I. Vous vous accommoderiez parfaitement de vos joies
« Par exemple, quand tout irait à merveille dans votre famille, quand vos enfants se conduiraient d'une manière irréprochable et vous causeraient beaucoup de joie ; quand chez vous, comme dans vos champs, tout réussirait selon vos désirs ; quand votre bétail serait vigoureux et bien portant; quand vos champs de blé présenteraient un beau coup d'oeil, vous vous diriez aussitôt : De qui me vient tout cela ? Qui est-ce qui a envoyé
la bénédiction clans ma famille ? Qui est-ce qui m'a donné ces enfants si sages, si laborieux, si bien portants? Qui est-ce qui a fait prospérer mon bétail et mes moissons ? Qui est-ce ? sinon le bon Dieu, que nous appelons notre Père et qui Test en effet, car des milliers de cbrétiens répètent journellement dans tous les pays du monde cette prière '..Notre Pcre, qui êtes aux deux!
« Ensuite, quand vous verriez que votre voisin réussit aussi bien que vous ; par exemple, que sa femme qui était malade vient de se lever et est allée pour la première fois à Féglise ; quand vous verriez que les autres habitants du village sont aussi bien portants et aussi heureux que vous, qu'ils ont comme vous du pain en abondance, vous vous réjouiriez avec eux, vous remercieriez le bon Dieu qui aurait fait du bien non-seulement à vous, mais encore à votre voisin. Vous vous diriez : Dieu n'est pas seulement mon Père à moi, il est encore notre Père à tous. C'est pourquoi des milliers de voix lui disent tous les jours : Notre Père !
« Si, après cela, il vous arrivait d'apercevoir un pauvre qui n'eût pas de pain à manger, pas de vêtements sur le corps, vous partageriez avec lui votre morceau, vous lui donneriez une pièce d'habit, puisque Dieu est aussi bien son Père que le vôtre ; et alors votre joie serait encore plus grande, et vous diriez de tout votre cœur : Notice Père !
« Alors aussi vous ne vous enorgueilliriez pas de ce que vous auriez ou plus de santé, ou plus de richesses, ou plus de considération que les autres habitants de la commune; car tout cela ne vient pas de vous. Santé, richesse, honneur, c'est notre Père à tous qui vous les a donnés. Alors vous n'abuseriez point de vos richesses en vous livrant à l'intempérance ou en opprimant les autres ; car vous vous diriez : C'est notre Père qui me les a données ; il peut me les reprendre si je n'en fais pas un bon usage. C'est de l'ingratitude d'employer ses dons à commettre le péché.
« Quand vous verriez que le bon Dieu envoie la neige ou le vent, qu'il retarde ou avance la pluie pour faire mûrir vos moissons en temps convenable, et que le temps est venu d'y
mettre la faucille, vous sentiriez votre cœur remuer en vous, et vous vous ressouviendriez de ces belles paroles : Notre Père, gui êtes aux cieux !
« Ce bon Père nous fait du bien du haut du ciel ! Il nous envoie la chaleur et le froid, et tout ce qui nous est utile. Combien ses enfants devront être heureux au ciel, puisqu'ils le sont déjà tant sur cette terre ! — Or, en réfléchissant sur tout cela, votre première pensée serait : De qui nous vient donc tout le bien que nous avons? Et votre cœur répondrait :
Du Père,
De notre Père ,
Du Père qui est aux cieux.
« Une seconde question que vous vous ferie^ serait celle-ci : « Pourquoi donc Dieu nous fait-il tant de bien ? Pourquoi nous a-t-il donné des sens, une intelligence? Pourquoi nous a-t-iltant fourni d'occasions d'apprendre de si belles choses, d'entendre à l'église tant de paroles si touchantes sur lui et sur Jésus-Christ, ou de les lire à la maison dans des livres? Pourquoi nous a-t-il donné un cœur capable d'éprouver de la joie quand il nous arrive quelque chose d'agréable ? Pourquoi nous a-t-il donné une langue au moyen de laquelle nous pouvons raconter tant de choses utiles et intéressantes? Pourquoi nous a-t-il donné ces biens, sources de tant de jouissances en ce monde? »
« Il nous les a donnés, chers frères, pour que nous apprenions par le bienfait à connaître le Bienfaiteur, pour que nous nous réjouissions de la bonté du Seigneur, pour que nous racontions avec reconnaissance les miracles de sa charité, pour que nous honorions son saint nom. — « Que votre nom soit sanctifié! * lui disent journellement des milliers de langues.
« Il nous les a donnés afin que, par nos paroles et nos exemples, nous amenions nos frères bien-aimés à la connaissance et à l'amour du Créateur, pour que nous les assistions, pour que nous apprenions aux enfants abandonnés, aux orphelins, à nos serviteurs, à mieux connaître Dieu et à se comporter envers lui
THÉOLOGIE TASTORALE. 465
comme des enfants doivent se comporter envers leur père. « Que votre nom soit sanctifié ! »
« Il nous les a donnés pour que nous fassions régner en nous, au lieu de la colère, de l'envie, de l'orgueil, de la volupté et autres passions détestables, la douceur, la charité, l'humilité, la pureté. « Que votre règne arrive ! »
« Il nous les a donnés pour que nous nous servions de nos mains, non pour frapper, mais pour donner; de notre langue, non pour calomnier, mais pour bénir; pour faire non ce que demande de nous la convoitise du vieil homme, mais ce qu'exige l'homme nouveau, créé à l'image de Dieu. Il nous les a donnés pour que nous fassions régner en nous, non pas la chair et le sang, mais les commandements de Dieu ; non pas l'esprit du monde, mais l'esprit de Jésus-Christ.
« Vous voyez combien j'avais raison de dire : « Si vous saviez bien réciter le Notre Père, vous sauriez tirer un grand parti de votre bonheur, a. Vous remercieriez Dieu , car c'est lui qui vous l'a envoyé, b. Vous remercieriez Dieu pour la bénédiction qu'il accorde aux autres, c. Vous useriez de votre bien-être avec modestie et tempérance; d. et vous feriez du bien aux autres. »
il. Vous vous accommoderiez parfaitement de vos souffrances.
« Ainsi quand vous perdriez un parent que vous aimiez beaucoup, ou que vous-même seriez gravement malade ; quand une inondation dévasterait vos champs ; quand, par la fourberie d'autrui, vous perdriez votre argent, vous diriez : « Que votre volonté soit faite ! » comme le disent à Dieu journellement des milliers de langues.
« Vous vous diriez : Si mon ami est mort, c'est parce que l'a voulu Celui qui peut lui rendre la vie et ne lui veut que du bien. C'est pourquoi « Que sa volonté soit faite ! »
« Si je suis malade, c'est parce que c'est la volonté de Celui qui m'aime, qui peut et voudra me rendre la santé, si mon bonheur l'exige. C'est pourquoi « Que sa volonté soit faite! »