‹ Théologie pastoraleChapitre 14 sur 209 · XII NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XII NOTICE BIOGRAPHIQUE

chait de m' égayer. Jamais il ne se lassait; son cœur paternel, si large et si embrasé, était prêt à me recevoir chaque fois que je m'y réfugiais. Que de fois lorsque, dans la confession, je lui exprimais ma douleur sur de pareilles inconvenances, ne m'a-t-il pas embrassé avec effusion, la confession achevée, et dit, en déposant un baiser sur mon front : « Croyez-le bien, mon ami , ce n'est pas en vain que Dieu nous a réunis d'une manière si inattendue; c'est pourquoi courage et confiance! »

Et tel il était envers moi, tel il se montrait envers quiconque l'approchait de près, je veux dire une source inépuisable d'amour, de condescendance, de longanimité, de douceur et de sages conseils.

C'était un spectacle vraiment édifiant de le voir dans l'exercice des fonctions du saint ministère, à l'autel, pendant le sacrifice de la messe, etc. La haute dignité qui pénétrait tout son être se manifestait alors avec plus d'expression encore ; ses traits, toujours nobles, se rajeunissaient et prenaientune beauté nouvelle; une douce flamme rayonnait de ses yeux ; un essort sublime se remarquait dans toute sa personne, qui s'agrandissait et se transfigurait ; et tout cela sans contrainte ni violence aucune. Il le faisait comme à son insu, semblable à l'oiseau qui s'élève déterre et repose sur ses ailes déployées au vent. Il était d'une exactitude extrêmement rigoureuse par rapport aux moindres prescriptions liturgiques, aussi me reprenait-il chaque fois, mais toujours avec la plus grande douceur, quand, dans l'occurrence de plusieurs fêtes, je commettais quelque erreur en feuilletant le Missel. Il suffisait de le voir "prier pour se sentir porté

SUR JEAN MICHEL SAILER. XTII

à la piété, et son extérieur rendait la religion et la piété saintes et aimables aux yeux de chacun.

Et cet homme, dont tout l'être étail dignité, onction, nature ennoblie, il sortait d'une pauvre famille de paysans, qui habitaient un obscur village du Tyrol ; son père était un pauvre cordonnier. Cet homme, qui était en commerce intellectuel avec les personnages les plus éminents de son époque, resta toujours, soit envers ses neveux, soit envers ses cousins, plein de dévouement et d'affection.

Chaque année il fallait que quelqu'un des siens lui rendît visite, quand lui-même n'allait pas les voir. Il les conseillait par lettres dans leur petites affaires de famille, s'informait avec amour de ce qui se passait chez eux et au village, comme s'il eût été encore un de leurs égaux. Il savait se mettre à la portée de toutes les éducations, parler le langage de chacun; car la charité jointe à une certaine ingénuité naturelle lui avait appris à se faire tout à tous, à comprendre quiconque lui parlait et à l'élever jusqu'à lui, pourvu qu'il s'y sentît disposé. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire la lettre qu'il écrivit aux enfants de sa sœur, maîtresse d'école dans un village, et qui venait de mourir.

Telle est la connaissance que j'ai eue de Sailer comme particulier ; car c'est uniquement à ce point de vue que j'ai voulu le dépeindre dans ces quelques lignes. Ses travaux sont connus du public ; ils renferment un riche trésor de sagesse, d'expérience de la vie, de connaissance des hommes et de sens chrétien, où la foi s'allie à l'intelligence.

Page 1