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Chapitre v. De la Justice et du salut du chrétien

L'ensemble en est simple, et l'enchaînement sans artifice. Veut-on placer les chapitres dans un ordre différent, on est libre de le faire. L'enchaînement donné dans le n° 3 a pour lui beaucoup de partisans ; car toute la religion se réduit à ces deux questions importantes :

Qu'est-ce que le Christianisme?

Comment s'établit-il dans les âmes ?

Le Christianisme est intérieur et extérieur. Le Christianisme intérieur consiste dans la Foi, la Charité et l'Espérance; le Christianisme extérieur est la manifestation du Christianisme intérieur par l'accomplissement du bien et l'omission du mal; c'est la justice en tant qu'expression de la sainteté intérieure.

Ce qui fait naître le Christianisme et lui donne de la vie, ce sont les forces divines que Jésus-Christ nous communique. D'où résulte l'enchaînement suivant :

, /Chapitre premier : De la Foi. )

Qu est-ce second . Dc la Charité> ( Le Christianisme

m • ?"e • t f - troisième : De l'Espérance. \ intérieur.

Christianisme r l quatrième : De la Justice. > Le Christ, extérieur.

Comment , — cinquième: De la grâce » Origine

le \ de Dieu, et / divine

Christianisme ) des sacre- i du

nait-il? \ ments. / Christianisme.

L'illustre chanoine Christophe Schmid avait choisi Tordre indiqué sous le n° 3, et la préface dont il a fait précéder le petit catéchisme de Canisius prouve qu'il savait apprécier Fancien catéchisme. «Le catéchisme, dit-il, est renseignement substantiel de ce que nous devons apprendre pour nous sanctifier et nous sauver en suivant la doctrine de Jésus-Christ, consignée daus l'Écriture, dans la tradition et dans les décisions de l'Église.

Les trois premiers chapitres : Foi, Espérance et Charité, nous enseignent :

\ ° Ce que Dieu a déjà fait ;

2° Ce que Dieu fera encore;

3° Ce que nous avons à faire pour nous sanctifier et nous sauver.

Ces trois chapitres constituent le Christianisme intérieur, ou le culte de Dieu. Se sanctifier est la chose la plus grande ; être sauvé, la chose la plus heureuse. Voilà pourquoi le catéchisme est de tous les enseignements le plus important. »

4° L'esprit de ce petit livre se manifeste en ce que partout il insiste sur la chose fondamentale. Ainsi, les douze articles delà Foi chrétienne sont concentrés dans le premier chapitre, et il y est dit que l'homme croit de cœur et confesse de bouche; qu'il n'y a qu'un Dieu : Dieu le Père, créateur de toutes chosss, Dieu le Fils, sauveur de l'homme pécheur, Dieu le Saint-Esprit, consolateur de tous les pieux fidèles.

Par conséquent, la doctrine fondamentale est aussi ici la doctrine fondamentale.

Dans le chapitre troisième, les dix commandements de Dieu sont ramenés aux deux principaux commandements de l'amour de Dieu et du prochain.

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Dans le chapitre quatrième, les sept prières sont résumées dans ces trois points : nous demandons les biens éternels, les biens spirituels et les biens corporels, pour la conservation de notre âme et de notre corps ; nous demandons que Dieu nous délivre du péché et de toute espèce de mal, tant pour cette vie que pour la vie future .

Dans le chapitre cinquième, le principe des bonnes œuvres est formulé en termes précis dans les questions et les réponses suivantes :

En quoi consiste la Justice chrétienne ?

En ce que le chrétien, aidé de la grâce de Dieu, omet le mal et pratique le bien. Car, après avoir été sanctifié par la foi, l'homme doit encore augmenter sa sainteté par les bonnes œuvres.

Quel bien l'homme peut-il faire ?

11 doit vivre avec sobriété, justice et piété devant Dieu et devant les hommes, embellir et assurer sa vocation chrétienne par ses bonnes œuvres.

5° L'autorité de ce catéchisme dans toute l'Allemagne, et sans doute aussi dans l'Europe entière, est décisive et d'une rare importance.

Cette autorité a sa raison d'être :

a Dans le caractère et les mérites de l'auteur, comme l'a fait voir son biographe Raderus ;

b Dans l'époque de fermentation religieuse où ce catéchisme a été composé;

c Dans son emploi universel, tant à l'église que dans les écoles et les familles ;

d Dans la persistance de sa vogue ;

e Dans sa valeur intrinsèque.

Que le père Canisius ait été à la hauteur d'une pareille tâche, c'est ce qui ressort de la préface de son petit catéchisme. Voici comment il s'exprime :

« Quoique le catéchisme ait subi de nombreuses modifications, la foi catholique ayant en tout temps et partout la même signification et restant immuable, ne saurait être ni affaiblie, ni diminuée. Toutefois, il faut tenter toutes sortes de moyens

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pour servir aux faibles et aux intelligences bornées une nourriture et une médecine salutaires. Plaise à Dieu qu'il en vienne encore un autre après moi qui soit en état de présenter les vérités de notre foi catholique d'une manière encore plus courte, plus claire et meilleure, afin que la pure doctrine chrétienne contribue à la gloire de Dieu Notre-Seigneur, et soit enseignée avec profit aux enfants de Dieu.

» Mais que quelques-uns se permettent d'augmenter en mon nom mon présent catéchisme, et d'y introduire toutes sortes d'autres matières, je ne saurais, pour une foule de raisons, y donner mon assentiment.

» C'est pourquoi j'ai voulu, à l'âge avancé où je me trouve, en consigner ici le témoignage et parer aune foule d'inconvénients en reconnaissant cette édition pour la seule vraie et authentique. »

Fribourg en Brisgau, anno 1599.

Dans le but de faciliter et en même temps d'abréger leur travail aux correcteurs du catéchisme, je veux, troisièmement, appliquer au catéchisme toutes les améliorations raisonnables qu'on peut faire subir à la forme extérieure du Christianisme.

\ ° Le nouveau catéchisme devrait être un abrégé de la religion chrétienne à l'usage des ignorants; conséquemment, il ne saurait faire abstraction des doctrines fondamentales du Christianisme qui vient de Dieu et des Apôtres ; car les enfants doivent, eux aussi, apprendre à chercher et à trouver leur salut en Jésus- Christ. Il importe sans doute d'initier le jeune âge à une foule de connaissances utiles; mais la connaissance de Dieu, la connaissance de Jésus-Christ n'est pas seulement utile, elle est encore Y unique nécessaire ; elle est le bien souverain, même pour les enfants.

Ainsi, si l'on promettait de faire une instruction sur le sou* verain Bien, et que dans cette instruction on fît abstraction du Bien souverain, on tromperait ses élèves de la façon la plus indigne, dans une matière de la plus haute importance.

2° Le nouveau catéchisme devrait parler de Dieu et de Jésus- Christ en des termes dignes et pleins du plus profond respect,

afin que l'enfant ne mît jamais la main à son catéchisme sans se sentir porté à la piété, et sans se dire à lui-même : « C'est Dieu, notre Père, le souverain Bien, que je veux apprendre à connaître; c'est de Jésus-Christ, le Sauveur du monde, qu'on veut me parler ; c'est le salut éternel qui va se révéler en moi. »

Notre siècle foisonne en catéchismes : catéchismes d'agriculture, catéchismes de médecine, catéchismes de santé, catéchismes d'apiculture. Sans doute, chacun est libre d'appeler ses écrits comme il l'entend; seulement il faut prendre garde que cette identité d'expressions ne jette la confusion dans l'esprit des enfants, et ne leur fasse mettre l'agriculture, la plantation des arbres, l'apiculture, la médecine, etc., au même niveau que la religion .

Dieu seul est saint; la religion seule est sainte; par conséquent Dieu et la religion doivent occuper le premier rang dans le respect de tout homme et de tout enfant.

3° Toute amélioration du petit catéchisme doit apporter le moins de changements possibles dans le contenu des cinq chapitres ; comme ils renferment réellement le Christianisme tout entier, et qu'en outre les parents et les ancêtres ont puisé leur instruction dans l'ancien catéchisme, ils ne pourraient plus aider dans la famille leurs enfants, neveux et arrière-neveux à apprendre leur religion, si les enfants apportaient chez eux des livres entièrement transformés.

» Nous ne pouvons pas nous faire à cette nouvelle manière, » ne manqueraient pas de penser et sans doute aussi de dire les vieilles gens. Les faibles iraient jusqu'à craindre qu'avec leur vieux catéchisme on ne leur eût enlevé leur vieille foi et le bon Dieu du vieux temps. — Il leur faut épargner ces terreurs.

4° Si l'esprit du siècle avait introduit de nouvelles erreurs, un correcteur du catéchisme devrait bien se garder d'en faire mention ; autrement il empoisonnerait le lait de la religion, destiné aux enfants.

C'est une erreur de notre siècle de dire que :

a La prière et la dévotion ne sont que des moyens pour arriver à la vertu; » que

« Le plaisir est le but de notre existence ; » que

« L'homme doit être autonome, agir avec indépendance, » puisque Dieu seul est indépendant, et que nous ne pouvons nous affranchir qu'en Dieu et par Dieu. La première proposition est de l'irréligion; la seconde, de l'épicurisme; la troisième, du stoïcisme : ce n'est pas le Christianisme divin.

Si l'on introduisait un nouveau catéchisme, il faudrait que le nom de l'auteur répandît dans l'opinion publique des idées de science et de piété égales à celles que le nom de Canisius répandit autrefois en Allemagne. Il faudrait que l'auteur pût donner à son travail une autorité égale à celle dont jouissait l'ancien.

Enfin, je veux encore indiquer brièvement et avec précision ce que je désirerais qu'on corrigeât dans le catéchisme des élèves plus avancés. Ces améliorations portent sur le fond et sur la forme.

Après que les enfants ont appris dans le petit catéchisme les éléments de la foi et de la morale, il serait à désirer qu'on les initiât aux rites du culte extérieur, tels que : la sainte messe, les cérémonies qui se font aux jours de dimanches et de fêtes, les usages, les processions : par là on préviendrait les distractions inévitables et les ennuis que produit l'absence d'idées pendant les offices divins. Conséquemment, ce catéchisme des élèves plus avancés aurait trois parties :

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