JUGEMENT
1°Le mot foi est pris dans un sens indéterminé : dans la première partie, la foi est considérée comme un don; dans la seconde elle est envisagée dans son application. Dans la première elle est prise dans le sens de force divine, dans la seconde dans celui de force appliquée.
2° Dans la première partie il y a plus de naturel, dans la seconde plus d'art; mais dans Tune et l'autre il y a trop d'art et trop peu de simplicité. Ainsi l'oreille supporte avec peine le développement de cette idée biblique : Le chrétien est roi, où Fon^montre tous les sujets sur lesquels il règne. Il est probable qu'à la cour, et surtout à une cour comme celle de Louis XIV, elle aura rencontré plus de sympathie.
3° Le talent que possède l'orateur de montrer une idée sous ses faces multiples , et le bel esprit qui veut à toutes forces briller, sont visibles aux yeux les moins clairvoyants. Or, le prédicateur doit être plutôt un témoin de la vérité qui veut convaincre, qu'un orateur qui veut faire étalage de ses qualités dans l'art du bien-dire.
4° On ne saurait nier non plus que ces deux pensées: La foi est la lumière de l'homme, la foi est la grandeur de l'homme, ne soient d'une part trop disparates pour former un tout, et de l'autre trop identiques pour constituer deux parties. De là la répétition des mêmes pensées sous des expressions différentes.
5° Les propriétés de la foi, qui consistent en ce qu'elle est
une lumière proportionnée à l'homme, une lumière salutaire, intérieure . pénétrante, inextinguible, ne sont pas, les unes assez précisées, les autres assez coordonnées, ou bien leur variété consiste trop dans la simple différence des expressions.
60 On y trouve des pensées pleines de vérité, de finesse et d'élévation ; mais pour un sermon il y en a trop. C'est pourquoi il ne sera pas superflu, puisque c'est ici le lieu, de faire une observation aux jeunes prédicateurs : Quand on veut trouver des matériaux, il importe assurément de recueillir un grand nombre de pensées; mais il en est tout autrement quand il s'agit de faire le choix de celles qui doivent entrer dans un sermon populaire. Ici, l'affaire capitale est de ne prendre que peu de pensées dans la multitude de celles qui se présentent, et de les produire sous toutes les formes qui peuvent les faire agir sur le peuple. — Je fais cette observation-là une fois pour toutes.
§ IL — Des sujets de morale.
32. Bien que l'esprit du temps, qui est aussi dénué d'esprit que possible, et, Dieu merci, aussi temporaire qu'il a peu d'esprit, ait voulu produire la vertu sans la religion, et le Christianisme sans Jésus-Christ, s'appeler spirituel sans être animé du Saint- Esprit ; bien que cet esprit ait voulu transformer la parole de Dieu en une parole humaine, le prédicateur de l'Évangile en un froid dissertateur de morale, et le saint amour en une indépendance stoïcienne ; bien que cet esprit semble perdre un peu de sa force, il ne sera pas inutile d'indiquer aux jeunes prédicateurs qui veulent annoncer la morale chrétienne, sur quoi ils doivent surtout fixer leur attention. Ils doivent la fixer :
1. Sur la corruption des hommes telle que l'a décrite saint Paul, qui connaissait à fond la nature humaine (i?ora.,vn,1 1 -24) . Il y a en nous deux lois : la loi des membres et la loi de l'esprit, qui combattent l'une contre l'autre. « L'homme ne fait pas le bien qu'il veut, et il fait le mal qu'il ne veut pas » [vers., 1 9) . Cette corruption se manifeste principalement dans l'aveuglement de ceux qui se décorent du nom de sages, dont les uns
se contentent de nier, et les autres veulent guérir le genre humain au moyen des conceptions de leur imagination.
ii. Sur la nécessité où nous sommes de changer de sentiments, de nous transformer, de faire pénitence ; sans quoi la loi de la conscience ne saurait prédominer en nous. La vie ne saurait naître que de la mort. Il faut que nous mourions au péché, si nous voulons vivre selon la justice. Aussi tous les Prophètes de l'ancien Testament, de même que saint Jean sur la frontière du nouveau, Jésus-Christ, fondateur de la loi nouvelle, les Apôtres, organes de cette loi, ont inauguré leur ministère par un sermon sur la pénitence.
ni. Sur la nécessité de recevoir des forces d'en haut, puisque sans elles, ni la transformation, qui est l'essence et l'épreuve de toute vraie pénitence, ni l'observation durable de la loi de la conscience renouvelée, ne sont possibles. Ceux-là seuls sont de vrais enfants de Dieu, qui sont poussés par l'esprit de Dieu [Rom., ix, 13). Il n'y a que ce qui est produit par l'esprit qui soit esprit [Jean, i, 6). Malheureusement, les Nicodèmes de notre temps ne veulent pas comprendre cela, et ils préfèrent introduire dans leur école l'esprit de l'Écriture, que d'aller euxmêmes à l'école. Hinc illœ lacrymœ.
iv. Sur l'amour des choses divines, amour qui embrasse toutes les vertus particulières, qui est répandu parle saint Esprit dans notre intérieur, et qui constitue le vrai amour de Dieu et des hommes [Rom., v, 5). Ici apparaît dans toute son excellence, la nature régénérée de l'homme. La sensualité s'assujettit à l'esprit, et l'esprit se soumet à la loi sacrée ; alors on aime le prochain à cause de Dieu, et Dieu à cause de lui-même. Là où habite cet amour, là est la foi vivante, active dans le bien, la confiance en Dieu, accompagnée de la résignation dans les souffrances ; là est la vraie justice, la seule qui ait de la valeur aux yeux de Dieu.
v. Sur cette paix immuable qui surpasse de beaucoup toutes les conceptions et les aspirations humaines, et qui vient accompagnée d'un amour tout céleste dans le cœur triste et abattu. Un té-
moignage supérieur atteste à notre âme que nous sommes les enfants de Dieu, les héritiers du Seigneur [Rom., vin, 16). Celui qui possède en lui-même cette attestation de la vérité ne s'inquiète pas des témoignages pleins de blasphèmes qui sortent de la bouche des hommes , et trouve dans cette consolation secrète, qui ne meurt point, une compensation suffisante à la perte de l'honneur périssable du monde.
Observation. On peut aussi remarquer Tordre qui règne dans les cinq points de doctrine morale qui précèdent. Sans la chute de l'humanité, il n'y aurait point dans l'homme d'inclination dominante au péché; sans cette inclination au pé^,hé, l'homme n'aurait pas besoin de transformation ; il n'y a point de transformation en dehors de l'esprit de Jésus-Christ ; sans l'esprit de Jésus-Christ, point de renouvellement dans l'intérieur de l'homme, point de saint amour ; sans le saint amour, point de paix de Dieu en nous... Vous voyez comme l'idée fondamentale du Christianisme ressort clairement ! Après s'être bien familiarisé avec ces principaux points de vue, le prédicateur portera son attention :
vi. Sur l'idéal divin que doit poursuivre toute œuvre de perfectionnement humain : « Soyez parfaits comme votre Père : aimez-vous les uns les autres comme Jésus-Christ nous a aimés ! » La vue continuelle de Notre-Seigneur, qui commence et parfait en nous la vie divine, nous humilie et nousfortifie tout à la fois, puisque, d'une part, elle ne saurait tarir en nous-mêmes la source de notre misère, et que, de l'autre, elle ne quitte jamais les régions déjà vérité sans en emporter des forces nouvelles ;
vu. Sur la voix sacrée de Dieu qui se fait entendre en nous, qui ne cesse de nous avertir, de nous encourager, de nous récompenser, de nous punir ; — et qui s'accorde si admirablement avec les autres voix divines, avec les enseignements de l'Évangile, avec l'écho de la plus ancienne tradition, et qui, au fond, n'est que la voix unique, mais renforcée, de l'Esprit divin, qu'il est impossible d'étouffer dans le cœur des enfants de Dieu;
Théol. past. I. 2.'i
vin. Sur l'esprit de la vigilance chrétienne, qui ne dépose pas volontiers son armure, l'ennemi ne dormant jamais, et qui se souvient de ces paroles : « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point en tentation. » Cet esprit de vigilance ne se laisse pas facilement attirer hors de sa forteresse;
ix. Sur les grands obstacles que rencontrent dans l'homme les seutiments purs et célestes, et sur les vigoureux ennemis du bien, qui sont : « la concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair, et l'orgueil de la vie » (1 Jean,\\, 18). Ces obstacles du bien ne sont autres que la corruption même de la nature , dont nous avons parlé sous le n° i, que le mal lui-même. Or, ce mal, il est vaincu par la transformation, comme on dit dans le langage de l'Église. Néanmoins, comme dans un champ purifié des mauvaises plantes qui l'infestaient, les racines qui sont restées poussent de rechef et produisent de nouveaux rejetons; ainsi, dans l'homme renouvelé, les racines de l'antique corruption renaissent, et on ne saurait paralyser leurs effets que par une lutte incessante;
x. Sur quelques devoirs particuliers, en montrant comment on apprend à les connaître, comment on les remplit, ou comment on les transgresse. Sans doute que le prédicateur peut aussi faire connaître aux fidèles avec pins de détails les devoirs de l'homme, du chrétien et du citoyen ; mais il doit se garder de faire un simple cours de morale, où il se contenterait de développer le sens des vertus et de le faire entrer dans l'intelligence. Sans doute aussi qu'il faut instruire le chrétien sur la manière d'être sobre, juste, pieux ; mais son obéissance à la loi sacrée ne sera jamais la conséquence d'une œuvre de dialectique; elle sera plutôt la preuve de sa reconnaissance et de son amour envers son Seigneur et son Sauveur, elle sera l'un des beaux fruits de cet arbre guéri par la grâce du Seigneur;
xi. Sur les progrès, l'arrêt, la rétrogradation des hommes dans la voie du bien ; sur les différents moyens dont Dieu se sert pour éprouver la vertu, pour la faciliter, la perfectionner;
xn. Sur les récompenses et les châtiments que la justice divine
attache, en ce monde ou dans l'autre, aux vertus et aux vices des hommes ; sur la moisson de gloire ou d'ignominie qui sera proportionnée aux semences du bien et du mal, etc.;
xiii. Sur les forces multiples dont dispose cette grande société qu'on nomme l'Église pour favoriser la religion et la vertu, et dont le culte public, les sacrements, et particulièrement les institutions et les écoles publiques, les mœurs et les usages des familles pieuses sont les dépositaires.
33. Quiconque aura déposé dans ces réservoirs de l'intelligence d'immenses richesses pourra les y puiser en temps et lieux convenables.
Faisons maintenant quelques essais en place de règle*.
Premier exerciee.