‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 135 sur 172 · SA CONDUITE ENVERS L INSTITUTEUR DE LA PAROISSE · texte numérisé non relu

SA CONDUITE ENVERS L INSTITUTEUR DE LA PAROISSE

23. Si le pasteur a beaucoup à souffrir des langues iniques^ il ne doit pas perdre de vue l'homme qui, après lui, exerce le plus d'influence sur l'éducation de la jeunesse et sur l'opinion publique. Nous voulons parler de l'instituteur. Cet homme se trouvant placé entre le pasteur et le peuple, le peuple ayant souvent besoin de ses services pour écrire ses lettres, faiie ses comptes, etc. ; les parents étant fort intéressés à conserver ses bonnes grâces, à cause de leurs enfants qui fréquentent l'école; rinstituteur ayant une foule d'occasions de pénétrer les mystères du pasteur et de les confier aux colporteurs du village; en un mot, des rapports multiples existant entre lui et le peuple, il suit de là que la réputation du pasteur est en quelque sorte entre ses mains. D'autre part, comme il est à peu près le seul dans la paroisse qui écrive des lettres, il peut, par les peintures vraies ou fausses qu'il fera du pasteur et qu'il répandra au loin et au large, rabaisser sa réputation auprès de ses supérieurs. Le pasteur devra donc, s'il est soucieux de son honneur et de son repos, étudier son instituteur, afin de savoir quelle doit être sa conduite vis-à-vis de lui.

24. Si le pasteur avait le malheur affreux de trouver dans sa paroisse un instituteur qui fût passé maître dans l'art non-seulement d'entretenir sa famille avec les ressources du presbytère, ce qui serait le moindre mal, mais encore de semer la divi-

sion entre le pasteur et les ouailles et de prévenir Tautorité contre lui, il réussirait difficilement, tout en déployant une patience surhumaine et en lui prodiguant tous les témoignages de bonté, à le corriger : toute sa longanimité ne parviendrait point à le calmer, et surtout il échapperait avec peine, malgré la pureté de sa conduite, aux persécutions de cet adversaire adroit et résolu. Les témoignages les plus irrécusables qu'il apporterait pour attester que l'instituteur est un ennemi de Tordre et de la paix auraient peu de succès, si cet imposteur était parvenu à gagner le juge, c'est-à dire sll avait su se blanchir lui-même et noircir le pasteur. Souffrir et se taire serait donc le parti le plus raisonnable que pût prendre le pasteur, en attendant que son adversaire eût comblé la mesure de son iniquité, et qu'il plût à la Providence d'amener des temps meilleurs.

25. Si rinstituteur était un homme instruit, actif, probe et craignant Dieu, le pasteur devrait l'honorer comme étant son bras droit dans Toeuvre de Téducation du peuple, Taimer comme un ami, l'admettre chez lui dans sa société, l'inviter souvent à sa table, et en faire l'instrument d'une foule de réformes économiques, morales et liturgiques.

Dans ce cas, on pourrait au moins dire que les deux premières parties de ce proverbe seraient vraies : « Un bon curé, un bon instituteur, un bon maire, une bonne sage-femme, un bon médecin, constituent l'âge d'or de la vie des campagnes. »

26. Si cet instituteur de mérite manquait des revenus suffisants, non- seulement le pasteur l'aiderait de ses largesses, mais il exposerait encore ses mérites et sa pauvreté à l'autorité supérieure, afin qu'on améliorât sa position.

27. Si cet instituteur, excellent d'ailleurs, était infecté des fausses lumières du siècle, un pasteur éclairé s'efforcerait, en reconnaissant ce qu'il y aurait de vrai dans ses idées de progrès, de le guérir peu à peu en l'instruisant avec ménagement, et surtout avec charité.

28. Il est superflu de dire qu'un pasteur qui a une âme grande

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et élevée doit reconnaître publiquement Thabileté de son instituteur, et, s'élevant au-dessus des atteintes d'une jalousie mesquine, se réjouir de la confiance que lui accordent les fidèles. Il doit exalter les services éminents que les bons instituteurs rendent à la patrie. Que, d'autre part, le pasteur doive instruire, exercer, stimuler, calmer, adoucir un instituteur ignorant, sans exercice, lâche, ardent, opiniâtre, l'expérience Ta jusqu'ici suffisamment démontré.

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