‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 22 sur 172 · ENCORE QUELQUES CONSEILS POUR LES PARENTS ET LES MAITRES · texte numérisé non relu

ENCORE QUELQUES CONSEILS POUR LES PARENTS ET LES MAITRES

33. Les enfants, incapables de se gouverner eux-mêmes, ont besoin d'être dirigés par une raison étrangère, en d'autres termes ils ont besoin de docilité. La docilité à la parole du père et aux signes de la mère est Tunique vertu des enfants. Heureux ceux qui apprennent à obéir avant que la nécessité du devoir les y force ! Sans doute que l'obéissance est l'unique devoir de tous ceux qui ne peuvent se conduire eux-mêmes; mais quand l'amour filial obéit de soi, sans avoir besoin du stimulant du devoir, les deux parties, parents et enfants, ne s'en trouvent que mieux. Quel dommage que cet état ne puisse durer longtemps ! bientôt viendront les commandements, les menaces, et peut-être aussi les punitions.

Et puis, ne faut-il pas que l'enfant sente intérieurement que son salut est dans l'obéissance? Vouloir présenter aux enfants les molifs de la loi [rationes legis) sous un magnifique langage pour leur apprendre à obéir, c'est là une prétention aussi ridicule que funeste. La parole du père, le signe de la mère, voilà quelle doit être la loi unique, l'unique motif de la loi, si l'on veut que l'enfant apprenne à obéir. Vouloir instruire les enfants sur la légitimité de ce que les parents commandent , c'est leur donner une fausse sagesse, c'est les rendre désobéissants, en leur fournissant le prétexte de croire qu'ils en savent plus que vous, c'est, tout en les rendant désobéissants, les rendre orgueilleux et raisonneurs.

Mieux vaut les civiliser par la correction. Par exemple, quand un enfant s'est incommodé par suite d'une désobéissance, et qu'il a commis une sottise en suivant sa fausse sagesse, ces paroles :

«A^'ous voyez ce que produisent Tentêtement et la désobéissance, » guérissent en même temps qu^elles blessent, elles civilisent en même temps qu'elles humilient.

34. La pudeur étant à proprement parler le frein universel que la nature a mis à toutes les séductions et à tous les péchés, les parents ne sauraient éloigner avec trop de soin tout ce qui pourrait nuire à la pudeur des enfants, et faire disparaître cette rougeur innocente que doit faire naître la seule apparence du mal.

35. L'amour de la vérité et la sincérité étant le plus bel ornement de rhomme, et la sincérité de l'enfant la plus belle parure de la piété filiale, outre qu'elle est la condition sans laquelle l'éducation du jeune âge est impossible, les maîtres ne sauraient trop veiller à préserver les enfants du défaut de franchise et de sincérité, et ils ne sauraient les punir trop sévèrement quand ils y manquent. Je connais des parents qui ne répriment que ces seuls défauts dans leurs enfants.

36 . Il n'est rien de plus grand et de plus noble qu^un homme qui, enflammé d'amour pour le beau éternel (Dieu), se fait violence à lui-même, dédaigne les attraits les plus séduisants pour accomplir ce qui est bon et juste. Or, pour faire sentir aux enfants cette beauté et cette grandeur, les parents doivent s'abstenir en leur présence :

1° De blâmer ou de louer personne parce qu'il est riche ou pauvre, qu'il porte un habit fin ou grossier, parce qu'il mange du pain blanc ou du pain noir, parce qu'il habite une grande maison ou une chétive cabane; ils ne doivent louer que le bien et l'homme de bien; ils ne doivent blâmer que le mal, et se contenter de gémir sur le méchant.

S*» Ils doivent s'abstenir, en racontant des actions vertueuses et nobles, de demander si ces manifestations de la piété sont meilleures parce que l'auteur porte une montre en or, ou si elles seraient moindres si cet homme était grossièrement vêtu.

37. Ils ne doivent pas corriger les fautes que les enfants font contre la langue, la politesse et les bienséances de la mode avec la même sévérité que s'il s'agissait de manquements contre la

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