‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 76 sur 172 · CÉRÉMONIES DU BAPTÊME · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES DU BAPTÊME

^0 L'essence du christianisme consiste dans la Foi, l*Espérance et la Charité. On démontre la vérité de cette proposition, en rappelant les premières questions qu'adresse le prêtre à Tenfant, et les réponses que le parrain fait en son nom.

c( Que demandez-vous à TÉglise?

— La Foi.

Que nous procure-t-elle^ la Foi ?

— La vie éternelle.

Si donc vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout « votre cœur et de toute votre âme, et le prochain comme vousmême. »

La Foi, la Charité, la vie éternelle, telle est donc l'essence du christianisme. La Foi produit la Charité, et la Charité accomplit la loi. La Foi agissant dans la charité est donc la vie éternelle elle-même. Que TEspérance soit donnée avec la Foi et la Charité, il est aisé de le comprendre.

S" Le signe de la croix a pour objet de nous exciter à la foi du cœur et à la sainteté de la vie.

Quand le prêtre marque Tenfant sur la poitrine et sur le cœur il prononce ces paroles : « Croyez aux préceptes divins, et vivez de telle sorte que vous puissiez être un temple de Dieu. » — Vous le voyez, avoir la Foi et vivre selon Tesprit de la Foi sont une seule et même chose.

3*^ Les sentiments, les pensées, les discours, les actes du chrétien doivent être inspirés par une sagesse céleste, et non par une sagesse terrestre.

Cette vérité nous est rappelée par la cérémonie où le prêtre met du sel dans la bouche de Tenfant, en lui disant : Accipe salent sapientiœ. De même que le sel donne de la saveur à la nourriture, de même la sagesse céleste adoucit toutes les amertumes de la vie, et préserve le monde delà corruption.

On peut en dire autant de TÉglise chrétienne. L'Église est le sel de la terre ; elle préserve ses membres du péché et de la mort, représentés par la corruption. La vie humaine, qui d'ailleurs ojQTrirait tant de difficultés, elle la rend supportable par la Foi à la divine Providence, et par la Charité, qui unit les hommes entre eux. On met du sel dans la bouche de Tenfant pour montrer que ce chrétien est désormais appelé à devenir le sel

de la terre, c'est-à-dire à répandre partout, par une conduite chrétienne, pleine de Foi et de Charité, la santé de l'âme et la joie du cœur. V Accipe salem sapientiœ n'est pas compris du peuple si on ne le lui traduit pas ;" et compris, il ne fait point d'impression sur lui, si on ne le lui rappelle souvent.

4° Quand les chrétiens apparaissent au temple^ ils manifestent la vie éternelle qu'ils ont déjà en eux, et ils en emportent une nouvelle plénitude de vie éternelle.

En introduisant l'enfant dans Téglise pour la première fois, le prêtre prononce ces paroles : « Entrez dans le temple de Dieu, atin que vous entriez avec Jésus-Christ en partage de la vie éternelle. »

Voilà la pensée qui doit dominer chez les chrétiens quand ils entrent à Téglise. L'intérieur doit se révéler extérieurement, et rextérieur doit vivifier Fintérieur. L'esprit de Jésus-Christ doit se manifester en nous ; il doit y produire une vie nouvelle, la plénitude de la vie éternelle ; il doit nous purifier et nous rendre heureux comme lui.

5° Tous les chrétiens sont obligés de mener une vie non* seulement pieuse, mais encore sainte.

Avant le baptême, on fait l'abjuration solennelle de tout ce qui s'appelait péché ou œuvre de Satan.

« Renoncez-vous au démon?

— J'y renonce .

Et à tous ses œuvres ?

— J'y renonce.

Et à toutes ses pompes?

— J'y renonce. »

Or, que signifie renoncer à toutes les œuvres du démon, sinon renoncera tout péché, à tout ce qui souille. Quand le règne du péché est détruit en nous, c'est fait du règne de Satan.

6<^ De la valeur et de l'essence de la profession de foi publique.

« Croyez-vous en Dieu le Père, Créateur tout-puissant du ciel et de la terre ?

234 THÉOLOaiE PASTORALE.

— J'y crois.

Croyez- vous au Saint-Esprit^ à la sainte Eglise catholique, à la communion des Saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ?

— J'y crois. »

Cette cérémonie donne clairement à entendre que toute notre vie doit être une profession publique de ce que nous croyons dans notre cœur.

La foi du cœur ne saurait manquer au pécheur qui vit dans la justice, de même que la profession ne saurait faire défaut au juste qui veut être sauvé. Corde creditur ad justitiom, ore fit confessio adsalutem,

T"* Notre Église ne veut point d'hypocrites, point de chrétiens qui ne le sont quen apparence ou par contrainte ; elle veut des esprits libres et qui agissent volontairement.

Voilà pourquoi, avant le baptême, on appelle Tenfant par son nom, et on lui adresse cette demande :

a Voulez-vous être baptisé?

— Je le veux. »

8° Nous ne devons mettre notre confiance quau seul nom de Dieu, c'est-à-dire qu'en Dieu seul; car le nom de Dieu et Dieu signifient la même chose.

Puisque nous sommes baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, c'est en ce nom que nous voulons nous confier, en ce nom que nous voulons prier, combattre, veiller; en lui que nous voulons vivre, mourir et arriver au salut.

9° La charité envers Dieu n'est point la véritable, quand elle ne pénètre pas tout V intérieur de l'homme, et qu'elle n'est point durable»

Nous avons une figure de cette charité pénétrante et durable dans Tonction que Ton fait à Tenfant en récitant cette belle prière :

« Que le Dieu tout-puissant, Père de Notre- Seigneur Jésus- Christ, qui vous a régénéré par Teau et par le Saint-Esprit, et vous a accordé la rémission de vos péchés, vous oigne de Thuile

du salut pour la vie éternelle, dans le même Jésus-Christ Notre- Seigneur. »

L'huile a deux propriétés : elle pénètre doucement et ne se perd point.

Tel doit être notre amour : il faut qu'il soit intime et durable ; il faut que celui qui est chrétien le soit intérieurement et invariablement.

1 0** On ne saurait rien désire^' ni faire de mieux que de veiller à la conservation de l'innocence des enfants de Dieu,

Tout vrai chrétien éprouve un sentiment de tendresse pour rinnocence et ne se fatigue point de veiller à sa conservation.

On revêt Tenfant d'une robe blanche, en prononçant ces paroles :

« Recevez ce vêtement blanc, et portez-le sans tache au tri^ bunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin que vous ayez la vie éternelle. » Combien ce symbole est à la fois simple et significatif ! Comme il est beau d'entrevoir des fonts baptismaux le tribunal de Jésus-Clirist !

H° Le chrétien marche avec droiture dans les voies de Dieu, et se tient toujours prêt à aller au-devant de son Maître. Cette préparation nous est représentée par le cierge allumé qu'on met entre les mains de l'enfant, en lui disant :« Recevez cette lampe ardente et conservez votre baptême par une conduite irréprochable ; observez les commandements de Dieu, afin que, lorsque le Seigneur viendra pour la fête nuptiale, vous puissiez aller à sa rencontre avec tous les saints de la cour céleste ; afin que vous possédiez la vie éternelle et que vous viviez dans les siècles des siècles. »

La lumière est une belle figure des exemples de vertu que doit donner le chrétien, et qui doivent briller aux yeux de tous, comme aussi de l'état de veille et de préparation où nous devons être.

12* Tout ce qu'un chrétien peut souhaiter à un autre chrétien est contenu dans ces paroles : « Paix à l'intérieur, paix à l'extérieur, grâce de Dieu. » Et c'est aussi par ces paroles que le

prêtre renvoie le baptisé : Vade in pace, et Dominm sit tecum,

4 30 II y a encore, dans les cérémonies du baptême, d'autres prières également touchantes, que Ton peut mettre à profit dans les instructions publiques ; par exemple, les trois signes auxquels on reconnaît le chrétien : Firma fides, consilium rectum , doctrina sana.

« Seigneur tout-puissant, Père saint. Dieu éternel, source de la lumière et de la vérité, nous supplions votre bonté, juste et éternelle, en faveur de votre serviteur N... Éclairez-le de la lumière de votre grâce, purifiez-le, sanctifiez-le, donnez-lui la vraie sagesse ; afin que, devenu digne de la grâce du baptême, il conserve toujours une ferme espérance, un cœur pur et droit, une doctrine saine, etc. »

29» Non content d'expliquer au peuple le sens des cérémonies, le liturgiste sait encore, quand elles se rencontrent dans Toftice public ou dans Tadministration des sacrements, leur communiquer, par la plénitude de la piété qu'il manifeste, tant de vérité et de vie, qu'elles vivifient réellement la religion du peuple, parce qu'elles sont l'expression de la religion du prêtre.

30*. Dans l'administration des sacrements, le liturgiste n'ignore pas que c'est au nom de Jésus-Christ, et non au sien propre, qu'il agit. Pénétré de l'esprit de Jésus-Christ, qui vint pour chercher ce qui était perdu, et pour sauver ce qui était tombé sous la servitude du péché, il dispense les dons du Rédempteur avec une dignité qui, née du sentiment de la sublime fonction qu'il exerce, rejaillit sur sa figure et sur tout son extérieur; avec une gravité qui, tempérée par la charité et embellie par l'humilité, excite la confiance, recueille les pensées distraites de celui qui reçoit le sacrement et éveille l'attention des assistants ; avec une sérénité qu'aucun accident ne peut troubler, qui prévient tous les embarras, et qjii rend le prêtre respectable aux yeux de tous.

Les choses spirituelles veulent être traitées spirituellement ;

car rhomme animal n'y comprend rien. Ce qui signifie qu'il faut les traiter selon Tesprit de la religion ; autrement elles ne répondront ni au but de leur institution, ni aux devoirs du ministère des âmes, ni aux besoins de Thumanité. « Marchez devant Dieu, car Dieu agit par votre organe. »

31. Le liturgiste qui agit dans Tesprit de Jésus-Christ est aussi éloigné du scrupule que de la légèreté ; car Fesprit du Sauveur est à la fois libre et sévère. 11 agira dans Tesprit de Jésus-Christ, lors même qu'il ne saura pas dans quel esprit il agira : cette disposition d'âme reste dans tout bon prêtre, lors même que le sentiment s'est évanoui. Par conséquent, les controverses scolastiques sur la volonté et l'intention {de intentione actuali, virtuali, habituali) ne le regardent pas.

32. Que, dans Tadministration des sacrements, il ne doive craindre aucun danger de mort, c'est dans la nature de sa vocation, qui consiste en ce qu'il se fasse avec Jésus-Christ victime pour le salut du monde. Comment serait-il un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Jésus-Christ, comme l'appelle saint Pierre, et formé sur le modèle du Pasteur suprême, s'il n'avait pas le courage de sacrifier sa vie pour le troupeau de son Maître ?

Il est touchant de lire ce que saint Charles Borromée fit et endura lorsqu'en 1576, la peste ayant éclaté à Milan où il était archevêque, elle enleva, tant à la ville qu'à la campagne, vingt mille hommes. A la peste se joignirent encore un hiver rigoureux et une disette qui jeta des milliers de personnes dans le dernier dénûment. Après que le cardinal eut envoyé sa vaisselle d'argent à la monnaie pour la faire convertir en pièces courantes, il envoya du linge, des vêtements et de la nourriture dans les endroits où le besoin s'en faisait le plus sentir. Tout le linge de lit, les rideaux de fenêtres, les tapis qui se trouvaient à son palais furent transformés en vêtements qu'il distribua lui-même; on vit les manteaux de peau du cardinal briller sur des vieillards de soixante-dix ans, et les soutanes couleur de pourpre couvrir la nudité des pauvres. Jour et nuit il était exposé au danger de la mort; mais il fut inaccessible à ses at-

teintes. Ni le froid, ni la faim, ni la fatigue, ni le sommeil ne pouvaient l'empêcher d'aller de maison en maison s'informer par lui-même de la situation des choses. Il passait nonseulement le jour, mais encore la moitié de la nuit à faire des courses, et quand il ne pouvait autrement visiter Tinfortune, il montait, au moyen d'une échelle, jusqu'au dernier étage des maisons. Outre Targent qu'il distribuait, il envoyait chaque jour deux domestiques parcourir la ville à cheval pour y distribuer des vivres et des remèdes. Partout où le saint arrivait on le recevait comme une divinité descendue du ciel ; sa simple vue semblait adoucir les souffrances des malheureux. On le voyait tantôt à réglise, tantôt auprès des malades et des mourants, les exhortant à la foi, à la pénitence et à la piété. Quand son argent et ses meubles ne suffirent plus, il reçut l'argent des autres, et invita les riches à la bienfaisance. On lui envoya des anneaux chargés de pierres précieuses, des bracelets, des chaînes d'or, qu'il transforma en remèdes, en linge et en vivres. Sur sa prière, on établit, dans chaque quartier de la ville, des hommes chargés de porter de la nourriture, que l'on montait dans les maisons au moyen de cordes, ou que Ton recevait à la porte.

Par ses supplications, il obtint du sénat du roi que soixantedix mille hommes qui se trouvaient sans pain seraient, pendant plusieurs mois, nourris aux frais de l'État. Un jour qu'il était rentré chez lui épuisé de faim et de fatigue, il ne trouva pour lui et son compagnon ni pain ni argent. Pendant qu'ils étaient à se regarder l'un Tautre comme pour se demander ce qu'ils allaient faire, ils virent, à leur grand étonnement, arriver au palais une personne qui apportait mille ducats.

Les dettes que la charité lui fit contracter pendant cette calamité générale ne purent être entièrement payées qu'au bout de plusieurs années, bien qu'il ne s'accordât que le strict nécessaire. A la ville comme à la campagne, on l'appelait, par respect, du nom de Sauveur,* et à vrai dire, l'esprit apostolique qui lui avait fait sacrifier ses biens et son existence, en avait faille père delà Patrie. (Stolz, Charles Borromée, page 87, en allemand.)

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33. Le liturgiste qui aura le courage de sacrifier sa vie pour le troupeau de Jésus -Christ, aura aussi celui d'exclure de la sainte table les pécheurs publics, les ennemis irréconciliés^ qui, par Jeur inimitié, sont un objet de scandale pour les fidèles, et qui repoussent toute proposition ayant pour but de les réconcilier, ainsi que ceux donlTindignité est notoire à tous. Car tout ce qui trouble la piété publique, qui viole le culte divin dans ce qu'ail a d'essentiel, doit naturellement être considéré comme incompatible avec ce même culte divin : Tesprit de la communion étant que les membres de la paroisse ne doivent former qu un cœur, qu'un esprit en Jésus - Christ , puisqu'ils reçoivent tous la même nourriture céleste. Celui qui ne répare pas, par un changement de conduite, le scandale public qu'il a donné , trouble dans sa paroisse l'union des cœurs et des esprits, et y rend impossible la réception une et spirituelle d'une seule et même nourriture céleste.

34. Pour que Toffice public et solennel puisse vivifier et manifester la religion, il faut que le liturgiste commence par exposer aux fidèles, avec toute la force de l'éloquence apostolique, les vérités essentielles du christianisme, et avant tout cette doctrine unique et fondamentale : Dieu en Jésus- Christ y salut du monde. Il faut que dans toutes ses instructions il la présente comme étant réellement unique et fondamentale , et qu'ensuite il cherche, non à combattre par des dissertations polémiques , mais à éloigner par de paternelles exhortations, tout ce qui pourrait troubler dans le peuple la pureté de l'office divin.

Un pasteur éclairé aura découvert depuis longtemps que ces causes de trouble consistent principalement dans ce qu'on nomme la prière orale, la mortification extérieure, le culte extérieur et la vénération que l'on rend aux saints.

Il sentira donc le besoin d'éclairer son peuple sur les vérités essentielles du christianisme, puis de dissiper, à la lumière de cette doctrine fondamentale, les ténèbres qui entourent d'autres vérités moins importantes et qui n'ont qu'une valeur secondaire et extérieure. Pourtant, il peut y avoir des cas où le pas-

teur sera obligé d'attaquer de front les abus. Tel fut celui où se trouva le grand évêque d'Augsbourg, Christophe Stadion, à répoque de la grande séparation. 11 parla sur Tessence de la religion, aussi bien que sur des questions accidentelles, etc., comme faisait Érasme quand il écrivait à un public d'élite : c'est le même esprit la même éloquence, vive et chaleureuse. Les enseignements qu'on peut puiser dans son discours synodal ne pouvant n'être pas superflus pour notre peuple, nous allons en citer quelques passages, qui feront connaître combien sa pensée était à la fois éclatante et généreuse.

SUR LA PRiÈRE ORAIE.

Peut-être, quand vous priez, vous préoccupez-vous uniquement du nombre de psaumes que vous balbutiez, vous figurant que la valeur de la prière consiste dans l'abondance des paroles. Or, écoutez ce que Jésus-Christ nous enseigne en saint Matthieu : « Quand vous priez, dit-il, ne dites pas beaucoup de paroles, comme font les païens, qui pensent qu'ils seront exaucés à cause de la multitude de leurs paroles; » gardez-vous de leur ressembler. Moïse ne prononçait aucune parole, lorsqu'il entendit ces mots : « Pourquoi criez-vous vers moi? « Ce n'est pas ce bruit des lèvres, mais les vives aspirations du cœur qui, comme une voix puissante, frappent les oreilles du Seigneur; en effet, la méditation d'un seul verset aura pour vous beaucoup plus de saveur et vous nourrira beaucoup plus, si, brisant la coquille, vous en enlevez le noyau, que si vous vous contentez de chanter littéralement tout le Psautier (1 ).

(4) Tu forsitan, cum oras, hoc modo spectas, quantum psalmorum permurmuraveris, et multiloquium orandi virtutem arbitraris. Sed audi quid apud Matthaeum nos doceat Ghristus : Orantes, inquiens, nolite multum loqui, sicut ethnici faciunt; putant enim quod in multiloquio suo exaudiantur ; nolite ergo assimilari eis. Moses nullam edebat voeem, et tamen audiebat : Quid clamas ad me? Non strepitus ille labiorum, sed ardens animi votumtanquam intensissima vox ferit aures divinas ; magis enim sapiet , magisque pascet unius versiculi meditatio, si rupta siliqua medullas erueris , quani universum Psalterium ad litteram tantum decantatum.

J'insiste d'autant plus sur ce point, que je sais que cette erreur s'est emparée non-seulement de quelques esprits vulgaires, mais encore de ceux qui, par leur costume et leur nom, font profession de rendre à Dieu un culte parfait. Ils s'imaginent que le plus haut degré de la piété consiste uniquement à réciter tous les jours le plus de psaumes possible, dont ils comprennent à peine la lettre.

SUR LE JEUNE, LES MORTIFICATIONS CORPORELLES ET LES PRIVATIONS EXTÉRIEURES.

L'œuvre la plus parfaite, c'est de vous livrer aux devoirs de la piété de manière à rapporter toutes vos actions, non à la terre, mais à Jésus-Christ ; car l'humilité qui est recommandable n'est pas celle qui se montre et se révèle par les démonstrations extérieures, ou par l'éclat des paroles; mais celle qui jaillit d'un cœur pur et aimant. Autre chose, en eflet, est d'avoir la vertu, et autre chose d'en avoir les apparences. L'un poursuit l'ombre, l'autre la vérité. L'orgueil qui se cache sous les dehors de l'humilité n'en est que plus odieux ; gardez-vous de vous croire saint parce que vous avez commencé à jeûner et à vous mortifier : c'est là un moyen d'arriver à la sainteté, ce n'en est point la perfection. Tout ce que l'on fait pour Dieu en dehors du précepte, ne doit pas empêcher l'accomplissement du précepte,

Quod quidem ego diligentius admoneo, quod reipsa cognitum habeo, errorein hune non vulgi modo aiiimos passim occupasse, sedet eorumqui vestitu et nomine perfectam religionem profitentur , ut putent sunmiam pietatem hac in re sitam, si quam plurimum psalmorum vix etiam ad litteram inteilectorum quotidie percenseant.

Justissimum est pietatis ofticiis ita occupari, ut opéra tua non ad terreua, sed ad Christum referantur ; non enim haec humilitas commendatur, quae ostenditur atque simulatur gestu corporis, aut fracta voce verborum ; sed quae pure affectu cordis exprimitur. Aliud est enim virtutem habere, aliud ■virtutis similitudinem. Aliud est rerum umbram sequi, aliud veritatem. Multo deformior estilla superbia, quae sub quibusdam humilitatis signislatet. Cave ne, cum jejunare aut abstinere cœperis, te putes esse jani sanctum : hoc enim adjumentum est, non perfectio sanctitatis. Quidquid supra justitiam offerturDeo, non débet impedire justitiam, sed adjuvare. Quid autem pr'odest tenuari abstinentia corpus, si aniinus intumcscat supcrbia? Quam laudcm mo- Tii.^oL.i>Asr. II. '6

mais le favoriser. Car que sert-il d'exténuer le corps par l'abstinence, si le cœur est gonflé d'envie? Quelle louange mériteronsnous pour avoir pâli en jeûnant, si l'envie nous rend livides? Quel avantage y a-t-il à ne point boire de vin, si Von s'enivre de colère et de haine? C'est alors seulement, vous dirai -je, que la mortification corporelle est belle et magnifique, quand l'âme s'abstient du vice : ceux qui possèdent la vertu de l'abstinence par l'épreuve qu'ils en ont faite et par la science qu'ils en ont acquise, ceux-là mortifient leur chair afin d'abattre l'orgueiL

de leur âme S'ils répriment les diverses inclinations qui

les entraînent vers la nourriture, c'est pour appliquer toute la force de leur âme à la poursuite des vertus ; et comme leur âme a soif de la justice, leur chair est moins sensible aux privations du jeûne et de l'abstinence. Saint Paul, ce vase d'élection, châtiant son corps et le réduisant en servitude, de peur que, prêchant aux autres, il ne fût lui-même réprouvé , n'agissait pas ainsi uniquement, comme quelques-uns le pensent, en vue de la charité : en pratiquant l'abstinence, il favorisait toutes les vertus. L'Apôtre ne faisait pas consister toute sa gloire à ne point forniquer; mais il voulait que la mortification de son corps servît d'exercice à son âme, et qu'il pût d'autant plus se vouer aux vertus qu'il serait plus affranchi des passions.

SUR l'ornementation et la construction des églises.

Il en est qui s'imaginent que le comble de la piété consiste à construire un temple élégant; d'autres qui croient avoir parfai-

rebimur de palore jejuriii, si invidia lividi sumus ? Quid virtutis habet virium nonbibere, et ira atque odio inebriari ? Tune, inquam, prœclaraest abstiuentia, tune pulchra atque magnifica castigatio corporis, cum est animus jejunus a vitiis, imo qui probabiliter ac scienter abstinentise virtutem tenent, eo affli-

gunt carnem suam, quo animée frangant superbiam Idcirco a variis cibo-

rum desideriis menteni retrahunt, ut totam ejus vim occupent in cupiditate virtutumjamque minus jejuniorum et abstinentise laborem caro sentit, anima esuriente justitiam : nam et vasclectionis,Paulus, dum castigat corpus, et in servitutem redigit, ne aliis prœdicans ipse reprobus inveniatur, non adsolam, ut quidam putant, hoc facit castitatem ; non enim huic tantummodo, seb omnibus virtutibus abstinentia opitulatur, nec magna aut tota Apostoli gloria non

tement compensé tant de guerres^ tant de carnages^ tant de sacrilèges, tant de crimes et de forfaits commis pendant une vie entière;, quand ils ont fait construire, et cela aux frais d'autrui, quelques petit sanctuaire.

Pour ne point parler des évêques, sachez qu'il y a, çà et là, des prêtres qui attribuent tant de valeur aux dons consacrés aux églises qu'ils assurent que ce serait un sacrilège inexpiable que de prétendre en distraire quelque chose pour secourir des pauvres qui meurent de faim. Que si on le fait, ils crient partout qu'on a dépouillé de ses biens le Sauveur lui-même, ou la sainte Vierge : comme si Jésus-Christ mettait sa joie dans ces étalages, ou que la sainte Vierge se complût en de telles bagatelles, elle qui, de son vivant, les a dédaignées ; ou comme s'il y avait de la bienséance à les exhiber dans les temples des chrétiens, où l'on prêche que les disciples du Christ les doivent mépriser. Telle est, ce me semble, la raison pour laquelle la piété chrétienne se refroidit partout, languit, s'évanouit : restant attachés à la lettre, et ne s'efforçant pas d'arriver à la connaissance spirituelle des Écritures, ils n'entendent point ce que Jésus-Christ leur dit dans son Evangile : La chair ne sert de rien ; c'est V esprit qui vivifie; ni ce mot de saint Paul : La lettre tue y V esprit vivifie.

fornicari, sed hoc agit, ut castigatione corporis erudiatur anîmus, quantoque nil de voluptatibus, tanto magis possit de virtutibus cogitare.

Sunt aliqui, qui in eleganti templorum structura summam pietatem existiment, et nonnulli qui tôt bella, toi caedes, tôt sacrilegia, tôt totius vit» facinora atque flagitia probe compensata putent, s! sacram aliquam aediculam, alienis etiam sumptibus, curaverint exstruendam.

Ut ne quid dicara de episcopis, audias passim sacerdotes tantum tribuentes donariis templo dicatis, ut inexpiabile sacrilegium fore clamitent, si quis hinc aliquid in pauperum siibsidium famé pereuntium detrahere conetur, atque id si flat, Cbristum ipsum, autVirginem Mariam suis.bonis spoliari vociferentur ; quasi vero Christus hujusmodi gaudeat ostentaculis, qui ipse pauperrimus opes istas calcandas esse docuit, aut sancta Virgo nugis hujusmodi gaudeat, cum viva semper neglexerit, aut quasi decoris sit ea ostentari in templis Christianorum, in quibus dicuntur esse spernenda Christi discipulis. Neque aliud in causa esse judico, christianam pietatem sic ubique frigere, languere, evanescere, quam quod in littera consenescunt, neque ad spiritualem Scrip-i

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