‹ Théologie pastoraleChapitre 13 sur 209 · X NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

X NOTICE BIOGRAPHIQUE

fussent ses moyens. Gomme prévôt delà cathédrale, évoque consécrateur et coadjuteur, il ne touchait annuellement que six mille guldens, dont le roi Louis lui avait accordé la moitié par bienveillance pour sa personne. Quant à ses honoraires d'évêque, dix mille florins, il les toucha pour la première fois à l'âge de soixante-dix-huit ans, huit années avant sa mort.

Faire le bien, et cela en toute discrétion, était sa joie et son bonheur. Bien que j'écrivisse la plupart de ses lettres, quand il s'agissait d'envoyer de l'argent à des pauvres, ou à des amis qui se trouvaient dans le besoin, il préférait s'en charger lui-même, en quoi je le surprenais souvent, malgré ses précautions. S'il agissait ainsi, ce n'était nullement par défaut de confiance en moi; sa cassette était habituellement ouverte ; il voulait simplement que sa main gauche ignorât ce que faisait sa main droite. Ces sortes de sacrifices, eu égard aux ressources dont il disposait, étaient considérables ; mais il comptait sur la Providence ; je n'en citerai qu'un exemple.

Après avoir exercé pendant plusieurs années les fonctions d'évêque consécrateur, et après avoir fait, pour administrer la confirmation, une foule de voyages pénibles avec une voiture de louage mal commode, traînée par de vieux chevaux blancs, on lui conseilla, en considération des ménagements que réclamait sa vieillesse, d'acheter une voiture plus agréable et de prendre des chevaux de poste .

Il y consentit, et finit par épargner à la longue la somme de huit cents guldens, qu'il envoya a Munich pour l'achat de cette voiture. Peu de temps après, il reçoit de

SUR JEAN MTCflEL SATLER. XI

la partie italienne de la Suisse une lettre d'un jeune homme plein de talent, dont Sailer avait autrefois connu le père malheureux, que des circonstances particulières avaient chassé de son pays et relégué, pauvre et infirme, dans quelque obscur vallon des Alpes. Dans son embarras, ce jeune homme suppliait Sailer de l'aider à atteindre le but qu'il se proposait, celui d'étudier la théologie. Sailer lui fit aussitôt adresser toute la somme qu'il avait envoyée à Munich, afin de le mettre en état d'achever ses études à Lucerne. Ce jeune homme est maintenant un ouvrier infatigable dans les missions étrangères. Quant à Sailer, il recommença comme auparavant ses courses avec ses anciens chevaux et sa méchante voiture. Souvent, dans la suite, il lui arrivait de plaisanter sur Favortement du projet qu'il avait eu d'acheter une voiture. De pareils faits se présentaient fréquemment.

Sa charité toute céleste, son aimable douceur, son inépuisable patience, le rendent à mes yeux véritablement grand et inimitable. Jamais je ne l'ai vu impatient, quelques grandes difficultés qu'il rencontrât sur son passage; il savait au contraire, dans ces sortes de circonstances, calmer l'impatience des autres par une plaisanterie dite à propos. Jamais je ne l'ai vu de mauvaise humeur, bien que, je l'avoue à ma confusion, je lui en aie souvent fourni l'occasion. Ayant été à cette époque, pendant plusieurs années, maladif, irritable, hypocondre et pas toujours de bonne humeur, j'ai dû, souvent lui être bien à charge ; heureusement, sa charité était invincible, sa patience infatigable. Sa commisération, sincère et profonde, venait au-devant de mes souffrances, et ta-

Page 1