‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 72 sur 172 · Quelques-uns sont tourmentés jusqu'au désespoir sur le · texte numérisé non relu

Quelques-uns sont tourmentés jusqu'au désespoir sur le

genre de mort, terrible et douloureuse, qui les attend. «Mourir du charbon, être étouffé, quel supplice ! » A ceux-là je leur disais : Qu'étant conduits par la main de Dieu, nous n'avions rien à craindre ; que c'était cette main qui nous avait fait sortir heureusement du sein de notre mère, elle qui jusqu'ici nous avait dirigés à travers le chemin de la vie, et accompagnés jusqu'à ce lit de douleur; que c'était elle encore qui nous montrerait le chemin de l'éternité; que Jésus -Christ, qui était mort sur la croix , avait su de là trouver le chemin qui conduit au trône de Dieu; que les glorieux martyrs de Jésus-Christ étaient sortis de ce monde au milieu des plus affreux tourments , et pourtant avec la plus grande sérénité d'esprit, et je les tranquillisais par ces mots : « L'amour de Jésus-Christ peut tout surmonter : ne vous inquiétez pas avant le temps ; quand l'heure arrivera, la force viendra avec elle. »

43. Quant à ceux qui sont sujets à l'hémorragie, à l'hydropisie, etc., il faut les exciter de bonne heure et avec un soin particulier, à faire l'entier sacrifice d'eux-mêmes, et à se soumettre pleinement à la volonté de Dieu. On peut aussi leur dire d'avance : Dieu sait comment chacun de nous mourra. Dieu n'aime pas moins celui qui meurt en répandant son sang que celui qui s'endort doucement ; l'essentiel est qu'ils s'attachent à lui de tout leur cœur; que leur corps périsse de telle ou telle manière, leur âme n'arrivera pas moins auprès de Dieu. Jésus-Christ consolait et fortifiait tout ceux qui croyaient en lui et l'aimaient de tout leur cœur, quel que fût leur genre de mort.

44. Cependant, il peut se présenter des cas qui rendent impossible toute préparation de cette espèce ; car souvent le mal que prévoit l'imagination tourmente plus que la réalité.. « La nécessité et Dieu, dit le proverbe, trouvent partout un remède. »

45. Les malades qui aperçoivent dans leur passé beaucoup et de grands péchés, sont, même après une conversion sincère, tourmentés, au milieu de leurs longues et pénibles souffrances, par de sinistres pensées. « Dieu, se disent-ils, punit trop sévère-

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ment ; Dieu m'a complètement abandonné : pourquoi ne m'at-il pas préservé de cette chute ? Maintenant toutes les menaces de mon confesseur s'accomplissent. »

Ces images lugubres viennent d'une instruction moitié incomplète, moitié fausse. Cette instruction peut, il est vrai^ facilement se réparer. Si Dieu se montre tel dans tout ce qu'il fait, si Dieu est amour, il s'ensuit que la justice éternelle est aussi l'amour éternel : il n'y a que les hommes qui puissent punir trop sévèrement; Dieu ne le peut. Les hommes peuvent s'oublier les uns les autres, mais Dieu ne saurait nous oublier : celui que Dieu laisse tomber, il le relève pour se l'attacher plus étroitement. Dieu, il est vrai, ne saurait changer le bien en mal, mais du mal il peut faire jaillir le bien. La rémission complète de nos péchés nous est offerte par Jésus-Christ ; il suffit que nous l'acceptions, que nous nous abandonnions à* ses miséricordes et que nous détestions le péché de tout notre cœur.

Sans doute , ces idées consolantes ne trouvent pas toujours un libre accès, et surtout ne parviennent pas toujours à prédominer dans une âme qui est obligée de combattre avec la douleur et qui est obsédée de représentations sinistres profondément enracinées dans l'esprit. Pourtant, puisque l'Évangile est doué d'une vertu divine et que le bras du Seigneur n'est point raccourci, servez -vous de ce que vous avez, et demandez ce que vous n'avez pas encore.

46. Chez ceux qui ont encore sur le cœur quelques péchés secrets, non confessés et non regrettés, régnent la crainte et le défaut de confiance. Ceux-là s'entendent quelquefois admirablement à embellir leurs craintes: «Le Christ, disent-ils, les apôtres craignaient aussi ; je vais seul quitter le monde, et pour aller où? Dieu se montre déjà envers moi comme un juge irrité, puisqu'il me fait tant souffrir. »

Ici, il faut attaquer le mal par sa racine, et le malade par

l'esprit et par le corps; il faut l'exciter à la foi et à la pénitence,

car sans elles le cœur n'est susceptible d'aucune consolation.

Heureux celui qui peut amener un tel pécheur à faire l'aveu de

Thkol. past. II. U

ses fautes^ et lui inspirer la confiance en Dieu et la soumission î Dès que^, vaincu par la confiance^ le pécheur aura répandu son cœur dans le vôtre, il ne tardera pas à chercher son salut en Jésus-Christ.

47. Plusieurs sont tourmentés par cette fausse idée, « qu'ils mourront plus tôt s'ils se préparent sérieusement à la mort. » Cette idée est corroborée par Tillusion où ils sont que leur maladie n'est nullement dangereuse.

Si on leur cite des cas de mort subite pour leur prouver par rincertitude de la mort la nécessité de s'y préparer^ ils ont toutes sortes de réponses à faire. « Tel ou tel cas de mort est fréquent dans cette famille-là, on le retrouve dans toute la génération. » L'amour de la vie rend l'homme sophiste; le sophisme qu'il a au cœur, et qui n'est autre que lui-même, est de tous le plus difficile à corriger. Souvent la meilleure manière de réfuter cette folie est de poser directement cette question : Est-il sagO;, dans l'afaire la plus importante, de préférer l'incertain au certain ?

48. Ceux qui ont la maladie de l'avarice restent, même au lit de mort, esclaves de leur aveuglement : ils croient que Dieu est honoré du sacrifice de leur abstinence criminelle, et ils se flattent d'être du nombre des hommes vertueux , parce qu'ils ont souvent renoncé au plaisir de se donner une meilleure nourriture : comme si c'était à Dieu et non à Mammon qu'ils eussent offert ce sacrifice. Eux et les incrédules sont les plus difficiles à ramener à Dieu : ceux-ci, parce qu'ils ne croient point en un Dieu vivant ; ceux-là, parce qu'ils servent un faux dieu, et que la richesse est la divinité qu'ils portent au cœur et qu'ils adorent. Toutefois, Jésus-Christ, quand sa parole retentit auprès du lit du malade , peut aussi renverser cetteidole : nulle statue de faux dieu ne tient devant lui.

4â. Ctovoit aussi des âmes pieuses et résignées, mais sans instruction solide, qui, ayant à endurer des maladies opiniâtres et de grandes souffrances, sont tourmentées jusqu'aux larmes par la crainte de la réprobation éternelle. Conséquences

des sermons terrifiants. Ali ! si elles connaissaient Dieu ! Plus d'un ecclésiastique met sans plus de façon cette terreur sur le compte du démon^ ne s'imaginant pas qu'il ne fait qu'ajouter à leurs angoisses. Ces sortes de malades, outre la crainte de Dieu, ont de plus la crainte de Satan : tandis que le chrétien ne doit craindre que Dieu, ne se confier qu'en Dieu, et, dans cette confiance, braver hardiment le démon. Aimons le bien et combattons contre le mal ; en d'autres termes , attachons-nous à Dieu, et avec son secours nous triompherons du péché, de la mort et de Tenfer.

50. a Jésus-Christ n'a souffert que trois heures, disait un malade que Ton exhortait à la patience, et moi je souffre depuis trois ans ! » Une autre fois, au moment de ses plus cuisantes douleurs, il appelait Dieu «unparâtre. »

Après des visites réitérées et de charitables instructions, où Ton montra principalement que Dieu est la Charité; que Dieu, en tant que Charité, est apparu en Jésus-Christ, et que Dieu en Jésus-Christ est tout notre salut, il arriva à une confiance, à une patience et à une soumission telles, qu'il affirma spontanément : a qu'il ne craindrait pas d'être abandonné de tous les hommes et de mourir seul, pourvu qu'il fût uni à Dieu, chacun étant obligé de mourir, et personne ne pouvant le faire pour un autre. » Mais ce fut la méditation pieuse et réfléchie de la Passion de Jésus-Christ qui fit sur lui le plus d'effet. Le Père céleste ne permet pas que nous nous égarions quand nous nous attachons à son Fils aussi étroitement que ce Fils l'était à son Père.

51. « Il est bien naturel de croire qu'on est dans la grâce de Dieu* me disait un pauvre malade, quand il permet que l'on souffre si longtemps, et que l'on conserve la patience dans toutes ses souffrances. » Idée qui , assurément, n'a pas son origine dans les cinq sens, mais dans la vérité même.

52. Souvent il m'est arrivé de visiter des personnes âgées, bien qu'elles ne fussent pas malades; des pauvres, parce qu'ils avaient besoin de consolations divines , et qu'ils en

étaient susceptibles ; des riclies , parce que^ indifférents aux choses de l'éternité, ils n'avaient que trop besoin qu'on eur montrât en Dieu la richesse éternelle. Quand je pouvais recommander aux riches quelques bons livres de lectures ou de prières, je le faisais. Souvent je les ai trouvés trop âgés pour être en état de faire une revue complète de leurs idées ; dans ce cas, je leur apprenais au moins à réciter, après Notre- Seigneur, TOraison dominicale, avec foi et amour; car, me disais- je, la sagesse, après les avoir transportés dans la région de la lumière, saura bien elle-même se charger de les instruire.

53. L^une de nos plus fréquentes expériences est celle-ci : Les pauvres, les opprimés-, qui n'ont jamais vécu dans la mollesse etToisiveté, sont ceux qui souffrent avec le plus de résignation et meurent avec le plus de contentement. Preuve que, pour un grand nombre, la pauvreté est un capital inappréciable, puisqu'il rapporte pour intérêts une mort douce et sereine.

54. « Puisqu'il meurt dans le monde tant de milliers de personnes, me disait un malade, comment tant d'âmes peuventelles passer par les fenêtres et par les murs ?» — Voilà comment ignorants et savants trouvent dans leurs Vues sensibles et limitées un obstacle qui les empêche de s'élever par la foi jusqu'à l'infini. Heureux qui peut croire en Jésus-Christ; car Celui que ni un sépulcre taillé dans le roc, ni la mort ne purent contenir, saura bien, malgré les obstacles, frayer à l'âme un passage pour s'envoler dans le sein de Dieu.

55. C'est dans les cas d'enfantements dangereux pour la vie de la mère et de l'enfant, dans les cas d'enfants morts-nés, ou morts sans le baptême, que le pasteur ferme, exercé et éclairé se distingue le plus aisément du pasteur craintif, inexpérimenté, et dont toute la science est dans les paroles. L'esprit de Jésus- Christ, qui est un esprit libre et incapable de trouble, sut, dans un cas semblable, m'inspirer aussi une parole de consolation pour une mère que les douleurs de l'enfantement, l'inquiétude sur le sort de son enfant, et la crainte d'une mort imminente

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faisaient triplement souffrir. Il faut tout d'abord^ dans les dispositions et les conseils de la Providence, adorer humblement la sagesse incompréhensible de Dieu^ et apprendre à se confier sans réserve à son amour sans bornes, afin d'apercevoir encore dans une telle obscurité^ [un rayon de lumière, et de découvrir, au milieu de souffrances si accablantes, une étincelle de consolation.

56. Voir s'endormir au printemps de la vie des enfants qui avaient déjà le sentiment de la religion^ et emporter dans la tombe la fleur de leur innocence^ a toujours été pour mon âme le plus délicieux spectacle. Le levain des pensées terrestres n'ayant pas encore attaqué leur cœur , et les espérances de rimmortalité n'étant pas encore affaiblies par un attachement trop exclusif à la terre, le triomphe des sentiments religieux sur les douleurs de la mort était plus visible que dans les adultes, et agissait plus fortement sur le cœur des spectateurs. Si les anges de Dieu étaient capables de s'endormir d'un tel sommeil, je ne saurais en donner une image plus touchante qu'en dépeignant la mort de l'innocence .

J'ai toujours trouvé, en assistante la mort d'enfants innocents^ qu'ils comprenaient ordinairement mieux ces paroles ; « Mon Père, que votre volonté soit faite, » que les vieux pécheurs en qui le commerce du monde avait amorti le sens du commerce avec Dieu, et qui étaient tellement épris de ce monde et de ses folies qu'il était difficile de les faire aspirer à quelque chose de mieux.

57. Les grands éprouvent souvent au lit de la mort ce qu'ils ont expérimenté pendant presque toute leur vie; ils sont assiégés de flatteries et de compliments, et pour un grand nombre, la mort seule entre sans façon dans leurs chambres. Le médecin dissimule le danger ; le garde-malade essuie les larmes importunes, les parents portent le masque de l'espérance, le confesseur ose à peine lever les épaules^ crainte d'être vu et de faire croire que la mort approche; l'ami du malade, si tant est que les grands aient des amis^ ayant été le seul qui ait dit la vérité, n'ose plus entrer dans la chambre, précisément parce qu'il l'a osé dire.

§ XII. — 68. Encoie trois aveux d'un vétéran, pour servir de miroir aux jeunes novices.

1*» Si les chrétiens étaient de vrais chrétiens, les malades donneraient peu à faire aux ecclésiastiques ; Tadministration des sacrements des mourants, dans ce cas, leur fournirait peu de travail et leur occasionnerait de grandes satisfactions.

Peu de travail: « Cher frère, le Seigneur est proche, réjouissez-vous de le voir venir, et allez plein de consolation à sa rencontre. Et si déjà vous êtes pur, devenez-le encore davantage, afin de le voir tel qull est. »

De grandes satisfactions : L'âme, morte au corps et à la vie, déjà avant la mort, attendrait avec résignation et une douce espérance rheure qui brisera le dernier lien qui l'attache au temps et à la vie ; et le ministère des malades serait une participation et un avant-goùt des joies célestes qu'éprouverait le mourant.

2<* Mais coDMne les chrétiens sont très-rares, même parmi les chrétiens , attendu que dans une foule de communautés chrétiennes c'est plutôt l'esprit du monde, Tégoïsme, qui régnent , que Tesprit de Jésus-Christ, le ministère des malades éprouve le même soft : les visites sont plutôt de la lettre que de Tesprit, plutôt de froides exhortations que la parole vivante de Dieu, plutôt des cérémonies que la vie éternelle ; et au lieu de trouver dans le malade de la résignation et du contentement en Dieu, on n'y rencontre que mensonge et artifice. C'est pourquoi, ici encore, la mort n'est que l'écho de la vie. Les apparences, qui pendant la vie sont substituées à la réalité, la remplacent encore à la mort.

3« Cependant, bien que le christianisme parmi les chrétiens, le vrai pasteur parmi les pasteurs, et une belle mort parmi les chrétiens soient un phénomène rare, la force de la vérité ne laisse pas de se manifester encore de nos jours; nous voyons par expérience que le bras du Seigneur ne s'est point raccourci, que l'esprit de l^Évangile n'est point éteint, que la grâce ne

reste point stérile dans la chambre des malades. Les trois grands apôtres Pierre^ Paul et Jean apparaissent encore au chevet des moribonds; les paroles de la vie éternelle y retentissent encore; à cette heure-là, l'esprit de Jésus-Christ triomphe encore, dans ses confesseurs, de la nature, du monde et de la mort.

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