‹ Théologie pastoraleChapitre 32 sur 209 · PREMIER ESSAI · texte numérisé non relu

PREMIER ESSAI

Je vous dis en vérité que cette pcwvre veuve a donné plus que tous ceux qui ont mis dans le trésor du temple. Car si les autre* ont donné de leur superflu, celle-ci a donné de son indigence même tout ce qu'elle avait, tout ce qui lui restait pour vivre.

Le sacrifice d'une pauvre femme, d'une veuve, les quelques pièces de monnaie qu'elle avait déposées dans le trésor du temple avaient aux yeux du Seigneur plus de valeur que les

magnifiques offrandes des riches. Elle donna plus que les autre*. Comment, elle qui n'avait donné que deux pièces d'argent, avait-elle donné plus que tous les autres? Parce qu'elle avait offert tout ce qu'elle avait. Elle donna plus que tous les autres, parce qu'elle offrit au Seigneur avec la ferme confiance que Lui, qui est le Père des veuves, se montrerait aussi le sien ? Elle donna plus que les autres, parce qu'elle donna avec un cœur pur; son cœur, en effet, ne pouvait être attaché à l'argent, puisqu'elle sacrifiait les deux seules pièces qu'elle possédât. Elle donna plus que les autres, parce qu'elle donna joyeusement tout ce qui pouvait fournir à son entretien, et que Dieu aime celui qui donne avec joie. Elle donna plus que les autres , parce qu'avec la crainte de Dieu qui l'inspirait, elle aurait donné au delà, si elle l'avait pu. Elle donna plus que les autres, parce que la générosité avec laquelle elle le fit communiqua à son faihle don une valeur immense, supérieure à celle des offrandes en or et en argent faites par la cupidité.

Et Jésus, qui s'était placé en face du trésor du temple et qui regardait la foule déposer son sacrifice, aperçut au milieu de cette multitude la veuve que personne ne remarquait ; il apprécia la valeur de son offrande, ou plutôt de son cœur, et la loua en présence des grands qui, avec plus de richesses, avaient fait de moindres dons.

Or, si Jésus, pendant qu'il était sur la terre, remarquait si attentivement les dons que la piété lui offrait dans le silence, pourrait-il, maintenant qu'il est assis sur le trône de Dieu, ne pas jeter un regard favorable sur les dons pieux et secrets que l'on fait aux siens? Ce Jésus, qui pendant sa vie terrestre loua la munificence de cette veuve, pourrait-il, au jour du dernier jugement, alors qu'il récompensera tout ce qui est digne de récompense, oublier cette bonne action, lui qui rend à chacun suivant ses mérites? Non, jamais il ne le fera.

D&UXtEME KSSAI.

Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. (Matth., xxii, 24.)

L'Évangile veut qu'il y ait de Tordre partout ; il exige que l'on rende à chacun ce qui lui appartient. Le christianisme veut qu'il soit fait justice à chacun, que l'on rende à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Quand il s'agit de Jésus et de sa doctrine, il n'y a point d'autorité extérieure qu'il faille craindre. Il prêche l'ordre, l'obéissance, la justice, qui sont les soutiens des riches. Bien que le royaume de Jésus-Christ ne soit pas de ce monde, il veut néanmoins qu'il soit donné à chaque royaume de ce monde ce qui lui appartient. Jésus ne se mêle point des affaires temporelles de l'État ; il ne recherche pas quels sont les droits des puissants ; il se contente de dire : «Rendez à César ce qui lui appartient,» sans décider ce qui lui revient, ni combien il lui revient. Mais s'il ne s'ingère pas dans les affaires politiques, il est loin aussi de ne recommander que la vertu politique, cette vertu qui, rendant à César ce qui est à César, oublie de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu. Au contraire, Jésus-Christ insiste fortement sur cette parole : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. » Les docteurs de la loi ne lui avaient montré que l'image de l'empereur gravée sur une pièce de monnaie; mais lui leur montra, bien défigurée sans doute, l'image de Dieu imprimée dans leur cœur. Or, ce que Jésus-Christ a si étroitement uni dans sa doctrine, son disciple ne doit pas le séparer. Celui qui, sous prétexte de rendre au prince ce qui est dû au prince, ne rend pas à Dieu ce qui est dû à Dieu, celui-là n'est point un vrai disciple de Jésus-Christ. Celui qui, sous prétexte de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, ne rend point aux rois de la terre ce qui leur appartient, celui-là n'est point un vrai disciple de Jésus- Christ. Autant il est vrai que le prince ne saurait exiger qu'on ne rende point à Dieu ce qui lui est dû, autant il l'est que Dieu.

la justice éternelle, ne saurait commander de ne point rendre au prince ce qui est dû au prince. Le vrai adorateur de Dieu, celui qui l'adore en esprit et en vérité, se montre constamment le sujet dévoué de son prince, et, dès qu'il cesse de lui être soumis, il a déjà cessé d'être le sujet dévoué de son Dieu, Toute subordination visible envers l'autorité, qui tient la place de Dieu, est précédée de l'obéissance invisible envers Dieu, de qui l'autorité tient sa puissance. Princes, si vous voulez que vos sujets vous rendent ce qu'ils vous doivent, faites en sorte qu'ils rendent à Dieu ce qui est à Dieu, et rendez-le lui vous-mêmes. Alors ils vous donneront aussi ce qu'ils vous doivent, et manifesteront leur crainte de Dieu par l'obéissance qu'ils vous rendront. Mais celui qui ne craint pas Dieu, ne craint pas davantage le prince.

25. Deuxième condition. — Découvrir promptement, heureusement et beaucoup de choses dans l'Écriture sainte doit être, pour celui qui l'étudié, d'une haute importance, et il doit y travailler de tout son cœur. Tout ce qui ne vient pas du cœur n'est fait qu'à moitié et porte les marques d'un travail sans vie et sans vigueur. Il n'y a que ce que nous faisons de toute notre âme qui soit réellement achevé ; car il indique que nous y avons consacré toutes nos forces. Voir ne devient chose naturelle et facile que lorsque l'âme est tout œil. La volonté de voir ce que l'on a sous les yeux précède la vue réelle; quoi que l'homme entreprenne, il ne fait des prodiges que lorsque l'âme tout entière veut. Pourquoi, par exemple, le botaniste remarquet-il tant de beautés, tant de propriétés dans les plantes que le paysan foule aux pieds? Parce que c'est pour lui une affaire de cœur de tenir ses regards fixés sur des objets pour lesquels d'autres n'ont aucun goût.

Avant que quelqu'un prenne goût au nouveau Testament, la lecture qu'il y fera l'ennuiera longtemps. « Tout y est si peu en harmonie avec les choses de la vie commune, tout y est si aride, si éloigné de ce que préconisent les écrits de notre temps, » se dira-t-il, et il fermera le livre. Sachez, au contraire, l'intéresser à ce que ce livre renferme de fondamental, sachez attirer

son attention sur les beautés divines qui y brillent de toutes parts; ce Livre, qui naguère lui semblait indigne d'être lu, sera véritablement pour lui ce trésor enfoui dans le champ dont il est parlé dans l'Évangile; ce sera un jardin rempli des plantes les plus salutaires et des fruits les plus suaves.

Mais comment l'étude de l'Écriture sainte pourra-t-elle acquérir de l'importance à nos yeux ?

Dès que nous serons résolus à chercher la vérité, et à mettre toute notre ardeur à la trouver; dès qu'une lecture impartiale aura produit en nous cette conviction, que la vérité que Dieu a voulu faire connaître aux hommes est contenue dans l'Écriture sainte; qu'on trouve dans ce Livre la véritable science de la vie, la connaissance profonde de Dieu et des hommes, une direction divine pour vivre selon Dieu, un phare lumineux qui conduit à la source de la lumière , la lecture attentive de ce Livre sera pour nous un besoin de notre cœur.

Sous ce rapport, on peut recommander à celui qui débute dans l'étude de l'Écriture, la lecture courante du nouveau Testament; cette lecture lui donnera une première idée du fond, et un avant- goût de l'esprit de l'Écriture.

§ I. — La sainte Écriture est un document stable et authentique où sont consignées les doctrines sur le seul vrai Dieu, et sur le culte qu'il faut lui rendre.

Moïse, à la première page de ce Livre, et saint Jean à la dernière, proclament le même Dieu, créateur de toutes choses, et la charité même. Dans l'ancien comme dans le nouveau Testament, la foi peut interroger Dieu, et le Père répondra à la question de son enfant. Dans l'ancien comme dans le nouveau Testament, l'espérance se confie en la miséricorde éternelle et trouve sa délivrance. Dans l'ancien comme dans le nouveau Testament, Moïse et Jésus-Christ, Isaïe et saint Paul prononcent cette même parole : « Aimez; » car l'amour est le culte intérieur du Seigneur, et c'est de lui que tout culte extérieur tire sa valeur.

Théol. past. I. 5

§ II. — L'Écriture sainte est la loi formelle du Seigneur, le guide infaillible et le miroir fidèle de la vie.

La loi formelle du Seigneur ; car elle a été gravée dans l'àme et dans la conscience du premier homme. Le guide infaillible de la vie; car elle nous montre ce que nous devons être, et nous indique le vrai chemin pour y parvenir; le miroir fidèle de notre vie : elle nous fait voir ce que nous sommes.

« Ayez soin de mettre cette parole en pratique ; et ne vous contentez pas de l'écouter, en vous séduisant vous-mêmes. Car celui qui écoute la parole de Dieu sans la pratiquer, est semblable à un homme qui, jetant les yeux sur un miroir, y voit son visage naturel, et qui à peine l'y a-t-il vu, s'en va, et oublie à l'heure même quel il était. Mais celui qui considère exactement la loi, et qui y demeure, celui-là, ne l'écoutant pas seulement pour l'oublier aussitôt, mais faisant ce qu'il écoute, trouvera son bonheur dans ce qu'il fait. » (I Jacq., \, 22-25).

§ III. — L'Écriture sainte est un document qui atteste la noblesse de notre origine et de notre destination, notre chute et notre réhabilitation.

Dans le premier cas, elle est le titre de noblesse de notre race ; dans le second, l'histoire de la ruine de l'humanité; dans le troisième, le joyeux message de Jésus-Christ, l'Evangile proprement dit.

IV. — L'Écriture sainte est une voix qui nous invite a rentrer dans notre intérieur que nous avions fui, et à retournera Dieu qui nous était devenu *ussi étranger que nous-mêmes.

Les hommes extérieurs et répandus dans les choses extérieures, ne sauraient être ramenés en vous que par les choses extérieures; les hommes impies et déchus de Dieu, ne sauraient être ramenés à vous, leur origine, que par la lettre.

Voici comment saint Augustin [In Ps. xxxvn) s'exprimait à

ce sujet : « Comme les hommes convoitent des choses qui sont extérieures, et que, semblables à des exilés, ils ont fui hors d'eux-mêmes, une loi écrite leur a été donnée ; non qu'elle ne soit pas écrite en vous, mais afin que, devenu transfuge de votre propre cœur, vous soyez saisi par celui qui est partout, et ramené à vous-même. Aussi bien, la loi écrite dit-elle autre chose à ceux qui ont abandonné la loi gravée dans leur cœur, que ces paroles : « Prévaricateurs que vous êtes, retournez dans votre cœur? »

§ V. -— L'Écriture sainte est une copie et une image des desseins de la Providence sur son Église en général, et sur chaque fidèle en particulier. {Quasi calendarium universale et perpetuum.)

Aussi saint Augustin dit excellemment : « Quidquid Scriptura dicit de Abraham, et factum est et propïietia est (Serm., % tent. Abrah.).Ce queFÉcriture dit d'Abraham est tout ensemble fait accompli et prophétie. » Il en est de même des autres destinées des enfants de Dieu racontées dans l'Écriture : elles sont tout à la fois des faits accomplis, des images du temps passé, des symboles et des figures des événements à venir.

§ VI. — L'Écriture sainte est un témoignage constant de nos expériences à l'école de l'intimité avec Dieu , et sur le théâtre secret de la vie en Dieu.

Les nuits douloureuses que vous passez, d'autres les ont passées à leur tour; les combats que vous avez à livrer, d'autres ont été obligés de les livrer ; la lumière qui commence à éclairer les ténèbres de votre intérieur, a aussi brillé pour d'autres ; les consolations après lesquelles votre âme soupire ont été aussi pour d'autres l'objet d'ardentes aspirations; les épreuves qui vous ont jeté dans le creuset des souffrances en ont aussi purifié d'autres; les larmes qui maintenant humectent vos yeux, ont déjà été versées par d'autres.

§ VII. — L'Écriture sainte est une pharmacie qui offre à l'humanité souffrante les remèdes dont elle a besoin.

La guérison est le but; la recherche n'est qu'un moyen. L'Écriture ne nous est pas donnée pour remplacer les exercices scolaires, pour étaler dans nos bibliothèques de rares et précieuses éditions de la Bible ; elle nous est donnée pour que nous apprenions à y découvrir la maladie héréditaire de notre race, le médecin qui seul peut nous en guérir, et la médecine sans laquelle nulle guérison n'est possible ; pour que nous prenions et reprenions cette médecine jusqu'à ce que nous soyons guéris.

La lecture courante de l'Écriture nous donne un avant-goût de son esprit. Peu à peu nous trouverons dans ce Livre divin ce qu'y trouva un ancien docteur de l'Église, et nous serons contraints de répéter avec lui : « L'Écriture sainte est un torrent dont les bords sont si peu profonds qu'un agneau peut s'y tenir, y marcher et y boire ; dont le milieu est si élevé qu'un éléphant pourrait y nager; mais qui, dans ses dernières profondeurs, cache une perle d'un prix infini, qui devient le partage du pêcheur de perles qui sait descendre jusqu'au fond. » Dans les endroits peu profonds, se trouve le sens des faits particuliers; sur la haute mer, les doctrines particulières, et dans les abîmes, le sens unique et sublime de toutes les doctrines et de tous les faits : « la perle. »

Ce que la lecture courante ne réussit pas toujours à produire, le grand accordoir de l'âme humaine, je veux dire la prière, le réalise^

Ému de compassion envers lui-même, le lecteur de l'Écriture sainte se dit intérieurement : « Voyez, le Père qui est aux cieux vous adresse la parole et vous dit : Ouvrez-moi et présentezmoi votre cœur, afin qu'il entende ce que je lui dirai, et qu'il retienne ce que vous aurez entendu. C'est une grâce, une source immense de bénédiction pour vous, de lire la lettre que Dieu vous a écrite, et de la suivre ; il ne s'agit de rien moins que de l'affaire de votre salut. Ou bien : Connaître le Père et Celui

qu'il a envoyé, voilà la vie éternelle ; cette vie éternelle , Jésus la donne aux siens, et la leur conserve éternellement. Venez avec la soif des biens éternels à Celui qui est la vie même ; il apaisera votre soif; il vous rendra bon, puis heureux; venez, et souffrez qu'on vous rende meilleur et qu'on vous sauve! » Ce langage qu'on s'adresse à soi-même se transforme en langage du cœur, qui alors commence à s'élever vers Dieu ; et ce langage du cœur, qu'on nomme la prière, purifie le regard afin de le rendre capable de contempler la vérité et de découvrir l'esprit à travers la lettre. Après cette préparation, le lecteur de la Bible, enflammé du désir de la science divine, ouvre ce livre, y cherche avant tout de quoi s'édifier, et récolte une moisson de pensées et de résolutions toutes célestes.

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