Voici donc ce qu'il- dira au pénitent
Premièrement. Vous vous confessez toujours d'avoir blasphémé, juré, etc. dans vos relations avec vos semblables et pendant vos travaux. Or, savez-vous comment il se fait que ces blasphèmes et ces jurements vous viennent toujours à la bouche? — Le voici, écoutez-bien ! Cela vient de ce que tout n'est pas en règle dans votre cœur ; car si votre cœur était bon et pur, vos paroles le seraient aussi. Si, dans votre cœur vous n'aviez ni im-
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patience, ni envie, ni inimitié contre votre ennemi ; si vous n'éprouviez aucun déplaisir dans vos travaux, il ne vous échapperait jamais aucune parole d'impatience, d'inimitié, d^envie, ni aucun jurement pendant votre travail. Or, savez- vous comment il se fait que vous avez de tels propos à la bouche? — C'est que le vice est dans votre cœur, que le péché habite en vous. Deuxièmement, Maintenant je vais vous dire comment il faut vous y prendre pour ne plus proférer ces paroles d'impatience, d'envie, etc. Pour cela, je vous fournirai surtout trois moyens. Voici le premier : Dès que vous sentirez en vous quelques désirs d'impatience, de colère, de tristesse, ne négligez pas d'opposer aussitôt à cette pensée ou à ce désir quelque vérité énergique, telle que celle-ci : « A quoi servent Tenvie, l'impatience, la colère ? tout cela, au lieu de me rendre meilleur, me rend encore plus méchant. Ce que Dieu m'a défendu, personne ne peut me le permettre; ce que Dieu a défendu est mauvais, et "le mal ne saurait jamais rendre heureux. Blasphémer, jurer, entrer en fureur, se fâcher sont chose facile ; souffrir paisiblement, travailler en patience parce que c'est la volonté de Dieu, souffrir en vue de Jésus-Christ, voilà ce qui est méritoire, ce qui rend agréable au Seigneur, ce dont je me réjouirai encore au moment de la mort. » — Voici le second moyen : Afin que ces bonnes pensées vous reviennent à l'esprit dans le cas où vous seriez encore porté à être impatient, à jurer, etc., méditez dévotement et attentivement dans votre cœur cette vérité de la religion : « La volonté de Dieu est que je sois laborieux, patient et doux; le royaume de Dieu vaut bien la peine que je me fasse violence pour remplir mes devoirs; Dieu, Jésus-Christ, les anges me voient et se réjouissent quand je surmonte cette tentation d'impatience, etc. Point de vertu sans combat; avec Dieu je puis vaincre tous les attraits du péché; ce que les saints ont fait pour Jésus-Christ, je puis le faire aussi. » Fuyez avec soin les occasions où vous avez coutume de pécher ; renouvelez la résolution de ne plus le faire, et cette résolution, fortifiez-la par la prière. — Voici le troisième moyen : Dès que, contrairement à votre
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résolution, il vous sera échappé une parole d'impatience, de colère, entrez aussitôt en compte sévère avec vous-même^ reconnaissez votre faiblesse devant Dieu et devant votre conscience, déplorez votre faute, et imposez-vous, vous-même, une légère pénitence, plein de confiance en Jésus- Christ qui peut effacer les péchés, qui vous donnera la force de continuer votre chemin avec une résolution et une énergie nouvelles.
76. Parmi les formules de blasphèmes et de jurements, les plus communes sont celles qui concernent les sacrements et qu'on énonce des milliers de fois sans y rien ajouter. Dans ces sortes de jurements le confesseur doit distinguer :
a. L'impatience, la colère et la grossièreté de l'esprit qui les prononce ;
b. Le sot orgueil, qui se figure que c'est quelque chose de grand que de savoir jurer;
c. La profanation de la chose sainte qu'énonce le jugement^
d. Le scandale des faibles et l'affliction des bons, qui les entendent ;
e.. La puissance de l'habitude, qui ne laisse pas le temps de réfléchir :
Autant de motifs suffisants pour faire prendre au pénitent la résolution d'arriver à maîtriser sa langue en commençant par maîtriser son- cœur. Le confesseur lui fera aussi comprendre combien il est difficile de remplacer une mauvaise habitude par une bonne, et qu'ici, comme partout, le salut doit avoir son point de départ dans la prière, dans la puissance de la foi, et dans la vigilance de l'esprit.
§ X. — De la conduite du confesseur envers ceux qui ont fait toute espèce de promesses.
77. Plus d'un ignorant raconte au confessionnal qu'il a fait toute espèce de vœux, et il demande ce qu'il doit faire : « J'étais malade, dit-il, je soufi'rais de grandes douleurs aux pi-eds; or, j'ai promis que si je recouvrais la santé, j'offrirais sur l'autel deux jambes de cire ; que j'irais trois fois, en me traînant, à la première église de pèlerinage ; que je visiterais une chapelle trois vendredis ; que je jeûnerais trois vendredis de suite. »
Ces promesses témoignent manifestement crime grande ignorance; elles prouvent au confesseur qu'il y a pour lui nécessité de donner au pénitent des idées plus saines, et d'imprimer à sa piété une direction nouvelle. Voici ce qu'il pourrait lui dire : « Au lieu d'offrir sur l'autel des jambes de cire, donnez aux pieds nus des enfants de votre village des bas et des souliers, afin qu'ils puissent sortir en hiver et aller à l'école; car il est écrit : « J'ai été nu, et vous m'aVez revêtu. » Jésus considère comme fait à Jui-même tout ce que nous donnons aux pauvres. Jésus sur l'autel n'a pas besoin de jambes de cire ; mais Jésus, dans la personne des pauvres, a besoin d'être abrité contre le froid. Au lieu d'aller trois fois, en vous traînant, à un pèlerinage voisin, au grand divertissement du monde, de ramper trois fois autour de l'église, surveillez vos domestiques, vos fils et vos filles, quand ils travaillent dans les champs, dans la forêt, chez vous, et voyez s'ils se comportent avec décence et honneur ; faites en sorte que le dimanche ils assistent assiduement au sermon et au catéchisme; car il est écrit : « Celui qui n'a pas soin de ceux de sa maison, est pire qu'un païen. » Au lieu d'aller le vendredi visiter une chapelle lointaine, envoyez quelque chose à manger à votre pauvre voisine qui n'a point de soupe chaude ; ou bien, allez visiter et consoler ce vieillard malade de votre village ; car il est écrit : « J'ai été malade, et vous m'avez visité ; j'ai eu faim, et vous m'avez rassasié. » Au lieu de vous afiaiblir le vendredi par un jeûne austère au milieu de vos rudes travaux, abstenez-vous trois dimanches de suite de fréquenter l'auberge; restez à la maison , près de votre femme et de vos enfants, et examinez s'ils ont été laborieux, studieux, etc. »
Cet exemple montre aux directeurs des consciences sur quoi doit se porter leur attention s'ils veulent donner aux promesses de ces bonnes âmes une direction meilleure ; elle doit se porter :
^'^ Sur le changement de Hutérieur ;
2^ Sur l'observation exacte des devoirs de la vocation ;
3° Sur les nécessités pressantes des autres hommes ;
4<> Sur les vérités fondamentales de la religion, sur la charité, la piété.
PREMIER APPENDICE