DIFFÉRENTS CONSEILS
71. 1° Atx découragés de la première classe, un sage confesseur cherche à inspirer de la confiance aux forces qu'ils ont déjà et à celles qu'ils recevront encore. J'attribue une grande valeur à ce remède. Si un grand nombre pèchent par une confiance excessive en leurs propres forces, d'autres pèchent parce qu'ils désespèrent de vaincre. Les forces que vous possédez de vous-même, dira le confesseur, vous pouvez toujours les considérer comme bien faibles, et même vous faites bien de les considérer ainsi ; mais la force qui vous vient de Dieu l'emporte sur toute la puissance ennemie qui combat contre vous. En voici un exemple entre mille : Quelqu'un avertissant son ami, enclin à la colère, de veiller sur cette passion et de la réprimer : « Il m'est impossible, répondit ce dernier, de changer mon tempérament ; ces instants orageux ne sont pas en mon pouvoir ; d'ailleurs je redeviens calme de suite. » — Son ami lui répondit : « Aussi longtemps que vous croirez qu'il vous est impossible de réprimer votre colère, il vous sera impossible de le faire ; dès que vous croirez, au contraire, que vqus pouvez vous vaincre, vous y réussirez. L'homme peut plus qu'il ne pense, et en Dieu il peut tout ce qu'il doit. Plus le tempé- Wê rament est ardent, plus la victoire est magnifique ; si la victoire était moins difficile, si aliène vous semblait pas impossible, la douceur ne serait pas une si belle vertu. La colère pourra vous surprendre une, deux, trois fois ; mais si vous y veillez sérieusement , ses surprises deviendr ont avec le
ThÉOL. t>A3T. II. 9
430 THÉOLOUIE PASTORALE.
temps de plus en plus rares. Usez chaque fois des forces que vous avez déjà, demandez-en de nouvelles ; en mettant cellesci à profit, et étant fidèle dans les petites choses, vous deviendrez un prodige de douceur. » L'ami suivit ce conseil, et en peu de temps, après hien des combats et des victoires, son ardeur emportée et sauvage se changea en un courage calme, tranquille et modéré. L'esprit de Jésus-Christ, voilà ce qui assujettit la nature, adoucit le tempérament ; voilà ce qui unit la simplicité de la colombe et la douceur de Tagneau, à la prudence du serpent et au courage du lion.
2" Aux découragés de la deuxième classe, le confesseur explique entre quatre yeux le grand évangile de la miséricorde divine.
a. Les miséricordes divines, leur dit-il, sont beaucoup plus grandes que les plus grands péchés, b, Ce qui affaiblit les miséricordes divines aux yeux du pécheur est cela même qui augmente les attraits du péché, et est pour ce motif souverainement dangereux, c, SU y avait quelque chose qui pût rendre le pécheur vraiment malheureux et Dieu souverainement petit, ce serait certainement cette pensée : « Mes péchés sont plus grands que les miséricordes divines. y>d, Dieu offre ses grâces à chacun; il suffit donc de les accepter, e, Dieu ne veut en aucun cas la mort du pécheur, pourvu que le pécheur veuille vivre, f, C'est parce que Dieu a aimé les hommes qu'il a sacrifié pour nous son Fils -, or, en nous donnant son Fils, il nous a tout donné, g. On ne demande qu'une seule chose au pécheur , c'est que le fils perdu veuille retourner à son père, mais le veuille de tout son cœur. Dieu le Père court à sa rencontre les bras ouverts, et veut le rétablir dans ses droits de fils. Cette volonté, mais volonté décisive, de retourner au Père, c'est la grâce de Dieu qui la prépare.
3° Quant aux découragés de la troisième classe, il faut leur montrer leur illusion. 11 faut leur faire bien comprendre ce qui peut les sauver, en leur disant que, quoique les pensées et les désirs soient déjà des péchés,il y a également de l'héroïsme à s'abstenir de l'acte malgré tous les efforts de la passion, malgré toutes les
THÉOLOGIE PASTORALE. -f3<
occasions de pécher^ en s'élevant jusqu'àDieu et jusqu'à Téternité sur les ailes de la foi toute-puissante^ et en foulant aux pieds tout ce qui est terrestre et profane.
Il faut leur faire sentir les effets propres aux mauvaises actions.
Le péché en action grave plus profondément dans Timagination les images et les désirs coupables, et par là il rend le corps plus apte/ plus disposé au péché. Il faut leur faire comprendre qu'il est toujours préférable de s'arrêter sur la voie du crime que de continuer à y marcher, et que si la forteresse est déjà prise^ il ne faut pas que les pensées abandonnent la défense du reste du pays.
4° Aux pusillanimes de la quatrième classe^ il faut leur faire comprendre que ce n'est pas sagesse de choisir une maladie parmi d'autres maladies, parce que la peste est toujours la peste : préserver son âme de toute contagion, voilà la vraie sagesse. L'un des traits les plus subtils de la sensualité^ c'est de savoir nous conduire insensiblement d'un moindre péché à un plus grave ; d'abord elle nous fait des propositions douces^ et ce n'est que longtemps après qu'elle nous montre le vice à découvert. Point de concordat avecle péché et Finjusticej il faut les détester sans réserves ; celui qui est assez fort pour se préserver du crime le sera aussi pour se garantir de fautes moins graves.
Au surplus^ le confesseur qui connaît la fragilité humaine, et qui sait que la nouvelle création de l'homme demande une intervention supérieure, n'attribuera pas trop de valeur à de simples représentations, et il ne croira pas avoir fait son devoir avant que la foi en Jésus-Christ et la prière intérieure aient pris une certaine consistance dans le pécheur.
§ VIT. — De la conduite du confesseur envers ceux qui marchent sur la voie royale de la régularité.
72. Il y a des hommes qui n'ont commis aucun de ces péchés terribles pour lesquels ils puissent être traînés devant le tribunal de l'autorité, et qui, même en ce qui concerne les devoirs de la conscience, ne se sont rendus coupables d'aucune faute grossière. Ils ne sont point cruels envers le prochain, assistent à Tofûce
divin et jouissent de la réputation de gens qui ont une vie réglée.
Ces sortes de chrétiens, le confesseur les introduit dans leur propre cœur, et leur ouvre le sanctuaire de la religion chrétienne. « Il ne suffit pas à des chrétiens de ne se sentir coupables d^aucune faute grave, d'aucun péché proprement dit. L'égoïsme est un péché qui nous est commun à tous ; il le faut combattre dans toutes ses manifestations, l'attaquer dans toutes ses racines. Il n'y a de vraiment chrétien aux yeux de Dieu que celui qui est oint de l'esprit de Jésus-Christ, il n'y a de vraie justice aux yeux de Dieu que la nouvelle créature, la foi vivante, active dans la pure charité, féconde en bonnes œuvres et qui persévère patiemment jusqu'à la fin, qui maintient son corps dans J'assujettissement continuel de l'esprit, et l'esprit dans l'obéissance continuelle envers Dieu. Voilà celui qu'on nomme disciple de Jésus-Christ. La vraie adoration de Dieu transforme en temple d'abord le cœur, puis la maison et ensuite la vie publique de l'homme, enfin elle se manifeste et se vivifie dans les temples des chrétiens. Ce ne sont ni les allures du monde, ni les habitudes delà société, ni les jugements de la foule, mais l'Évangile qui doit être notre modèle, Jésus-Christ qui doit être notre exemplaire, son esprit notre guide ; c'est la charité sainte, qui a son fondement en Dieu, et qui s'est immolée pour les hommes, qui doit être notre loi. »
Ces pensées , présentées d'après le degré d'intelligence , les besoins, la position; la vocation, l'état moral du pénitent, et reproduites incessamment sous toutes les formes, feront progresser de plus en plus le chrétien dans la vraie connaissance de Dieu et de Jésus-Christ, qui est la véritable vie éternelle {Jean y xvii, U).
§ VIII. — De la conduite du confesseur envers les enfants.
73. Par rapport aux doctrines fondamentales qui concernent les parents et les enfants [Enseignement p^r^'^', chap. II, § 1), le peu que nous mentionnerons ici sera adapté au but que nous nous proposons.
Ce qu'une mère pieuse opère dans Tâme de Tenfant avec la triple force de Tamour, de Texemple et de la parole, le directeur de la conscience le reproduit en lui communiquant une vigueur nouvelle.
10 Obéissance envers les parents et quiconque tient leur place. Oh! mon cher enfant, vous ne savez pas combien cette obéissance est bonne, belle et salutaire ; mais vos parents le savent. Dieu qui les a créés, eux et vous, veut que. les parents commandent et que les enfants obéissent. Dieu voit et récompensera votre obéissance, de même qu'il voit votre désobéissance et la punira : tout entêtement est un péché. Obéir au premier geste des parents, et n'attendre pas même qu'ils aient parlé, voilà ce qui est agréable à Dieu . Vous trouverez Dieu dans vos parents, quand vous leur obéirez.
2° Sincérité dans les paroles. Le mensonge est encore plus honteux que Tentltement; quand vous avouez sincèrement votre faute et promettez de vous en corriger, elle vous est déjà pardonnée. La sincérité suffit à elle seule pour réparer la faute. Mais quand vous y ajoutez le mensonge, vous manquez gravement ; peu à peu vous vous habituerez à mentir; le monde, remarquant que vous aimez le mensonge, vous méprisera, et Ton dira partout : « Ne le croyez pas, c'est un menteur. » Mais, outre que la honte attend le menteur, le bon Dieu déteste souverainement le mensonge et le punit de mille manières.
3° La pudeur, la modestie, la douceur, jointes à la gaieté et à la vivacité du jeune âge. « Restez volontiers sous les yeux de vos parents, ils ne vous défendront pas ce qui est bien ; et quant au mal, nul homme ne peut vous le permettre. La rue et les enfants qui courent les rues n'apprennent rien de bon. »
4** La charité, la bienveillance, l'affabilité^ la compassion envers les frères et sœurs, les personnes de la maison, les voisins, le malheureux. La grossièreté, une conduite impérieuse et hautaine , l'esprit de domination , les airs d'indépendance et de présomption, la dureté, une fierté arrogante envers les autres, un caractère murmurateur, etc. déshonorent le jeune âge et
ruinent l'âme candide et innocente. Le confesseur a donc beaucoup à faire s'il veut enlever le sol et le terrain à cette mauvaise herbe.
5" Le commencement j le milieu et la fin de toute éducation de l'enfant. Crainte tiliale par rapport à Dieu^, et amour tendre par rapport à Jésus-Christ : c( Voyez, mon enfant, de même que vous avez un père qui vous chérit, de même il y en a un autre qui vous aime, vous et tous les hommes; car c'est lui qui nous a donné la vie et tout ce que nous possédons. Ce père s'appelle « le Père des » hommes, le Père céleste ; » il aime tout particulièrement les enfants qui obéissent à leurs parents, qui disent sincèrement ce qu'ils ont sur le cœur, qui sont doux, soumis etlaborieux, qui pensent volontiers à lui et font ce qui lui plaît. Son Fils Jésus-Chritvt n'aime pas moins les enfants que son Père; or, puisque vous aimez le Père céleste, vous devez aussi aimer Jésus-Christ. »
6» Un sage confesseur ne se contente pas de recommander aux enfants la simplicité filiale, qui a son couronnement dans la piété envers Dieu, et dans l'amour et la reconnaissance envers Jésus-Christ; il profite encore de toutes les occasions pour les rendre attentifs aux premiers symptômes du mal qui se manifestent en eux; il leur apprend à connaître le Sauveur Jésus - Christ, à lui demander la force de vaincre, de combattre et de triompher dans la prière.
Les enfants ont besoin du Sauveur aussi bien que nous ; car le péché existe en eux comme en nous, et comme nous ils n'ont d'autre moyen de le vaincre que la foi, qui a vaincu le monde, et i|ui pour ce motif est le triomphateur de tout péché.
Il est ridicule de ne vouloir fonder le royaume de Dieu dans les enfants que lorsqu'ils sont déjà avancés en âge, puisque leur simplicité enfantine les rend éminemment propres à devenir les candidats du royaume de Dieu, et que partout où ne règne pas le bien, le mal prédomine nécessairement.
Il est vrai de dire que, pour les enfants aussi , l'heure du salut ne sonne que lorsque, sentant que le mal, Fentêtement, la vanité, la joie maligne s'agitent dans leur cœur, ils disent à
THÉOLOGIE PASTORALE. >f35
Jésus-Christ en toute humilité et confiance : « Seigneur, aideznous à vaincre, » et que, combattant avec la force que leur donne la foi, ils triomphent réellement du péché.
§ IX. — De la conduite du confesseur envers ceux qui n'accusent que
des péchés extérieurs.
74. Le peuple, soit des campagnes, soit des villes, ne s'accuse bien souvent que des péchés extérieurs, tels que : « J'ai blasphémé en travaillant^ j'ai proféré tel jurement, j'ai souhaité de mourir. »
Ce cas se présente dans presque dans toutes les confessions, surtout quand le pénitent apassé ce qu'on nomme la fleur de l'âge. Quantité de médecins le congédient lestement par ce procédé thérapeutique : « Il ne faut plus proférer de telles paroles; pour votre pénitence vous réciterez dix Pater. »
Or, cela s'appelle renvoyer son pénitent et non le guérir; car il résulte d'une telle confession, a, que le pénitent ne voit pas la source de ses discours, bien que cette source soit dans son cœur; b, qu'il ne reçoit aucun moyen pour tarir cette source; c, qu'il ne connaît ni le christianisme, qui est la justice, la paix et la joie dans le Saint-Esprit, ni le premier de tous les devoirs, qui consiste à aimer Dieu par-dessus toutes choses.
Le confesseur n'a donc rien de mieux à faire que de rendre le pénitent attentif à ses péchés extérieurs, et de lui montrer comment on peut, par la vertu toute-puissante de la foi en Dieu, triompher de ces péchés intérieurs, et faire de la transformation de son cœur sa principale occupation.