‹ Théologie pastoraleChapitre 115 sur 209 · MON JUSTE VIT DE LA FOI · texte numérisé non relu

MON JUSTE VIT DE LA FOI

« La vie du juste » est véritablement une vie de foi.

1 ° Le juste vit de la foi, car celui qui vit de la foi doit nécessairement être juste.

2° Mon juste vit de la foi ; car c'est moi qui justifie , dit le Seigneur.

3° Mon juste vit; car ceux que je n'ai pas justifiés, que je n'ai pas excités , sont encore morts et ensevelis dans l'abîme de la perdition.

i° Mon juste vit de la foi ; ce qui l'anime , ce qui vit en lui, ce sont les choses de l'éternité, les choses de Dieu, auxquelles sa foi s'est attachée.

Des modèles et des exercices de ce genre conviennent spécialement à renseignement oral.

H. Plus le prédicateur se familiarisera avec le fond et l'esprit du christianisme , plus il verra clairement sur quoi il devra parler sans cesse , et ce sur quoi il ne devra jamais parler.

Les doctrines fondamentales du christianisme, les devoirs, les aspirations , les espérances (n° 1 1 ) qui en découlent , forment le texte unique et invariable de tous les sermons. Quant à ce dont on ne doit jamais entendre retentir une syllabe dans une chaire chrétienne, il a de nos jours fourni matière à tant de sermons sans but, ou contraires à leur but, qu'il vaut la peine d'en donner une indication détaillée.

1 5. Doivent être à jamais bannis de la chaire chrétienne :

\ ° Les considérations purement spéculatives sur des êtres réels, par exemple , la question de savoir comment parlent les anges. Nous appelons purement spéculatif tout ce qui ne saurait donner au peuple ni plus de lumière ni plus de force pour connaître et aimer le bien; ce qui ne saurait ni éclairer notre raison sur les rapports de Dieu à nous et sur nos rapports à lui , ni rendre notre cœur plus satisfait de Dieu , ni nous rendre plus propres à remplir nos devoirs.

2° Les recherches tout à fait inutiles sur des choses qui n'existent nullement, telles que celle-ci : « Que serait-il arrivé, si Adam n'avait point péché? »

3° Le procédé scolastique appliqué à l'explication d'importantes vérités dogmatiques [modi explicandi dogma mère scolastici), car il dépasse les horizons du peuple ; par exemple , vouloir expliquer comment s'opère la transmission du péché originel.

4° Les développements purement scientifiques d'une idée théologique, telle que celle-ci : « Comment la grâce sanctifiante estelle communiquée à l'homme? « Contentons-nous de savoir que le Saint-Esprit habite en nous , que la paix divine , la charité céleste et l'espérance qui ne chancelle jamais , ces trois marques de sa présence, ont établi en nous leur séjour ! Quant à savoir comment l'Esprit- Saint vient en nous, comment il y opère, une pareille question n'a aucune valeur aux yeux du peuple chrétien. On a beau faire, on n'expliquera jamais ce qui est inex-

pliquable ; d'ailleurs, pour celui qui ne porte pas en soi le mystère, et qui ne le connaît pas par expérience, tout effort pour traduire le divin dans un langage humain , est superflu.

5. Les sentences bibliques et les passages des Pères entassés par pure jactance, pour faire preuve de savoir-faire, et mis en ordre de bataille.

6. Les propositions philosophiques énoncées sous une forme philosophique; par exemple : « Le monde que nous habitons est-il le meilleur des mondes possible ? »

7. Les citations éclatantes empruntées à V histoire profane ou à la mythologie, destinées à frayer les voies à la parole de Dieu. Par exemple : « Lorsque Apelles voulut peindre la Beauté, Jupiter, etc. »

8. Les anecdotes puériles, inventées pour amuser le peuple ou les grands, comme fit, en \ 787, un orateur qui plaça la Mère du Sauveur dans l'arbre généalogique d'une maison princière.

9. Les jeux de mots qui sentent la trivialité et l'enfantillage, rendent le prédicateur ridicule , et provoquent le rire des auditeurs qui ont du goût ; tels que celui-ci du père Abraham : « Lauingen n'est pas loin de Dillingen » : la charité ne tarde pas à se refroidir.

4 0. Les questions énigmatiques et populacières , qui font de l'Évangile un recueil de devises, et transforment un sermon en un exercice de bons mots. C'est ainsi qu'au couvent de Hohenwart (Attente-des-grands) , on posa en chaire cette question : « De quel pays était Zachée ? » — Réponse : « C'était un Hohenwarter. »

1 1 . Les peintures métaphoriques qui transforment les saints en animaux et font d'un sermon écrit en style d'histoire naturelle, un panégyrique des animaux, avec application aux saints; par exemple : « Saint Bernard était un lion, un lion courageux, etc. »

f 2. La manie de ravaler plusieurs saints pour élever d'autant plus haut celui que l'on a en vue. « Celui- ci se distingue par la magnificence de ses expressions: c'est un Ambroise; celui-là se Théoi.. past. I. 23

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joue en des pensées fines et délicates : c'est un Augustin ; l'un fait retentir le tonnerre de la vérité : c'est un Chrysostome, etc. ; mais il en est un qui remporte sur tous, c'est saint Bernard; il a tout à la fois la délicatesse de langage de saint Àmbroise, la pénétration de saint Augustin, la foudre de saint Chrysostome.»

13. Les louanges exagérées ayant pour objet des matières accidentelles à la religion, et quelquefois les auditeurs eux-mêmes ; ce qui est une profanation du culte public qui est dû à Dieu, et est en opposition directe avec le but qu'on doit se proposer , l'édification des fidèles.

14. Les discours funèbres qui, ou sont en contradiction flagrante avec la vérité , ou louent dans les défunts des choses qui ne méritent pas d'être recommandées à des chrétiens et devant des chrétiens. C'est ainsi qu'un ecclésiastique fut loué par son panégyriste pour avoir été un chasseur septuagénaire.

15. Les affaires politiques et les articles de gazettes, qui ne sont qu'une pomme de discorde jetée à des auditeurs impressionnables.

1 6. Les questions, les récits , les tableaux qui ne peuvent avoir d'autre conséquence que de porter les inférieurs à juger arrogamment de leurs supérieurs.

17. Les peintures qui sont de nature à trahir les personnes, non moins que les satires mordantes. Par exemple , prêcher dans un village composé d'une vingtaine de maisons contre un péché d'impureté huit jours après qu'il a été commis, c'est montrer au doigt et couvrir de confusion devant toute une paroisse la personne coupable.

18. Les vives peintures de Vimpudicité, qui attirent plutôt qu'elles ce corrigent , séduisent plutôt qu'elle n'inspirent de l'horreur, et enseignent le vice à l'innocence au lieu de l'en préserver.

19. Les invectives cicéroniennes contre les vices des hommes. Sans doute qu'il ne faut jamais cacher la plaie qui ronge l'humanité, ni affaiblir l'horreur que doit inspirer le péché; mais il faut dire aussi que la chaleur du tempérament n'est pas ce qui

corrige,, surtout en chaire. Il faut avertir les auditeurs, les exciter; mais ce résultat, au lieu d'être obtenu par la colère du prédicateur, doit l'être par la force pénétrante de la vérité. Quand la bouche du prédicateur n'est remplie que de menaces, le peuple s'y habitue, et tout le fruit qu'on retire de cette passion chagrine qui ne sait que blâmer, c'est de donner naissance à ce proverbe des paroissiens : « Notre prédicateur est toute l'année fâché contre nous. »

20- Les amplifications imaginaires que l'on fait sur les devoirs ou sur les péchés, et qui n'ont aucun sens pour le peuple chrétien.

21 . Les recherches casuistiques sur certains cas de conscience qui ne se présentent jamais, ou du moins que très-rarement, et dont la solution ne rentre pas dans le cercle des connaissances du peuple.

22. Les sorties et les croisades contre les libres penseurs, auxquelles le peuple peut bien mêler ses clameurs, mais auxquelles il ne comprend rien.

23. Les déclamations exagérées sur la corruption du temps présent, qui effrayent sans nécessité les consciences délicates, font naître la curiosité de rechercher les fautes d'autrui, et courir après des aventures.

24. Les prophéties terribles et les sentences de condamnation portées sur des pays entiers, qui, des vices du présent, concluent à des châtiments futurs, ou qui, au spectacle d'une calamité qui sévit dans un pays, crient aussitôt à la corruption des mœurs. De pareils sermons ne sont que de l'astrologie judiciaire.

25. Les opinions terrifiantes, qui non-seulement ne sauraient être prouvées, mais qui détruisent les miséricordes de Dieu et placent sa justice dans une fausse lumière : telles sont celles qui consistent à dire que parmi les auditeurs il y aura plus de damnés que de sauvés.

26. Les contes de revenants et autres récits semblables, qui ne font qu'ajouter à l'ignorance du peuple et affaiblir sa confiance en Dieu.

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27. Les représentations théâtrales et emblèmes ayant pour but de fortifier l'impression de la vérité, mais qui blessent la dignité du ministère. C'est ainsi qu'un prédicateur monta en chaire armé d'un fusil, et demanda à ses auditeurs ce qu'il en serait d'eux s'il leur tirait dessus, s'ils auraient le courage de comparaître devant Dieu.

%8.Les coussins placés adroitement sous le coude des pécheurs, et les rêves philanthropiques sur l'âge d'or de l'éducation.

29. Les nouveaux systèmes sur les devoirs qui, n'ayant aucun appui dans l'histoire ni dans la révélation positive, n'offrent aux cerveaux maladifs qu'un idéal de vertu puisé dans le domaine vaporeux de l'imagination, et qui ne guérissent ni les pieds des paralytiques, ni les yeux des myopes. La prédication n'est pas une leçon de morale, ni l'église une salle académique, ni le catéchisme une nomenclature de vertus.

30. Tout écho de l'esprit du siècle dans le prédicateur : préoccupation des choses du temps, culture des arbres, introduction de nouvelles méthodes d'enseignement, infatuation des idées de telle école ou de tel parti...; toutes choses qui ne laissent pas le temps de parler de Dieu, de Jésus-Christ, de la vie éternelle.

Br'ef, le prédicateur ne doit rien dire de tout ce dont, après mûr examen, il lui semble que ni Jésus-Christ, ni saint Pierre, ni saint Paul ne parleraient certainement pas s'ils étaient à sa place.

16. Quand on a choisi son sujet, il s'agit de savoir comment on trouvera les matériaux nécessaires pour le traiter.

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