde, de l'incrédulité ; c'est là qu il faut m.ettre la cognée, si l'on veut attaquer le mal à la source même de sa vie, et l'extirper radicalement.

70. Lorsque le liturgiste aura cherché, comme horame^ la manifestation de l'amour éternel dans la mort, dans la résurrection et dans le triomphe du Christ, et que, comme chrétien, il aura trouvé la doctrine fondamentale du christianisme, il ne lui sera pas difficile de faire comprendre à la partie croyante des fidèles que c'est là la véritable doctrine du salut.

Envisageant l'ensemble de cette doctrine dans ses diverses parties, il montrera :

1° Que Jésus-Christ a été notre précepteur sur la croix.

Il nous a enseigné à être obéissants à notre Père céleste jusqu'à la croix, et à nous sacrifier pour le salut des autres.

Jésus-Christ a été notre modèle sur la croix. Au moment de mourir il est encore plein d'amour et de confiance ; il bénit ceux qui le maudissent, console ceux qui sont crucifiés avec lui, recommande sa mère à son ami, et remet son âme entre les mains de son Père.

Jésus-Christ a été victime pour nos péchés. Il est l'agneau de

la réconciliation^ Tagneau offert en expiation pour les péchés du monde. Jésus mourant sur la croix est la preuve la plus éloquente de l'amour et de la miséricorde éternels : Dieu a tan^ aimé le monde! Jésus est entré dans sa gloire par sa mort sur la croix : voilà jusqu^à quel point il a dû souffrir.

Jésus crucifié, ressuscitant de la mort et glorifié, est notre salut; car c'est par lui que viennent le Saint-Esprit^ la rémission des péchés, l'amour, la paix, la vie éternelle, la résurrection et la plénitude de toutes choses.

^^ Il communiqnet'a à chacune de ses doctrines particulières, en s' aidant de V histoire de la passion ou de la vie de Jésus en général, autant de lumière qu'il pourra et que ses auditeurs enpour^ ront supporter. Ainsi il établira cette vérité : Jésus est notre maître sur la croix ! en s'appuyant sur la question juridique de Caïphe, qui demanda si Jésus était le Christ, et sur cette réponse de Jésus : « Je le suis ! » comme aussi sur le jugement et la mort réelle qui s'ensuivirent. Il pourra aussi de là arriver à cette conclusion, que ses enseignements sont la parole de Dieu: (( Jésus a confirmé par un émoignage sanglant sa mission di" vine. » Chaque fois donc, mes chers amis, que vous lirez quelque chose dans l'Évangile, dites en vous-mêmes : «Ceci est certainement vrai ; » car c'est la doctrine de Jésus, la parole du Fils de Dieu : il l'a prouvé en se laissant clouer sur la croix. Si on donne à l'Évangile et aux autres Écritures, le nom de Nouveau Testament^ c'est parce qu'ils contiennent la dernière volonté du Sauveur, parce qu'il est mort pour sa doctrine. Quand vous y lirez : c< On reconnaîtra que vous êtes mes disciples à l'amour que vous aurez les uns pour les autres, » pensez aussitôt : Cela est certainement vrai ; c'est la doctrine de Jésus, la doctrine du Fils de Dieu, qui s'est laissé crucifier pour prouver que ce l'était, etc. »

3° // mettra à profit celles d'entre les paraboles de Jésm qui ont trait à la mort du Messie^ par exemple celle de la vigne [Marc, xn, 1 -8). Ma pensée est qu'on ne saurait mieux dépeindre que par cette parabole l'amour du Père céleste, l'insensibilité de

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rhomme et quelques-unes des conséquences qui résultent de la mort du Sauveur.

40 // reproduira les touchantes figures qu'employait la Sagesse même pour montrer au monde, sous une forme sensible ^ la docttine fondamentale de Jésus et lui dévoiler la véi^ité cachée. Ainsi^ rien de plus expressif et en même temps de plus populaire que cette figure : a La pierre qui a été rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue la principale pierre de l'angle » [Marc, xn, 10). Celui qui tombera sur cette pierre en sera fracassé. Figure qui s'applique et à la glorification de Jésus, et au sort réservé à ses ennemis. Telle est encore la figure de l'agneau conduit à l'abattoir. Celle de l'agneau qui se tait devant celui qui le tond , indique le sacrifice oflert pour le salut des hommes , et montre la patience calme et vraiment divine de Jésus, qui ne fait aucune résistance. Telle est encore la figure du serpent d'airain élevé par Moïse dans le désert {Lcvit., ix). Cette figure annonce que Jésus sera élevé en croix : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l'homme soit élevé ; » elle montre les fruits de la mort du Sauveur : « Quiconque regardait le serpent d'airain était guéri ; et quiconque croit de tout son cœur en Jésus-Christ aura la vie éternelle ; elle indique les devoirs que nous avons à remplir pour avoir part aux mérites de la mort de Jésus. La vue du serpent d'airain guérissait; la vue de Jésus, la Foi qui opère dans la Charité, produit le salut.

5®j 11 fera usage des symboles que renferme l'histoire de l'Ancien Testament. Quel est, par exemple, celui qui n'est pas frappé de la ressemblance qui existe entre l'histoire de Joseph et celle du Sauveur ?

Joseph haï et détesté de ses frères ; Jésus haï et méprisé par ses frères, les Juifs. Joseph vendu par ses frères aux Ismaélites pour quelques pièces d'argent; Jésus vendu par son disciple pour quelques pièces de monnaie. Joseph victime de sa vertu et jeté en prison; Jésus victime de la vérité et condamné à mort. Joseph languit longtemps en prison, on aurait dit que Dieu l'avait oublié; Jésus est sans consolation sur la croix, et il demande à

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son Père s'il l'a oublié. Joseph ^ au sortir de la prison, monte sur le Irône; Jésus passe du tombeau de la mort à la droite de son Père. Joseph, représentant du roi et sauveur de ses contemporains ; Jésus, représentant de Tinvisible Divinité et salut du monde. Les frères de Joseph, pressés par le besoin, vont le trouver; les Juifs en font de même à Tégard du Sauveur. Les frères de Joseph tombent à genoux devant lui ; Jésus est l'objet^deFadoration des hommes et des anges. Joseph se fait reconnaître par ses frères ; Jésus sera un jour reconnu de tous ceux qui le méconnaissent.

6° // naîtra pas besoin de déployer ni art ni adresse particulière pour déduire en présence des chrétiens la doctrine morale qui ressort de la mort de Jésus : il lui suffira, pour exciter leur amour, de leur dépeindre l'Amour par excellence.

Amour et reconnaissance envers Celui qui m'a aimé le premier ; respect de mon âme, qui a été rachetée si chèrement ; charité envers tous ceux pour lesquels Jésus est mort, même pour les ennemis; amour fraternel envers tous les membres vivants du corps de Jésus-Christ, qui est notre chef à tous. Soulagement des malheureux, pour lesquels le Sauveur a donné sa vie; vivre uniquement pour Celui qui est mort pour nous, et, comme lui, sacrifier notre vie pour nos frères : tout cela, et tout ce qui s'appelle vertu, est écrit dans le cœur de chaque chrétien avec le sang de Jésus-Christ.

7° Il s'efforcera non-seulement d'affaiblir, mais encore d'étouffer, sans toutefois déployer T étendard de la guerre, les préjugés qui atténuent les effets de la parole de réconciliation sur les fidèles.

La lumière, la charité, la vie, la paix de Jésus-Christ doivent devenir notre lumière, notre charité, notre vie, notre paix ; autrement notre foi ne sera qu'une folie^ notre justice qu'un rêve.

71 . Ce que le liturgiste dit, en qualité de docteur, sur la mort du Sauveur, il le reproduit avec la même clarté et la même vigueur dans les cérémonies de l'Église, cérémonies qui parlent surtout puissamment à l'âme le Vendredi saint ; c'est là comme une seconde prédication qui sert de confirmation à la première.

i 0 Touchâmes sont en ce jour les prières de l'Église : de même que Jésus-Christ est mort pour tous, TÉglise prie pour tous. Pour elle-même, afin qu'elle s'étende dans le monde entier, qu'elle persévère dans la foi et dans la profession du nom de Dieu. Elle prie non-seulement pour le Pape, les évêques, les prêtres, les diacres, etc., mais encore pour tous les membres deTÉglise, afin que le corps de Jésus-Christ soit sanctifié et gouverné par le même esprit de Dieu, et que Dieu soit servi dans tous les degrés de la hiérarchie; pour les catéchumènes, afin de leur ouvrir l'accès des miséricordes divines, et afin que, régénérés par le baptême, ils soient comptés parmi les enfants de Dieu ; pour le monde entier, afin de rappeler les égarés, consoler les affligés, fortifier les faibles, exaucer les suppliants, nourrir les afi'amés, guérir les malades, délivrer les captifs, diriger les voyageurs et ramener les passagers au port du salut. Pour les hérétiques et les schismatiqiies, afin que, guéris de leur esprit de tromperie et de division, ils reviennent à l'unité de la vérité divine; pour les Juifs, afin de leur enlever le bandeau des yeux, et de les délivrer de leurs ténèbres, en leur montrant en Jésus-Christ la lumière de la vérité; pour les païens, afin qu'ils passent de leurs faux dieux au Dieu vivant et à son Fils Jésus-Christ, et que, purgés de la malice de leurs cœurs, ils se réunissent à la sainte Église.

2° Touchante est l'adoration du Christ, le Crucifié. Après avoir chanté ces paroles : « Voyez le bois de la croix, auquel a été suspendu le salut du monde, » le prêtre la dépose à terre et la baise... Si les rois humiliaient devant la croix eux et leurs couronnes; si, prosternés en adoration devant Jésus, ils baisaient son image, et que les grands et le peuple imitassent l'exemple du roi, au milieu des chants du chœur, cette cérémonie si simple serait certainement la religion vivante; ce serait une preuve de vénération envers l'éternelle majesté, et une marque du désir qu'on aurait d'être uni à l'amour éternel.

3» Touchante est l'obéissance accompagnée de l'adoration. Traduisons seulement quelques passages :

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