CHAPITRE V
De la popularité clans les sermons.
7\ . La popularité est (n° 4) Fensemble de toutes les perfections que doit avoir un sermon, pour que le fond de l'expression et le débit en soient proportionnés aux aptitudes du peuple, aux forces de sa pensée, de sa mémoire, de son imagination, de sa volonté, et à toute la sphère où se déploie l'activité du peuple.
72. Il est donc facile de comprendre la différence qui existe entre un discours beau pour des savants, et un discours clair, facile à retenir, touchant et pratique pour la masse ; entre un discours plus philosophique et académique, et un discours plus populaire.
L'un, comme chacun le comprendra, a plus
1° D'idées abstraites,
2° De concision dans la phrase,
3° D'expressions précises et nécessaires,
4° Plus de vérités générales (Universalia)
L'autre a plus
4° D'idées sensibles, c'est-à-dire qui se révèlent dans les faits et dans les exemples ;
2° Plus de phrases courtes, s'expliquant facilement l'une l'autre ;
3° Plus d'expressions communes et reçues dans le langage ordinaire;
4* Plus de ce qui tient aux choses indispensables , personnelles, plus de figures et d'images sensibles.
Ainsi donc, i ° le même discours peut être parfait au point de \-ue esthétique et philosophique , et n'être pour la majorité qu'une satire de l'orateur lui-même, et une noire vapeur pour les auditeurs ;
2° Le même discours peut être ici populaire, et là impopulaire.
3° Or, si le discours philosophique d'un prédicateur qui parle devant des auditeurs savants et éclairés diffère déjà d'un sermon populaire destiné au peuple, le langage philosophique du catéchiste en chaire doit encore différer davantage de son langage populaire.
73. Pour rendre plus sensible encore la différence entre un discours parfait au point de vue de l'esthétique et un discours populaire, nous voulons analyser un sermon d'un prédicateur célèbre, fait de main de maître, et le traduire en un sermon populaire, c'est-à-dire compréhensible, facile à retenir, touchant et applicable pour le peuple.
Pour plus de brièveté , je ne prendrai, dans un discours de Spalding, que le développement de cette idée : «Dieu nous connaît, » en l'accompagnant d'observations. On y verra, manifestement, que ce discours est ce qu'il doit être pour des savants ; mais que, prononcé en présence du peuple, il perdrait une grande partie de sa valeur.