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Ainsi donc, l'étude pratique de l'Écriture a pour but

i. De faire naître la conviction par rapport aux doctrines fondamentales et à l'esprit de l'Écriture;

ii. De faire impression sur le cœur, et une impression durable ; de pénétrer l'âme des grandes et sublimes doctrines de l'Ecriture, ainsi que de son esprit, et de l'en pénétrer tellement qu'il y reste quelque chose d'éternel ;

m. D'exciter la volonté à réaliser ce qui lui reste à faire, et d'y produire des résolutions sérieuses, solides et à l'épreuve de tout, des résolutions célestes;

iv. De produire des actes, et des actes conformes aux résolutions qui les ont fait naître ;

v. De donner le courage .de ramener les hommes à Dieu et à Jésus-Christ, et un couvrage divin, tel que celui qui animait Jésus-Christ et ses premiers amis;

vi. De former l'homme intérieur tout entier d'après les doctrines et l'esprit de l'Écriture, et de le former non pas transitoirement, mais d'une manière permanente et progressive, jusqu'à ce que, tout imprégnée des doctrines et de l'esprit de l'Écriture, l'âme soit devenue elle-même une Bible vivante, qui serve d'interprète et de confirmation à la Bible écrite.

45. L'étude pratique de l'Écriture, entendue dans le sens précis que nous venons de lui donner, se distingue donc des investigations sèches et glacées de l'école; investigations qui ont pour objet de tout voir et de ne rien appliquer, de ne rien refléter dans la vie extérieure ; elle se distingue de ces recherches raffinées et minutieuses qui ne se traduisent jamais par des

faits, qui se jouent en de magnifiques paroles, et qui, autrefois et même de nos jours, s'étalaient jusque dans nos livres de piété; elle se distingue de ce fanatisme qui , abandonnant le fil conducteur de la raison, rêve de je ne sais quelles lumières supérieures qui n'existent qu'en imagination ; elle se distingue de ces sortes de commentaires moraux et ascétiques qui, abandonnant aussitôt le sens du mot et dédaignant l'histoire, ne voient dans les doctrines positives qu'une simple enveloppe de la vérité et que des légendes surannées des premiers âges ; qui, n'apercevant partout qu'un, sens moral, s'imaginent, par ce système d'accommodement, avoir saisi l'esprit de l'Écriture. Elle se distingue des commentaires scolastiques qui font entrer dans l'Écriture ce qui n'y est pas, et des commentaires à la mode qui, ne voyant dans l'Écriture qu'un beau système de morale religieuse, dédaignent et tournent en ridicule le côté essentiel et fondamental, ou veulent l'en extirper avec la hache de l'incrédulité.

\ 6. L'étude pratique de l'Écriture, pour être digne de ce nom, suivra donc une voie intermédiaire entre la froide spéculation et les raffinements subtils, entre cette philosophie qui voit trop peu et ce fanatisme qui voit trop, entre ce système d'accommodement arbitraire et ces citations mécaniques de passages de l'Écriture. Heureux si nous pouvons trouver cette route d'or, et si nous la suivons d'un pas ferme et assuré !

17. Si l'étude édifiante de la Bible est assez heureuse pour éviter ses écueils, elle ne pourra qu'exercer sur la religion et la vertu, sur la sagesse et le bonheur de l'homme, l'influence la plus bienfaisante. C'est elle qui fera sentir de près à la raison le Vrai, à la volonté le Bon, à l'intelligence le Beau ; trois choses dont la réunion constitue le bonheur.

Il ne serait pas facile d'imaginer quelque chose qui promît des résultats plus consolants, que cette méditation pratique et édifiante de l'Écriture sainte. 1 ° Elle est un besoin pour le chrétien qui pense; car que serait le christianisme s'il ne répandait aucune lumière dans son intelligence, aucune chaleur dans son

cœur, aucun esprit supérieur dans sa vie. Et comment atteindrait-il ce but si l'homme intérieur restait comme mort à la lecture ou à Faudition de la parole de Dieu ? — 2° Elle est un besoin pour tout chrétien, même pour celui qui ne sait pas lire ; car ce dernier est obligé, et il a reçu quelques forces pour cela, de réfléchir sur ce qu'il a entendu, de méditer sur les enseignements du christianisme ; or, que lui servirait-il de méditer, si sa méditation n'excitait en lui aucun sentiment, n'y éveillait aucune pensée; si le christianisme ne se transformait pas en sa propre substance ? — 3° Elle est surtout un besoin pour l'ecclésiastique et le pasteur ; car si leur intelligence ne s'illumine pas, si leur cœtir ne se réchauffe pas à la méditation édifiante de la sainte Écriture, comment pourront-ils illuminer et réchauffer ce qu'il y aura d'obscur et de froid dans l'âme de leurs auditeurs ? — 4° Elle est un besoin pour celui qui se livre à l'étude scientifique de la Bible ; car les recherches approfondies qu'il fait sur la langue ne sauraient suppléer la méditation édifiante de la Bible. Il est homme comme le vulgaire, et comme lui il a besoin de feu pour se réchauffer. Dans quel triste état serait sa piété, si la science le répandait constamment hors de lui-même, et que la méditation de la vérité ne le recueillît jamais ! si, comme Marthe, il était toujours embarrassé dans une foule de soins, et qu'il n'allât jamais avec Marie s'agenouiller aux pieds du Sauveur Jésus pour apprendre dans le silence l'unique nécessaire? — 5° Elle est également indispensable au fort comme au faible; à l'un, pour qu'il reste fort; à l'autre, pour qu'il le devienne. Qu'est-ce que l'homme sans prière, sans commerce avec son Créateur? Et qu'est-ce que la prière sans la méditation qui commence, par préparer et consacrer l'âme à la prière, et par extirper et livrer aux flammes les ronces et les épines ?

Telle est la nécessité de la méditation édifiante de l'Écriture, de la réflexion solitaire, de la recherche intelligente de ce qui constitue le fond, l'essence, l'esprit du christianisme : c'est de ce fond , de cette essence et de cet esprit du christianisme qu'il

faudra entendre ce que je dirai de la méditation de l'Écrites, Et quand je parle de méditation de l'Écriture, il n'est question ni du texte latin, ni du texte français, ni du texte grec, ni du texte hébreu, ni du texte syriaque, ni du texte arabe, etc. Il ne s'agit pas non plus de savoir si on lit tout le nouveau Testament, ou si l'on n'en a devant soi que des extraits ; encore moins si on lit l'Écriture, ou si on l'écoute lire ; si on lit la vérité dans la Bible, ou si on l'apprend de la bouche d'un chrétien ; en un mot, si elle est annoncée sous d'autres expressions, ou si on la lit dans d'autres ouvrages. Tout ce que je veux dire, c'est que quiconque n'approfondit pas le côté divin qui constitue l'essence et l'esprit des choses divines , quiconque ne se fait pas de cet approfondissement une habitude, quiconque nefait pas de la vérité qu'il a découverte la nourriture de son âme, quiconque ne transforme pas cette nourriture en sa chair et en son sang, quiconque n'en fait pas le principe de tout bien, ne fera jamais de grands progrès dans le christianisme. Ainsi donc, la méditation édifiante de l'Écriture sainte est un besoin pour tout chrétien qui veut justifier le nom qu'il porte. — 6° — Enfin, pour ne pas omettre le plus essentiel, elle est un besoin pour l'humanité tout entière. Que serait, en effet, l'humanité sans le goût des choses divines, des choses de l'éternité ; et ce goût, comment naîtra-t-il sans la méditation sérieuse de ce que les saintes Lettres nous ont conservé sur Dieu et sur la vie éternelle ?

48. C'est cette méditation sérieuse des choses divines qu'avait en vue Jésus-Christ lorsqu'il disait : « C'est l'esprit de Dieu qui vivifie ; la chair ne sert de rien ; les paroles que je dis sont esprit et vie » (S. Jean, vi, 63). C'est à cette méditation profonde des choses divines que saint Paul faisait allusion lorsqu'il écrivait : « La lettre tue ; l'esprit vivifie » (II Cor., m, 6). L'étude pratique de l'Écriture sainte est donc esprit et vie, et produit l'esprit et la vie.

19. Cette méditation sérieuse des choses divines est un talent que peut seul donner le maître de la famille ; ce talent, l'ami

fidèle de la maison le fait fructifier, pour le communiquer ensuite à de plus jeunes amis. Qu'il me soit donc permis de choisir parmi les remarques, les réflexions et les exercices de Fétude pratique de FÉcriture sainte, ce qu'elles renferment de plus instructif pour ceux qui en ont le goût et qui ont encore besoin de direction. &u*.

ARTICLE PREMIER

Quelques remarques sur l'étude pratique de l'Ecriture sainte,

20. Ces remarques concernant la méditation pratique de FÉcriture sainte s'appliquent aux vérités les plus évidentes, bien que les vérités plus profondes doivent, dans le cours de la réflexion, apparaître de plus en plus à la surface ; elles ne s'appliquent qu'à ce qui, en vertu de sa force divine , est propre à instruire, exhorter, consoler et fortifier, et qui manifeste, ou du moins qui a la vertu de manifester sa force divine dans l'intelligence, dans l'âme et dans la vie de l'homme,

21. L'aptitude à découvrir rapidement et adroitement beaucoup de choses dans le fond et l'esprit de FÉcriture, s'appelle talent de découverte : c'est tout à la fois un don et un art. Comme art, c'est le plus simple de tous, et il constitue la seule et unique règle de toute recherche pratique.

22. Cette règle, appliquée d'abord aux travaux évangéliques du nouveau Testament, peut se formuler ainsi : Familiarisezvous autant que possible : a, avec les temps où vivait Jésus-Christ, avec la position où il se trouvait ; h, et avec toute son histoire ; <y pénétrez dans le sanctuaire, dans la vie intime de Jésus- Christ, puis, du fond de ce sanctuaire, et le regard fixé sur l'histoire, sur les temps et la situation où se trouvait le Sauveur, interprétez la parole de Jésus-Christ. Les occasions ne vous manqueront pas pour vous faire comprendre le sens profond de cette règle. Mais, disons-le encore une fois, il ne faut pas prétendre faire jaillir l'esprit de la lettre obscure ; il faut plutôt faire jaillir de l'obscurité de la lettre la lumière de Fesprit. Il

y a, dans le nouveau Testament, assez de points lumineux pour répandre la lumière autour d'eux. En d'autres termes, il y a suffisamment de passages assez clairs par eux-mêmes pour qu'ils s'expliquent eux-mêmes; d'assez riches enseignements pour qu'on puisse jeter un regard profond dans l'esprit et la doctrine de Jésus-Christ ; il y a assez de discours qui révèlent tout son intérieur, par exemple ses entretiens familiers après la dernière Cène. Il y a assez de prières pour nous ouvrir tout le sanctuaire de Jésus-Christ : par exemple, celle qu'il fit,en sa qualité de Pontife suprême, avant d'aller à la mort (S. Jean, xvii). Ces passages, ces discours, ces prières révèlent dans toute leur beauté les idées divines sur sa personne, son ministère et sa doctrine. Or, ces idées sont véritablement les idées directrices et le guide le plus sûr dans l'étude profitable de l'Écriture.

23. Cette loi unique n'exclut pas toutefois les règles particulières (1), communes à la méditation de l'Écriture comme à toute autre manifestation de l'esprit d'observation, mais elle les renferme et les implique; comme par exemple celle-ci : Pour que le regard de votre esprit découvre promptement et adroitement une foule de choses dans la sainte Écriture, il faut d'abord qu'il y ait été préparé par un long exercice, que votre cœur vous l'ait présenté comme une affaire de la plus haute importance, que vous ayez été stimulé par le désir du bien et l'amour de la vérité, que vous ayez été purgé des préjugés qui tuent l'édification ou du moins la paralysent ; que votre intelligence ne soit troublée par aucune passion dominante, que vous soyez aidé par des connaissances et des idées préparatoires, et surtout que vous soyez bien servi par votre imagination et votre mémoire ; que votre intelligence ait été développée par des lectures et de l'exercice, qu'elle soit constamment accompagnée de la réflexion, et fortifiée par la pratique fidèle de ce qu'elle aura une fois reconnu pour vrai.

(4) Voir l'ouvrage de l'auteur : Doctrine de la Raison, pour les hommes tels qu'ils sont, » vol., pag. 46 et suiv. {Vernunftlehre.)

Ces conditions, sans lesquelles le lecteur de l'Écriture sainte n'acquerra jamais assez d'habileté pour découvrir promptement et adroitement dans la Bible un grand nombre de choses, nous allons les expliquer ici en peu de mots, mais en les appuyant d'un grand nombre d'exemples.

24. Première condition. — L'œil a besoin, pour découvrir promptement et heureusement dans la Bible une foule de choses, d'exercices préparatoires et d'une pratique continuelle. Plus l'œil est exercé, plus il est pénétrant, et plus aussi il est habile à trouver promptement, heureusement et beaucoup. Cette première règle peut donc se formuler ainsi :

Lisez souvent et attentivement le même passage, le même fait, le même discours; comparez ce passage avec un autre passage, ce fait avec un autre fait; lisez-les dans les différentes dispositions ou se trouve votre cœur ; lisez-les dans les divers degrés de perspicacité de votre intelligence; lisez-les enfant, jeune homme, homme fait, vieillard par l'âge et par la sagesse; et la pénétration, la richesse, le nombre, la justesse et la profondeur de vos remarques seront entre elles dans les mêmes proportions que celles qui existeront entre vos différentes études faites dans les divers degrés d'âge, de pénétration, etc.

QUELQUES ESSAIS I>'ÉTUDE SUR SAINT MARC,XH, 43-44, ET SUR SAINT MATTHIEU, XXII, 21 , PROPRES A METTRE LES COMMENÇANTS SUR LA BONNE VOIE.

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