CHAPITRE PREMIER
Quelque* observation* iur l'étude pratique de la «alnte Écriture.
\. On distingue avant tout une triple étude de l'Écriture sainte : la première est celle de la langue ou des signes ; la seconde, celle du fond, des faits et des idées qui sont racontés ou exposés; la troisième, celle de l'ensemble, c'est-à-dire de l'esprit qui vivifie et anime le tout. La première peut s'appeler étude philologique ; la seconde, étude historique; la troisième, étude philosophique,
2. La vraie étude, qu'on peut appeler méditation, quand elle a pour objet les choses révélées, si recherche, quand elle s'applique aux choses moins évidentes, mais qui est prise ici dans l'un et Fautre sens, comprend l'étude de \\langue, l'étude de la chose, l'étude des doctrines fondamentales, et l'étude de Vesprit de l'Écriture.
52 THÉOLOGIE TASTORALE.
3. L'étude de l'Écriture a pour objet immédiat de pénétrer sens de ce Livre sacré.
4. Le sens de l'Écriture est triple. Il en est de l'Écriture sainte comme des hommes. Tout homme parfait a un corps, une âme, un esprit.
De même l'Écriture sainte a une lettre : ce sont les faits particuliers qui y sont racontés ; une âme : ce sont les doctrines particulières sur Dieu, sur l'éternité, sur Jésus-Christ, sur l'humanité, doctrines qui sont manifestées par les faits ; un esprit, qui est comme l'ensemble, dont l'exposition et l'explication sont fournies par la réunion des faits et des doctrines particulières.
Le premier sens est donné par les faits particuliers, qui sont en quelque sorte la lettre de l'Écriture; le second, par l'intelligence, qui relie plus ou moins facilement les lettres; le troisième, par la raison, qui ramasse le tout en une seule idée.
Ce triple sens peut s'appeler : sens de la lettre, sens de l'idée et sens de l'esprit. La justesse de cette division se manifeste en ce que, dans son développement, la nature humaine suit absolument la même marche. Celui-ci, qui appartient à la classe des lecteurs qui ne pensent pas, trouve la lettre sans en découvrir le sens; celui-là, qui appartient à la classe des lecteurs qui réfléchissent, trouve le sens sans en trouver la raison ; un troisième, qui appartient à la classe des lecteurs raisonnables, trouve la lettre, l'intelligence et la raison. — L'homme spirituel voit tout à la lumière de l'esprit.
5. Quand celui qui étudie l'Écriture sainte, non content d'avoir trouvé le sens, veut encore l'appliquer à l'œuvre et au but qu'il se propose, ce travail s'appelle : étude, ou méditation pratique de l'Écriture sainte.
6. Ainsi donc, la meilleure application que l'on puisse faire de l'Écriture, c'est de former sa vie intérieure, puis celle des autres, sur les principaux enseignements et d'après l'esprit de l'Écriture.
7. Cette formation de la" vie intérieure sur les principaux enseignements et d'après l'esprit de l'Écriture, que doit se pro-
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poser celui qui étudie ce Livre divin , s'appelle édification de soi-même; la formation des autres sur les principaux enseignements et d'après l'esprit de l'Écriture s'appelle édification du prochain.
8. L'étude pratique de l'Écriture peut donc se faire de bien des manières, suivant que celui qui s'y voue se propose ou sa propre édification, ou celle d'autrui, ou tout à la fois la sienne et celle d'autrui. L'étude pratique de la Bible, entendue dans le sens le plus complet, a pour objet et l'édification de soi-même et l'édification d'autrui, c'est-à-dire l'édification générale.
9. Elle est grande et magnifique la signification de cette expression dédaignée : édification, lorsque l'esprit en a saisi la portée. Si l'étude de la Bible a pour résultat d'établir la foi en Dieu et en Jésus-Christ avec tant de solidité et de profondeur que cette foi devienne inébranlable; si l'on parvient à édifier sur la foi , comme sur leur véritable fondement, le saint amour, la confiance et le salut éternel, qui ne font qu'un avec l'Amour parfait, le but qu'on doit se proposer dans l'étude pratique de la Bible sera atteint, l'homme intérieur sera formé. L'édification comprend donc à la fois l'établissement de la foi, et l'édifice complet de la charité , de la confiance, du salut éternel , édifice qui repose sur le fondement qui a été établi.
10. L'étude pratique de la Bible est prise ici dans son sens complet, c'est-à-dire en tant qu'ayant pour objet l'édification de soi-même et l'édification du prochain. Cette étude doit être en effet une préparation au futur ministère des âmes, une initiation à la vocation du pasteur destiné à fonder et à cultiver dans lui et dans les autres, la foi, la charité, l'espérance, le salut éternel. Or, tout cela, il ne saurait rétablir et le cultiver dans les autres s'il ne l'a pas d'abord établi et cultivé en lui-même.
1 1 . L'étude pratique de l'Écriture sainte occupe donc l'homme tout entier : son intelligence, son cœur, sa raison, sa volonté ; et il doit en être ainsi pour qu'elle répande la lumière dans son intelligence, la chaleur dans son cœur, la vie dans sa volonté, l'esprit dans ses actions et ses omissions, et pour que la lumière,
la chaleur, la vie et l'esprit se répandent de lui sur les autres. L'œil, sans l'intelligence, ne saurait voir que la lettre de l'Écriture; l'intelligence sans la raison ne saurait voir que des doctrines et non pas embrasser l'esprit de l'ensemble ; la lumière sans la chaleur ne saurait ni vivifier le cœur, ni exciter la volonté. On peut faire ici l'application de ce mot de Jésus-Christ : « Ce que Dieu a uni, l'homme ne doit pas le séparer. »
\% L'étude pratique de l'Écriture sainte se distingue de l'étude savante, non pas seulement comme la théologie du peuple se distingue de la théologie de l'école, mais surtout comme les rayons de la lumière, qui, réunis dans un foyer, produisent la flamme, se distinguent des simples rayons qui ne font que briller, ou récréer l'œil par la combinaison de couleurs éclatantes. L'étude scientifique de la Bible commence par des recherches et finit par des recherches ; l'étude pratique s'occupe de la transformation complète de l'intérieur de l'homme, et ce n'est qu'en vue de cette transformation intérieure qu'elle vise à éclairer. L'étude scientifique de la Bible pénètre dans les profondeurs, dans les obscurités et les énigmes ; l'étude pratique ne veut résoudre qu'une seule et grande énigme : celle de savoir comment elle ramènera à Dieu l'homme qui s'en est séparé. L'étude scientifique de la Bible s'enfonce dans le labyrinthe des antiquités et des langues, et souvent sans résultat; l'étude pratique dévoile dans l'homme les voies tortueuses de l'égoïsme, et lui tend au nom de Jésus-Christ une main pour l'aider à eu sortir. A la vérité, l'étude pratique ne dédaigne pas les découvertes des savants, quand elles peuvent faire avancer dans les voies de Dieu le pèlerin fatigué ; elle accepte d'eux avec reconnaissance tous les travaux qui peuvent l'aider à mieux connaître Dieu. Cependant elle n'a d'autre mission que d'arracher l'homme jl à lui-même et de l'unir à Dieu. Honneur aux savants explora- / ' teurs de la Bible ! Salut à l'explorateur pratique !
43. Toutefois, l'étude pratique de l'Écriture a aussi pour objet la vraie intelligence du sens de l'Écriture, et elle ne dédaigne pas les remarques et les observations qui jaillissent de cette
étude ; mais elle ne s'en tient ni à l'intelligence du sens ni aux observations qu'il fait naître : elle édifie sur le sens et elle applique les observations. L'étude du sens, les observations, sont pour elle des moyens et non le but. De plus, cette étude du sens n'est pas simplement celle du sens de la lettre, ni celle de l'idée ; c'est l'étude du sens de l'esprit, et ce dernier, elle ne le recherche que pour en illuminer son âme et refléter ensuite sur les autres les rayons de cette lumière.