‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 73 sur 172 · QUAND LA PEINE DE MORT EST PRONONCÉE CONTRE UN PÉCHEUR · texte numérisé non relu

QUAND LA PEINE DE MORT EST PRONONCÉE CONTRE UN PÉCHEUR

59. Si le pasteur accorde des secours à quiconque meurt dans sa paroisse, il ne les refuse pas au condamné à mort. La religion se mêle à toutes les souffrances, et possède un trésor de forces, de consolations et de courage pour toutes les conditions de l'existence humaine.

Avant de rendre visite à la personne condamnée à mort^ le prêtre s'informe, autant que possible, de sa situation morale, si elle est calme ou agitée, abattue ou pleine de forces ; si elle est ou n'est pas disposée à changer de sentimentSi L'homme qui a mission de se faire tout à tous sait éviter les embarras qui naîtraient de son manque de renseignements ; et comme son ministère doit s'exercer sur un individu, il tâche d'adapter sa parole à toute la situation de son auditeur. L'un et l'autre buts réclament des renseignements préalables.

60. Quand la conscience de la personne condamnée à mort Ta déjà amenée au repentir, il lui montre dans son sort pénible le Dieu de l'amour, qu'elle avait méconnu aui jours de sa liberté et de sa légèreté.

« Voyez, c'est parce que vous aviez oublié Dieu que vous avez été capable de commettre une action qui mérite la mort. Sa justice vous a saisi et vous aremisau bras de la loi. Eh bien, cette justice elle-même n'est que pur amour , puisque la sentence

de la loi devait vous en faire trouver le chemin... Dans le sort qui vous atteint, la justice et la miséricorde s'embrassent : Tune en tuant votre corps, Tautre en donnant la vie à votre âme. Reconnaissez-don c dans la condamnation à mort que le juge a prononcée sur vous, et la justice éternelle qui punit le pécheur, et la miséricorde éternelle qui sauve le pécheur repentant. Dieu en Jésus-Christ est aussi votre salut à vous, et il Test même dans ce chemin pénible qui vous conduira à lui.

« Tandis que vous avouez votre crime au tribunal de la loi, la loi vous condamne à mort; et tandis que vous confessez avec foi et confiance votre péché devant Jésus-Christ et son ministre, et vous abandonnez à sa providence, la grâce de Dieu vous donne un gage de la vie éternelle. Et c'est ainsi que la mort se change en vie, le péché en bénédiction. Ne vaut-il pas mieux que la rigueur de la justice vous conduise, malgré vous, à votre salut, que de continuer à vous traîner aveuglément dans la voie du crime, que de mourir sans vous être corrigé, et de tomber ainsi entre les mains du souverain juge? Oh ! que vous êtes heureux, comparativement à tant de pécheurs, qui, cachant leurs crimes aux yeux du monde, honorés des hommes, mais infâmes aux yeux de Dieu, sont morts dans leurs péchés !

« Il y a donc deux choses que Dieu demande de vous et que sa grâce opérera en vous. Comme vous êtes pécheur aux yeux de Ûieu, il n'y a de salut pour vous que dans un retour complet à Dieu, dans la foi vivante en Jésus-Christ. Ce changement complet de vos sentiments intérieurs (la pénitence), cet abandon total de votre âme à Jésus-Christ est donc la première chose que Dieu réclame de vous et qu'il accomplira en vous.

« Mais comme TÉtat voit en vous un criminel et que vous êtes en la puissance de la justice publique, outre cet transformation intérieure, Dieu vous impose un autre devoir, que Tesprit de Dieu vous facilitera. Le voici : Condamné à mort par la loi publique, il faut que, par respect pour l'ordre divin, vous vous soumettiez à la justice publique, qui parle au nom de Dieu, et que, par l'acceptation publique de votre peine, vous effaciez

autant qu'il est en vous le scandale que vous avez donné. »

61 . Quand le pasteur^, par ces représentations ou autres semblables (traduites dans le langage le plus ordinaire et prononcées avec Faccent de la conviction^ afin qu'elles puissent être comprises du condamné et émouvoir son cœur) a montré le fond de son cœur, qu'il a réellement excité dans son ami (car TÉglise a fondé dans les prisons de vraies et solides amitiés), les sentiments du repentir et de la confiance en l'amour éternel de Jésus-Christ, et qu'il a produit cette sainte résolution : « Je veux avec Dieu ce à quoi je suis obligé devant Dieu, » il entretient cette sainte disposition de Tâme par des prières et des méditations sur ce que raconte TÉvangile de l'amitié de Jésus- Christ avec les pécheurs , etc. Ces entretiens devront être continués et répétés jusqu'à ce que l'heure soit arrivée où le pénitent fera, par un aveu sincère de son péché, par l'absolution de Jésus-Christ prononcée par la bouche du prêtre, par la sainte Eucharistie qu'il recevra dans la plénitude de sa foi et de sa reconnaissance, par les effets ineffables de la grâce, la douce expérience que le royaume de Dieu est tout justice, paix et joie dans le Saint-Esprit, et que JésusrCiirist a ouvert à tous la porte qui y conduit.

62. L'infamie attachée à une exécution publique, la douleur de ce genre de mort, la crainte naturelle de la mort, et souvent aussi le souvenir de la vie passée, joint à l'amour des proches qui se réveille, pouvant troubler de mille manières l'âme, reconciliée il est vrai avec Dieu, mais peu habituée à son commerce, le pasteur réitérera ses visites plusieurs fois dans la journée, afin de tranquilliser, soulager et fortifier le condamné par la parole de Dieu. « Jésus-Christ pâlissant sur la croix pour les péchés du monde, » est le texte qui convient à toutes les exhortations adressées à un pécheur condamné à mort à cause de ses péchés, mais qui y marche résigné, consolé et plein de foi en son Sauveur.

63. Le pasteur fera en sorte, comme confesseur, qu'on ne donne au condamné a. ni trop de vin, ni trop de nourriture :

b. que les visites des curieux ou des intéressés ne lui enlèvent pas la tranquillité de son âme ; c. que les exhortations d'autres ecclésiastiques bien pensants, mais inhabiles, ne viennent pas troubler le calme de sa conscience.

Mon jeune ami, ne recherchez pas cette fonction du ministère des âmes ; mais quand le devoir vous appelle, soyez chrétien, agissez en homme et montrez dans le prêtre le chrétien et l'homme. La nécessité et Tamour vous feront trouver partout le mot propre : la théorie de la natation ne se saisit bien qu'en nageant, et la pratique en apprend plus que la théorie.

64. Aussitôt Texécution terminée, le prêtre tombe à genoux sur l'échafaud, prie devant le peuple et recommande à Tamour éternel Tâme du condamné ; puis se relevant et se tournant vers la foule il donne un libre cours à Teffusion des sentiments quïnspire un événement si instructif.

En France^ l'usage n'étant pas de prononcer un discours dans cette circonstance, nous passerons sous silence les conseils que l'auteur donne à ce sujet (Remarque du traducteur.)

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