‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 54 sur 172 · I. A la nature du péché · texte numérisé non relu

I. A la nature du péché

u. A la force de l'habitude,

m. Et à toute la situation morale du pénitent,

Afin que; sous ce triple rapport, elle puisse arriver à prédominer sur toute la force du péché et la fragilité du pécheur. Gomment, en effet, la pénitence atteindrait-elle son but grandiose, si comme médecine elle ne possédait pas une vertu supérieure à tous les obstacles de la santé et à toute la puissance de la maladie ?

Cette force supérieure, il faut qu'elle soit réellement supérieure, c'est-à-dire plus forte que tous les attraits du péchéj plus forte que la force de Thabitude, plus forte que tout ce qui, dans rét-at et dans Fentourage du pécheur, peut entraver son retour vers Dieu.

En ce qui concerne la nature du péché, la pénitence doit être un véritable contre-poison.

Ainsi, on prescrit à Tavare une somme fixe d'argent à donner en aumône aux pauvres; au buveur, une certaine mesure qu'il ne devra pas dépasser.

Donner cinq francs à un pauvre semble plus pénible à l'avare que n'importe quelle prière orale, que toute espèce de jeune, si long qu'il soit; car l'un et l'autre lui épargneraient son argent, ce qui est pour lui l'essentiel. Par contre, le jeûne, c'està-dire une juste mesure dans le boire, produit plus d'effet sur le buveur que toutes les aumônes possibles. J'ai dit une certaine aumône fixe, etc.; car si on laisse à l'avare la liberté de déterminer ce qu'il donnera aux pauvres, et au buveur la limite où il s'arrêtera, il est certain qu'ils ne contrarieront pas leur passion.

Souvent aussi il peut être utile de punir le sens qui a commis le péché extérieur.

Un honnête cultivateur me raconta un jour comment il s'était déshabitué de blasphémer et de jurer. Son confesseur lui avait donné entre autres pénitences celle de baiser la terre, chaque fois qu'il lui échapperait un blasphème ou un jurement. Or, quand il se trouvait près de son voisin, il lui arrivait parfois de tomber dans sa mauvaise habitude. Gomme il rougissait de baiser la terre, le souvenir de sa pénitence le mettait sur ses gardes, et il parvint peu à peu, à force de vigilance, à se débarrasser de sa mauvaise habitude.

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Seulement, je dirai en passant :

i° Qu'une telle pénitence ne doit jamais être seule;

2° Qu'elle ne doit jamais être la première, mais qu'elle doit être précédée de la méditation sur les vérités de la religion, qui est la qualité première et fondamentale de toute pénitence ;

30 Enfin, qu'il ne la faut employer qu'avec de grandes précautions, un sage discernement et seulement pour certains individus, et contre certaines habitudes particulières.

Si un sage confesseur fait attention à la nature du péché, il ne néglige pas de prendre en considération la force de l'habitude ; car l'habitude fortifie l'attrait du péché, et une mauvaise habitude ne saurait être détruite que par une habitude contraire. Celui qui a vieilli au service du péché en porte les chaînes à ses pieds. Gomment soutenir la lutte avec un péché qui a grandi avec nous, qui est devenu l'âme de notre âme, si la volonté retrempée ne produit en quelque sorte une seconde âme fortifiée par l'exercice de la prière, par la fidélité dans les petites choses ; si cette volonté ne se retrempe journellement et à tout instant par la fidélité dans les petites choses ; si «les habitudes du vieil homme ne sont efîacées par un rajeunissement continuel de l'esprit et remplacées par les habitudes de l'homme nouveau?

Quelques médecins inintelligents ont pris le nombre des péchés comme base unique de leur médication, et, se réglant plutôt sur Tarithmélique que sur la médecine spirituelle, à cinq péchés mortels il ont opposé cinq rosaires. Or, la prière orale sans la prière intérieure, qui est proprement la prière du cœur et de Tâme, n'a absolument aucune valeur, notamment quand il s'agit de vaincre de mauvaises habitudes.

Outre la nature du péché et la force de l'habitude, le confesseur aura aussi égard à la situation générale du pénitent et à sa position extérieure, s'il veut que la pénitence qu'il imposera atteigne son but. Pour nous contenter d'une remarque, nous dirons seulement que partout où règne le péché, l'imagination est dépravée, et qu'une imagination dépravée et remplie des images du péché ne peut se représenter que les peintures sédui^

santés du péché. L'homme nouveau, que le confesseur veut former^ devra donc être exercé à Tappréhension et à la conservation des choses divines, s'il veut être en état d'opposer aux images séduisantes du mal la vertu triomphante du bien. Il faudra donc qu'il saisisse la vie éternelle, et qu'il fasse de la parole de Dieu un bouclier pour se défendre contre la mort et l'enfer, et repousser leurs attaques.

88. D'après ces considérations, voici quels sont les exercices les plus salutaires contre les péchés d'habitude.

I. Le matin, dès que vous vous réveillez, méditez sérieusement que Dieu est l'amour éternel, que Jésus-Christ est votre salut, que le Saint-Esprit est votre lumière et votre consolation, que c'est lui qui vous excite à la vertu, qu'il est le gage de toute sainteté; que les promesses que vous lui avez faites lors de votre retour à Dieu, il vous faut de nouveau les remplir en toute fidélité; que vous n'éviterez jamais la présence de Dieu, qu'on ne saurait vaincre la tentation au péché que par la prière, la vigilance et le combat ; qu'il n'y a point sur la terre de joie sans mélange en dehors de celles d'une bonne conscience et d'un cœur pur ; que la justice éternelle vous demandera compte de toute parole inutile, etc.; et prenez devant Dieu, en toute humilité et confiance , la résolution d'avoir toujours sa volonté devant les yeux, de résister sur-le-champ, énergiquement et avec persévérance, aux charmes du péché, et de passer toute la journée de telle sorte qu'on puisse découvrir en vous l'image de Jésus- Christ, et que votre vie soit le reflet de la sienne.

II. Dans le courant de la journée, au milieu de votre travail, dans vos relations avec le prochain, etc., élevez de nouveau votre cœur vers Jésus-Christ; renouvelez devant Dieu la résolution que vous avez'prise le matin, et implorez l'assistance du Saint- Esprit, qui donne le courage de combattre, et la victoire après le combat. Car ce qu'est la vie du corps sans la respiration, la vie de l'âme l'est sans la prière.

III. Mais surtout, dès les premiers instants de la tentation, élevez, plein de foi et de confiance, vos regards vers Dieu; arra-

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chez- VOUS tout entier aux images du péché^et transportez-vous dans un élément opposé;, qui est l'élément divin : allez-y avec confiance, et demeurez-y avec amour.

IV. Et afin que cette élévation vers Dieu et cette victoire vous deviennent plus faciles, et en quelque sorte naturelles, exercezvous journellement, le dimanche surtout, à la méditation sérieuse de ce que les saintes Écritures et autres ouvrages de piété nous présentent comme la chose la plus importante.

Remarque. Ici, le confesseur devrait posséder , sous la forme d^un petit manuel, un court abrégé de la sagesse, pour les pénitents , qu'il donnerait à quiconque lui aurait ouvert son cœur et sa conscience. Comme je ne connais encore aucun livre de ce genre à Tusage des pécheurs qui veulent devenir meilleurs , je me permettrai d'indiquer quels devraient en être le contenu et Tesprit.

DEUXIÈME APPENDICE

i?R0JET d'un petit MANUEL POUR LES PÉNITENTS QUI VEULENT DEVENIR MEILLEURS.

Si VOUS voulez, cher lecteur (laissez-moi parler directement à votre cœur), si voulez devenir un homme nouveau , un pieux chrétien, il faut, avant tout, que vous ayez la volonté de connaître tout à la fois et votre misère, et le Sauveur qui veut vous en délivrer, et la seule manière dont il le veut.

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