LE PRÊTRE DANS SES FONCTIONS
6. On appelle liturgie tout ce qui est propre à manifester la religion intérieure, et par cetle manifestation à lui donner de la vie là où elle n'en a pas encore, à la conserver là où elle existe déjà, à la fortifier et à la relever, là où elle commence à s'affaiblir et à dégénérer.
7. Il suit de là que tout ce que le liturgiste, le prêtre peut et doit poursuivre, avoir en vue, provoquer, n'est autre chose que la manifestation et la vivification de la religion dans sa paroisse.
8. Or, comme cette manifestation et cetle vivification solennelles et publiques de la religion réclament un lieu où les fidèles puissent se réunir, et que, dans le culte divin, tout, par conséquent aussi le lieu de la réunion, doit respirer TeSprit qui anime Tensemble, le prêtre qui aura quelque influence sur la construction des églises veillera 1 ® à ce que : la nouvelle église réponde aux besoins du peuple chrétien et aux principes de la liturgie catholique ; 2° à ce qu'elle soit suffisamment spacieuse et éclairée ; et 3« à ce qu'elle réalise, autant que possible, l'idée d'un temple de Dieu, d'une maison de prière : en cela la raison, l'esthétique, le sens religieux, les traditions de nos pères lui serviront de guides.
Nous savons fort bien que des pierres et du bois ne sauraient exprimer l'infini ; nous n'ignorons pas que l'adoration de Dieu en esprit et en vérité constitue l'essence et la base du christianisme vivant, que le royaume de Dieu n'est pas attaché à des autels élevés et magnifiques, mais qu'il consiste dans la justice, la paix et-la joie du Saint-Esprit. En revanche, nous savons aussi que Dieu ne saurait être absent d'un lieu où il est honoré par des hommes pieux, que Jésus-Christ est au milieu de nous
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quand nous sommes réunis en son nom; nous savons aussi que Fadoration intérieure se manifeste volontiers par la parole, les * attitudes et les gestes ; qu'elle prend volontiers un corps, une forme extérieure pour se communiquer et se propager. Nous savons que si Dieu n'a pas besoin de temple pour se révéler à nous, nous en avons besoin, nous, pour donner à notre commune piété une expression générale, et pour la vivifier par cette expression.
9. Si la forme architecturale de Téglise, par l'impression que produisent sa dimension, sa hauteur et sa symétrie, est propre à élever la pensée du peuple chrétien, rorneraentation de Féglise contribue encore davantage à réchauffer la piété. Quand je vois un pasteur qui n'a aucun goût pour la beauté et la propreté de son église, je me demande comment celui qui néglige le temple extérieur de sa paroisse pourra s'intéresser à la beauté et à la pureté des temples intérieurs ?
Ceux-là rendent dans le royaume de Dieu moins de services encore, qui croient devoir commencer l'amélioration et la civilisation du peuple en rendant ridicule la religion extérieure, le corps, pour recommander la religion intérieure, l'âme.
^0. Le soin de l'ornementation des églises est raisonnable quand il n'a en vue que la manifestation et la vivification de la religion intérieure, et aussi longtemps que, dans la beauté et la propreté des ornements de l'église, il ne tend qu'à manifester et à développer la beauté et la pureté de l'homme intérieur.
H . Le soin raisonnable de l'ornementation des églises : 1" tient le milieu entre deux extrêmes, l'un consistant à laisser les ornements d'églises dans un état voisin de la pauvreté ; l'autre à leur donner une pompe et un éclat tellement excessifs qu'ils font oublier le but.... Les saints Pères s'élèvent contre la superfétation ; mais ils s'élèvent davantage encore contre cette simplicité qui est sœur du néant. « Nous voyons, au lieu de chandeliers, s'élever des espèces d'arbres, dont l'airain est d'un poids énorme ; fabriqués avec un talent merveilleux, ils ne sont pas moins éclatants par les pierres précieuses
qui y brillent que par les flambeaux qui y sont superposés. Que * pensez-YOus qu'ion se propose en tout cela ? le repentir des pénitents^ ou l'admiration des spectateurs ? 0 vanité des vanités ! mais folie autant que vanité. » Cemimus et pro candelabris arbores quasdam erectas, midto œris pondère, miro artificis opère fabricatas, nec inagis coruscantes superpositis lucernis quam suis gemmis. Quid putas inomnibus his quœritur ? Pœnitentium compunctio, an intuentium admiratio? 0 vanitas vanitatum, sed non vanior quam insanior (Bern., Âpolog. ad Guilielmum ab. xi) !
L'illustre docteur fait en cela plus de concessions aux évoques ; car, dit-il, il faut qu'ils s'intéressent aux insensés comme aux sages, et que par les choses extérieures ils portent à la piété le peuple sensible. Scimus namquequod illi, sapientibus et insipientibus debitores cum sint, carnalis populi devotionem, quia spiritualibus 7ion possunt , corporalibus excitant ornamentis. Sagesse et sobriété !
^ 2. Le soin raisonnable de rornementation des églises 2« ne préjudicie nullement au soulagement des pauvres. Si c'est à cause de Thomme que la charité orne les églises, pourquoi Tornementation des églises nuirait-elle à Thomme ? Faire le contraire serait se condamner soi-même. « L'Église, continue le même docteur, brille par ses murailles et souiTre dans ses pauvres ; elle revêt d'or ses pierres, et laisse ses fils dans le dénùment. » Fulget Ecclesia in parieiibus, et in pauperibus eget : suos lapides induit auro, et sucs filios nudos deserit (loc. cit,). Saint Chrysos tome est encore plus explicite : «Rassasiez d'abord celui qui a faim, puis vous consacrerez une partie de ce qui vous restera à orner aussi l'autel du temple. » Prius igitur esurientem satura, deinde ex quadam superabundantia etiam mensam templi ornabis (Chrysost. ! Bomil.'KXXi in Matth.). Quechaque coopérateur dans le sublime ministère des âmes voie si l'esprit qui l'anime est celui de ce grand homme !
13. Le soin raisonnable de l'ornementations des églies 3** donne jusqu'aux trésors inanimés de l'Église pour sauver les trésors vivants. Cette doctrine, qui fait tant d'honneur à la
religion et à l'humanité, n'est nulle part aussi bien traitée que dans le De officiis de saint Ambroise.
a Le plus grand mobile de la charité, c'est la joie qu'on éprouve à compatir aux infortunes du prochain, à le secourir autant que possible, et souvent même au delà du possible. Il vaut mieux, en effet, fournir d.es prétextes, ou s'eiposer à la jalousie, que de se montrer insensible. C'est ainsi que nousmême avons encouru les reproches de l'envie en brisant les vases sacrés pour racheter les captifs : action qui pouvait déplaire aux Ariens, bien qu'elle leur fût moins désagréable en soi que parce que, faite par nous, ils y trouvaient un molif de blâme. Eh ! qui pourrait être assez insensible, assez dur, assez cruel pour s'indigner qu'on arrache un homme à la mort, une femme aux outrages des barbares, plus terribles que la mort même; pour s'indigner que des jeunes filles et des enftints soient préservés de la contagion de l'idolâtrie, dont la crainte de la mort les devait souiller ?
«Ces motifs indiquent que nous n'ayons pas. agi sans raison; cependant nos rapports avec le peuple nous forcent d'avouer qu'il eût été plus facile de conserver des âmes à Dieu, que de lui conserver de l'or . Celui qui a envoyé les apôtres sans or rassemblera aussi sans or ses églises. L'Église a de l'or non pour le garder, mais pour le distribuer et soulager les misères. Quel besoin y a-t-il de garder ce qui ne sert à rien ? Ne savons-nous pas combien d'or et d'argent les Assyriens ont enlevé au temple du Seigneur? Ne vautil pas mieux que les prêtres emploient leurs richesses à secourir les pauvres que de les laisser devenir la proie d'un impie ? Le Seigneur ne dira-t-il pas : Pourquoi avez-vous laissé mourir de faim tant de malheureux ? Et pourtant vous aviez de l'or pour les secourir. Pourquoi tant de prisonniers ont-ils été vendus, au lieu d'être arrachés aux coups de l'ennemi? Mieux valait conserver ces vases vivants que ces vases de métal.
« De telles questions ne souffraient point de répliques. Qu'auriez-vous dit, en effet : que vous craigniez de laisser sans ornements le temple de Dieu? On vous aurait répondu : Les choses
saintes ne demandent point d'or, et ce qui ne s'acquiert pas au poids de Tor n'en tire point non plus sa valeur. L'ornement des choses saintes c'est la rédemption des captifs. Les vases vraiment précieux sont ceux qui rachètent les âmes de la mort; le vrai trésor du Seigneur est celui qui opère ce qu'a opéré son sang. Le vase du sang du Seigneur se reconnaît à une double rédemption : lorsqu'on voit le calice racheter de l'ennemi ceux . que le sang du Sauveur a rachetés du péché. Qu'il est beau, quand des légions de captifs sont rachetés par l'Église, d'entendre dire : C'est le Christ qui les a délivrés ! Voilà de l'or qu'on peut avouer, voilà de l'or utile, voilà l'or du Christ qui rachète de la mort, voilà de l'or qui sauve la pudeur et préserve la chasteté.
« J'ai donc mieux aimé délivrer ces captifs que de conserver cet or. Cette multitude, cette rangée de prisonniers vaut mieux que réclat des calices. Le bon emploi de Tor du Rédempteur, c'est de racheter des malheureux. Je reconnais que le sang du Christ répandu sur l'or a non-seulement ajouté à son éclat, mais que le bienfait de la rédemption lui a communiqué la vertu de la force divine.
« Voilà l'or que le martyr saint Laurent réserva au Seigneur. Comme on lui demandait les trésors de l'Église, il promit qu'il les montrerait. Le lendemain, il amena avec lui les pauvres. Interrogé où étaient les trésors qu'il avait promis, il montra les pauvres en disant : Voilà les trésors de l'Église! Et ceux-là le sont en effet, qui sont la demeure du Christ et en qui habite la foi. »
1 4. Le pasteur qui s'occupe convenablement de l'architecture et de l'ornementation de son église, en considère les fonds comme la propriété sacrée de sa paroisse, de son pays, du siècle présent et de la postérité ; il considère toute dilapidation des biens ecclésiastiques comme un péché envers ses contemporains et envers la postérité, puisque, d'après leur destination et leur but primitifs, ils doivent être consacrés à l'entretien des ministres de Téglise, au soulagement des pauvres, à la conservation des édifices et des ornements sacrés.
Quand Texiguïté des fonds de Téglise ne permet pas de faire un grand étalage d'ornements^ le pasteur compense leur absence par une extrême propreté, veillant non-seulement sur la chaire, les autels, les vêtements du prêtre, les calices et autres vases sacrés, mais encore sur la crépissure des murs, sur les bancs et sur le cimetière. La pureté de Fâme constituant proprement la beauté de la religion intérieure, tout ce qui, dans les choses extérieures, est destiné à manifester et à vivifier la religion intérieure, doit, par le modeste éclat de la propreté, être une image de Tintérieur.
1 5. De même que Féglise cathédrale est Téglise-mère de tous les chrétiens d'un même diocèse, et que les autres églises ne doivent être considérées que comme en étant les succursales ; de même Téglise paroissiale doit être considérée par tout paroissien comme son église-mère, et les autres édifices religieux comme des succursales. Le pasteur aura donc soin d'exciter et de fortifier dans les fidèles rattachement à Téglise paroissiale.
« Les sentiments d'afiection qu'éprouve le citoyen pour sa patrie, le chrétien doit les éprouver pour son église-mère. C'est dans cette église que les époux reçoivent la bénédiction nuptiale ; c'est dans cette église que les enfants nouvellement nés reçoivent le baptême ; c'est dans le cimetière de cette église que les morts sont enterrés ; c'est dans cette église que, le jour de Pâques, tous les paroissiens reçoivent la sainte communion ; c'est là qu'ils entendent la parole de Dieu de la bouche de leur pasteur ; là qu'ils s'approchent du sacrement de pénitence et reçoivent l'absolution ; là que se célèbre le sacrifice de Jésus mort sur la croix ; là que les enfants sont conduits à Jésus- Christ; là que les paroissiens sont confiés à leur pasteur, et que le prêtre apparaît comme tel ; c'est là que, bien avant que nous fussions, nos ancêtres ont adoré Dieu, et c'est là que, quand nous ne serons plus, nos descendants l'adoreront... L'église paroissiale doit donc nous être infiniment chère. La charité réunit en un même corps tous les membres d'une même paroisse. Qu'il soit donc sacré pour nous cet amour qui réunit tout,
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ce corps dont nous sommes les membres, ce chef invisible duquel la vie se répand dans tous les membres, et son représentant visible et immédiat, qui nous élève pour lui avec amour et nous rassasie de sa parole. »
\ 6. Le pasteur fera donc en sorte que les chapelles accessoires ne détournent pas le peuple de Téglise paroissiale, où il est obligé d'entendre la parole de la vie éternelle. — Il s'abstiendra, à cet effet, de contredire, dans des vues d'intérêt temporel, les pieuses intentions de Tévêque ayant pour but d'ériger de nouvelles églises paroissiales. Plus il y a de paroisses, mieux cela vaut. On ne saurait rendre de plus grand service au peuple des campagnes, obligé souvent de faire une ou deux heures de marche pour trouver une église paroissiale, que de travailler à lui en procurer une. Rien de plus avantageux à un troupeau que d'avoir son pasteur à côté de lui.
il. Se rappelant sans cesse que tout ce que le peuple voit à Féglise doit être un symbole de la religion intérieure, qu'il doit manifester et vivifier, il ne souffrira dans l'église ni tableau, ni image, ni peinture qui ne représenterait pas un objet digne de respect et d'imitation, ou du moins qui ne le représenterait pas d'une manière convenable, le but des choses extérieures étant de manifester et de vivifier les choses intérieures. Or, tout ce qu'on peut appeler édification commune n'est possible que par la manifestation et le développement de la religion ; c'est pourquoi tout ce qui n'atteint pas ce but n'appartient pas à l'église.
Nous n'avons pas besoin de faire observer qu'en éloignant des images, peintures ou tableaux choquants, il faut user d'indulgence et de modération ; la conservation du bon grain exige souvent qu'on tolère l'ivraie.
^ 8. Le pasteur veillera à ce que les images des saints ne soient pas un obstacle à la vraie piété en devenant l'occasion défausses pratiques religieuses ; afin que, loin de détourner de Dieu, elles le rappellent partout, comme le prescrivent les sages dispositions que les évêquesont prises sur cette question, conformément à l'esprit du concile de Trente (Sess. xxv, De invocatione Sanct.),
Malheureusement, il n'y a pas partout un Ezéchias pour briser le serpent d'airain de Moïse, dès qu'il a perdu sa signification et qu'on en abuse pour commettre le péché (IV Rois, xviii, 1).
< 9. Les statues, colonnes, etc., qui se trouveront hors de l'église n'échapperont pas non plus à son regard. Il n'y a que ce qui est propre à rattacher à Dieu, à Jésus-Christ et aux amis de Jésus-Christ le cœur des passants, et à développer le goût de la piété, qui mérite d'être exposé aux regards du peuple chrétein par le moyen des images.
20. Il veillera à ce que les deux sexes soient séparés à l'église; fera en sorte que les enfants ne puissent pas échapper aux regards des personnesplus âgées qu'eux; il empêchera que les jeunes gens ne se pressent sur la tribune de l'église, et éloignera tout ce qui pourrait troubler la piété.
21. 11 profitera de toutes les occasions pour transformer la présence mécanique du peuple à l'office divin en une présence de l'esprit et du cœur. Il interprétera au peuple le sens de la dédicace de l'Église, dont saint Augustin a si bien exprimé la signification (5erm. CCLVI ! t ! de Teinpore). « Nous sommes, dit-il, la maison de Dieu ; cette maison est construite et consacrée dans le ciel ; la pierre fondamentale de cet édifice, c'est Jésus -Christ ; le ciment qui en relie ensemble toutes les parties,, c'est la charité. »
22. La présence mécanique du peuple à l'office divin ne pouvant devenir une présence spirituelle, avant qu'on lui ait révélé le mystère de la vie éternelle, la doctrine de la prière est le premier soin qui doit occuper le liturgiste. En effet, la dévotion, qui consacre à Dieu l'âme et le cœur, est précisément ce qui constitue la véritable vie, la vie intérieure; et l'on peut dire, en général, qu'une paroisse est mécanique et morte, spirituelle et vivante, suivant que la prière y est bien ou mal exposée, bien ou mal pratiquée. Chaque communauté apostolique étant une institution publique où les hommes doivent adorer Dieu en Jésus-Christ et le glorifier par la sainteté de leur conduite, le liturgiste qui aura l'esprit apostolique saura, en toutes circon-
stances, conduire son peuple à Dieu et à Jésus-Christ. Voilà pourquoi les prières que TÉglise récite à la Messe sont adressées à Dieu le Père, et sont terminées en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Benoît XIV a observé avec raison que les prières qui ne s'adressent pas immédiatement à Dieu le Père ne sont pas d'un usage très-ancien dans TÉglise. Dieu en Jésus-Christ est tout en tout.
23. La paroisse ne devant former qu'un corps, et cette unité devant principalement se manifester dans les assemblées publiques, le pasteur s'opposera aux excursions que le peuple fait les jours de dimanche et de fêtes dans les paroisses voisines (sans nécessité ou sans motif important), les représentant comme inconvenantes pour un chrétien , et dignes du mépris général. C'est ainsi qu'il mettra un frein à cette curiosité, à cette fausse dévotion, à cette paresse qui veulent vivre sans être vues.
Cette règle ne souffre qu'une exception, exception très-préjudiciable au pasteur ; la voici :
Quand les paroisses A, B, C, D, qui environnent la paroisse H, ont des pasteurs négligents, tandis que la paroisse H a le bonheur d'en posséder un qui est plein de zèle et de dévouement, un autre saint Paul, ce serait un péché de défendre absolument aux malheureuses paroisses A, B, C, D, d'aller chercher en H fle meilleurs pâturages. Si le vent emporte souvent un grain de semence dans un jardin étranger, pourquoi la parole de Dieu n'aurait-elle pas quelquefois le même sort ?
24. Non- seulement le pasteur veut voir toute la paroisse réunie autour de lui, afin de pouvoir agir sur le corps tout entier ; mais il veut encore la voir réunie au même instant, et il n'a point de repos qu'il n'ait obtenu, surtout les dimanches et les fêtes, que les fidèles arrivent tous ensemble et promptement à l'église. C'est pour le pasteur un spectacle touchant que de voir, dès que la cloche a cessé de sonner, tout son peuple rassemblé dans le lieu saint.
Le pasteur à qui sa dignité, sa piété, sa charité et la confiance des fidèles auront communiqué en quelque sorte un pouvoir
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législatif, arrivera à ce résullat sans beaucoup de peine. Mais il n'en est pas de même dans les villes, où les désordres sont trop grands pour qu'on puisse blâmer celui-là.
25. Pour établir dans une grande paroisse Thabitude d'arriver à l'office divin à point nommé, le liturgiste veille à ce que les coups de cloche soient donnés régulièrement. Dans une foule de diocèses, le premier signal est donné à sept heures, le second à sept heures et demie, le troisième à huit heures. Quand toutes les cloches sonnent à la fois, le peuple sait que l'office commence, et qu'au dernier tintement le prêtre est déjà à l'autel. L'exemple de l'exactitude que donne le. pasteur est ce qui communique à la sonnerie sa plus grande expression.
26. Quant à la vertu du son des cloches pour toutes les âmes sensibles, ainsi que leur destination, le hturgiste saura, quand les circonstances s'en présenteront, les expliquer à ses paroissiens.
Chaque fois que la cloche sonne, mes frères, elle a quelque chose à vous dire ; elle vous annonce tantôt la mort d'un voisin, d'un ami; tantôt la joie d'une famille, un mariage, un baptême; tantôt une fête prochaine, tantôt l'office divin. Et chaque fois elle vous dit au nom du Seigneur : c< Vous tous qui entendez ma voix, venez prier, remercier et louer le Tout-Puissant ; il est le salut de tous ; c'est lui qui envoie la joie, sèche les larmes, console les cœurs abattus, remet les péchés, envoie la paix et donne la vie éternelle. Venez entendre sa parole : elle est vérité, esprit et vie. » Une autre fois elle annonce un incendie , une inondation, et elle vous dit encore au nom du Seigneur : « Accourez, vous tous qui êtes frères; sauvez votre prochain; sauvez-vous vous-mêmes ! » Une autre fois elle annonce l'arrivée du prince, la consécration ou la mort de l'évêque, etc. et au nom du Très-Haut elle vous répète encore : « Respect au roi, parce qu'il tient la place de Dieu ; amour à l'évêque , car il est le premier pasteur de notre âme immortelle. Remerciez Dieu de la paix qu'il vous accorde ; car elle est un bienfait de sa main. »
Nous voyons par là que la destination des cloches n'est autre que de porter aux hommes la parole de Dieu; destination, par con-
séquent , éminemment religieuse , et qui explique pourquoi TÉglise les consacre, par des rites sacrés, à ce sublime ministère.
27. Le liturgiste devant se considérer comme Tâme qui vivifie la lettre morte, comme Tesprit qui communique la vie à toutes les cérémonies religieuses, il ne devra pas négliger d'expliquer et de faire saisir au peuple le sens spirituel des cérémonies qui accompagnent l'administration des sacrements ; car ce proverbe : « La lettre tue, l'esprit vivifie, » s'applique aussi à cette circonstance. Le peuple qui, voyant la cérémonie, ne comprend pas le signe, ne saurait s'en tenir qu'au signe et à la lettre.
Sont particulièrement édifiantes et significatives pour le peuple les cérémonies qui accompagnent l'administration du baptême, quand le peuple comprend le langage des signes et l'enseignement de la doctrine.
« On arrête devant la porte de Téglise Tenfant qu'on veut baptiser, pour indiquer que c'est le baptême qui ouvre la porte de l'Église de Dieu ; on lui impose le nom d'un saint pour indiquer qu'il devra se rappeler, quand il entendra nommer son nom, les exemples de vertus' que ce dernier a laissés, et pour signifier que le nombre des chrétiens doit être aussi grand que celui des ôaints ; on le marque du signe de la croix pour exprimer qu'il doit être un disciple, un confesseur, un imitateur de Jésus- Christ ; où l'oint avec de l'huile sur la poitrine et sur les épaules pour montrer qu'il devra un jour, en l'honneur de Jésus-Christ et de sa foi, combattre le bon combat, etc. »
28. Cette explication des cérémonies exerce encore sous un autre rapport une influence salutaire sur la civilisation du feuple ; c'est pourquoi je suppose :
Que le prêtre fait, dans ses instructions publiques, le meilleur usage du Rituel, en vue de favoriser le culte intérieur et extérieur. Il est possible en effet, dans l'enseignement public, dans les sermons et les catéchismes, -de faire un excellent usage des principales cérémonies^ actions, prières, usages, mentionnés dans le Rituel ; on y trouve des principes qui peuvent être uti-
lement et facilement appliqués par le pasteur dans les fonctions de prédicateur et de prêtre. Voici ces principes :
>fo Profitez de ce qui est bon^ partout où vous le trouvez; car il est là pour que vous en profitiez. » Que de choses contenues dans ces quelques mots, si nous les comprenions ! «On donne à celui qui a déjà, » a dit Jésus-Christ, et que de choses il a dites par ces mots!
2" « Les cérémonies sont pour le peuple, et non le peuple pour les cérémonies. » Il faut donc les expliquer au peuple, ]es lui rappeler souvent et les employer pour son éducation.
S'» « Sans la parole vivante qui explique les cérémonies et les rappelle aux sens qui les oublient, sans la parole qui les emploie à rinstruction du peuple, elles sont pour le peuple lettre close. » Si la lettre, dépourvue de l'esprit, est morte, les cérémonies, sans Tesprit qui vivifie, ne sauraient non plus rien produire .
4" « On fait une impression singulière sur le peuple, quand, dans une instruction publique, on lui rappelle et lui explique des cérémonies dont le sens a un rapport presque immédiat avec le sujet de Finstruction ou avec le but de la fête. » Ce qui a le rapide éclat de l'éclair, produit sur l'âme humaine un effet aussi prompt que l'éclair.
5^^ « Dans beaucoup de cas, il vaut mieux et il est plus facile d^utiliser ce qui est ancien que d'introduire des nouveautés qui tomberont bientôt dans Toubli. » Toute plante que n'a pas semé, le Père céleste sera extirpée par lui.