‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 161 sur 172 · COMMENCEMENT D'UN JOURNAL POUR LE PASTEUR DES AMES · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT D'UN JOURNAL POUR LE PASTEUR DES AMES

Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.

(Oraison domitsicale.)

Un bon économe tient un journal complet de ses recettes et de ses dépenses. Le doit et Vavoir doivent y être balancés exactement Tun avec l'autre: profits, pertes, plans, obstacles, tout y est consigné.

Or, pourquoi l'économe de la maison de Dieu n'aurait-il pas aussi un journal où seraient notés les progrès et les rétrogradations de sa famille, ses vices et ses vertus, de même que les efforts qu'il fait lui-même pour extirper l'ivraie et semer le bon grain, la marcbe de ses études, et le sort de ses travaux?

Assurément les Apôtres ne tenaient point de journal : comme la plénitude de l'esprit habitait en eux, ils n'avaient pas besoin de cette béquille ; mais nous, qui n'avons point leurs jambes robustes, nous ne devons point la dédaigner.

Le pasteur ne doit pas être un écrivain, ayant toujours la plume à la main ou derrière l'oreille, encore moins doit-il faire montre de ses vertus, ou se complaire dans leur contemplation.

Il suffit qu'il vienne en aide à la faiblesse de sa mémoire, qu'il consigne tout ce qui peut lui faciliter son ministère, et lui faire atteindre plus sûrement son but, qui est d'être de plus en plus utile à son peuple.

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Tout ce qui peut contribuer à initier davantage le pasteur au secret du ministère des âmes, tout ce qui est de nature à augmenter ses vues, la connaissance qu'il a de Fhomme, et surtout la connaissance de son peuple et de sa propre position; tout ce qu'il peut s'approprier par ses relations, ses lectures, ses méditations, ses prières, la victoire sur lui-même, et par les desseins mystérieux de la Providence qui se manifestent dans sa vie et dans son ministère, appartient à ce journal. Ce doit être un journal de sa pensée, de ses impressions, de sa vie, de ses souffrances, de ses joies, et une histoire de son cœur et des ouailles.

Commencement de ce journal du pasteur.

I. La première place dans mon journal est due à ce testament qu'un vieux pasteur a laissé à ses jeunes confrères. Que ce soit là pour moi un miroir dans lequel je regarde journellement.

Que toute votre paroisse dise de vous avec une pleine conviction : Notre pasteur ne s aime nulle part mieux qu'auprès de ses ouailles.

— C'est le plus bel éloge qu'on puisse faire de lui.

Tel votre cœur, tel vous-même; tel vous-même, telle votre maison ; telle votre maison, telle votre paroisse ; telle votre paroisse, telle votre éternité !

L'ami de votre cœur doit pouvoir tout vous dire, et, à votre tour, vous devez pouvoir lui dire tout. Vous devez tenir, l'un à l'égard de l'autre, la place de Jésus-Christ, en ne vous cachant pas les vérités les plus mortifiantes, et en vous mettant sous les yeux vos fautes les plus secrètes.

* * Qu'au moins le dernier quart d'heure qui précédera l'office

public, soit consacré par vous à rendre à Dieu un culte secret, pour que, non-seulement votre cœur, mais encore les cœurs qui vous voient et vous verront soient portés à la piété.

N'oubliez jamais que le peuple est peuple, — en somme, bon, faible, intéressé. Bon, il s'attache volontiers au bien qu'il voit; faible, il abandonne facilement le bien; intéressé, il détruit en peu de temps le bien qu il avait fait avec zèle.

Toute dispute religieuse avec les faibles (et qui ne Test point?) ne sert de rien ; elle ne fait qu'ajouter à Taigreur des esprits, et finit par être une cause de blasphèmes.

Ce que Tenfer ne saurait de lui-même empêcher ou détruire, il le fait par un ecclésiastique indigne, qui montre un zèle insensé et sauvage, qui blasphème avec impudence, ou qui mine sourdement le bien, quand il ne peut l'abattre ouvertement. Pour vous, priez, combattez et veillez comme un homme et un héros; alors ne craignez rien; car ceux qui sont pour vous, les anges de Dieu, l'emportent.

Le temporel affaiblit en nous le spirituel, a, par les préoccupations inquiètes, b. par la crainte excessive, c. par un amour mal ordonné, c?. par les plaisirs immodérés, e, par la négligence des affaires domestiques. « Donnez-moi, Seigneur, une telle plénitude de la vie spirituelle, que le temporel ne puisse rien contre elle î »

Toutes les vérités du christianisme sont comme des lettres d'or à l'anneau de Notre-Seigneur... Considérez-les toujours à ce bel anneau, je veux dire dans Celui qui est le Verbe du Père, et la vie éternelle des hommes.

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Il vient des moments qui nous font sentir que c'est une misère de vivre sur la terre. En de tels moments, et quand vous n'avez point de plus lourd fardeau que vous-même, apprenez à vous supporter ; apprenez à vous vaincre, quand votre œil, votre main, etc., vous scandalisent; apprenez à vous débarrasser de vous-même,quand votre plus mauvais ennemi se réveille en vous.

Que dans toute perplexité de l'esprit, votre première chose soit de lever les yeux vers Dieu, qui envoie la lumière et la force; la seconde, de calmer votre cœur et de demander conseil à un ami ; la troisième, d'attendre jusqu'à ce qu'il faille agir, et de commencer alors par le plus nécessaire.

Il y a des heures d'indolence, où l'on a peine à se défaille du découragement et de l'impatience, et où un plaisir inférieur souille le cœur.

Il est des heures sereines et des heures sombres. Dans les premières, que Dieu soit votre appui, afin que le plaisir ne vous terrasse point ; dans les secondes, que Dieu soit votre lumière, afin que la crainte ne vous égare point.

Que le principal soit toujours pour vous le principal. Croyez, c'est-à-dire attachez-vous à la Vérité, qui est Dieu, et non à votre raison; espérez, c'est-à-dire, attachez- vous à l'Amour, qui est Dieu, et non aux promesses du monde ou de votre propre cœur ; aimez, c'est-à-dire attachez-vous à la Beauté suprême, qui est Dieu, et non à vos propres dons ou à ceux d'autrui. Vous le voyez, il n'y a nulle part de salut que dans la mort du moi y et dans la vie en Celui qui en est la source.

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Que Fesseutiel soit toujours pour vous Tessentiel. Croyez à Dieu en Jésus-Christ, confiez-vous à Dieu en Jésus -Christ, aimez Dieu en Jésus-Christ.

Que le principal soit toujours pour vous le principal : Dieu, Jésus-Christ et son Église, sainte, catholique, apostolique.

Le catéchiste se rend semblable aux enfants, pour être compris des enfants; le prédicateur se rend semblable au peuple, pour être compris du peuple; le pasteur devient Tamour même, pour se faire tout à tous.

Initium solemne . Considérez chaque jour comme une vie entière et complète. Tous les jours passent comme un seul d'entre eux.

N'eussiez-vous vécu qu'un seul jour pour Dieu, ce jour aurait plus de valeur qu'une vie humaine tout entière; il aurait une valeur éternelle... Que serait-ce, si tous les jours de votre vie ressemblaient à celui-là ? Pour y arriver, faites du Mémento mori votre occupation, votre mobile continuel !

« * Hors le cas de nécessité extrême, n'accusez personne, comme pasteur, ni le grand, ni le petit ; vous ne feriez qu'aggraver le mal et le multiplier.

Considérez toutes les institutions particulières de votre paroisse, confréries, congrégations, etc., comme étant pour le peuple une invitation de se réunir devant le Seigneur, et pour vous, d'annoncer à ce peuple assemblé la volonté du Seigneur, d'exciter en lui la foi, l'espérance et la charité, et de resserrer les liens qui unissent les fidèles entre eux.

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Faites le bien et souffrez qu'on vous maudisse; faites le bien, et bénissez ceux qui vous maudiront; mais pour cela, n'attendez pas qu'on revienne et qu'on retire sa malédiction. Pati et mon sont notre récompense.

Comme les plantes sur un sol fécond, ainsi prospèrent les enfants dans le sein d'une pieuse mère.

* * Ne vous fiez pas au vent. Au commencement de la navigation, un souffle favorable enfle les voiles, et le vaisseau s'envole doucement et gracieusement. Peu à peu le navigateur inexpérimenté se croyant plus sûr et les rameurs s'endormant, survient une tempête violente qui culbute le vaisseau et déchire les voiles, avant même qu'on s'en soit aperçu. Telle est, au pied de la lettre, l'image des jeunes pasteurs et presque de tous les ouvriers. « Les nouveaux balais balayent toujours bien. » Le zèle fortifie et rassure le cœur; tout à coup, l'ennemi s'éveille et fait un immense butin.

Le chimiste analyse les plantes pour sa propre instruction ; l'amateur de fleurs les place dans sa chambre comme un ornement vivant ; le malade s'en sert comme d'une médecine et y trouve sa guérison. Tel est le sort de l'Écriture sainte ! Les savants l'analysent pour en connaître les parties constitutives; le littérateur en achète une édition rare dont il fait l'ornement de sa bibliothèque ; l'élu la prend comme une médecine, et se guérit de sa folie et de son péché : par la foi, et la soumission à ses doctrines, il devient bon et heureux.

* * Si, quand vous agissez par amour,on résiste de parti pris à votre amour, retirez-vous, afin que votre charité ne devienne pas de

id'i THÉOLOGIE PASTORALE.

rentêtement, et ne fortifie pas les autres dans le leur. Autrement, vous deviendrez malade^ et vous ne ferez qu'aggraver rinfirmité de celui que vous voudrez guérir.

N'attendez pas que les mendiants qui le sont devenus par nécessité, se corrigent facilement . Ceux qui ont usé une paire de souliers à mendier, continueront à y user toutes les suivantes, dit le proverbe. Et : Ils aiment mieux recevoir de votre main une pièce de monnaie que le royaume des cieux.

Deux royaumes puissants combattent en nous et autour de nous : le royaume de Dieu et le royaume des idoles ; l'un est l'amour de Dieu et du prochain, l'autre l'égoïsme. Opprimons donc le dernier, afin de procurer au royaume de Dieu une place, une souveraineté et un triomphe d'autant plus glorieux .

Celui qui accuse son frère auprès de vous doit comprendre, par votre refroidissement, qu'il n'a pas trouvé en vous l'approbation qu'il souhaitait, et sentir que Vaudiatur et altéra pars vous est chose sacrée.

Le personnes de votre maison ne doivent rien pouvoir dire de vous, sinon : Notre pasteur travaille et prie. Les yeux du peuple ne sauraient supporter dans leur chef la liberté la plus innocente. La chambre supérieure doit donc être fermée à un grand nombre, et la chambre inférieure doit l'être à tous ceux qui ne sont pas éprouvés.

11 y a quatre choses, ou plutôt une seule, qui sont extrêmement rares. Interroger , écouter, se taire, agir.

THÉOLOGIE l'ASTUilALE. l'Jo

Que le commencement de votre prédication soit: — Jésus ; que le milieu de votre prédication soit : — Jésus; que la conclusion de votre prédication soit : ■— Jésus, \ o parce qu'il est le salut du monde pécheur ; et 2^ parce qu'il n'y a point de salut hors de lui ; car tout ce que FÉglise catholique nous dispense dans ses leçons, dans ses sacrements, dans le culte divin,

etc., vient de lui. ^

Ne vous lassez point de semer, lors même que vous ne voyez point la moisson : il suffit que celui qui lui donne l'accroissement et à qui elle appartient, la voie.

Et dût le grain de semence n'amver pas à maturité, continuez à semer et à travailler le sol, soit qu'il pleuve, soit que le soleil luise ; opposez-vous à l'ennemi qui voudra semer le mauvais grain. Le reste, le Seigneur s'en chargera.

Ne vous fiez pas à Tespion, quand même il se présenterait à vous avec une figure amie ; ni au scrutateur, quand même il prétexterait le désir de s'instruire.

Il y a une grande vérité dans ce mot : « Laissez la pierre que vous ne sauriez enlever; » car Jésus-Christ a dit : « Laissez-les croître l'un avec l'autre. » Ce que le Tout-Puissant tolère, l'impuissant doit , par amour pour ^Dieu, le supporter charitablement. -

Il est des hommes qui peuvent vous faire maudire au loin et au large, sans être jamais à même de vous faire aucun bien. A ceux-là, ne leur montrez aucune faiblesse, et s'ils vous visitent, recevez-les avec charité et prudence.

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La religion a sans doute ses mystères ; mais^ à leur tour, les mystères ont leur côté lumineux par lequel ils peuvent toucher l'intelligence de Thomme, et porter son cœur à la vertu. Apprenez à votre peuple à croire ce qui est mystérieux, à comprendre ce qui est clair, et, après Tavoir compris, à le conserver dans son cœur et à le manifester dans sa vie.

Les habitudes religieuses du peuple, si elles laissent beaucoup à désirer, ont néanmoins cela de bon : 1° que ce sont comme des vases où Fon peut mettre une foule de bonnes choses ; S'* que ce sont des occasions qui vous ouvrent Toreille du peuple, et préparent son cœur à vous entendre. — Utilisez donc ces occasions, et mettez dans ces réservoirs des choses excellentes.

Le peuple conserve Timpression du bien et du vrai, alors même qull n'en conserve pas Fidée développée. Faites donc en sorte que toute votre personne lui donne une foule d'impressions du bien et vrai.

II. Aujourd'hui j'ai entendu dans Féglise du monastère de D. un sermon sur la foi en Jésus crucifié, n Celui qui a une foi vive en Jésus crucifié ne trouve aucun devoir trop pénible, aucune souflPrance trop amère...» Souvent, pendant ce beau discours, je me suis dit en moi-même : Voilà, assurément, un magnifique panégyrique de la foi ; mais qui est-ce qui l'a, cette foi ? comment peut-on y parvenir? comment devient-elle vivante? La plupart des prédicateurs, en sous-entendant toujours ce qui est l'essentiel, et en restant à la superficie, ne pénètrent pas assez avant pour arriver à cette chose essentieUe.

m. Ayant été aujourd'hui pendant la messe, extrêmement touché de Voraison du dimanche,.] 'ai pris la résolution de traduire celte prière, et de conserver fidèlement le souvenir des pensées qui ont ému mon âme . Je veux donc tenir parole.

Prière.

Dieu tout-puissant et éternel, faites-nous croître dans la foi^ clans l'espérance et dans la charité; et afin que nous méritions d'obtenir ce que vous nous promettez, faites que nous aimions ce que vous nous commandez. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Remarques sur celte prière.

Cette prière nous enseigne :

Premièrement. Qui nous devons prier, et comment nous devons le faire. Nous devons prier le Père, qui peut tout nous donner, qui est et sera éternellement notre Père (Dî^u toutpuissant et éternel). Nous devons prier par le Fils comme étant ses disciples. C'est lui qui, plein de confiance en la puissance de son nom, nous présentera au Père (Par Jésus-Christ Notre- Seigneur).

Deuxièmement. Elle nous fait connaître ce que nous devons constamment demander : l'accroissement dans la foi, l'espérance et la charité. Il n'y a rien de plus beau ni de plus excellent que de croire à celui qui sait tout et qui est toute vérité ; que d'espérer en celui qui est la bonté et la puissance même; que d'aimer celui qui est souverainement aimable, qui est l'amour et la beauté par excellence. Vous le voyez, cette prière renferme tout le Christianisme pratique.

Troisièmement. Nous voyons par cette prière qu'il est possible d'exprimer en quelques mots ce qu'il y a de plus parfait et de plus consolant : fac nos amare quod prœcipis, faites que nous aimions ce que vous commandez. Nous demandons la force de faire ce que Dieu veut, et la force de le faire volontiers. Aimer ce que Dieu veut, aimer ce que Dieu aime, voilà la noblesse de l'homme.

Quatrièmement. Cette prière nous montre la fin de cette augmentation de la foi, de l'espérance et de la charité .* Ut mereamur assequi quod promittis; il faut que nous méritions que Théol.past II. 32

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les promesses de Dieu s'accomplissent en nous. Sainteté et béatitude parfaites, amour sans bornes : telle est la destination de rhomrae.

Cinquièmement, Cette prière nous apprend que le bien que nous faisons ici-bas, fac nos amare quod prœcipis, est une grâce de Dieu, et que le bonheur que nous goûterons dans Vautre monde est une ré«*.ompense , ut mereamur assequi. Le premier nous rend humbles de cœur dans le bien que nous opérons ; le second nous console dans les souffrances que nous endurons pour le bien.

Sixièmement, Cette prière nous indique le lien étroit qui existe e^ntre notre obéissance à Dieu et Taccomplissement des magnifiques promesses que Dieu nous a faites : Ut mereamur assequi quod promittis, fac nos amare quod pr ceci pis.

IV. Me trouvant aujourd'hui assis à la table de M. le curé F. ., et ayant porté sa santé en ces termes : « Vivent tous ceux qui nous aiment ! » il m'interrompit brusquement , en ajoutant : ce Et tous ceux qui nous haïssent ! » Je fus saisi de la grandeur de cette pensée. Quel mérite y a-t-il d'aimer ceux qui nous aiment ? me dis-je en moi-même ; les païens ne le font-ils point aussi ?

V. Aujourd'hui, j'ai fait une visite au nouveau curé de N... Il y a bien des années déjà qu'à l'heure la plus solennelle de sa vie il me fit le confident de son cœur. Aujourd'hui il m'a donné lecture de ses projets. Heureux s'il y reste fidèle! Heureux moimême si j'y conforme ma conduite !

4 . Soyez bien convaincu de Texcellence du ministère des âmes. Le costume, les témoignages reçus à la fin de ses études, les lettres de prêtrise ne donnent pas les qualités intérieures qui font de l'homme le pasteur des peuples.

2. N'appréciez pas la grandeur de votre vocation à la manière de certains ecclésiastiques qui, pleinement satisfaits, se félicitent entre eux de leur petite pratique, parce qu'ils ne connaissent rien de mieux. Quibusdam œgris gratulatio est, cum alios œgros vident (Senec . , viii, Ep.],

3. Jugez une simple paroisse de village digne de tous vos sacrifices; car elle se compose d'hommes, et elle est votre paroisse. Composée d'hommes, vous devez honorer dans chacun Timage de Dieu ; étant votre paroisse , vous devez vous rappeler que Dieu vous redemandera le prix de son sang.

4. Ne vous associez jamais aux marchands de journaux^ aux chercheurs de nouvelles, aux brocanteurs . Soyez avare de vos instants; la moisson est grande, mais il y a peu d^ouvriers; le temps est court, mais la récompense est infinie.

5. Faites que toute votre science soit pratique; autrement vous appartiendrez à la classe de ces philosophes dont Cicéron dit: Quotusquisque philosophorum invenituVy qui disciplinam suam non ostentationem scientiœ, sed legem vitœ putet {Lib. II. quœst. Tusc.) !

6. Ne faites point de votre presbytère un écho qui retentisse jusque dans les auberges et autour des tables publiques, ni un canal par où s'écoulent les nouvelles du village et de la ville.

7. Ne montrez point d'enlêtement dans vos relations. L'opiniâtreté est une tache dans toute homme, mais dans le pi'être c'est une flétrissure. Le pasteur ne doit point avoir de mauvaise humeur, surtout l'humeur noire de l'entêtement.

8. Ne montrez pas en vous ce qui a enlevé à votre prédécesseur la confiance des fidèles, et, pour que vous ne lui ressembliez pas malgré vous, soyez meilleur que lui.

9. Dans l'éducation de votre paroisse, commencez par le commencement, et finissez par la fin. La foi à Dieu en Jésus- Christ est le commencement, la foi qui opère dans la charité est l'essence de toute éducation chrétienne, la charité et le règne permanent de la charité née de la foi est la fin de toute éducation chrétienne.

VI. Hier, mon nouveau vicaire est entré chez moi. Il est calme, et il me paraît qu'il en sait plus qu'il n'en dit. Aujourd'hui, m'étant levé à cinq heures et ayant voulu le réveiller, je l'ai déjà trouvé à genoux, un billet dans la main. Comme j'ouvrais la porte, il a fait un mouvement brusque et a jr^té le

billet dans son pnpitre. Sur ma demande^ vraiment indiscrète, il m'a fait voir ce manuscrit : c'étaient les adieux de son professeur à l'Université. Ils me plurent fort, et je serais assurément le meilleur des curés^ si j'étais et si je faisais ce que ces adieux recommandent à mon vicaire. Je veux transcrire littéralement cette recette.

TESTAMENT d'uN MAITRE A SES ÉLÈVES, AU MOMENT OU ILS VONT LE QUITTER.

Que faut-il pour que, dans votre position, vous puissiez faire véritablement le bien ?

1» Des idées claires, venant surtout de vos propres expériences. Le bien que Diea veut produire par vous dans une paroisse, c'est la foi qui opère dans la charité. Esprit de vérité.

%^ Des convictions, qui naissent de la maturité des réflexions : voici ce qui convient le mieux dans telle position. De cette manière la foi qui opère par la charité est puissamment excitée, développée, et le mauvais grain est extirpé sans préjudice du bon. Prudence du serpent.

3* L'activité jointe à la simplicité ^qm va droit au but. Simplicité de la colombe.

4* Le calme joint à l'activité , qui parle peu devant les hommes, s'entretient beaucoup avec Dieu et agit sans bruit. Humilité.

5<* L'activité jointe à l'esprit de sacrifice, qui se fait toute à tous pour les conduire tous à Jésus-Christ î Patriotisme pur et chrétien.

6** L'activité jointe à la patience, qui ne se fatigue jamais de porter des fardeaux , et qui élève ses regards vers un avenir plus lumineux, afin de pouvoir supporter les ténèbres du présent. Paix supérieure, qui s'élève au-dessus de toutes les conceptions de la raison.

7° L'activité qui aime indistinctement tout ce qui est bon et vrai, qui est exempte de jalousie et d'envie, qui s'oublie

elle-même pour domier partout au bien une impulsion salutaire. Charité selon saint Paul.

80 Activité conforme à l'exemple du Père dans le ciel, et de son Fils sur la terre. — Esprit évangéUque, qui sème le bien partout, et qui tolère patiemment le mal qu'il ne saurait extirper sans préjudice du bien ; qui fait luire le soleil sur les méchants comme sur les bons , qui n'éteint pas la mèche qui fume encore.

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