‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 146 sur 172 · DES AVANTAGES DE LA TERSÉGUTION · texte numérisé non relu

DES AVANTAGES DE LA TERSÉGUTION

Votre lettre^ ou plutôt Tensemble de vos lettres (car il y en avait plusieurs dans une), m'ont fait pénétrer bien avant dans votre cœur, mais surtout dans votre intelligence. Aussi ai-je désiré ardemment de pouvoir mériter votre confiance, et, s'il était possible, de la récompenser. Mais l'un et l'autre m'étant également impossibles, je ferai du moins ce qui dépend de moi en vous rendant sincérité pour sincérité.

Voici mes convictions et mes aveux. Elle est pénible, assurément, la position d'un homme de cœur à qui lepédantisme lie les mains, lorsque ces mains travailleraient si volontiers à la propagation de la vérité. Croyez bien que cette position ne m'est pas tout à fait étrangère.

Mais il n'est pas moins vrai :

l'' Que l'oppression est souvent salutaire à l'opprimé, et qu'elle lui est toujours salutaire quan'd il se montre docile aux vues de la Providence. L'oppression agrandit nos convictions, elle diminue cette présomption naturelle que nous inspirent nos idées jusqu'alors trop exclusives; elle purifie nos intentions, détruit cet égoïsme qui fait que nous prétendons avoir toujours raison, aiguise la pénétration de notre esprit et nous apprend à distinguer l'enveloppe d'avec la chose même ; elle nous rend tolérants dans la belle signification de ce mot, nous habitue à être indulgents, et à ne point juger les autres ; elle nous fait éviter les écueils où précipite la manie tumultueuse de vouloir tout réformer, et elle remplit le cœur de cette charité qui opère le bien en silence, et qui, à force de persévérance, fait du mal lui-même un instrument du bien. Cette récolte de fruits de bé-

nédiction n'est-elle pas digne de tous les revers que nous occasionne la persécution? Heureux le cœur quia passé plusieurs années à Técole des épreuves!

2;* Tous les hommes grands et illustres que nous admirons et vénérons aujourd'hui, out passé autrefois par cette école, et c'est là seulement que la plupart sont devenus grands. Ceuxlà mêmes qui étaient sans préjugé, sans passion, sans folie, sans illusion, sans péché, ont vécu sous Tempire du préjugé, de la passion, etc. Entourés, ici, de la superstition, de l'envie et de la fourberie des Pharisiens; assiégés, là, par l'incrédulité et la libre pensée des Sadducéens, ils combattirent les plus ardents combats jusqu'au moment où, inclinant la tête, ils moururent victimes de l'oppression, de l'envie, de la faiblesse, de l'injustice. Or, ce fut précisément cet abaissement profond qui fut le principe d'une si grande élévation : « Parce qu'il s'est abaissé au-dessous de tous, son Père l'a élevé au-dessus de tous » [Philip. II, 8, 9).

L'oppression peut donc être considérée comme un stimulant en quelque sorte nécessaire au développement et à l'éducation de l'humanité, et qu'il serait difficile de remplacer. C'est un professeur d'une espèce particulière, qui nous enseigne la vérité, un artiste qui nous initie à toutes sortes de finesses qu'aucun livre ne saurait nous apprendre et que tout le bonheur du monde ne saurait nous procurer. Vexatio dat intellectum : nous ne comprenons bien cette grande vérité que dans les jours de persécution,

3° L'oppression, suscitée par le pédantisme, n'est pas non plus sans bons résultats. C'est pour nous une occasion d'apprendre à connaître combien sont rares les esprits nobles et élevés. Elle nous habitue à travailler en silence et à faire, dans les positions humbles et obscures, plus de bien que n'en font d'autres dans une sphère plus vaste, quand ils y sont entrés sans avoir appris à purifier leurs intentions.

11 ne s'agit pas du lieu où l'on agit, mais de la sagesse, de la prudence, de la force et du courage avec lesquels on agit. Cette

sagesse, cette prudence, celle force, ce courage, c'est la persécution qui nous les donne.

4" Mais la persécution n'est pas seulement pour nous une occasion de donner à nos connaissances et à nos efforts une direction plus parfaite, ce n'est pas seulement une école de vertu et de sagesse, une source d'amitié intime avec des gens de bien; elle est aussi le présage de nos joies, de notre avancement et de notre exaltation future; elle est bien souvent cette dernière heure de la nuit qui, pénétrée par les feux de l'aurore, nous annonce la clarté, la lumière et la vie. Plaise à Dieu qu'ils brillent bientôt, ces feux de l'aurore, pour ce cher ami à qui j'écris !

Voilà ma profession de foi en matière de persécutions et de souffrances.

Ce sera sans doute aussi la vôtre. Notre conviction sera parfaite, quand tous deux nous aurons fait cette expérience, que l'amour éternel nous a conduits par des voies différentes à un même résultat, t Les persécutions et les souffrances, dit l'auteur de l'Imitation, nous humilient, nous purifient et nous instruisent. » Or, que voulons-nous, sinon devenir sages, purs et humbles ?

Et pourtant, mon cher ami, il est amer de se sentir méconnu et opprimé ; aussi, je souhaite de tout mon cœur voir bientôt arriver le jour où la mère de toutes vos douleurs d'enfantement oubliera de joie qu'un enfant est entré dans le monde; car que sont toutes les souffrances, qu'un enfantement douloureux, suivi de jouissances ineffables, comme l'a dit l'Évangile?

Votre lettre m'a tranquillisé sur la situation de vos affaires, en m'apprenant que vous aviez trouvé un excellent ami dans M. le doyen N. Pour moi, j'imagine qu'une bonne conscience, un bon ami et une prière partie du fond du cœur suffiraient à nous éviter une foule de désagréments, et nous montreraient, dans les' situations les plus pénibles, le doigt de la Providence qui dirige toutes choses.

A UNE PERSONNE QUI AVAIT FAIT UNE CHUTE SI PROFONDE, QU'eLLE CROYAIT NE POUVOIR PLUS SE RELEVER.

Gardez-vous de croire, quand même tout en vous semblerait vous le démontrer, que votre état soit désespéré et irrémédiable On peut et on doit remédier à tout ; il suffit, pour cela, de ne point repousser la main qui vient en aide; or, comme voqs ne le ferez pas, votre situation peut s'améliorer.

0 homme ! Le secours apparaît dès que vous croyez qu'il est possible.

Votre péché est, comme tout péché, maladie et folie. La maladie. Dieu peut la guérir ; la folie, Dieu seul peut la pardonner.

Tout ce qui est péché ne saurait être réparé que par la confiance en Dieu et la bonne volonté : par la confiance, qui ouvre la porte à la grâce de Dieu qui renouvelle tout ; par la bonne volonté, qui coopère à cette grâce, réprime le mal et accomplit le bien. Aussi il est deux choses que TÉvangile ne cesse de vous prêcher : «Croyez et faites pénitence; croyez et aimez ; croyez et soyez fidèle ; croyez et persévérez jusqu'à la fin dans le combat.»

Le salut éternel est une délivrance et une rédemption. Ce n'est pas vous-même qui pouvez vous sauver ; tout ce que vous pouvez faire c'est de ne point repousser la charité qui vous tend une main secourable, c'est d'obéir à la charité qui veut vous tirer de l'abîme. Voilà ce que vous devez ; dites : Dieu en Jésus- Christ peut et veut être mon salut. Croyez seulement qu'il lie peut et qu'il le voudra, et il en sera ainsi.

Jésus-Christ, le Sauveur du monde, est aussi votre Sauveur à vous. Confiez-vous en lui, donnez-vous à lui, et vous aurez trouvé Celui qui peut délier en vous tout ce qui est lié, purifier tout ce qui est souillé, créer à neuf tout ce qui est détruit.

Cherchez-le et vous le trouverez. Quand vous l'aurez trouvé, vous posséderez Celui qui peut vous donner la joie. Cherchez-le plein de confiance en son amour et en combattant fidèlement contre le mal, et vous le trouverez certainement.

Quand vous Taurez trouvé, vous aurez trouvé la communauté du Père et du Saint-Esprit; car cette communauté est toujours en lui et avec lui.

Mais eussiez-vous tout parcouru et tout remué, fussiez-vous monté jusqu'au troisième ciel et descendu jusqu'aux dernières profondeurs, si vous ne Taviez pas trouvé^, vous n'auriez pas trouvé votre salut^, vous n'auriez point de Dieu, selon l'expression du disciple de l'Amour (II Jean^ 9).

0 mon ami!... Puisque c'est de Jésus-Christ que nous vient l'espérance du salut, comment celui à qui elle n'apparaît pas ici-bas pourrait-il trouver le salut là où il n'est pas ?

Jésus est mort et il vit ! Il est mort : donc il a offert son sacrifice pour les péchés du monde. Il vit : donc il peut purifier, sanctifier, sauver celui qui s'approche de lui avec confiance.

Nous avons un Sauveur vivant : c'est là notre foi et notre consolation.

Notre Dieu n'est pas si loin de nous que nous ne puissions l'atteindre. Notre Dieu n'est ni aveugle, ni sourd, ni mort, comme l'étaient les idoles des païens, qui ne vivaient point et ne pouvaient vivre. Notre Dieu n'est point esclave d'une néceesité aveugle, comme le Dieu de quelques philosophes. Sa main n'est point enchaînée ; il fait ce qu'il veut, et il ne veut que le bien. Notre Dieu est un Sauveur ; il est tout puissant et tout miséricordieux, alléluia!

Tout ce qui soustrait à vos regards ce Sauveur vivant, dont le monde pécheur ne saurait se passer; tout ce qui vous arrache du cœur la confiance en lui, quoi que ce puisse être d'ailleurs, que cela vienne de votre imagination, de votre intelligence, de votre cœur, ou de toute sagesse humaine, ancienne ou moderne, tout cela est illusion, et illusion funeste.

Nous sommes pécheurs, nous autres hommes, par conséquent nous avons besoin d'un Sauveur. Ce Sauveur du monde pécheur ne saurait être que Dieu, le vrai Dieil, le Dieu vivant. Ce vrai Dieu, ce Dieu vivant nous est apparu en Jésus-Christ, il est de-

venu pour nous Dieu en Jésus-Christ, il nous est devenu Emmanuel dans le Christ^ c'est-à-dire : Dieu avec nous.

Voilà ce que nous enseigne TÉvangile, qui s'appelle ainsi, c'est-à-dire joyeuse nouvelle, parce qu'il nous a apporté des renseignements certains sur la cause de notre joie, sur le Seigneur et le Sauveur des hommes.

C'est ce Sauveur qu'ont annoncé saint Paul, saint Pierre, saint Jean et tous les pécheurs qui ont trouvé en lui la grâce et la vie éternelle.

Tout autre enseignement, soit de la sagesse, soit de la folie, qui nous annoncera un Sauveur différent de celui que nous a donné le Père des hommes, sera à coup sûr une fausse prophétie. Tout enseignement, soit de la sagesse, soit de la folie, qui voudra ou éliminer ce Sauveur, ou le rendre superflu, ou le remplacer par quelque chose de mieux, sera infailliblement du fanatisme. Tout docteur de sagesse ou de folie qui voudra faire du pécheur son propre sauveur, du malade son propre médecin, de l'aveugle son propre guide, sera lui-même frappé d'aveuglement, sera un imposteur ; et chaque fois que ce phénomène se produira; il y aura dans le monde une maladie et une infirmité nouvelles.

Jésus-Christ est notre Sauveur, et il n'y en a point d'autre. Frappez ici, et l'on vous ouvrira.

Si le bon larron trouva encore la porte du salut ouverte lorsqu'il s'adressa avec confiance au Crucifié, adressez-vous aussi en toute confiance à Celui qui est, non plus suspendu à la croix, mais assis à la droite de Dieu, à Celui qui a travaillé sur la terre au salut de ses frères ; adressez-vous à lui, livrez-vous entièrement à lui , et aussitôt brillera le jour de votre résurrection.

A. A UNE PERSONNE PIEUSE, QUE SES DOUTES SUR LA FOI TOURMEN- TAIENT HORRIBLEMENT, ET AVAIENT PRESQUE RENDUE INCAPABLE DETOUTE RÉFLEXION.

Je ne déposerai point la plume avant de vous avoir écrit tout

ce qui^ d'après ma foi et sous la direction de Celui qui est Taiiteur de tout bien, par conséquent aussi de la paix du cœur, pourra vous tranquilliser. Telle est la pensée qui m'est venue en vous écrivant.

Aussi bien, mon vieil ami, la paix et la joie de votre cœur sont la paix et la joie du mien. Je ne saurais être tout à fait serein que lorsque je vous saurai sur le point de Têtre vousmême. Écoutez donc !

J'ai tant de preuves, valables aux yeux de Dieu et de tous les bons esprits, que vous avez sur Dieu et sur tout ce qui est bien, des idées vraies et justes, que j'oserais en toute confiance et consolation comparaître devant le souverain Juge avec la droiture de cœur que je vous connais. Ce qui peut vous inquiéter n'est point le défaut de fidélité à votre conscience; car la crainte de Dieu a été votre compagne depuis votre enfance jusqu'à ce jour. Ce qui vous inquiète n'est tout bonnement que ce qu'on pourrait appeler scrupule de tempérament. Un sens troublé , qui a sa source dans votre corps et dans les raisons obscures sur lesquelles s'appuie votre science, répand comme un nuage sur toutes les régions lumineuses de votre religion : tel est, autant que je vous connais, votre situation réelle. Mon cher ami, arrachez-vous un instant à vous-même, et appliquez votre esprit et votre cœur, non pas à la lettre, mais à la vérité que vous transmet votre ami ; elle pénétrera dans votre cœur et y rétablira le calme.

Une foule d'hommes sages, grands et nobles, ont trouvé le bien-être, le repos, la paix, la consolation et le bonheur, en croyant de toute leur âme au Dieu unique, à l'immortalité de l'âme humaine, et à la religion que Jésus-Christ nous a enseignée, et surtout en croyant en Jésus-Christ, le Sauveur du monde. Une foule d'hommes ont perdu ce repos, cette paix, ce bonheur en se laissant ravir la foi en Dieu, à l'immortalité de l'âme, à Jésus- Christ, pour prêter l'oreille aux subtilités^ de la raison et aux sophismes de la passion .

Croire de tout son cœur ce qui rend bon, tranquille, heureux, voih\ ce que je tiens pour devoir.

Un cœur tourmenté par des doutes tels que les vôtres n'a nullement besoin de pouvoir résoudre cette question : Gomment s'appelle cette cause profonde, certaine, qui l'ait que nous croyons en Dieu, à Fimmortalité de l'âme, à la divinité du christianisme?

Laissez, pour le moment, l'examen de toutes ces propositions : elles vous importent peu maintenant. Ce qui vous intéresse dans l'état actuel, c'est de savoir si cette croyance ferme en un seul Dieu, à l'immortalité de l'âme, à Jésus-Christ vous rendra bon, heureux, doux, tranquille, confiant ? On n'en saurait douter, mon cher ami, croyez-en mon expérience ; j'en atteste le ciel et la terre, chaque fois que j'ai trouvé vivante en moi cette triple croyance, et que je l'ai manifestée au dehors, je me suis senti porté au bien, plein de douceur, de force et de consolation. Et plus je me suis laissé aller à l'influence de cette foi, plus mon cœur a éprouvé de bien-être, de calme, de joie, de force et de consolation. Au contraire, dès que j'ai cessé de prendre cette croyance pour guide, je suis devenu de plus en plus méchant, sauvage, triste, faible, froid, et je ne me suis plus trouvé le même homme qu'auparavant. Ce que je vous dis, des milliers d'autres pourront vous le répéter. Suivez- donc mon conseil, et dites à votre âme :

Mon âme, être inquiet et qui soupirez après le repos, votre ami, qui vous veut autant de bien qu'à lui-même ; votre ami, que depuis dix ans vous n'avez jamais pu trouver coupable d'infidélité et de froideur ; votre ami qui, lui aussi, veut devenir heureux; votre ami, qui sent parfaitement votre position et qui désire tant vous tranquilliser vous atteste,en face du ciel et de la terre, que c'est dans la croyance en Dieu, à l'immortalité de l'âme et en Jésus-Christ qu'il a trouvé le bien-être, la joie et le repos, et qu'il ne les a trouvés nulle part ailleurs. Eh bien, ce qui a rendu votre ami heureux et satisfait produira les mêmes effets sur votre cœur ; et puisque c'est de là que dépend votre bonheur, rien sur la terre ne doit vous être plus cher.

Tel est le moyen d'arriver sûrement à la paix et au repos

THÉOLOGIE PASTORATJi:. 447

après lesquels soupire votre cœur. Sachez donc^ noble ami, âme digne de toutes les joies^ mettre de côté pour le moment toutes les questions qui ont trait à la vérité de la religion ; car elles ne sont pas pour vous, et vous n'êtes pas pour elles. Elles sont pour vous et pour tous les esprits inquiets un poison mortel. Te^ez-vous-en, présentement, à cette vérité : « Si Tamour est Dieu, si mon âme est immortelle, si Jésus-Christ est venu de Dieu, combien sublimes sont les destinées de l'humanité, et à quelles jouissances divines je suis réservé ! Combien doit être douce la lumière qui mettra fin à cette vie obscure et agitée ! »

Rafraîchi par ces méditations, que vous voudrez bien, sur la foi de mon amitié, considérer comme la meilleure médecine préparatoire, en attendant que votre propre expérience vous démontre ce qu'elles sont réellement, vous remplirez les devoirs de votre état avec un redoub.ement de joie, vous trouverez dans chaque figure où respirera l'innocence, une nouvelle preuve de la droiture de vos pensées, et vous conquerrez, à travers toutes les souffrances, la tranquillité de votre âme.

Quand vous aurez continué pendant quelques mois cette opération reconnue salutaire par tant d'expériences, par la mienne en particulier, le. sentiment de la vérité, que vous aurez entretenu et fortifié en vous, gravera de plus en plus profondément dans votre âme cette pensée irrésistible ;

Ce qui m'a calm'é, consolé, rempli de confiance pendant ces quelques mois ne saurait être que la vérité.

Une croyance qui est si consolante veut nécessairement être crue. Cette croyance, qui produit tant de calme, et qui est si digne d'être embrassée, je veux m'y attacher fermement, la tenir pour vraie, afin de devenir de plus en plus digne du repos qu'elle me procure.

Arrivé là, et c'est là que je veux vous amener, vous pourrez commencer vos recherches. Mais avant d'être en état de peser les motifs, il faut que vous soyez guéri de tout scrupule ; il faut que vous soyez à même de peser les motifs, avant de saisir la balance»

Page 1