‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 77 sur 172 · SUR LE CULTE DES SAINTS,, DE LEURS IMAGES ET RELIQUES · texte numérisé non relu

SUR LE CULTE DES SAINTS,, DE LEURS IMAGES ET RELIQUES

Vous honorez les saints, et vous aimez à toucher leurs reliques; mais vous méprisez ce qu'ils ont laissé de plus excellent, je veux dire les exemples de la pureté et de Thumilité de leur vie. Point de culte qui soit plus agréable à Marie que celui qui consiste à imiter les vertus de Marie. Voulez-vous bien mériter de saint Pierre et de saint Paul? imitez la charité de celui-ci, et vous aurez plus fait que si vous aviez couru dix fois à Rome. Voulez-vous combler d'honneur saint François? vous aimez passionnément l'argent, vous avez Tesprit contentieux ; eh bien, offrez cet argent à Dieu, domptez votre caractère, et, à l'exemple de saint François, soyez plus modeste. Méprisez un gain sordide, et aspirez aux biens de l'âme. Mettez fin à vos contentions, triomphez du mal par le: bien. Cet honneur-là, saint François en fera plus de cas que si vous lui aviez allumé cent cierges. Et bien que ce soit en Jésus-Christ qu'on trouve le plus facilement le modèle de toute piété, tâchez, puisque vous aimez à honorer Jésus-Christ dans ses saints, d'imiter aussi Jésus-Christ dans ses saints, en immolant à chacun d'eux un de vos vices, ou en vous efforçant d'acquérir chacune des vertus qu'ils ont pratiquées. Quand vous serez arrivé là, je ne désapprouverai pas ce qui se ferait extérieurement. Vous mettez un respect sans bornes à baiser les cendres de saint Paul : je ne vous condamne point

turarum cognitionem élaborant, neque audiunt Christum in Evangelio clamantem : Caro non prodest quidquam ; spiritus est quivivificat; non Paulum adstruentem : Littera occidit^ spiritus /st qui vivificat.

Veneraris divos, gaudes eorum reliquias contingere ; sed contemnis quod illi reliquerunt optimum, puta vitae purae et humilitatis exempla. Nullus cultus gratior Mariae, quam si Mariae humilitatem imiteris. Vis tibi demereri Petrum et Paulum : alterius imitare charitatem, et plusfeceris quam si decies Romam cursitaveris. Vis summo honore Franciscum afficere ? Clarus admirator pecuniae es, contentiosus es ; largire hoc Deo , compesce animum , et exemplo Francisci, esto modestior. Contemne sordidum lucrum, et inhia bonis animi, Remitte contentionem , vince in bono malum , istum honorem pluris faciet sanctus ille, quam si centum illi cereos accenderis. Et quamvis univers* pietatis exemplar a Christo commodissime petitur, tamen, si Christi cultus in sanctis ejus te delectat, fac, ut Christum in sanctis ejus imiteris, et ad singii-

si votre religion est d^accord avec elle-même. Mais vénérer une cendre muette, et négliger le défunt, dédaigner son image qui vit, parle et respire dans les lettres qu'il nous a laissées, n'estce point là une religion mal entendue? Vous qui honorez ses cendres auprès desquelles vous êtes quelquefois guéris de vos infirmités corporelles, pourquoi n'avez- vous pas pour ses lettres un respect plus grand encore, puisqu'elles guérissent des infirmités spirituelles ?

Vous honorez l'image de Jésas-Christ gravée sur la pierre ou sur le hois, ou représentée par des couleurs ; mais vous devez honorer avec beaucoup plus d'empressement l'image de son âme, gravée par la main habile du Saint-Esprit dans les Lettres évangéliques. Vous croyez que c'est beaucoup de posséder chez vous une parcelle de la croix; mais qu^est-ce que cela en comparaison de porter dans son cœur le mystère de la croix ?

Si, en effet, Fesprit de la religion consistait en cela, qu'y aurait-il eu déplus reUgieux que les Juifs, dont la plupart, gens de la dernière scélératesse, avaient vu de leurs yeux , entendu de leurs oreilles, touché de leurs mains Jésus vivant dans, la chair? Qu'y aurait-il eu de plus heureux que Judas, qui colla sa bouche sur la bouche d'un Dieu ? — Tant il est vrai que sans l'esprit

lorum honorem singula vitia mutare, aut singulas vîrtutes amplecti stude ; hoc si accesserit, jam et illa, quae foris fiunt, non iinprobabo. Summa veneratione complecteris cineres Pauli : non damno, si sibi constat tua religio. Si veneraris cinerem miitiim, et mortuiim et vivam illius imaginem adhuc loquentem, ac tanquam spirantem, quse in illius litteris superest, negligis, nonne prœpostera est tua religio ? Cineres colis, ad quos nonnunquam vitia tolluntur corporis ; cur non litteras magis, quibus vitia sanantur animarum ?

Honoras imaginem vultus Ghristi saxo, lignove efformatam, aut fucatam coloribus ; raulto religiosius honoranda mentis illius imago, quse Spiritus sancti artificio expressa est litteris evangelicis. Magni esse eredis, quod crucis particulam domi possides : at istud nihil est prœ illo, si mysterium crucis in pectore conditum gestes; alioquin si ista faciunt religiosum, quid religiosius Judseis, quorum impiissimi plerique, Jesum in carne viventem oculis viderunt, auribus audicrunt, manibus contrectaverunt ? Quid Juda felicius, qui ore os divinum pressit ? Adeo sine spiritu non prodest caro quidquam, ut ne Virgini quidem Matri profecturum fuerit, quod euni de sua carne genuit, nisi et spiritu spiritum illius concepisset.

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la chair ne sert de rien, et qu'il n'eût rien servi à la sainte Vierge elle-même, sa mère, de Tavoir engendré dans la chair, si elle n'avait pas conçu dans son esprit Tesprit de son Fils. »

Honoramus reliquias martyi*um, ut eum, cujus sunt martyres, adoremus; honoramus serves^ ut lionor servorum redundet in Dominum, qui ait : Qui vos suscipit, me suscipit (Hieron,, inFpist, ad Ripar.)

Caveant jejunii cultures y ne, dum vetitis cibis abstinent, aliarum rerum delicias, luxuriamque sequantur, imo vero moderato cibo et poiu^ carnis vitia coerceant, ut liberi, mentes ad cœlestium rerum amorem et contemplationem erigant, et ad pietatis opéra expediti inveniantur (S. Garol. Borrom., in Cane, I Mediolan., p. 2, can. 7).

35. Ce qui précède montre, une fois de plus, combien il importe que le liturgiste n'expose jamais la doctrine du culte des saints qu'en l'envisageant dans ses rapports avec la doctrine du christianisme : Dieu en Jésus-Christ, Sauveur du monde ; dans ses rapports avec l'adoration essentielle de Dieu, et avec l'amour surnaturel, qui est l'âme de toutes les autres vertus. Le chrétien raisonnable honore-t-il autre chose dans les saints que l'image de Dieu qui se réfléchit en eux ? honore-t-il dans leurs vertus autre chose que l'esprit du Saint-Esprit qui les a produites ? honore-t-il dans les destinées des saints autre chose que les conseils de l'amour éternel, qui les a prédestinés dès le commencement du monde, qui les a appelés et justifiés dans le temps, transfigurés dans le temps et dans l'éternité ?

36. Ainsi, aux yeux d'un sage liturgiste, le culte des saints n'est autre chose qu'un honneur rendu à Dieu, manifesté dans les saints; une copie de l'image de Dieu reproduite dans les saints.

De même que Dieu s'est révélé en Jésus-Christ, ainsi Jésus- Christ se révèle dans ses saints. «Soyez mes imitateurs, écrivait çaint Paul, comme je suis l'imitateur de Jésus-Christ, l'imitateur de Dieu. » Pareillement, les saints ne disent, dans les temples chrétiens, par la bouche du hturgiste, rien autre chose que ces paroles : « Soyez nos imitateurs, comme nous l'avons été

de Jésus-Christ, du Seigneur. » Et de même qu'autrefois, lorsqu'ils étaient encore sur la terre, les saints n'étaient que des vases qui recevaieut les dons de Dieu, et Jes portaient en face du monde entier; de même, maintenant qu'ils ont déposé leur enveloppe mortelle, ils ne sont que des intermédiaires, qui transmettent à Dieu, intactes et complètes , les louanges que leur adressent les hommes.

37. Ainsi, comme nous adorons Dieu en Jésus-Christ, nous honorons Jésus-Christ dans les saints, que son Esprit a appelés, purifiés, sanctifiés, transfigurés. C'est pourquoi, chaque fois que nous honorons les saints, c'est Dieu et Jésus-Christ que nous vénérons en eMS. ; c'est la grâce de Dieu que nous exaltons dans la sanctification de l'homme ; c'est l'amour éternel que nous nous proposons pour modèle dans les vertus des saints ; c'est la sagesse éternelle dont nous admirons les desseins merveilleux dans les destinées des saints.

38. L'invocation des saints n'est elle-même, aux yeux d'un sage liturgiste, que le rétablissement de la communion qui doit exister entre l'Église militante et l'Église souffrante ; les saints qui vivent sur la terre et les esprits transfigurés qui habitent le ciel sont des membres du corps unique de Jésus-Christ ; ceux-ci chantent parmi les chœurs supérieurs, ceux-là parmi les chœurs inférieurs ; mais ils n'ont au fond qu'un même cantique, qu'une seule prière : « Que votre règne arrive, que votre nom soit sanctifié, que votre volonté soit faite ! » Vos enfants, Seigneur, ceux qui habitent le ciel comme ceux qui sont encore sur la terre, vous glorifient dans le même esprit et avec les mêmes accents.

L'invocation des saints ainsi entendue n'est donc autre chose que l'invocation de Dieu, de même que le culte des saints n^est que l'adoration de Dieu...

On ne saurait contester que, dans une foule de cas, le liturgiste aura beaucoup à faire jusqu'à ce que le culte et l'invocation des saints ne soient plus nulle part que le culte et l'invocation de Dieu. Cependant, si la réalité est plus tardive que le

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désir, cela prouve uniquement que, dans l'éducation des fidèles, le zèle et la bonne volonté doivent toujours précéder le résultat et le but qu'on se propose.

Remarque. Outre les théologiens catholiques, il en est quelques-uns parmi les protestants qui rendent justice au concile de Trente, en déclarant que la doctrine de TÉglise touchant le culte des saints est en harmonie avec Tesprit deVÉvangile. 39. La véritable vie de la religion étant altérée dans son essence même par tout ce qui éloigne la confiance en Dieu, le liturgiste ne négligera pas d'afî^aiblir ces fausses opinions qui menacent le principe même du sentiment religieux.

La confiance en Dieu est quelquefois afi"aiblie dans notre peuple par la passion de chercher des trésors dans la terre, par la divination, par la magie et la sorcellerie, et surtout par le goût excessif des pèlerinages. Dans tous ces cas, le liturgiste devra porter le flambeau de TÉvangile assez haut et assez bas pour éclairer peu à peu tous les recoins de l'ignorance. Donnons-ici un extrait de ses instructions sur ce sujet :

« Mes chers frères, je vous ai fait voir que Dieu en Jésus- Christ est le salut du monde. Mettez en Dieu toute votre confiance. Et si quelqu'un essaie de vous détourner de Dieu, ne le croyez pas, ne vous laissez pas tromper. Tout cela est illusion, erreur, supercherie. Par exemple, si, vous trouvant dans le besoin, un étranger arrivait chez vous, et qu'il cherchât à vous faire croire qu'il y a de l'argent enfoui dans votre cave, mais qu'il est gardé par un esprit, lequel ne saurait être chassé que par un prêtre et l'aide de certaines bénédictions ; que si vous observez ces prescriptions cet argent vous tombera entre les mains, fermez votre maison et votre cœur à de telles gens ; car ce sont des imposteurs, et leur mystère est un mensonge. Écoutez-moi, je vais vous apprendre le véritable secret de trouver des trésors :

I. Amour du travail, tempérance, économie, sage administration de la famille, crainte de Dieu : voilà la vraie manière de trouver des trésors, et pour cette vie et pour l'autre. iT. Jésus-Christ nous enseigne à chercher des trésors que ni les

vers ne peuvent ronger, ni la rouille enlever ; et saint Paul veut que nous fassions consister nos richesses dans les bonnes œuvres, lesquelles, prêtées au Seigneur^ rapporteront de gros intérêts.

m. Posséder la piété et vivre content de peu est le plus précieux trésor de la vie.

TV. Dieu est le maître unique du ciel et de la terre ; c'est lui qui donne à Tâme et au corps la respiration, la nourriture de chaque jour. Lui plaire doit être notre seul désir. Or, croire en lui d'une foi vive, l'aimer de tout son cœur, marcher saintement en sa présence, voilà la seule chose qui lui soit agréable.

V. Il est rare de voir les enfants du juste réduits à la mendicité ; élevez vos enfants pour le Seigneur, et mettez en lui toute votre confiance.

Remarque. La manie de vouloir trouver des trésors s'accroît et se propage , comme toute pratique superstitieuse en général, à proportion que la pauvreté, Tignorance, Thorreur du travail, rinjustice sont plus répandues. J'ai connu des ecclésiastiques à qui des catholiques et des protestants offraient de grosses sommes d'argent pour qu'il les aidassent à chercher des trésors. — Heureusement les vrais ministres de Dieu préfèrent à l'argent la vérité et la vertu, et ne se font pas les instruments de la superstition.

Si ces chercheurs de trésors savent exciter et tromper la cupidité des ignorants, il ne manque pas non plus d'imposteurs pour tendre des pièges à leur curiosité et à leur amour du merveilleux. Ils se donnent pour des devins, expliquent les mystères de l'avenir par l'inspection des étoiles et des mains, et vous font payer cher les mensonges qu'ils vous débitent.

Je sais, mes chers frères, qu'il y a une manière toute divine de prophétiser la vérité ; écoutez ces prophéties :

I. Dieu est la lumière qui éclaire toutes choses , l'œil qui pénètre tout ; pour lui il n'y a ni passé, ni avenir ; tout est présent à ses regards.

II. Si la main de Dieu a mis un voile sur nos destinées, il n'y a que sa main qui puisse le soulever.

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m. Mais son amour, quoique caché derrière ce voile, est suffisamment transparent.

IV. Tout tourne à l'avantage de ceux qui aiment Dieu, et si nous semons le bien, nous récolterons le bien : notre avenir est donc entre nos mains. Aimons Dieu et ne nous lassons pas de faire le bien : alors le plus beau sort nous est réservé pour l'avenir.

V. Quand Tesprit de Dieu, qui seul pénètre Tavenir, nous en dévoilera Tobscurité par des prophéties, par Torgane de Jésus- Christ ou de quelque ami de Dieu, nous Tadorerons pleins de foi et de soumission.

Ti. Notre espérance actuelle repose dans Téternité, et cette espérance durera jusqu'à ce que nous voyions Dieu face à face.

vu. Nous savons que nous sommes enfants de Dieu, et ses héritiers. Telle est la prophétie de Dieu : elle est crue de tous les hommes vertueux.

VIII. Accomplir les ordres de Dieu , jusqu'à ce qu'il nous appelle, voilà le devoir de tout chrétien ; discerner attentivement les signes de l'avenir et sonder les esprits, pour s'assurer s'ils sont de Dieu, voilà la fonction de tout chrétien vraiment sage.

Quand vous n'êtes pas le jouet des autres, vous vous laissez prendre à vos propres illusions. Des opinions qui ont grandi avec vous, telles que celles de magie et de sorcellerie, vous remplissent de crainte, de frayeur et de faux soupçons ; elles rendent incurables un grand nombre de vos maladies, parce que vous dédaignez les moyens naturels que Dieu vous offre; elles vont jusqu'à vous rendre cruels envers votre voisin, en vous faisant accroire qu'il est en connivence avec quelque mauvais esprit. Or, écoutez ce que dit l'évangile :

I. Jésus -Christ est apparu pour nous délivrer de tout péché, de toute erreur, de toute superstition, et pour nous transporter dans le royaume de la lumière.

II. La nature même est la servante du Seigneur; la vertu qu'elle possède pour opérer certaines guérisons découle de Dieu, source de toute vie et de tout salut.

III. Toute lajpuissance de Satan est subordonnée à la puissance de Dieu.

IV. Avoir confiance en celle-ci, c'est rendre Tautre impuissante.

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