VI NOTICE BIOGRAPHIQUE
supérieur. Cette antique parole du Seigneur à son serviteur Abraham : « Marchez devant moi, et soyez parfait,» parole que le Christianisme a transformée en cette autre d'un accomplissement plus facile, quoique suffisamment difficile encore : « Marchez à ma suite, et portez votre croix; » cette parole s'était changée en la chair et au sang de Sailer, ou plutôt elle était devenue l'âme et le souffle de sa vie. Le mystère transparent de sa vie intérieure était la présence continuelle de Dieu.
Ce trait caractéristique qui dominait dans tout son être, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, n'était ni une sombre manie, ni une exagération ascétique ; jamais je n'ai vu un homme qui fût d'une sérénité aussi constante que lui. Il s'intéressait atout ce qui était digne de l'homme, il se mêlait à toute plaisanterie innocente, et racontait luimême, dans l'occasion, les histoires les plus divertissantes; je l'ai entendu moi-même rire jusqu'aux larmes en racontant ou en entendant raconter quelque aventure plaisante. Il faisait des observations pleines d'esprit et de finesse, sans toutefois y mêler jamais aucune pointe qui pût blesser ; c'était toujours avec la grâce la plus aimable, avec une dignité et une noblesse exemptes de trivialité. Il assaisonnait chaque plaisanterie du sel d'une sagesse supérieure. Ce recueillement de l'âme, qui était devenu en lui une seconde nature , ne l'abandonnait jamais, pas même pendant les récréations les plus vives et les plus animées. Un tendre regard élevé vers le ciel, une douce sérénité de l'âme répandue sur ses traits, indiquaient que chez lui l'homme intérieur continuait d'habiter un monde plus élevé et respirait un air plus pur.