‹ Théologie pastoraleChapitre 105 sur 209 · ÉVANGILE DES SERVITEURS ET DES SERVANTES (VI · texte numérisé non relu

ÉVANGILE DES SERVITEURS ET DES SERVANTES (VI

\ ° « Honorez vos maîtres ; »

Bien qu'ils ne croient pas à l'Évangile, afin que le nom du Seigneur ne soit pas blasphémé, et pour ne pas faire supposer que l'Évangile prend sous sa protection les serviteurs revêches et récalcitrants.

2° « Honorez vos maîtres ; »

Bien que, en leur qualité de chrétiens, ils soient vos frères. Honorez-les d'autant plus qu'ils sont vos frères; honorez en eux votre Maître commun, Jésus-Christ. L'Apôtre veille sur les détails, afin de mettre de l'ordre dans l'ensemble. Il veut des serviteurs soumis, afin que la désobéissance ne soit pas un prétexte de blasphémer la doctrine de Jésus- Christ, et pour que l'insubordination des chrétiens ne ferme pas l'entrée du royaume de Dieu à ceux qui ne sont pas chrétiens. La doctrine de Jésus-Christ ne brise aucun des liens qui maintiennent Tordre général parmi les hommes; elle affermit, au contraire, tout ce qui est bien, et lui prête son appui. La foi, loin de faire disparaître les différentes conditions sociales, fait que le bien se multiplie dans chacune d'elles, en diminue les difficultés, et donne la force de supporter plus facilement le mal inévitable ou déjà produit.

138. Traits caractéristiques de quelques hérétiques qui , pour satisfaire lews propres caprices, troublent l'ordre et la paixgénérale (vers. 4, 5). — 1° Les saines prescriptions de Notre Seigneur, et sa doctrine qui n'a d'autre but que la piété, ne leur suffisent pas. 2° Ils sont enflés d'orgueil, bien qu'ils soient igno-

rants. 3° Tls ont une maladie d'esprit qui les emporte en des questions et en des combats de parole. 4° De là naissent l'envie, les contestations, les médisances, les faux soupçons, 5° et, ce qui est pire encore, toutes sortes de guerres parmi les hommes qui, sans lumière ni vérité, errent dans les ténèbres, et ne cherchent dans les choses saintes qu'un moyen de s'enrichir.

Quand je compare une partie des savants de notre siècle avec cette peinture de l'Apôtre, il me semble que saint Paul vit encore en l'an de grâce 1858 (1788-1820), qu'il a reçu mission de faire une enquête sur la maladie de nos savants, et de la caractériser par son véritable nom ; qu'après avoir tâté avec beaucoup de patience le pouls de ces messieurs, il a envoyé à la raison, faisant les fonctions de conseil de santé, les prescriptions suivantes : 1 ° Ces grands savants, qui par déraison décrient et avilissent toute raison, sont tellement malades, qu'ils ne peuvent plus supporter la saine doctrine de Jésus-Christ ; 2° ils sont tellement malades, qu'ils ont la fièvre des recherches et des disputes de paroles, et se font mutuellement souffrir ; 3° de là vient qu'une foule d'esprits, dont les uns pensent et les autres ne pensent pas, sont infectés d'une peste et d'une contagion mortelles, qu'on nomme l'envie, les faux soupçons, les blasphèmes. Enfin, ce qui rend la maladie incurable, c'est que ces malades appellent santé leur maladie, et renvoient à l'hospice des aliénés ceux qui se portent bien.

139. « La piété et la modération sont une grande richesse. » (vi, 6-11).

Ce qui rend l'homme bon et heureux, voilà ce cuie le pasteur des âmes doit annoncer; mais il faut qu'il l'ait d'abord expérimenté lui-même, et que sa vie en soit pour les autres un modèle vivant.

Or, ce qui nous rend bons et heureux intérieurement, c'est la foi agissante dans la charité ; voilà ce qui rend pur, fort dans le bien, libre, joyeux, et pour tout dire en un mot, voilà ce qui rend pieux. Une fois qu'on possède la piété, c'est-à-dire qu'on a trouvé son trésor en Dieu, on est par là même modéré dans la

convoitise et dans Fusage des biens temporels. Car cette modération est précisément ce qui satisfait le plus l'intelligence, Fâme et le corps de celui qui est pieux.

« La piété et la modération sont une grande richesse. » On acquiert de grandes richesses quand on est pieux et modéré. Saint Paul dit que c'est un gain.

i ° L'homme modéré se conduit d'après les prescriptions de la raison qui lui dit : Vous n'avez rien apporté dans ce monde, vous n'en emporterez rien de tous les biens temporels : pourquoi ces préoccupations inquiètes ? 2° L'homme modéré se conduit suivant les exigences de la nature non corrompue, qui ne demande que le vivre et le couvert. 3° L'homme modéré reste libre des dangers qu'entraîne la passion de s'enrichir, libre de tous les maux qui ont leur racine dans l'avarice, libre des plaisirs insensés qui naissent de l'amour de l'argent. 4° L'homme modéré reste libre des soucis et des inquiétudes qui tourmentent et agitent le riche. 5° L'homme modéré est inaccessible à la folie d'abandonner la foi pour le plaisir de devenir malheureux. 6° Par conséquent, la modération nous épargne bien des péchés, bien des dangers, bien des folies. — C'est donc un gain immense.

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