QUATRIÈME PRINCIPE
Ne point s'accommoder à une position qui est invariable^ c'est la rendre plus insoulenable.encore ; s'y accommoder, c'est rendre cette position , d'insoutenable qu'elle était , de plus en plus douce, et enfin agréable.
Prenons pour exemple un oiseau qui , de la nature libre et spacieuse, tombe dans une cage étroite : d'abord il se débat et s'agite en furieux, il frappe sa tête contre les barreaux, ses plumes voltigent de toutes parts dans la cage. Peu à peu, il s'habitue à son sort ; au bout de trois jours il chante dans sa cage, prouvant par là qu'on peut chanter même dans une prison.
Ainsi en est-il de toute situation pénible. Tout d'abord elle
parait intolérable, ou se jette la tête contre les murs, qu'on inonde de son sang, puis on finit par se résigner.
Au surplus, les hommes qui savent porter le bonheur sont les moins nombreux ; la plupart ont besoin du mallieur pour les adoucir et les corriger, et ne peuvent rester bons que dans Tadversité. Aux jours de prospérité, Thomme cherche sa félicité hors de lui ; il n'y a que le malheur qui le fasse rentrer en luimême et retourner à Dieu. (Voir la Correspondance pastorale, n° III.)
§ V. — Influence du pasteur sur les délibérations de ses ouailles par rapport au choix d'un état, et sur le choix lui-même.
51 . De même qu'il y a peu d'hommes qui aient assez de piété et de calme pour laisser régner Dieu dans leur cœur, de même il y en a peu qui soient assez sages pour permettre que Dieu se serve de Torgane d'autrui pour les diriger. Les questions suivantes aideront au moins le pasteur à se rendre compte des sentiments qui l'animent dans une affaire si importante :
1» Ne suis-je pas séduit par quelque prédilection secrète de mon cœur en faveur de tel état de vie, et, par suite, ne fais-je pas le métier d'un embaucheur, au lieu de remplir les fonctions d'un ami et d'un conseiller?
2° La prédilection des parents pour telle, vocation n'est-elle pas cause que, dans mes représentations, je cherche à faire entrer la personne qui délibère dans l'état que les parents ont en vue ; et par conséquent ne suis-je peut-être que l'instrument de la contrainte criminelle des parents?
30 Ma prédilection pour la personne qui délibère ne me portet-elle pas à porter un jugement partial sur les avantages de telle vocation?
Remarque. A l'aide de cet examen, fait sous le regard de Dieu et répété sept fois, l'examinateur découvrira si l'influence qu'il exerce sur les délibérations du jeune homme part d'intentions pures.
4"» Ai -je une connaissance suffisante des joies, des soulïran-
ces, des charges, des avantages qu'offrent les diverses vocations? Connais-je les diiBPérentes espèces de vocations? Connais-je le monde, la vie, le cœur humain, tels qu'ils se manifestent dans les différents états de la vie ?
50 Ai-je la première qualité, la clarté, et la seconde , non moins importante que la première, la patience, nécessaires pour montrer au jeune homme inexpérimenté, qui regarde l'avenir dans un arc-en-ciel, ce qu'il y a de particulier dans chaque état, pour le lui montrer sous la véritable forme que lui donne la vie humaine, et pour lui exposer les misères qu'on se fait à soimême dans chaque condition?
60 Ai-je suffisamment instruit le candidat sur la manière dont il doit entrer en conseil avec lui-même, avec un ami et avec Dieu, afin d'être à même de faire un choix raisonnable?
Remarque. Indiquons ce qu'il faut entendre par ; consulter soi-même, un ami. Dieu. Se consulter soi-même, c'est interroger son cœur, son intelligence, sa conscience, ses sentiments religieux, sa raison. Le cœur vous dit simplement quel état convient ou répugne à vos inclinations, et il vous indique celui qui a pour vous le plus d'attrait ou le plus de répugnance. Vintelligence, quand elle est suffisamment formée, vous dit jusqu'à quel point telle vocation s'harmonise avec votre tempérament, vos talents, votre caractère. Votre conscience vous fait connaître le degré de corruption morale où vous êtes parvenu, elle vous permet d'apprécier si, par exemple, le fardeau de l'état ecclésiastique ne serait pas trop lourd pour vous. Vos sentiments religieux vous rappellent les diverses impressions antérieures que vous aviez considérées comme un pressentiment et un indice qu'il vous fallait choisir un genre de vie agréable à Dieu, mais impressions qui venaient peut-être de l'amour de l'aaibition ou de l'indépendance. Votre raison, qui est en vous la perception vivante du divin et de l'éternel, prépare votre décision, en vous désignant le genre de vie qui, examiné avec les yeux de la vérité, est pour vous le plus convenable.
Consulter un ami, c'est dévoiler son. cœur, sa conscience,
toute sa position à un homme capable de voir avec clarté, d'aimer avec pureté, de conseiller avec sagesse et de garder un secret dans son cœur, afin de lui fournir toutes les données nécessaires pour asseoir un jugement solide, et pouvoir dire : Si j'étais de vous, je choisirais tel état.
Consulter Dieu, c'est invoquer humblement Tassistance du Saint-Esprit, (jui est un Dieu de conseil, afin qu'il daigne diriger notre choix et le fixer définitivement; c'est peser devant le regard de Dieu, avec impartialité, les motifs pour et contre le choix d'un état; c'est repousser énergiquement, et avec un vif sentiment de crainte de Dieu et de respect pour sa volonté, toute passion de volupté, de cupidité et d'ambition, toutes choses qui ne doivent influer en rien sur notre détermination; c'est différer sa résolution (la conclusion finale de Fexamen) jusqu'à ce que l'heure où il faut se décider soit arrivée, et qu'il n'y ait plus pour nous d'autre parti que celui que nous avons pris en présence de l'éternelle Vérité : «J'oserais, après avoir pris cette résolution, comparaître sur-le-champ au tribunal de Jésus- Christ; jamais, ni en ce monde, ni en l'autre, je ne me repentirai d'avoir choisi cette vocation. »
Mais pour consulter un ami. Dieu et soi-même de la manière que nous venons d'indiquer, il faut apporter dans cette délibération les dispositions d'esprit qu'elle requiert, c'est-à-dire la réflexion, la tranquillité de cœur, l'exemption de tout préjugé, la sévérité, l'ahandon aux conseils de son ami, une complète sincérité, la confiance en Dieu et la résolution de sacrifier tous les hiens, tous les plaisirs, tous les honneurs, sa vie même, plutôt que de résister à la volonté du ciel, une fois qu'elle est connue.
7" Ai -je fait sentir au jeune délibérant que toute absence de sincérité, toute-précipitation, toute légèreté, toute illusion qu'on se fait à soi-même dans le choix d'un état se condamnent et se punissent elles-mêmes sévèrement par les souflrances qui arrivent tôt ou tard? Chaque fois qu'il est venu me trouver, luiai-je gravé dans l'âme avec une clarté et une expression nou-
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velles cette doctrine importante, que la piété, la sincérité et la réflexion impartiale sont es conditions fondamentales de toute délibération raisonnable ?
8<» Ai-je surtout tâché de lui persuader que le degré de corruption morale où il est peut-être parvenu, ou que la conservation de son innocence, qui fait sa consolation, sont d'une influence décisive dans les motifs d'un choix raisonnable?
9** Ne suis-je pas peut-être le jouet de la supercherie de ce jeune homme? Ne délibère-t-il pas peut-être avec moi uniquement pour sauver les apparences, et pour que mon autorité le mette à Tabri des reproches de sa conscience -et de ses parents? Bien qu'il soit parfaitement décidé, ne montre-t-il pas peut-être de l'hésitation dans le but de me gagner à ses projets, et afin que j'appuie ses vues du poids de mon influen«e?
4 0° Après lui avoir représenté les avantages, les charges, les souffrances, les joies de chaque vocation, lui ai-je laissé sufTisamment de temps pour réfléchir ?
W Pendant le temps de la délibération, Fai-je exhorté à mettre un zèle tout particulier dans ses exercices de piété ?
12» IVIe suis-je habitué à ne point prendre de décision avant que Dieu lui-même n'ait décidé, ou plutôt ai-je hiissé Taff^aire indécise jusqu'à ce que le temps, qui décide tout, se soit prononce ?
Vf. -Comment il faut se conduire envers les personnes tristes et eu proie h une affliction extrême,! pour empêcher qu'elles ne tombent complètement dans le désespoir, et pour ramener l'espérance et la joie dans leur cœur?
QUAND IL s'agit DE GENS PAUVRES QUI SONT TENTÉS DE SE SUICIDER.
52. La solution fondamentale de cette question dépend des réponses courtes et précises qui seront faites à ces trois questions :
I. Comment le pasteur peut-il reconnaître l'état de désespoir où sont les malheureux qui l'entourent?
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II, Comment peut-il améliorer cet état, OU du moins empêcher lin mal extrême?
iir. Comment peut-il parer à de telles extrémités ?