V. SUR LA MORT
(Pour le peuple des campagnes.)
« Dites-moi donc une bonne fois ce que c'est que la mort? Quand on célèbre la sainte messe pour un défunt, on aperçoit sur l'autel le squelette d'un homme mort, tenant d'une main un sablier, et de l'autre une faux. Tout cela a sa signification. Ce squelette signifie que la chair pourrira sur nos os quand un jour nous serons dans le tombeau, et qu'il ne restera rien de notre corps que les os. Or, quand on se ditque ces yeux, ces joues, ces lèvres, cette main pourriront, que tout ce qui est chair tombera en putréfaction, cette pensée est bien propre à nous faire
passer l'envie de trop compter sur notre corps. Quand on se dit : Mon ami, mon protecteur ne me seront bientôt plus d'aucun secours, dans peu ils descendront dans la tombe et ressembleront à ce squelette qu'on voit sur l'autel, cela est bien propre à nous faire passer le désir de mettre notre confiance dans les hommes. — Le sablier a, lui aussi, une belle signification. Le sable qu'il contient est si vite tombé, et quand il est tombé tout est fini ! c'est-à-dire, la vie humaine est si courte qu'une fois nos jours écoulés nous touchons à la fin. Et la faux, que signifie-t-elle? La mort se comporte comme un faucheur qui de son instrument coupe tous les brins d'herbe qui tombent sous lui, sans épargner la. plus petite fleur. Ainsi fait la mort; quand elle lève sa faux, il faut que celui sur qui elle tombe parte, le curé ou le seigneur, le paysan ou l'ouvrier, le vieillard ou l'enfant, la veuve ou la jeune fille, le prince ou le mendiant, peu importe ! »
Qu'est-ce qui rend ce discours populaire ?
4° Les figures communes, que tout le monde a vues, et qui, dans les circonstances sérieuses, font encore plus d'impression ;
2° Leur explication, mise à la portée de l'intelligence du peuple ;
3° La courte application qui en est faite.
Tous les sermons populaires peuvent être jugés d'après ces modèles et ces règles. Je sais bien qu'il est devenu de mode de donner aux sermons, afin de leur assurer plus de crédit, le nom de sermons populaires ; mais il n'y a qu'une partie de cette affirmation qui soit vraie: ils ont été prêches devant le peuple, encore n'est-ce pas le cas pour un grand nombre : preuve que notre public d'écrivains, de lecteurs, de critiques et de marchands de livres n'a pas encore suffisamment étudié la nature d'un sermon populaire. Faisons encore un essai.