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Cette ferveur céleste, saint Paul l'appelle la Charité

du nom de la source même d'où elle provient. (1 Cor., xm, 4, 5.) Ce véritable enthousiasme est tout patience et tout bonté; il est sans envie et ne commet pas l'injustice ; il est sans ostentation et n'ambitionne pas la gloire; il ne cherche pas ses avantages, il ne s'aigrit pas, ne soupçonne jamais le mal et ne se réjouit pas de celui que les autres font; il n'affectionne que la vérité, et dans cette joie paisible il croit, espère, supporte tout et persévère jusqu'à la fin.

8. Ce véritable enthousiasme, notre langue l'appelle le zèle pur, éclairé et actif pour le bien.

9. Ce zèle, tel que nous venons de le définir, tient le milieu entre deux extrêmes qui sont, d'une part : le zèle bruyant qui veut tout renverser; et de l'autre, le zèle aveugle qui veut tout conserver. Le premier veut innover brusquement et sans délai ; le second veut conserver tout ce qui est ancien, parce qu'il est ancien, avec la même opiniâtreté que si c'était la vie éternelle même.

10. Ce zèle éclairé, par cela même qu'il est éclairé comme la sagesse qui vient d'en haut, est, selon la description qu'en fait un de ses fils, chaste, ami de la paix, modéré, équitable, docile , susceptible de tout bien, plein de miséricorde et fertile en bonnes œuvres. Il ne condamne point témérairement, il n'est point dissimulé. (Jacq., m, 17.)

1 1 . Il est donc précisément le contraire d'un autre zèle qui ne produit dans le cœur qu'amertume et esprit de contention, et qui, hors du cœur de l'homme, ne porte que des fruits de son espèce, le mensonge et la vaine gloire, dignes fils de leur mère, la sagesse terrestre, animale et diabolique. (Jacq., m, 15, 16.)

1 2. Si ce zèle pur, éclairé et actif, qui vient du ciel ; si cette sagesse-là enflammait les pasteurs de notre époque, une transformation immense s'opérerait dans notre race, et cette transformation donnerait à la vie humaine un aspect tout nouveau. Les charges du ministère des âmes, qui, sans ce zèle, sont doublement pénibles, deviendraient, grâce à lui, un fardeau léger. Les hommes froids et sans ardeur sentiraient la chaleur renaître

dans leur cœur, et les zélateurs sans science [Rom., x, 2) sentiraient la lumière inonder leur intelligence. Les hommes qui vivent de l'autel sans servir à l'autel, ou qui n'y servent que pour pouvoir en vivre, deviendraient des flambeaux qui brûleraient et éclairer 'aient; et leurs fidèles, qui jusqu'alors n'avaient ou que des apparences, seraient embrasés de ce feu et transformés en enfants de lumière.

§ II. — Excitation de ce zèle.

43. Le feu de ce zèle, personne ne peut l'allumer que celui qui est venu en ranimer les étincelles, et qui ne veut rien autre chose, sinon que ces étincelles deviennent des flammes. Or, comme nous ne pouvons douter que le Seigneur ne fasse ce qu'il doit faire, nous voulons, nous, réfléchir et méditer comment nous ferons ce qui dépend de nous.

i 4. Ce qui dépend de nous, c'est, avant tout, de nous bien familiariser avec l'esprit du ministère des âmes.

Le pasteur des âmes qui connaît l'étendue de sa mission et s'efforce de la remplir, a : 4° un cercle d'activité vraiment divin. Le cœur et la conscience s'ouvrent à lui par devoir et par confiance pour des affaires du plus haut intérêt, puisqu'elles concernenf l'éternité.

Le pasteur des âmes possède, 2° des forces proportionnées au cercle de son activité. La parole de Dieu parle par son organe ; l'esprit de Dieu agit par son intermédiaire ; Jésus-Christ a mis dans sa bouche la parole de réconciliation, et cette parole, l'esprit de Dieu la fait pénétrer dans le cœur du pécheur.

3° Le pasteur des âmes éprouve des jouissances qui ne se rencontrent ni aussi intimes, ni aussi grandes, ni aussi surabondantes dans aucune autre vocation. En réunissant ses frères à Jésus-Christ et par Jésus-Christ à Dieu, il peut répéter avec saint Paul : Vous pouvez avoir beaucoup de maîtres, mais vous n'en avez qu'un seul qui vous ait enfantés à la vie éternelle. In Christ o vos genui.

40 Le pasteur des âmes est investi d'une dignité nouvelle,

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invisible, qui te distingue de tous les hommes, mais seulement aux yeux de Dieu. Comme pasteur, il ne travaille qu'avec Dieu et pour Dieu, et il ne travaille qu'à une œuvre divine ; ou plutôt : Ce n'est pas lui qui travaille avec Dieu, mais c'est Dieu qui travaille avec lui et par lui. Car c'est Dieu qui réclaire. Dieu qui le purifie, Dieu qui le sanctifie, Dieu qui le transfigure, Dieu qui le béatifie.

\ "y. Ce qui dépend de nous, c'est, en second lieu, de faire des grands exemples de zèle pur et éclairé qui jadis ont produit tant de fruits de bénédiction, et sont devenus les modèles des âges subséquents, l'objet de notre méditation et de notre imitation.

§ III. — Des exemples d'un zèle pur et éclairé nous ont été fournis, entre tant d'autres, par :

A. Saint Jean-Baptiste. — tl prêchait la pénitence aux Pharisiens et aux Sadducéens, aux prêtres et aux soldats, aux publicains et aux docteurs de la loi, aux princes et au peuple, îl disait la vérité au prince : Non licet, et il se laissa décapiter plutôt que manquer aux exigences de la vérité. Cet amour de la vérité, tel est le zèle pur et l'exemple de ce zèle pour le pasteur des âmes.

Il annonçait que Jésus-Christ était l'Agneau de Dieu, et il se réjouissait de diminuer pour que Jésus augmentât; il se réjouissait d'être l'ami de l'Époux, et se croyait indigne de délier les cordons de souliers de Celui qui était descendu du ciel. Il ne cessait de répéter : Je ne suis pas Celui qui est attendu ; je ne suis que la voix qui crie dans le désert, pour préparer la voie à celui qui doit venir. Cet attachement à Jésus, si tendre et si humble, tel est le zèle pur et le modèle de ce zèle pour le pasteur des âmes. Celui qui fait quelque chose de soi n'est encore rien dans le royaume de Dieu. Celui qui ne rapporte pas tout à Jésus-Christ ne saurait être pasteur des âmes. Celui qui ne diminue pas pour croître avec Jésus-Christ, n'est pas propre au ministère des âmes.

B. Saint Pierre. — Lorsque Jésus-Christ lui confia ses

brebis et ses agneaux, il lui demanda par trois fois : « Simon, m'aimez-vous? » — Preuve que celui qui n'aime pas Jésus au-dessus de toutes choses est indigne de paître le troupeau du Seigneur. Cet amour, qui annonce partout Jésus-Christ : « Vous êtes le Fils du Dieu vivant ; » cet amour qui se fait un honneur de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus ; cet amour qui est né du Saint-Esprit et baptise au nom du Saint-Esprit : voilà ce qui constitue le véritable zèle du pasteur des âmes. — Sans cet amour, le ministère des âmes n'est plus qu'une œuvre mercenaire, qui fait subsister celui qui l'exerce; un cercle qui enchaîne ses pieds, et les empêche d'aller se fourvoyer dans une maison de correction; un son mécanique qui n'excite ni ne calme la soif de la justice et du royaume de Dieu. C'est cet amour qui fait que le pape est réellement pape, Févêque réellement évêque, le curé réellement curé, etc.

C. Saint Paul V Apôtre des nations. — « Je ne sais rien autre chose que Jésus, et Jésus crucifié. Ce n'est pas moi qui vis, mais Jésus qui vit en moi. Volontiers je deviendrais anathème pour mes frères. » Ces quelques paroles nous montrent saint Paul tout entier; il était animé du zèle le plus ardent pour Jésus- Christ, pour son royaume et pour son Église, par conséquent pour toute espèce de bien. Son amour pour Jésus-Christ était sa vie pour l'Église de Jésus-Christ ; aussi ne redoutait-il ni le besoin ni la mort. Partout, dans la synagogue comme sur la mer, à Rome comme à Jérusalem, saint Paul manifeste le même amour pour Jésus. Là où est saint Paul, là est l'amour, et un amour sage et éclairé. Saul est un exemple de zèle impur, saint Paul un exemple de zèle pur.

D. Saint Charles Borromée. — (Exemple des temps modernes.) Sa biographie tout entière n'est autre chose qu'un recueil de faits qui attestent la pureté de son zèle. Stolz, l'un des derniers écrivains qui ont composé l'histoire de sa vie, le présente comme un modèle en ce genre. La vie de saint Charles Borromée a été la reproduction fidèle de ces paroles qu'il prononça au concile de Milan, lorsqu'il parlait des chefs de communautés

chrétiennes qui s'étaient distingués par leurs vertus. « Erant » integri , casti, simplices, modestie humiles, bene morati , in » oratione et lectione assidui , in alienae salutis cura et cogita- » tione defixi, consilio et opéra benigni, hospitales, in domestico » cnltuetvictu pareil in alios benefici et libérales. Erant vigilantes » super gressus suos, vineam Domini summa diligentia et labore » colenteset custodientes. Pascebant assidue oves sibi commissas » triplici salutis cibo: verbo, exemplo, et sacramentis. Memores » quoque et imitatores summi pastoris Christi, qui pro universo « grege suo sanguinem et vitam profudit, ipsi pi*o suarum ovium » incolumitate quemvis excipere laborem , subire omnes ca~ » sus, omnem vim atque injuriam per ferre, denique et animam » suam dare pro ovibus non dubitabant, nullum inde hujus vitae » fructum expectantes »

E. Saint François de S aies, évêque de Genève. — Comme son âme vivait en Dieu, son esprit n'avait d'autre occupation que de travailler, dans son diocèse et hors de son diocèse, à réunir à Dieu les âmes qui en étaient séparées. Et si, comme prédicateur, il n'avait pour tous qu'une seule parole , il savait , comme pasteur, adapter cette parole aux besoins de chacun.

Et pour que la douceur de l'esprit de Jésus-Christ donnât à son extérieur un caractère d'une suavité toute céleste , il fallait que l'esprit de Jésus -Christ eût inondé d'amour l'intérieur de son âme. Aussi sa bouche, son cœur, sa conduite, sa plume n'avaient-ils qu'un seul langage : Vive Jésus ! Vive la vérité !

F. Fénelon, archevêque de Cambrai. — Son zèle était exactement celui qu'il recommandait à son royal élève : « Il faut que les bons vous aiment, que les méchants vous craignent , et que tous vous estiment. Hâtez-vous de vous corriger pour travailler utilement à corriger les autres. La piété n'a rien de faible , ni de triste, ni de gêné : elle élargit le cœur ; elle est simple et aimable ; elle se fait tout à tous pour les gagner tous. Le royaume de Dieu ne consiste pas dans une scrupuleuse observation de petites formalités; il consiste pour chacun dans les vertus propres à son état. » (Fénelon, Correspondance.)

30 TUÉOLOGJE I'ÀSTORAIE.

<i. Saint Vincent de Paul, — dont la vie est connue de tout le monde, et dont il suffit de prononcer le nom pour exprimer ce qu'il y a de plus tendre et plus émouvant. Sa place vient immédiatement après celles de saint Charles Borromée et de saint François de Sales.

H. L'exemple par excellence. Les modèles que nous avons cités jusqu'ici ne sont que des copies calquées sur cet original qui est Jésus-Christ. Il vint pour sauver le monde, et mourut sur la croix pour réconcilier sur la terre les enfants de Dieu et les réunir dans le ciel. Étant l'amour et la vérité suprêmes, il est par là même le Pasteur des âmes par excellence.

1 6. Une troisième chose qui dépend de nous, c'est de travailler incessamment au perfectionnement de notre nature, d'employer fidèlement les forces qui nous ont été données à en extirper tout ce qu'il y a d'impur, de ne redouter aucun genre d'abnégation et d'exercice dans le bien jusqu'à ce que soit accomplie en nous IVeuvre divine de la transformation de l'homme sensuel en l'homme spirituel, jusqu'à ce que, régénérés par l'esprit de vérité, nous ayons assez de sagesse et de courage pour annoncer cette même vérité.

akt. ni.

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