Ce fait porte tous les caractères de la vérité ; car
1 ° La résurrection des morts est un acte qui convient parfaitement à la mission de Jésus-Christ. Le vivificateur agit conformément à son caractère quand il donne la vie. Jésus, quand il crée une vie nouvelle, agit en qualité de Messie.
2° La résurrection de Lazare est un acte qui convient parfaitement au cœur aimant de Jésus-Christ. Jésus-Christ agit en qualité d'ami quand il réveille son ami qui dort.
3° Marie et Marthe agissent selon leur cœur et selon leur foi, quand elles informent leur puissant ami de la mort de leur frère, et qu'elles prouvent que, même après sa mort, elles conservent encore de Fespérance.
4° Les disciples agissent en hommes faibles et ignorants, tout en faisant preuve d'une grande bonté de cœur, quand ils ne veulent pas laisser partir leur Maître pour la Judée, et qu'ils s'imaginent que ces paroles : « Notre ami dort, » doivent s'entendre d'un sommeil ordinaire.
5° Les Juifs présents agissent en hommes quand ils se laissent toucher par les larmes de Jésus-Christ, et ils agissent en hommes ignorants quand ils condamnent Jésus pour avoir laissé mourir Lazare, après avoir donné la vue à un aveugle-né. Ils agissent en hommes respectueux envers la Divinité, quand ils croient en Jésus-Christ à cause de la résurrection de Lazare; ils agissent en Pharisiens, c'est-à-dire en hommes qui se laissent entraîner à un zèle aveugle, quand ils l'accusent auprès des Pharisiens. Or, il est incontestable qu'il y avait, ou qu'il pouvait y avoir, de tels hommes parmi les Juifs.
6° Les Pharisiens agissent selon l'esprit des Pharisiens, quand, à cette nouvelle, faisant annoncer une cour plénière, ils se voient réduits à se demander : « Que ferons-nous, puisque cet
homme fait tant de miracles » [Jean, xi, 47) ? lorsqu'ils mettent à nu la passion qui les travaille : « Si nous le laissons faire, de la sorte, tous croiront en lui» [ibid., 48), et lorsqu'ils imaginent ce ridicule expédient {ibid., 50) : « Il faut se défaire de cet homme . »
7° L'historien saint Jean agit tout à fait d'après son caractère, en remarquant, lui ami de Jésus, l'amitié qui existe entre le Sauveur et les deux pieuses sœurs de Béthanie ; en consignant, en cette qualité d'ami, toute cette histoire de Jésus, si importante pour sa dignité ; en ne laissant pas passer, lui si plein de douceur, si facilement et si fortement impressionnable, les larmes et le trouble du Sauveur; en observant, disciple clairvoyant et perspicace, l'arrivée de Marthe qui va à la rencontre de Jésus, et la conduite de Marie qui tombe à ses pieds; en relatant l'entretien de Jésus avec Marthe.
8° Tout cet événement se passa en public, en présence des Juifs; par conséquent il était facile de le voir et de le retenir.
Quelle certitude accablante ! Et il existe encore, de nos jours, des hommes qui vous nient, ô divin Évangile !
Ce fait est l'un des plus significatifs.
Il suffit de ce fait unique, pour que l'Évangile renferme infiniment de choses consolantes, belles, grandes et intéressantes. Si ce seul fait est vrai, il est tout à fait croyable :
i. Que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, l'Envoyé de Dieu ;
ii. Que la doctrine de Jésus- Christ est une doctrine divine ;
ni. Que les faits de Jésus-Christ sont des faits divins;
îv. Que la joyeuse nouvelle touchant le salut du monde, c'est-à-dire l'Évangile, est de tous points vraie.
Après avoir coordonné ses observations particulières et mis en relief les plus importantes, l'observateur attentif exprimera et résumera facilement en quelques mots l'esprit qui anime ce récit. « La vie éternelle, qui habite en Jésus-Christ, se manifeste comme victorieuse de la mort et du tombeau, afin que, reconnaissant en Jésus-Christ le triomphateur de l'une et de l'autre, nous croyions en Dieu et en Celui qu'il a envoyé, et que dans
THEOLOGIE l'ASTORALE. 4! 5
cette croyance nous trouvions la vie éternelle » (Jean, xvn). Cet exercice nous montre de nouveau que la vraie explication de l'Écriture ne s'en tient ni à la lettre ni au sens des détails, mais qu'elle s'applique partout à saisir l'esprit de l'ensemble, et qu'il n'y a que l'esprit qui mette dans son vrai jour et la lettre, et le sens du récit.