‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 132 sur 172 · DE L\ CONDUITE DU PASTEUR ENVERS SA GOUVERNANTE · texte numérisé non relu

DE L\ CONDUITE DU PASTEUR ENVERS SA GOUVERNANTE

Premier écueil à éviter.

Choix de la gouvernante, sa conduite; comment le parleur doit Théol. past. II. 26

se comporter envers elle. Si Tesprit d'économie dans une gouvernante est ce qui exerce la principale ii^fluence sur la marche des affaires temporelles du pasteur^ il faut dire que sa moralité exerce une influence décisive sur la considération du pasteur et sur le crédit dont il jouira dans l'esprit de ses paroissiens. L'honneur du presbytère dépend principalement de la conviction où sera la paroisse^ comme aussi les paroisses environnantes, que la vie privée du pasteur est intègre et irréprochable. Or, il n'y a rien qui imprime à la vie privée une tache plus flétrissante que l'avarice et la luxure. Le simple soupçon, la seule apparence suffisent à ternir sa réputation, à plus forte raison les fautes réelles. Or, si le nom du pasteur reste pur de ces deux taches, et même des apparences, cela dépend du caractère moral de sa gouvernante et de la conduite du pasteur envers elle.

11 est encore d'autres dangers prochains, que ma sollicitude pour les jeunes pasteurs ne me permet pas de passer sous silence.

1 . Un pasteur qui, afin de pouvoir se livrer tout entier à ses f)ccupations spirituelles, donne à sa gouvernante plein pouvoir de disposer de tout à son gré, deviendra son esclave pour n'avoir point voulu l'être du gouvernement de sa maison ; il dépendra en tout de ses idées, de ses caprices , de ses vices ou de ses vertus. 2. Souvent le pasteur n'assignant à sa gouvernante aucun salaire fixe et la laissant compter sur sa générosité, celle-ci conçoit de grandes espérances, que la libéralité du pasteur ne pourra pas réaliser. 3. D'autres fois, le pasteur ne lui donnant pas son salaire afin d'avoir un plus grand fonds de roulement, il arrive qu'au boni; de dix ans le pasteur, devant à sa gouvernante plusieurs centaines de francs, tombe de plus en plus sous sa dépendance, et celle-ci devient de plus en plus impérieuse. 4. Il serait tout à fait contraire à la prudence que le pasteur et la gouvernante se constituassent héritiers l'un de l'autre. Ce serait briser tous les liens qui rattachent le pasteur aux fidèles, aux pauvres, à ses proches. 5. Dès que la gouvernante connaîtra le côté faible du pasteur, tel que : le

désir de s'enrichir^ d'amasser de Targent, on peut croire en toute certitude que personne ne trouvera mieux qu'elle Tart de le prendre par ce côté-là. Elle n'hésitera pas à rompre en visière avec les personnes de la maison, avec les vicaires, les pauvres et les étrangers, pour arriver à prouver au pasteur qu'elle a fait toutes les épargnes possibles.

Deuxième écueil.

Prédominance de V esprit économique sur V esprit apostolique. Quand les affaires temporelles occupent tellement son esprit, qu'il oublie les choses de l'autre vie, est-il possible qu'il forme les autres pour le ciel? Il ne peut régner dans l'homme qu'un seul esprit; quand l'esprit du siècle y domine, il étouffe celui de Dieu; quand le pasteur n'est qu'un économe, il a cessé d'être apôtre^ ou plutôt il ne l'a jamais été.

Troisième écueil.

La manie de briller. Si le pasteur veut se faire passer pour un bel esprit, pour un homme initié aux mœurs fines et délicates du monde ; s'il veut donner de l'éclat à sa maison par un ameublement précieux, des sociétés brillantes et une table somptueusement servie, c'est pour lui un sur moyen d'arriver à la pauvreté, de se faire mépriser de tous, et même de devenir injuste envers un grand nombre.

Quatrième écueil.

Une prédilection illégitime du pasteur pour ses parents, prédilection qui fait qu'il est plus préoccupé de l'établissement de sa nièce que des besoins des fidèles, plus soucieux de contenter la vanité de ses proches que de veiller à l'entretien de son église.

'10. Ainsi donc, pour que les soins économiques puissent s'allier avec le ministère des âmes, il faut que celui-ci prime et gouverne ceux-là.

I. Que le désir d'être exempt de dettes ne préjudicie jamais à votre vocation^ qui est d'être Tami du peuple en ce qui concerne ses destinées étemelles, et qu'il n'affaiblisse jamais la confiance du peuple, dont vous avez besoin pour être son ami.

II. Que le gouvernement de votre royaume visible, cuisine, cave, grenier, prés et champs, ne nuise jamais au gouvernement de voire royaume spirituel, qui consiste à former votre peuple pour la vie éternelle. Combien il serait triste pour un chrétien et pour tout homme de bien de pouvoir dire : « On ne distingue pas dahs cet homme le curé du paysan! » Combien il serait triste de pouvoir dire çn toute justice d'un évêque : « On ne distingue pas dans cet homme Tévéque de Tadministrateur temporel ! »

m. Que votre compassion naturelle pour vos parents pauvres ne blesse jamais la justice que vous devez à vos paroissiens; mais surtout que la vanité de vos proches ne frustre jamais votre éi^lise des espérances qu'elle fonde sur votre fortune.

IV. Faites tout ce qui dépend de vous pour que le choix de votre gouvernante et votre conduite envers elle ne deviennent jamais dangereux pour votre honneur, votre vertu, non plus que pour l'honneur, la vertu et les droits des autres.

V. Que jamais le gotit du beau et du magnifique dans Taraeublement de votre maison, etc., ni cet amour de la société qui aime à s'entourer de figures rayonnantes, ne nuisent au grand devoir qui vous incombe d'être un modèle de sobriété, de tempérance, de modestie, etc.

1 1 . Quand un pasteur économe est arrivé, par sa sobriété et sa tempérance, comme par toute la gestion de ses affaires, à conquérir une position aisée, il faut qu'il fasse jouir les autres du fruit de ses épargnes, c'est-à-dire qu'il soit hospitalier.

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