SUR LES PROGRÈS DANS LA VERTU
20. Ces paroles, empruntées à l'histoire de l'enfance du Sauveur : « Il croissait en sagesse et en grâce, » nous fournissent l'occasion de parler des progrès dans la vertu, et de l'accroissement qui doit s'opérer dans notre âme.
Il y en a peu qui éprouvent la nécessité de faire des progrès dans la vertu, et tous ne connaissent pas le meilleur moyen d'avancer dans le bien.
i. La nécessité de faire des progrès dans le bien se révèle à nous quand nous réfléchissons sur la nature et sur la destination de l'homme.
4° La nature de l'homme nous montre cette nécessité. Le passage du mal au bien doit se faire tout d'un coup ; mais il n'en est pas ainsi du passage du bien à la perfection. Quand
Fesprit de Dieu, la Charité qui vit dans la Foi et agit dans l'Espérance, opère au fond du cœur humain, celui qui naguère était esclave de Fenfer se transforme en enfant du Ciel. Mais cette charité, il la faut cultiver, entretenir, fortifier, conserver, conduire à maturité : toutes choses qui ne se font qu'insensiblement et en s'élevant degré par degré. Le bien se développe dans Fhomme comme le germe dans la plante et dans Fanimal, c'est-à-dire graduellement. Or, de même que Fhomme n'arrive qu'insensiblement à la perfection du bien, de même il ne saurait rester immobile sans devenir pire qu'il n'était ; car s'il n'est pas poussé par l'esprit de Dieu, il l'est par l'esprit du monde.
2° Le progrès dans la vertu nous apparaît comme une nécessité, quand nous réfléchissons sur la destinée de l'homme. Il faut que l'homme devienne parfait comme son Père céleste est parfait. Or, il nous est impossible d'approcher de plus en plus du Père céleste, cet idéal parfait de tout bien, si nous nous arrêtons dans la voie où nous sommes entrés, et si nous allons même jusqu'à reculer. Comment arriver au millième degré de l'échelle céleste de la perfection, si nous nous arrêtons au dixième, ou si nous redescendons jusqu'au premier? En avant! En avant! telle est la loi de notre destinée. Il faut que le cœur humain ait un roi, il lui faut quelque chose qu'il aime par-dessus tout. S'il n'aime pas la Bonté souveraine par-dessus toutes choses, il aimera nécessairement par-dessus tout quelque chose qui n'est pas Dieu; cet amour l'éloignera de plus en plus de Dieu, affaiblira d'abord en lui le sens divin, puis l'étouffera tout à fait, afin de pouvoir fonder et agrandir son royaume dans les choses temporelles; aussi, rien de plus vrai que cette parole : Qui nonproficit déficit.
ii. Que si nous demandons quel est le moyen d'avancer dans le bien, c'est celui qui en a fait l'expérience qui peut le mieux nous l'indiquer. Voici, j'imagine, ce qu'il pourrait nous répondre :
1 ° Faites en sorte que les entretiens que vous avez avec Dieu dans la prière soient plus intimes, plus fréquents et plus con-
tinus, et vous ferez de grands progrès dans le bien. Celui qui connaît l'art de bien prier sait s'élever au-dessus des choses passagères, et puiser à sa vraie source la force de s'unir à Dieu. Quand il prie il est fortifié par celui qui est la Force même, sanctifié par celui qui est la Sainteté même, rendu sage par celui qui est la Sagesse même. 0 homme ! telle votre prière, tel votre accroissement dans le bien; et telle votre prière, tel vous-même.
2° Apprenez à faire une résistance prompte, solide, durable, à tout ce qui est ignoble, bas et insensé ; apprenez d'abord à vous déprendre de toutes les choses qui sont hors de vous, puis à vous déprendre de vous-même, pour ne vous attacher qu'à Celui qui seul est bon ; et alors vous ferez de rapides progrès dans le bien. Celui qui s'attache à Dieu ne forme plus avec lui qu'un seul esprit. 0 homme î telle votre abnégation, tels vos progrès dans le bien; et telle votre abnégation, tel vous-même.
3° Apprenez, par vos lectures et vos recherches dans le Nouveau Testament ou dans tout autre livre spirituel, lectures par lesquelles vous vous proposerez de chercher Dieu, à trouver des forces et des encouragements dans la prière et dans l'abnégation. 0 homme ! tel votre livre, tel vous-même.
4° Apprenez, en marchant tranquillement devant le Seigneur, à faire le bien que vous pouvez et devez faire dans votre position, dans votre sphère ; à utiliser vos forces, à vous dépouiller généreusement des choses agréables auxquelles les intérêts de la vertu demandent que vous renonciez, à supporter les contradictions qu'il vous faut supporter ; et toutes ces actions, tous ces dépouillements, toutes ces souffrances vous feront progresser dans la vertu. 0 homme! telle votre fidélité à votre vocation, tel votre accroissement dans le bien.
5° Surtout ne vous défaites à aucun prix du saint amour, qui est, si je puis ainsi dire, la prunelle de l'œil du christianisme ; amour qui est doux et tolérant comme Dieu lui-même. Que chaque jour soit éternisé par un bienfait que vous rendrez à un malheureux. 0 homme! tel votre amour, tel vous-même.
Quatrième exercice.