‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 115 sur 172 · JEUNES COOPÉRATEURS DANS LE MINISTÈRE DES AMES · texte numérisé non relu

JEUNES COOPÉRATEURS DANS LE MINISTÈRE DES AMES

Bien que tout ce que nous avons dit jusqu'ici du pasteur considéré comme prédicateur^ catéchiste, docteur privé, confesseur, ami des malades , surveillant des écoles, prêtre et lilurgiste, puisse en grande partie s'appliquer aux coopérateurs, puisque le pasteur, voire même Tévêque et le pape, ne sont que des auxiliaires et des collaborateurs de Dieu dans le ministère pastoral, et que c'est proprement Dieu qui agit sut' les hommes par l'organe d'autres hommes, je ne saurais laisser passer l'occasion que m'offrent ma mission et le but de ce livre, sans vous présenter, chers coopérateurs, la moelle de toute la théologie pastorale sous une forme courte et abrégée. Peut-être les conseils, les prières, les avertissements d'un ami vous feront-ils éviter bien des fautes dans la carrière que vous parcourez, et vous épargneront -ils bien des larmes de regret. Peut-être aussi vous aideront-ils à lier plus d'une gerbe de bénédictions pour le jour de la récolte.

Écoutez donc votre ami, avant de franchir le seuil de l'école, avant de dire adieu aux murs du séminaire. Recevez ce Vade meciim que vous offre une main amie, emportez-le avec vous dans votre première mission apostolique, et gardez-le comme votre mémento au. moins jusqu'à ce que vos propres expériences vous l'aient rendu inutile. Dieu soit votre guide pendant votre course !

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Pour donner plus d'expression à ces souvenirs adressés aux jeunes coopérateurs , je me représente volontiers l'idéal d'un prêtre vénéré, également respectable par son caractère et par ses cheveux blancs, par son expérience et par sa charité.

Anselme, ainsi se nc«imait ce digne pasteur, avait tiré un orphelin, âgé de cinq ans^ de la cabane où il était né, et pendant sept ans l'avait élevé au sein de son presbytère dans la crainte de Dieu, tant par ses paroles que par ses exemples. Il Tavait aussi initié aux premiers éléments de la langue, et à d'autres connaissances. Il l'avait ensuite fait étudier tant à l'école de l'endroit qu'à l'Université du pays . Aujourd'hui , ce jeune homme, récemment élevé au sacerdoce, sort du séminaire, et rentre chez son bienfaiteur. Volontiers il lui exprimerait sa reconnaissance pour les bienfaits innombrables qu'il a reçus de sa main paternelle pendant l'espkce de neuf années consécutives; mais il ne peut que bagayer quelques paroles, et sa bouche se refuse à interpréter comme il le voudrait les sentiments qui se pressent dans son âme. Le pasteur, habitué à faire le bien sans prétendre imposer strictement la reconnaissance, est ému en lui voyant un si vif désir d'exprimer sa gratitude, à laquelle la surabondance même est un obstacle. Il emmène le jeune homme dans la chambre la plus secrète de sa maison, celle-là même qui, durant trente années, a été témoin de ses prières, de ses larmes, de ses angoissesetde ses travaux ; puis, plaçant devant lui un magnifique tableau représentant saint Paul : a Voilà , lui dit-il, notre modèle, celui que nous devons prendre pour exemplaire : Soyez mes imitateurs , comme je suis Vimitaieur de Jésus-Christ ; voilà ce qu'il nous dit... et il me l'a dit depuis longtemps. »

En présence de ce tableau, le vénérable vieillard fît à son jeune ami, pendant douze jours consécutifs, des leçons puisées non point dans un livre, mais dans son propre cœur.

L'esprit de ces leçons nous ayant été communiqué par une main amie, nous en donnons ici la reproduction fidèle. Le pasteur parle en ces termes à son jeune ami :

Le gouvernement des âmes est Tart de tous les arts : Ars artium, regimen animarum. [Greg. Max.)

Remplir dignement ces fonctions est Taffaire de Dieu. Nous ne pouvons que nous traîner après lui, et enr^ore à peine le pouvons-nous.

^ . Pour être en état de faire ce qui est au pouvoir de Thomme, commencez par être ce que tout homme et tout chrétien doivent être : « maître de vous-même. »

Veillez donc sévèrement sur vos sens, afin qu^ils restent soumis à votre raison, et que votre raison demeure soumise à la raison suprême.

Bes tibiy te Deo subde. Assujettissez les choses à vous, et vous à Dieu. Tel est Tordre voulu par la sagesse.

2. Quand vos sens obéiront à votre raison, ni la joie, ni la tristesse, ni Tintempérance, ni la volupté, ni Tégoïsme, ni la colère, ni la paresse, etc., ni rien de tout ce qui fait que Tecclésiastique n^a rien d'ecclésiastique, ne pourra vous enlever le respect que vous vous devez à vous-même, et que la justice se plaît à rejjdre à la jeunesse éprouvée. ,

3. Si votre raison obéit à la raison suprême , vous n'augmenterez jamais la foule malheureuse de ces raisonneurs infatigables, de ces réformateurs violents et sans mission, de ces hommes sans cesse agités par quelque projet ; mais vous serez calme, modeste, sobre, recueilli en vous-même, faisant le bien que vous devez faire, supprimant ce qui est imparfait et qui peut être supprimé, substituant le bien au mal, supportant du reste charitablement ce qui doit être supporté et ne saurait être corrigé sans quelque grand dommage.

4. 11 n'y a rien qui soit plus blessant aux yeux du public et des hommes réfléchis, que de voir un jeune homme ayant à peine secoué la poussière des écoles, ou encore tout imbu de ses récentes lectures, s'en venir avec sa faux finement aiguisée, qu'il a emportée d'une salle de théologie ou de la boutique d'un li-

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braire, abattre à gauche et à droite toutes les habitudes (raisonnables et légitimes sans doute) et toutes les idées en vogue, pour édifier son nouveau royaume sur les ruines de l'ancien. Laissez les insensés devenir sages par les conséquences de leurs folieS;, s'ils le veulent ou le peuvent encore, et tenez-vous éloi-

gné d'eux.

5. Soyez ce que doit être quiconque vient de quitter les bancs de récole : disposé à continuer le cours de vos études, même hors des cours publics. Celui qui ne suit point ce conseil reste stationnaire, n'arrive jamais à la maturilé de l'âge, et, vieillard quand il devrait être jeune, il est frappé de caducité alors qu'il devrait être homme. Le laudator iemporis acti est déjà sa faiblesse, et il l'emportera au tombeau.

Mais, en agissant ainsi, il ne faut pas tomber dans la folie opposée , je veux dire que la fièvre des lectures ne doit pas transformer la chambre du jeune prêtre en comptoir de gazettes, et faire de son intelligence une sorte de buanderie destinée à laver le linge sale de tous les écrivains anciens et modernes.

Autant il serait déshonorant pour le pasteur de consacrer aux soins de la table ou à la culture des champs un temps destiné à l'étude de l'Écriture et à la prière, autant il le serait pour le coopérateur de débiter le dimanche devant le peuple, en guise de sermon, le résultat de ses compilations dans les journaux de la semaine, et au lieu de prêcher le vieil Évangile de saint Jean, de puiser ses inspirations dans le plus récent catalogue d'un marchand.

6. Soyez ce que doit être tout jeune prêtre qui débute dans le ministère des âmes, un coopérateur et un aide du pasteur.

N'étant et ne devant être que coopérateur, n'oubliez jamais d'être respectueux , premièrement, envers votre pasteur; deuxiè-

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memmt, envers les autres pasteurs qui feront partie de votre cercle^, ou plutôt dans le cercle desquels vous entrerez ; troisièmement, envers tous ceux qui sont les supérieurs ou les égaux de votre pasteur^ et enfin envers tous' ceux que leur condition, leur caractère^ leurs fonctions, leur âge, leurs mérites, rendent dignes de votre considération.

Le manque d'égards serait une faute que l'on pardonnerait difficilement à votre âge : vos aînés le remarqueraient promptement et le blâmeraient avec rigueur.

Celui qui ne met pas un jeune homme au-dessous de soi simplement à cause de la jeunesse de ce dernier, et qui ne se fait pas un mérite du nombre de ses années , doit être on un ami de la jeunesse ou un saint. Malheureusement, il vous faut aussi peu compter sur la quantité des amis que sur celle des saints ; et pussiez-vous le faire, vous devriez encore, par votre modestie, prévenir les égards d'autrui. D'où il faut conclure qu'il ne convient point à votre âge d'afficher d'autre sagesse ni d'autre science que celles qui sont tempérées par la modestie et le respect. Soyez en cela sévère enversvous-même ; alors les autres seront indulgents envers vous.

Cultivez avec plus de soin encore l'amour de la déférence et du respect, si la nature vous a départi des talents distingués ; car tout ce qui est saillant suffit à lui seul pour exciter l'envie, et fait naître dans autrui le désir de se venger par quelque humiliation. Quand la distinction se rencontre dans un jeune homme, ceux qui se sentent inférieurs en talents et supérieur? en âge, affectent volontiers une gravité méprisante, quand le jeune homme ne cache pas ses moyens sous le voile de la déférence, et qu'il ne s'oublie pas lui-même pour ne songer qu'à se montrer plein d'égards envers les autres. Ne vous élevez donc pas vous-même ; attendez dans le silence, restez dans l'obscurité jusqu'à ce que la Providence vous en fasse sortir et vous place sur le chandelier. Si Jésus lui-même resta pendant trente années dans l'obscurité, pourquoi nos jeunes hommes voudraientils, avant l'âge de treize ans, marcher à la lumière, et par le

soi-disant éclat d'une lumière supérieure, obscurcir tout ce qui brille autour d'eux? une telle conduite serait bien avilissante.

Tremblez en face de vous-même ; jeune homme, quand la voix publique vous cite avec éloge, quand l'autorité vous donne des marques de distinction et que la confiance du peuple vous couronne.

Tremblez en face de vous-même, peut-être succomberez-vous à la vanité, dans Timpuissance où vous serez de supporter le bruit des applaudissements, l'éclat des emplois élevés et les témoignages flatteurs dont la confiance des peuples vous enivrera. Ou bien, si vous résistez à la vanité, peut-être succomberez-vous aux feux ardents de la persécution que l'envie blessée se plaît à lancer sur ceux qui sont élevés aux honneurs.

Puisque vous êtes coopérateur dans le ministère des âmes, n'omettez rien de ce que vous pouvez faire pour le bien des âmes, de ce que vous pouvez et devez faire pour conduire le peuple chrétien, par vos paroles, votre bon esprit et vos œuvres, dans le pays de la paix. Étant tombés ici dans un océan de devoirs et de travaux, nous voulons retourner au port, et les examiner tranquillement l'un après l'autre.

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