Expliquons le tout par un exemple
Analyse de l'histoire de la Résurrection de Lazare (Jean, xr, 1-53), d 'après les divers points de vue que nous venons d'indiquer.
1 . Lazare était malade. Il était frère de Marie et de Marthe, et ami de Jésus.
Nous avons là les données générales du récit, les personnes, l'occasion (n08 1,2).
2. Les sœurs de Lazare envoyèrent au Sauveur et lui firent dire que « celui qu'il aimait était malade. »
Nous avons ici le caractère des deux sœurs, leur tendresse envers leur frère et leur pieuse confiance en la puissance de leur ami. Et voyez comme l'expression de cette tendresse et de cette confiance est naturelle : « Celui que vous aimez est malade » (nos J, 8)!
3. La réponse de Jésus : « Cette maladie ne va point à la mort, mais à la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit
.glorifié. »
Cette réponse est tout à la fois une énigme et un éclaircissement; elle soulève un coin du voile suspendu sur l'avenir; mais elle fait retomber le voile et nous laisse dans l'incertitude. Nouvelle preuve de la haute sagesse que Jésus-Christ apportait dans son enseignement (n06 1,9).
Jésus-Christ fait espérer moins que ce qu'il fera réellement,
ou plutôt il fait tout le contraire de ce qu'on pouvait supposer ; mais à la fin il va au delà de toute attente.
Le fond de la réponse est très- concluant : A quoi servent les maux dans l'univers? A glorifier Dieu, et son Fils Jésus-Christ (n° 8). Nous agirions sagement si, loin de voir dans les contradictions qui nous troublent de simples effets de la folie et de la faiblesse humaines, nous y découvrions avant tout des occasions de glorifier la divine Providence.
4. Manière d'agir du Sauveur. Après avoir reçu cette nouvelle, il reste encore deux jours au même endroit, et, sans manifester ses projets, il agit avec une souveraine sagesse (n° 3).
Ce détail révèle le caractère des hommes de bien, qui, agissant toujours dans de nobles intentions, ne font connaître de ces intentions que ce que réclament les circonstances. Agir autrement, c'est faire de la brièveté de la vie humaine un long bavardage.
5. Jésus aimait Marthe, Marie sa sœur, et Lazare : Réflexions de l'historien (n° \ \).
Nous avons ici une nouvelle preuve de l'affabilité du caractère de Jésus, et une marque de l'amabilité des deux sœurs et de leur frère, amabilité qui leur valut l'honneur d'être comptés parmi les amis du Sauveur (n° 4,8). Être bon signifie sympathiser avec tout ce qui est bon; cette sympathie, voilà ce qui constitue la vraie amitié. Aspirer à devenir bon signifie désirer d'être capable de sympathiser avec tout ce qui est bon. Nous ne devons donc pas nous étonner que Jésus-Christ, modèle de tout bien, ait accordé sa bienveillance aux âmes qui voulaient être bonnes, c'est-à-dire semblables à Jésus-Christ.
6. Entretien de Jésus-Christ avec ses disciples. Jésus-Christ : Retournons en Judée. Les disciples : Maître, il'
n'y a qu'un moment que les Juifs voulaient vous lapider, et vous parlez déjà de retourner chez eux? Jésus-Christ : Le jour n'a-t-il pas douze heures! Celui qui marche durant le jour ne se heurte point, parce qu'il a la lumière de ce monde ; mais celui qui marche la nuit se heurte, parce qu'il n'a point
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de lumière. Noire ami Lazare dort, mais je vais le réveiller. Les disciples : S'il dort, il sera guéri. Jésus-Christ .-Lazare est mort, et je me réjouis de ce que je n'étais pas là; cette circonstance servira à fortifier votre foi : Allons ! Thomas : Allons-y aussi, nous, afin de mourir avec lui.
Cet entretien :
a, Porte le cachet de la véracité ; car tout ce que dit Jésus-Christ est conforme à son caractère, de même que les réponses des disciples sont conformes au leur. Ils s'en tiennent constamment à ce qui frappe immédiatement leurs regards ; ils vivent dans le monde visible, et c'est là qu'ils puisent leurs inspirations. Jésus-Christ vit continuellement dans un élément supérieur, dans le monde invisible, dans la vérité; et ses sentiments sont puisés dans cet élément supérieur, ils viennent d'un monde invisible, des régions delà vérité (n°7).
b, Cet entretien montre la manière délicate dont s'exprime le Sauveur. Il aime les images faciles et naturelles, les formes proverbiales du langage: « Le jour n'a-t-il pas douze heures! Celui qui marche durant le jour ne se heurte point. Notre ami dort, je vais le réveiller » (n° 2).
e; Cet entretien montre le soin que met le Sauveur à rendre son enseignement intelligible. Ses disciples n'ayant pas saisi la figure, il exprime la chose sans détour : Lazare est mort.
d, Il montre la paisible grandeur d'un homme à qui il est aussi facile de ressusciter un mort que de réveiller un dormeur (nos 8, 9).
e, Il montre la sollicitude du Sauveur pour ses disciples : « Je me réjouis pour l'amour de vous de ce que je n'étais pas là » (n°M, 8).
f, Il montre ce qui, aux yeux de Jésus-Christ, était la chose capi taie dans l'éducation de ses disciples : la foi, la confiance, l'élévation de leurs âmes vers les choses surnaturelles. Cette plante est celle qu'il cultive avec le plus de soins. Or, quiconque est sage imite le jardinier céleste; car celui qui implante la foi, implante la charité, le salut, la vie éternelle.
7. Arrivée de Jésus à Béthanie. Son entretien avec Marthe , qui vient à sa rencontre.
Marthe :« Si vous aviez été ici, nous aurions encore notre frère. Cependant, je sais que maintenant encore Dieu vous accordera tout ce que vous lui demanderez. Jésus : Votre frère ressuscitera. Marthe : Oui, il ressuscitera au dernier jour. Jésus : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, quand il serait mort, vivra. Et quiconque vit, et croit en moi, ne mourra jamais. Marthe : Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu vivant, qui êtes venu dans ce inonde. »
Cette conversation, qui a lieu chemin faisant, nous montre dans Marthe, dans Jésus et dans le fait lui-même, quantité de choses remarquables. Dans Marthe : a, le commencement de sa foi et de sa confiance au Sauveur ; b, l'inquiétude de son cœur et son empressement à courir à la rencontre de Jésus ;
c, le langage qu'inspire à une sœur l'attachement à son frère ;
d, le témoignage extérieur de la foi qui l'anime intérieurement (nos 1,8). Dans Jésus-Christ : a, les moyens qu'il emploie pour amener la foi de Marthe à sa plénitude ; b, les moyens qu'il emploie pour exciter sa foi ; c, il montre en quoi consiste la vertu de la foi ; c?, il manifeste ce qu'il est lui-même : « Je suis la résurrection et la vie » (nos 4, 8, 9). Dans le fait : son développement calme, sublime et divin (nos 4, 5, 8).
S. Exactitude du fait (n° 1 2).
a, Marthe dit tout bas à sa sœur : Le Maître est ici, il vous demande; b, Marie se lève aussitôt et va le trouver; c, erreur des Juifs : ils crurent qu'elle allait au sépulcre pour y pleurer, et ils la suivirent (n° 13).
Comme tout est vrai et naturel !
La sollicitude de Marthe, l'empressement de Marie à se jeter aux pieds de Jésus montrent parfaitement le caractère de ces deux sœurs. L'erreur des Juifs qui se trompent sur l'objet de la sortie de Marie, est aussi très-naturelle. Les plus petites circonstances sont de même admirablement dépeintes : Marthe
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parle tout bas à sa sœur ; Marie accourt aussitôt et se jette aux pieds de Jésus, etc. (nos \, 7, 12).