CE QUI REND IMPROPRE A LA CONDUITE DES AMES
37 . Ce qui rend impropre à la conduite des âmes, c'est : Premièrement : La cupidité, qui ne craint pas de se cacher sous la chape et sous l'étole. L'amour des cadeaux fermera la bouche au ministre sacré de la vérité, et lui enlèvera le courage de dire avec saint Jean : « Gela ne vous est pas permis; » il livrera le prêtre au froid mépris de l'incrédulité, et lui ravira la confiance des fidèles ; il fera sentir d'une manière sensible à k race des esprits moqueurs, au milieu des gémissements des gens de bien, la contradiction qu'il y a entre ces paroles de Jésus- Christ : « Donnez gratuitement, puisque vous avez reçu gratuitement, » et la conduite intéressée de ses disciples qui vendent ce^qu'ils ont reçu gratuitement.
Deuxièmement : Le sentiment orgueilleux de sa propre habileté. Cet orgueil fait qu'on compte plus sur le grand nombre de pénitents qu'on ne s'occupe d'en soigner un petit nombre suivant leurs besoins. Cet orgueil dégénère en une jalousie mesquine de voir d'autres confesseurs avoir plus de pénitents que nous. Cet orgueil prend à tâche , soit en haussant les épaules, soit en blâmant ou en prenant une conduite opposée, d'enlever peu à peu leur crédit aux meilleurs ouvriers du ministère. De là des partis entre les pénitents, qui, comme quelques chrétiens d'autrefois, se font une gloire de dire : « Je vais chez Paul, mo chez Apollon, moi chez Céphas. »
Troisièmement : L'amour sensuel des pénitents , surtout de l'autre sexe. Il engendre, au confessionnal, une molle indulgence, une facilité dangereuse , et entretient, hors du confessionnal, une familiarité aussi nuisible au pénitent qu'au confesseur : au pénitent , parce qu'une fausse honte , ou plutôt le désir de passer pour meilleur qu'il n'est et la crainte de déplaire , lui font embellir ou taire le mal ; au confesseur, parce que le désir de plaii?e lui enlève le courage de donner de sérieux avertissements.
Quatrièmement : L'indifférence pour le bien spirituel des pénitents, indifférence qui peut avoir sa source dans une foule de motifs, par exemple : dans l'amour de l'étude privée , comme c'est le cas pour un petit nombre ; dans les préoccupations domestiques ou agricoles, comme c'est le cas pour un grand nombre ; dans l'amour des sociétés où l'on joue et où l'on se livre à la bonne chère, cas qui n'est pas des plus rares ; dans l'inintelligence de la sublimité de sa vocation, dans la paresse, etc. Cette froideur pour le bien spirituel des pénitents se révèle de bien des manières : i « Le confesseur considère les heures où il est appelé au confessionnal comme des heures de tourment, et s'il prête Toreille aux pénitents, c'est avec une expression visible de mauvaise humeur; car son cœur n'est pas entré avec lui dans le confessionnal ; 2^ la foule de ceux qui se présentent pour se confesser le rend impatient ; 3° il congédie ses pénitents après
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leur avoir adressé quelques courtes paroles ; 4° il préfère confier à des prêtres auxiliaires le devoir de répondre à la confiance de ses onailUes ; 5° il voit avec plaisir son peuple visiter, les jours de fêtes, les églises des couvents et des villes voisines, et chercher conseil auprès d'autres pasteurs ; 6° il renvoie en termes hrefs et pleins de dureté les malheureux qui viennent lui raconter leurs misères et leurs tentations pour trouver quelque allégement aux soufîrances de leur cœur ; 7° satisfait de la casuistique qu'il a étudiée dans quelque école , il ne se soucie nullement d'acquérir une connaissance plus profonde de Dieu et des hommes, et néglige de pénétrer dans le sanctuaire de la vie intime, de la vie de Dieu , qui renferme tous les secrets de la conduite des âmes ; 8° sitôt Tordination reçue, il met fin à ses études, pour ne les reprendre qu'à ces certains moments ou il faudra passer un examen devant un supérieur. /" 38, Si la cupidité, Torgueil, Tamour sensuel et Tindifférence pour le bien spirituel des péniients rendent le prêtre impropre à la conduite des âmes, les préjugés et les faux principes ne lui portent pas un moindre dommage. Ainsi, c'est un préjugé nuisible de croire qu'au confessionnal l'Écriture sainte n'est d'aucune application pour les gens de la campagne.
Il serait aisé de montrer cette erreur dans toute sa nudité, si son évidence ne brillait aux yeux de tous.
4° Le livre de la loi d'après laquelle le chrétien doit vivre est aussi par cela même le Corpus juris selon lequel sa conduite doit être jugée au confessionnal.
2® Si tous les prédicateurs chrétiens se font un devoir de gra-* ver, en chaire, l'esprit et le contenu de l'Écriture dans le cœur des fidèles , et de faire de la parole de la Bible une parole vi-vante, pourquoi cette parole de la Bible ne pourrait-elle pas devenir au confessionnal une parole vivifiante pour le peuple ? Si dans la bouche du prédicateur, la Bible devient le livre de l'inteUigence du peuple, pourquoi ne pourrait-elle pas devenir par la bouche du confesseur le livre de son cœur? Le cultivateur qui écoute le prédicateur n'est-il pas le même que celui qui,
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avant ou après le sermon, lui ouvre son cœur et prête Toreille à sa parole ?
3° Disons plutôt qu'au confessionnal la Bible, envisagée d'une certaine manière et méditée sous un certain point de vue, peut être appliquée avec plus d'avantages qu'en chaire. Car le prédicateur, parlant à une multitude, ne saurait dire précisément à chacun, dans son propre langage, ce qu'il pourrait lui dire en particulier, tandis que le confesseur ne s'occupant que d'une seule âme et connaissant son intérieur, peut y déposer précisément la doctrine dont elle a besoin dans la situation particulière où elle se trouve ; car la parole de Dieu s'adapte à tous les individus, à tous les temps, à toutes les nécessités,
4" Quant aux devoirs généralement reconnus du confesseur, ils consistent ; à juger, à instruire, à guérir. Or, quel est celui qui juge le plus sainement, de celui qui juge d'après l'esprit et le contenu de l'Écriture, ou de celui qui le fait d'après les principes élastiques d'un Compendium? Quel est celui qui enseigne le mieux, de celui qui puise dans la parole de Dieu les enseignements qu'il adresse aux hommes, ou de celui qui les emprunte à quelque théorie défectueuse ? Quel est celui qui guérit le plus sûrement, de celui qui, à l'exemple de Jésus, sait verser sur les blessures le baume de la sagesse divine, ou de celui qui les veut guérir avec les froides sentences de la philosophie ou de la théologie contemporaines ?
5° L'expérience des meilleurs pasteurs atteste qu'on peut faire au confessionnal le meilleur usage de l'Écriture sainte. Mais pour cela il ne faut pas se contenter d'en réciter quelques textes au pénitent, et le renvoyer sans les éclaircir ni les commenter. Ainsi, il ne suffît pas de dire à l'oreille d'un pécheur devenu malheureux par le vice de l'impureté, ce beau passage de saint Paul : « Vos corps senties membres de Jésus-Christ. Ne savezvous pas que vous êtes le temple de Dieu ? Vous avez été racheté à un prix élevé. » Il faut lui montrer la haute signification de ces paroles, lui dépeindre la digneté de l'homme, et ne point se reposer qu'il n'ait compris la différence qu'il y a entre ce
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qu'il est et ce qu'il doit être; qu'il ne demande le Rédempteur pour le délivrer de Tignominie et du tourment du péché^ pour le rétablir dans sa dignité primitive ; qu'il ne frappe sa poitrine, et, se confiant en la miséricorde de Tamour éternel, qu'il ne prenne la résolution et ne se sente le courage de lutter contre tous les attraits du mal.
ïl ne faut pas non plus se contenter d'expliquer le mot de la Bible ; il faut encore l'éclaircir dans la langue de chacun, lui donner une forme qui fasse impression sur son cœur, l'appliquer suivant les besoins de chacun. Au lieu de dire simplement à un individu accablé par la pauvreté, les soucis, la misère et la vieillesse : (c Prenez courage, tous les cheveux de votre tête sont comptés ; » je lui dirais , en développant cette pensée : « Mon cher ami! j'ai vraiment pitié de vous, et volontiers je mêlerais mes larmes aux vôtres, si par là je pouvais vous soulager. Mais, voyez ! en ne vous occupant sans cesse que de ce qui vous fait mal, de votre pauvreté, de vos soucis, de votre misère, vous ne laites qu'ajouter à vos souffrances. Au lieu de faire cela toujours, détournez-en au moins pour quelques instants vos regards, et apprenez du sein de votre pauvreté et de votre misère à élever vos regards jusqu'au ciel. C'est là qu'habite notre Père ; il regarde avec complaisance ses enfants bien-aimés, il compte toutes les gouttes de sueur qui tombent de votre front, il voit toutes les bonnes résolutions que vous prenez pour les endurer en patience; nulle goutte de sueur, nulle bonne pensée ne restera sans récompense. Ayez donc sérieusement à cœur défaire la volonté de notre Père qui est aux cieux, et il ne manquera pas certainement de s'intéresser à votre bonheur temporel et éternel. Il a compté tous les cheveux de votre tête, il s'occupe de tout ce qui vous concerne, si insignifiant que cela puisse être, et il vous prépare une éternité de bonheur. Oh! quelle immense consolation vous goûterez à votre lit de mort, quand cette parole retentira dans votre cœur : « Mon Dieu, vous m'avez envoyé bien des heures amères, mais les voilà toutes passées ; maintenant vous m'envoyez la plus amère et la plus terrible de
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toutes, mais elle passera aussi. Vous qui êtes mon Père, vous allez bientôt mettre fin à tant de misères et de tourments; bientôt j'irai auprès devons pour me réjouir éternellement de votre bonté. Car vous avez compté tous les cheveux de ma tête, à plus forte raison toutes les pieuses pensées que j'ai élevées vers vous, toutes les saintes aspirations que vous avez éveillées en moi. Vous êtes tout bonté et tout miséricorde, et depuis que vous m'avez donné votre Fils unique, je sais que vous m'avez tout donné avec lui, par conséquent aussi la vie éternelle. »