‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 133 sur 172 · IV · texte numérisé non relu

IV

DE l'hospitalité DU PASTEUR.

1 2. L'hospitalité n'est autre chose que ïa charité qui fait que nous accueillons volontiers, traitons gracieusement et congé-

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dions amicalenieiiLdes étrangers, c'e?t-à-dire des personnes qui ne sont pas de notre maison. Que l'iiospitalité ait son principe dans la sociabilité humaine et dans l'esprit de TÉvangile, le pasteur n'a pas besoin que nons le lui disions. Ce mot de Jésus, que nous a conservé saint Paul : « Donner vaut mieux que recevoir; » et cet autre de son ami saint Pierre : « Exercez Thospitalité les uns envers les autres sans murmurer ; » enfin rexeniple des premiers fidèles, qui recevaient comme leurs frères les chrétiens qui voyageaient, sont certainement écrits dans le cœur de tout pasteur.

13. L'hospitalité du pasteur est charité; mais cette charité doit être accompagnée de sagesse ; c'est pourquoi elle est régie par les mêmes lois que la vraie charité. 1<* Elle doit donner suivant les forces et les besoins; 2® donner avec prudence, afin de ménager la dignité du caractère; 3*^ donner d'une façon qui augmente le don; 4*^ donner sans préjudice d'aucun autre devoir.

Conformément à ces lois de la charité qu'accompagne la sagesse, le patteur :

'!« N'oublie point sa dignité; il ne perd pas de vue que sa maison n'est point une auberge, où, malheureusement, les exemples d'intempérance ne manquent pas, mais une maison de prêtre; non la maison de plaisance d'un noble, qui, pour se délasser des ennuis de la vie de cour, emmène souvent à sa campagne toute la magnificence onéreuse de la cour : c'est la maison de celui qui est le père de sa paroisse, dont la demeure se distingue des autres par l'ordre et la propreté, plutôt que par l'éclat et la richesse.

2° Le pasteur n'oublie pas ce que l'Évangile dit de Jésus {Lucj xiv), qui se prononce, non pour un festin d'honneur, mais pour un festin d'amour. Assurément, ce serait trop s'attacher à la lettre que de vouloir, à chaque repas, recevoir à sa table des aveugles, des sourds, des impotents; mais on se rapprocherait certainement de l'esprit de la doctrine, si, au milieu des festins réitérés qui se donnent au presbytère, on laissait les pauvres du lieu, qui

voient la fumée sortir par gros nuages de la cheminée du près bytère^ ramasser les restes qui tombent de la table pour apaiser leur faim. Vous pouvez inviter à table des paralytiques, des aveugles, des mendiants, sans qu'ils mangent dans votre maison ; mais si vous ne les sustentez ni chez vous, ni hors de chez vous, votre hospitalité envers les riches est une satire mordante de votre dureté envers les pauvres. Je ne sais point de spectacle plus affligeant que celui d'une paroisse où de pauvres familles meurent de faim, pendant que les prêtres de Dieu font bonne chère au presbytère.

3° Le pasteur n'oubliera pas qu'avant d'inviter des hôtes, il devra consulter ce qu'on nommele/)«isz/de la caisse (les dettes) . ïl n'y a pour lui nulle obligation de donner des fêtes ; mais il y a pour lui devoir immense de secourir ses paroissiens.

40 Le pasteur assaisonnera sa table frugale par cet air d'affabilité qui met la joie dans toute la société, et il ne forcera pas certains hôtes à mériter le bienfait d'une table mieux préparée par le support de basses moqueries et de procédés désagréables. Si quelqu'un veut jouer le rôle de bouffon de table, cela le regarde; mais il ne doit jamais y être forcé par la nécessité de payer au pasteur son invitation.

5"* Sa table devra être mise pour les non -invités comme pour les invités, en supposant qu'ils ont besoin de son hospitalité ou qu'ils en sont dignes. Un ecclésiastique qui se trouve momentanément sans fonctions, un confrère qui passe dans votre localité, un religieux qui quête pour ses frères, un voyageur qui a assez de noblesse dans le cœur pour ne vouloir apprendre à connaître dans le pasteur qu'une belle âme de plus, une personne recommandée, qui fait honneur à sa recommandation, etc., sont quelques-uns de ces hôtes non invités auxquels un bon curé ne doit point refuser sa table.

e*» Un pasteur, prédicateur de la tempérance, ne charge pas ses hôtes de nourriture, de même que l'homme qui connaît les habitudes du monde poli ne condamne pas ses commensaux à rester trop longtemps assis. La partie noble s'édifiera de sa fru-

galité; quant à la partie grossière^, qui ne vient que pour manger^ et qui n'est pas digne d'un si grand étalage, elle adressera peut-être au pasteur, ou plutôt à la cuisine et à son propre estomac, ce lourd et froid compliment : On dîne bien chez messieurs les ecclésiastiques. ).

Qui sait si ces derniers ne verraient pas dans le luxe de votre festin splendide un motif sufflsant de faire proposer au gouvernement la diminution du traitement des curés ?

Voilà le portrait du pasteur hospitalier. Voilà comment la charité qu'accompagne la prudence sait dispenser ses dons.

Malheureusement, cette prudente charité est aussi rare que le bien sans mélange.

Il faut que de grandes transformations s'opèrent dans l'intérieur de l'homme avant que l'amour divin arrive à la plénitude de sa force; et lors même qu'il arrive quelquefois à cette force vivante, d'autres puissances, qui agissent en sens contraire, ne tardent pas à l'affaiblir. Or, si tel est le sort de Famour chez les hommes de bien, que sera-ce chez ceux qui sont esclaves de passions grossières?

4 4. Les mêmes causes qui paralysent toute espèce de bienfaisance paralysent aussi l'hospitalité. La cupidité est la mort de toute générosité, de toute hospitalité. « On ne saurait guère conseiller à un ecclésiastique, disait dernièrement un pasteur dont tout l'extérieur respirait la charité, de placer son argent à intérêt, — sinon auprès de Dieu; — car s'il place ses capitaux auprès des hommes, il désirera en placer de nouveau ; et ce désir d'augmenter ses billets fera de l'homme de Dieu un juif, et mettra à la charité la corde au cou. »

Remarque. Outre que la cupidité rend l'hospitalité impossible, elle a encore ces tristes conséquences : 1° qu'une économie exagérée excite les domestiques à tenter tous les moyens pour se dédommager ; 2^ qu'elle éloigne d u presbytère tous les bons amis, et détermine les personnes aigries delà maison à susciter à l'avare toutes sortes de tracasseries; 3° qu'elle fait mettre au rang des dépenses inutiles les améliorations les plus néces-

saires; 4° qu'elle aveugle le pasteur au point de lui faire croire que son avarice n'est point de ravaiice, mais seulement une sage économie, en lui dissimulant la noirceur de son âme sous les faux prétextes qu'il faut songer aux temps difficiles, à la vieillesse, aux accidents imprévus, aux besoins des parents; et c'est ainsi qu'en se justifiant des reproches de sa conscience, il reste attaché à sa passion jusqu'à son dernier soupir; S*» qu'elle prive les fidèles d'une assistance qu'ils ne peuvent attendre que d'un homme de bien. Un tel pasteur jette plutôt ses filets pour pêcher de l'argent que pour pêcher des âmes.

Aussi rien de plus légitime que ce désir qu'exprimait saint Grégoire: Quis mihidet, antequam moriar, quis mihi det videre Ecdesiam Dei sicut in diebus antiqiiis, quando Apostoli laxabant retia, non in capturam argenti vel auri , sed in capturam animarum (Bialog., lib. i.) î Si cette grande âme exhalait déjà de son temps de si amers soupirs, que dirait-elle si elle rêve nait de nos jours?

15. Quand l'avarice ne foule pas aux pieds les droits de l'hospitalité , le népotisme , que nous avons déjà flétri , n'y réussit que trop souvent. Comme on veut marier des parents, les vêtir magnifiquement, on se montre dur et inconvenant envers les étrangers , afin de pouvoir être bienfaisant jusqu'à l'injustice envers des parents.

16. Très-souvent, quand ce n'est ni l'avarice ni le népotisme qui empêchent le pasteur de remplir ses devoirs envers les étrangers, c'est une autre passion : l'amour de luxe,.... ou,.... ou, l'orgueil.

17. Quelquefois aussi c'est le défaut d'ordre dans la tenue d'une maison qui exclut l'hospitalité. Cette absence d'économie se voit à la gouvernante, à la maison, aux meubles, aux jardins, aux habits, etc.

1 8. De nos jours, c'est quelquefois la pauvreté qui empêche le pasteur le plus généreux, celui qui, comme Jésus-Christ, mettrait sa joie à donner, de goiiter les plaisirs de l'hospitalité. Incapable de payer ses dettes, malgré sou extrême économie, c'est à

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peine s'il peut servir à ses liôles aulre chose que sa bonne volonté.

19. Mais si un pasteur charitable ne ferme jamais sa maison aux pauvres, à un ami, à un voisin, à un persécuté ; s'il partage volontiers avec eux le peu qu'il possède, il a suffisamment de courage, si grande que soit sa charité, pour exclure de sa maison et de sa table l'homme indigne, le mendiant de profession qui s'exempte du travail au moyen des ressources d'autrui, l'estropié rendu tel par l'odeur d'une meilleure nourriture, et le paresseux qui s'engraisse de la substance d'autrui. En repoussant celui qui est indigne, il attire par là même celui qui mérite son intérêt.

20. Outre l'hospitalité qui n'a en vue que l'homme, et qui pour ce motif peut s'appeler universelle, humaine, il en est une autre, supérieure à celle-ci, et que le pasteur exerce de préférence ; c'est quand il reçoit des chrétiens, qui non-seulement professent les mêmes sentiments religieux que lui, mais qui ne forment réellement avec lui qu'un cœur et qu'une âme : nous avons nommé l'hospitalité chrétienne.

On voit alors s'asseoir autour d'une table la religion, l'amitié et la sérénité céleste, ces trois grâces de l'hospitalité.

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