SUR JEAN MICHEL SAILER. VII
Mais il mettait en tout cela si peu d'affectation et de contrainte, que nul de ceux qui approchaient de sa personne ne se sentait ni à l'étroit, ni troublé.
Il avait, en outre, certains proverbes courts et faciles qu'il murmurait souvent à voix basse, et sans y prendre garde, tels que ceux-ci : « Le Seigneur est bon, et toutes ses voies sont droites; Misericordias Domini in œternum cantabo ; Ne pr.ojic.ias me a facie tua , » (Par là il voulait dire sans doute : Seigneur, ne me privez pas de votre continuelle présence). J'ai entendu des milliers de fois ces proverbes sortir doucement et comme avec le souffle de sa respiration, de son aimable bouche. En voyage, il s'endormait dans sa voiture et se réveillait en les récitant.
Toutefois, ce n'était pas sans violence et sans de pénibles efforts qu'il était parvenu à cette hauteur paisible de contemplation intérieure, qui était non une indifférence quiétiste, mais une vie active; non un don de la nature, mais une véritable vertu arrachée à un tempérament vigoureux.
Lui-même nous a permis de jeter un regard instructif sur ce développement de son intérieur, dans un ouvrage remarquable où il se montre tout entier, et qui a pour titre : La Paix; une Histoire. Il y raconte comment Théophile, c'est-à-dire lui-même, après avoir été purifié dans la triple fournaise des doutes de conscience, des doutes sur la foi et des doutes sur le salut, a fini par trouver dans la crainte que lui inspiraient ses propres faiblesses et la confiance aux miséricordes infinies du Seigneur, la paix que procure l'union intime avec Dieu. Son journal contient, en outre, sous la date du 2 jan-