DES PÉNITENCES QUE LES CONFESSEURS IMPOSENT AUX PÉNITENTS
78. Tonte pénitence ne doit avoir d'autre but que le salut éternel du pénitent. Car si TÉglise tout entière, et par conséquent Tinstitution de la confession ne saurait avoir de mission ni plus sublime ni moins élevée que celle de travailler au salut éternel du genre buniain, il faut en dire autant des pénitences qu'impose le confesseur. « L'esprit de Fensemble doit se manifester dans chacune de ses parties. »
79. Or, les pénitences ne peuvent contribuer au salut éternel du pénitent qu'autant :
Premièrement. Qu'elles combattent, étouffent et anéantissent complètement les penchants subsistants ou renaissants du cœur pour les péchés déjà commis ;
Deuxièmement. Qu'autant qu'elles combattent tout attachement nouveau pour un objet quelconque qui éloigne de Dieu ;
Troisièmement. Qu'autant qu'elles favorisent le développement des germes de la vertu vivifiés par le sacrement.
Et tout cela, elles ne le peuvent, qu'autant que la volonté de l'homme apprend ou a appris à coopérer activement à la grâce de Jésus-Christ, et à la garder fidèlement.
80. Que ce soit là le but de toutes les pénitences, c'est ce dont est convaincu quiconque se fait une juste idée de la satisfaction. Car c'est seulement alors qu'on a satisfait à la justice, c'est-à-dire à tout ce que l'amour éternel réclame du nouveau converti, quand le cœur, après avoir retrouvé son Dieu, se débarrasse entièrement des péchés d'une vie antérieure, se préserve à l'avenir de nouveaux péchés, s'affermit dans ses nouvelles résolutions, et qu'ainsi le salut du nouveau converti est assuré autant qu'il peut l'être.
81 . Que ce soit là Tesprit de toute pénitence, les documents de la révélation nous le font assez clairement comprendre ; car s'ils attribuent au Saint-Esprit, qui est un esprit sanctificateur, l'œuvre tout entière de la conversion de Vhomme, s'ils proclament sans cesse que c'est Jésus-Christ seul qui nous dispense la grâce, la rémission des péchés et la vie éternelle, ils ne parlent pas avec moins de clarté et de précision de l'amour et de la reconnaissance du pécheur réconcilié, et demandent comme la plus grande marque de cet amour et de cette reconnaissance, que tous ceux qui ont trouvé leur salut en Jésus-Christ leur Sauveur, ne vivent plus désormais que pour celui qui est mort pour eux.
Toutes les demandes que la justice éternelle fait au nouveau converti se résument donc dans cette parole de l'Écriture :
Aimez celui qui vous a aimé le premier ;
Vivez pour celui qui est mort pour vous.
Ainsi donc, toutes les pénitences que l'on peut raisonnablement imposer au pénitent ne doivent tendre à rien moins qu'à exercer et affermir de plus en plus sa volonté renouvelée pour le bien, dans l'amour, dans la reconnaissance et dans la résolution de vivre tout entier pour celui qui est mort pour nous. Or, celui qui porte en lui-même la flamaie de J'amour et de la reconnaissance ; celui qui a le courage de vivre pour celui qui est mort pour lui, celui-là, tout en veillant constamment sur son intérieur, ne néglige pas de réprimer tout nouveau soulèvement du mal vaincu, de se préserver de tout attachement nouveau pour quelque objet défendu que ce soit, et de manifester dans sa vie toutes ses bonnes résolutions. Et en revanche, quiconque étouffe les nouvelles excitations du mal déjà vaincu, se préserve de tout attachement aux choses illicites, transforme en acte toute bonne résolution, celui-là ne vit plus manifestement que pour celui qui est mort pour lui, et ne laisse pas s'éteindre en lui le feu de l'amour et de la reconnaissance.
82. Que ce soit là l'esprit de toute pénitence, c'est ce qui résulte de cette doctrine formulée par le concile de Trente : Procul
dubio enim magnopere a peccato r^evocant^ et quasi freno quodam coercent hœ satïsfactoriœ pœnœ, caiitioresque et vigilantiores in futurum pœni tentes efficiunt : medentur quoque peccatorum reliquiis, et vitiosos habitas maie vivendo comparâtes contrariis virtutum actionibus tollunt (Sess. XIV. cap. 8).
Ces courtes paroles énoncent sous la forme la plus précise les trois parties constitutives de toute pénitence. Elles effacent les restes de la mauvaise inclination, medentur peccatorum reliquiisy et elles sont comme un frein qui tient éloigné du péché, a peccato revocant , et quasi freno quodam coercent. Deuxièmement, elles rendent les pénitents plus attentifs et plus vigilants à Favenir, cautiores et vigilatitiores in futurum pœnitentes efficiunt. Troisièmement, elles font passer dans la conduite et dans les actes les pieuses résoliftions, vitiosos habitus maie vivendo comparatos conlrariis virtutum actionibus tollunt.
83. Assurer le salut éternel, tel est donc Tesprit de toute pénitence. Nous purifier complètement de nos anciens péchés, et par cette purification, nous approcher de plus en plus de la sainteté, tel est Tes prit de toute pénitence.
84. Cet esprit de la pénitence une fois connu, on en connaît par là même les propriétés, la valeur et Fexcellence.
85. Mais on ne saurait se purifier complètement de ses anciens péchés, ni se préserver d'en commettre de nouveaux, ni vivifier dans son cœur les germes de la vertu, sans Fexpérience vivante des doctrines fondamentales de la religion. « Dieu existe; il n'y a qu'un seul Dieu; Dieu est TAmour; Dieu voit et pénètre de toute Téternité le cœur des hommes; Dieu est la Justice éternelle ; Dieu veut que tous les hommes soient sauvés; il a des récompenses et des châtiments pour tous; celui qui veut s'approcher de Dieu doit croire qu'il est, et qu'il récompense ceux qui le cherchent; il n'y a point de salut dans un nom autre que celui de Jésus-Christ. »
ISi Dieu en Jésus-Christ était toujours présent à l'âme chrétienne, elle se débarrasserait en sa présence de tout ce qui l'a souillée; elle se mettrait de plus en plus en garde contre de
nouvelles souillures ; les germes de la vertu, vivifiés par ce soleil, se développeraient de plus en plus, et les fleurs comme les fruits arriveraient en leur temps.
Croire en Dieu ne signifie rien autre chose que se représenter constamment ses desseins, sa volonté, son royaume.
Celui qui croit se représente les conseils éternels, la volonté sainte et le royaume bienheureux de Dieu, afin que son cœur apprenne à aimer, à espérer, à obéir : à aimer Famour qui se révèle dans les conseils et dans leur exécution, à espérer le royaume qui est tout félicité, et à obéir à la volonté qui est toute sainteté.
Ainsi donc, pour que les pénitences atteignent leur but, il faut qu'elles aident le pénitent à se figurer constamment et d'une manière vivante, qu'il est en présence de Dieu.
86. Cette aptitude du pénitent à se représenter les conseils éternels, la volonté sainte, et le royaume bienheureux de Dieu est donc la qualité essentielle et universelle de toute pénitence qu'un sage confesseur peut imposer à un pécheur.
Exciter, vivifier, fortifier la foi en Dieu et en Jésus-Christ, au point de la rendre active dans la charité et heureuse dans Tespérance, tel est l'objet de toute pénitence.
Ce sera donc en vain que vous prescrirez au pénitent des exercices de prières, des mortifications corporelles , ou même l'un et l'autre à la fois : sa raison ne les reconnaîtra comme utiles qu'autant qu'ils exerceront et fortifieront en lui la foi en Dieu et en Jésus-Christ, et, par la foi, les sentiments d'amour, d'humilité, de confi-ance, de reconnaissance, d'obéissance, de soumission, d'abnégation, etc.; qu'autant qu'ils favoriseront le progrès de la sainteté et assureront le salut éternel.
87. Outre ce caractère essentiel et commun à toute pénitence, elle doit avoir encore certaines qualités spéciales, afin qu'elle s'adapte :