Caractère de l'ensemble
a. La première apparition publique de Jésus est une sorte de prophétie de son avenir.
Celui qui parle ainsi dès sa première apparition ne manquera pas d'annoncer toujours la vérité et la vérité la plus salutaire, de même que les suites de sa première prédication ne manqueront pas de se reproduire encore dans ses futurs sermons, c'està-dire que les ténèbres se révolteront contre la lumière, comme elles se sont révoltées la première fois.
b. La personne qui parle se distingue par la dignité et te calme, par la conscience qu'elle a de la supériorité de sa mis-
sion et par les effets du Saint-Esprit qui repose sur elle.
c. Le Sauveur invite ses auditeurs à consulter leur propre cœur; il leur rappelle leur manière de penser et de parler; il les renvoie à leur propre histoire, à leurs livres sacrés.
d. Il met, dès la première fois, la cognée à la racine de toute corruption : l'incrédulité du cœur. Loin de diviniser les hommes* il leur montre l'abîme où ils sont tombés.
e. Le caractère du peuple est peint d'après nature ; il est prompt à s'exalter et prompt à condamner.
f. L'exposition de l'historien est simple, sans prétention, elle ne révèle aucune trace de préoccupation politique.
g. L'ensemble du récit est un fragment de la vie de Jésus. Christ, d'accord avec ses destinées futures, avec les prophéties sur le changement de dispositions de ses contemporains, par exemple : « Il est établi pour être un signe auquel on contredira, » ainsi qu'avec le reste de l'Évangile.
33. Parmi les connaissances préalables qui peuvent plus spécialement et plus directement venir au secours de celui qui médite l'Écriture, il y a certaines idées générales qui l'avertissent qu'il faut s'arrêter à tel endroit où se trouvent de grandes vérités ; qu'il faut chercher ici plutôt que là, et qu'on y trouvera de riches trésors.
Ces idées générales ont cela- de particulier qu'elles dirigent réellement celui qui étudie l'Écriture, et deviennent, sous l'influence de cette étude, de plus en plus précises et par là même plus importantes ; elles lui permettent de jeter un regard de plus en plus profond dans le sanctuaire de la Bible, jusqu'à ce qu'enfin elles l'y fassent pénétrer tout à fait.
Les idées directrices les plus pratiques pour la méditation sur le nouveau Testament sont :
i. Celles qui concernent Jésus-Christ, telles que : g, son intention d'instruire, de soulager, de racheter, de sanctifier, et celles qui ont rapport au but qu'il se proposait; b, la sagesse de son enseignement et de sa vie ; c, le contenu de sa doctrine ; d, la pureté et le caractère divin de sa conduite; e, sa puissance Théol. fast. I. 7
défaire des miracles, et ses miracles eux-mêmes; f, ses institutions, ses fondations et ses établissements ; (j, l'histoire de sa vie, de sa passion, de sa résurrection ; h, son retour auprès de son Père, et la puissance qu'il a auprès de lui, son second avènement sur la terre; i, sa divinité, le respect et l'adoration dus à sa personne. h. Les idées qui concernent les personnes avec lesquelles Jésus-Christ parlait et agissait, dont il était aimé ou haï. Telles sont : a, celles qui se rapportent à la situation politique et morale du peuple juif à Fépoque de Jésus-Christ; b, l'esprit des Sadducéens, des Pharisiens, des Hérodiens, etc. ; c, les disciples déclarés de Jésus-Christ, et ses disciples de nuit; d, les pécheurs, les pauvres, les affligés envers lesquels Jésus montra ce qu'il était, Sauveur; e, le caractère de Pilate, de Caïphe, d'Hérode, etc. m. Les idées qui concernent l'histoire et les historiens de Jésus-Christ : a, la sincérité de ces historiens et le degré de créance qu'ils méritent; b, la simplicité et l'harmonie de leur récit; c, l'unité et le cachet de véracité des événements.
iv. Les idées qui concernent la valeur d'ensemble de l'Évangile : a, au point de vue de la -personne de Jésus-Christ ; b, des témoins et des auteurs; c, la manière de raconter ; d, le contenu ; <?, Tinfluence que l'Évangile a exercée et pourrait exercer sur les destinées de l'humanité.
34. Huitième condition. — Celui qui se livre à l'étude pratique de la Bible doit être soutenu par une imagination bien gouvernée et par la mémoire. Tout esprit observateur est languissant quand il n'a pas à son service la puissance de l'imagination : là où il n'y a pas de provision d'idées, les fonctions de l'observation s'exercent difficilement. Et là où l'on se rappelle difficilement le souvenir de ses idées antérieures, c'est à peu près comme s'il n'y avait nulle part aucune provision d'idées. On ne fait rien de rien, et tout ce qui ne peut être amené à la vie est comme s'il n'existait pas.
Supposons qu'un artiste de première force ait reproduit sur la place publique d'une ville populeuse l'histoire du crucifiement de Jésus-Christ. Un païen inculte, qui n'aura jamais en-
THÉOLOGIE TASTOUALE. 9$
tendu parler ni du christianisme , ni de la sculpture, ni de la peinture, passera froidement devant ce chef- d'oeuvre, et c'est tout au plus s'il se dira : « Un grand criminel a dû jadis être exécuté sur cette place. » Le Juif, versé dans la connaissance des arts, s'arrêtera et admirera le talent de l'artiste. Mais le chrétien qui aura une âme pieuse, sans être précisément grand connaisseur, sera touché à ce spectacle ; il éprouvera des sentiments de reconnaissance, d'amour, d'adoration; c^est-à-dire que l'artiste aura, pour ce dernier, atteint son but. Le chrétien, qui sera tout à la fois pieux, connaisseur en matière d'art, et artiste, ne manquera pas de s'arrêter longtemps devant ce travail, il observera et sentira tout, à moins qu'il ne fasse de son talent artistique une affaire de vanité, et que l'amour de l'ostentation n'étouffe en lui l'impression que doit y produire cette scène touchante. Eh bien, il en est de même des lecteurs de l'Écriture lorsqu'ils lisent ces paroles : « Et ils l'ont crucifié ! »
Le lecteur tout à fait profane de la Bible, aux yeux duquel le principal personnage de l'histoire, Jésus-Christ, n'a pas plus de valeur que tout autre homme inconnu de quelque pays obscur de la terre, ce lecteur lira ce passage avec autant d'indifférence qu'il en lirait un autre où il serait dit que telle chose se passa à trois ou à neuf heures. Au contraire, le lecteur pieux et exercé se rappellera ou la prophétie de Notre-Seigneur touchant sa mort sur la croix, ou ce précepte de charité : « Personne n'a un plus grand amour que celui qui meurt pour ses amis ; » ou ce commandement du Sauveur : « S'ils vous font du mal, ne leur résistez pas;» ou cet élan du disciple bien- aimé : « Aimons celui qui nous a aimés le premier; » ou ce mot de saint Pierre : « Il nous a laissé un exemple pour que nous marchions sur ses traces; » ou ce beau trait de l'amour du Sauveur envers ses ennemis : « Mon père , pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu'ils font; » ou cet avertissement de saint Jean- Baptiste : « Voici l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde ; » ou ces paroles prononcées au jardin de Gethsemani : « Mon Père, que votre volonté se fasse, et non la mienne; » ou
ce passage d'Isaïe : « Il a été frappé à cause de nos péchés; » ou cet autre : «Il s'est tu comme un agneau que Ton conduit à la boucherie ; » ou cette exclamation prononcée au dénouement du drame de la passion : « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains ! » etc.
Plus le regard de la raison aperçoit clairement l'œuvre opérée par le Sauveur du genre humain, plus sont profonds les sentiments que fait naître au cœur la charité de cette noble Victime, et plus Tinfluence de sa mort se répand dans la vie du monde. Plus cette vue et ces sentiments donneront de raison et de cœur à la mémoire pour les conserver, plus les pensées que fera naître la vue du Crucifié se presseront avec abondance dans l'âme. Nous l'avons dit, rien ne se fait de rien : la pierre et l'acier mis en contact par un choc puissant, voilà ce qui |fait jaillir les étincelles.
Quand l'âme, l'intelligence et le cœur se passionnent pour la la gloire humaine, pour les voluptés et les joies du monde; quand l'intelligence ne connaît plus d'autre devoir que celui d'imaginer comment elle pourra satisfaire aux exigences de son ambition, de sa cupidité et de son avarice; quand le cœur n'éprouve plus d'autre besoin que celui d'épuiser le calice des plaisirs passagers , et de l'avoir toujours rempli , l'imagination pourrait-elle, en dehors de ces idées favorites d'argent, de volupté et de gloire, en dehors de la passion favorite de boire à la coupe enchanteresse des plaisirs, produire quelque chose, même à la vue des objets les plus sérieux?
Les hommes sont souvent très-injustes ; ils veulent moissonner là où ils n'ont point semé. Ils se plaignent du défaut de clarté dans les idées, de la sécheresse des âmes, alors même qu'ayant devant eux les objets les plus intéressants ils n'éprouvent aucun sentiment. Ils mettent la faute sur la faiblesse de la mémoire, comme si la mémoire pouvait rendre ce qu'elle n'a pas reçu. Qui est-ce qui accuse le coffre-fort de n'avoir point conservé le trésor qu'il ne lui avait pas confié? Ce qui n'existe pas ne saurait produire d'effet. Celui qui veut tirer beaucoup de sa
mémoire doit lui confier beaucoup; et celui qui veut lui confier beaucoup doit commencer par purifier son cœur, par aimer Dieu et la vérité. Car le cœur pur, aimant Dieu, ami de la vérité, rend l'intelligence perspicace, clairvoyante; et une intelligence qui voit beaucoup de choses en confie beaucoup à la mémoire.
Telles sont les lois de notre nature ; insensé celui qui veut les changer.
35. Neuvième condition. — L'intelligence de celui qui s'adonne à l'étude pratique de l'Écriture doit être stimulée par la lecture de livres bons et animés de l'esprit de l'Écriture.
Il est incontestable que la lecture, quand elle est ce qu'elle doit être, développe l'esprit d'observation; car elle nous familiarise avec ce que des hommes bons et sages, nos prédécesseurs ou nos contemporains, pensent, prévoient et sentent sur un même sujet. L'œil de notre intelligence trouve là comme autant de télescopes ou de microscopes qui lui font voir ce qui aurait été trop petit ou trop éloigné pour lui. Souvent la lecture me rend attentif et m'attache à ce que d'ailleurs je n'aurais pas observé, ou du moins à ce que je n'aurais observé que superficiellement.
A. Ainsi, quand je lis dans Terlullien: « La pudeur (1) est la fleur de la moralité, l'honneur du corps, l'ornement des sexes, la noblesse du sang, la marque d'une bonne santé, l'indice d'un bon cœur; » et dans saint Paul (I Cor., vi, 9) : « Ni les fornicateurs, ni les adultères n'entreront dans le royaume des cieux, » ces éloges de la pudeur m'aident à pénétrer plus avant dans ce passage de saint Paul que je n'eusse pu le faire avant cette lecture. Je comprends facilement que les hommes dépourvus du sentiment de la pudeur et de l'innocence ne sont pas très-propres à hériter le royaume des cieux, puisque le défaut de ce sentiment les rend incapables de se plaire, même ici-bas, dans la société des personnes honnêtes.
(1) Pudieitia flos moruni, honor corporum, décor scxuum, integritas sanguinis, fundamentum sanitatis, praîjudicium omnis bonae mentis. {De Pudic, cap. i.)
*02 THÉOUfcïE PASTORALE.
B. Quand je lis dans les méditations de Marc Aurèle, empereur et philosophe, ce passage qui le concerne : « Un liomme qui s'efforce sans cesse de devenir meilleur, doit être considéré comme le prêtre du Très-Haut, parce qu'étant toujours occupé au service de la Divinité, qui habite en lui comme dans un temple, ni les plaisirs ne le souillent, ni la douleur ne le blesse; il est insensible à l'injustice, invincible dans la lutte contre les vices et les plaisirs, infatigable dans le beau combat qu'il livre à ses propres passions, pénétré de ce qui est juste et bon ; il accepte volontiers ce que la Providence lui envoie ; il ne s'inquiète pas de ce que les autres pensent ou disent de lui, à moins que le bien général ne demande qu'il s'en inquiète; il ne s'occupe que de ses affaires et de la tâche que Dieu lui a assignée; il l'exécute de son mieux et en attend les meilleurs résultats» [Liv. I, chap. IV) ; quand, dis-je, je lis cela, et que je tombe ensuite sur ces passages du nouveau Testament : « Vous êtes un sacerdoce sacré, destiné à offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui soient agréables par Jésus-Christ » (I Pierre, ii, 5); « Vous êtes un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple conquis, afin que vous publiiez les grandeurs de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (I Pierre, il, 9-1 0) ; « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui réside en vous, et qui vous a été donné de Dieu? » (I Cor., 49), ces derniers passages ont pour moi beaucoup plus d'intérêt, mon attention s'y fixe beaucoup plus solidement que si je n'avais pas fait cette première lecture. La persuasion qu'Aurèle, saint Paul, saint Pierre, annonçaient une seule et même vérité, et une vérité de cette importance, fera que cette doctrine se gravera plus profondément dans mon finie, et aidera peut-être à m'expliquer cette pensée : Non, Dieu n'est pas seulement le Dieu des Juifs, il est.encore celui des païens. C. Quand je lis dans les Méditations de J. C. L. sur saint Matthieu et saint Marc : « Avoir le cœur pur signifie être chaste, sincère, dégagé de toute intention qui redoute la lumière, Dieu et les hommes; il signifie oser se montrer en face de Dieu et des
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hommes, île laisser voir et pénétrer par chacun : » — quand je lis cela, et que j'arrive à cet autre endroit de saint Matthieu (v. 8) : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, » je récolte dans ce passage une nouvelle moisson de réflexions importantes, parce que la lecture du premier passage a préparé mon intelligence pour le second. Je comprends que ceux qui ont le cœur tout à fait pur doivent receler en eux-mêmes un ciel serein et magnifique; qu'ils doivent être exempts de ces milliers de terreurs et d'angoisses qui obscurcissent les jours d'ailleurs les plus sereins, parce qu'ils peuvent se montrer tels qu'ils sont aux regards de tous. Je comprends que le bonheur suprême que leur procurent et le témoignage d'une bonne conscience, et cette promesse du Saint-Esprit : « Tous êtes enfant de Dieu et vous deviendrez héritier de Dieu, » et l'avant- goût de la vue du Seigneur, doivent les détacher des plaisirs passagers, qui laissent toujours plus d'amertume après eux qu'ils ne peuvent procurer de jouissance.
Ces exemples démontrent clairement que l'habileté à découvrir dans le nouveau Testament, promptement et adroitement, un grand nombre de choses, s'acquiert par la réflexion calme d'une âme pieuse et méditative sur ce que les écrits des saints Pères, ceux de l'antiquité chrétienne et ceux de la nouvelle littérature présentent unanimement comme l'expression du Vrai et du Beau. En disant cela, nous n'avons garde de vouloir donner dans le travers de notre époque, en prétendant que le chrétien doive chercher péniblement dans Homère, Euripide, Xénophon, etc., ce que l'esprit de Dieu a déposé pour nous dans les documents du Christianisme. Encore moins voulons-nous favoriser ce préjugé d'après lequel on s'imagine qu'il est besoin d'une vaste érudition pour apprendre ce que « Dieu a caché aux sages du siècle et révélé aux petits enfants. » Il n'y a qu'une seule chose dont nous voudrions que le lecteur fût convaincu : c'est que celui qui cherche, trouve, et que tout est pur à ceux qui sont purs.
36. Dixième condition. — Celui qui se livre à l'étude pratique de la Bible doit chercher dans le commerce des hommes pieux et éclairés, un stimulant à ses travaux.
<0i THÉOLOGIE PASTORALE.
Le commerce familier d'un homme qui est un modèle vivant de sagesse, ou seulement qui a le cœur noble, développe considérablement une âme sensible, et réveille une foule de facultés assoupies. Quand nous lisons saint Jean, cet apôtre se transforme en ange lumineux qui fait briller la lumière à nos regards ; quand nous étudions Isaïe, nous y rencontrons un Philippe qui nous apprend à voir Jésus-Christ dans l'agneau muet; quand nous réfléchissons avec Saul sur les paroles du Seigneur, ou avec Corneille sur celles de l'ange, nous y trouvons un Ananie ou un Pierre qui nous manifestent la grâce de Jésus- Christ.
Supposons que deux savants, hommes pieux et versés dans l'Écriture, arrivent dans votre chambre, et que, vous trouvant sur ce passage de l'Écriture : « Votre œil est la lampe de votre corps; si votre œil est simple, tout votre corps sera éclairé ; mais si votre œil est mauvais, tout votre corps sera ténébreux » [Matth., vi, 23), chacun, selon le désir de votre cœur, vous fasse ses remarques sur ce passage.
Ainsi le premier vous dirait : '
« L'œil reçoit la lumière pour tout le corps, c'est-à-dire pour tous les mouvements que le corps doit exécuter. Or, si l'œil est sain, le reste du corps recevra suffisamment de lumière pour toutes ses fonctions ; les mains sauront où elles devront s'étendre, les pieds où ils devront marcher. Mais quand l'organe destiné à recevoir la lumière pour tout le corps est corrompu et ne reçoit aucune clarté, ni les mains ne savent où elles doivent s'étendre, ni les pieds où ils doivent marcher; alors on est dans l'obscurité, et toute lumière ne sert à rien. L'homme a dans son âme un sens qui est pour l'homme tout entier ce que l'œil est pour le corps. Ce sens est-il en bon état, il donne et reçoit assez de lumière pour marcher et pour travailler. Est-il malade, il met l'homme dans une obscurité complète et hors d'état de bien voir et de bien agir (1). »
(1) Saint Chrysostôme a exprimé sur ce passage les mômes pensées : « L'œil est pour le corps ce que l'intelligence est pour l'âme. Or, s'il est vrai que vous
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Le second reprendrait:
« Un œil sain et bien portant éclaire tous les membres et toutes les fonctions du corps : c'est comme si le corps était tout lumière, et les membres tout yeux. Mais quand la vue est courte et double, que l'œil est malade, tout le corps en pàtit; c'est qu'a-, lors son chef est atteint. Faites donc en sorte qu'en vous la lumière ne soit pas ténèbres! Voyez bien, et vous jugerez bien. Ce qui importe en toutes choses, ce n'est pas de voir, mais de bien voir ; chaque folie, chaque péché vient de ce qu'on n'a pas bien vu les choses. Celui qui possède le don de prendre pour ce qu'elles sont les choses qui sont en lui et hors de lui, la terre pour la terre, le ciel pour le ciel, celui-là ne péchera jamais, etc. »
Si l'esprit d'observation avait été excité en vous par ces commentaires de vos amis, et que, fermant le nouveau Testament, vous vinssiez à réfléchir sur ce passage de l'Écriture, il m'est avis qu'il naîtrait dans votre âme toutes sortes de pensées et de sentiments, qui d'ailleurs ne s'y seraient jamais produits. Que si ces hommes qui vous communiqueraient leur lumière, au lieu d'être de simples scrutateurs de l'Écriture, étaient des connaisseurs, dont la vie fût, à l'exemple de celle de saint Jean et de saint Paul, une reproduction' vivante de l'esprit de l'Écriture, vous apprendriez d'eux, dans une demi-heure, plus que ne pourraient leur apprendre à eux-mêmes dans un siècle tous les autres commentateurs de tous les siècles.
37. Onzième condition. — Celui qui se livre à l'étude pratique de l'Écriture doit avoir la réflexion pour compagne inséparable, aussi longtemps que son étude n'a pour objet que l'observation. Nous allons d'abord expliquer le sens de ce précepte, puis nous en montrerons l'application au moyen d'un exemple.
n'éprouveriez aucun plaisir à être vêtu d'or et de soie, si pour cela il vous fallait perdre la vue, et que vous préféreriez au contraire la santé des yeux a l'or, à la soie et à tous les biens de ce genre, combien n'avez-vous pas plus de raisons de vous préoccuper de l'œil de^votre intelligence ? — Si l'intelligence, qui fait pénétrer la lumière dans toutes les autres puissances de l'âme est aveugle, avec quoi verrons-nous ? Si celui qui obstrue la source d'un fleuve tarit le fleuve tout entier, celui qui obscurcit l'œil de l'esprit rend toutes les actions de l'âme ténébreuses, et une nuit éternelle règne sur toutes les puissances de l'âme. »
106 THKOLOGTE PASTORALE,
§ I. — Quelles sont les principales fonctions de la réflexion? Nous disons : les principales, car quelle est la langue qui aurait assez de termes pour les désigner toutes ?
Les principales fonctions de la réflexion sont: de produire à la lumière de la conscience ce qui jusqu'alors a été enfoui dans la nuit; de voir ce qui apparaît clairement au regard de l'esprit ; ^observer ce qui est moins clair et plus enfoui ; de distinguer ce qui est confus', de comparer ce qui a de la ressemblance ; de séparer ce qui a besoin de l'être ; de coordonner ce qui veut être uni; de compter les idées et les caractères distincts; de mettre à part ce qui est seul et unique ; de classer ce qui appartient à une seule espèce et à une même catégorie ; de rassembler, de grouper, de réunir ce qui est épars et ne forme pas encore une partie constitutive du tout ; de mettre en son véritable lieu ce qui n'a pas encore de place, ou du moins n'a pas celle que lui assigne l'unité ; de déduire ce qui peut se conclure d'un principe; de rattacher à un principe reconnu pour vrai ce qui peut y être ramené ; de développer ce qui est fourni par le sujet et qui est susceptible de l'être ; de rapporter les effets au principe premier, les motifs aux causes fondamentales, les moyens au but, le but au terme final ; de descendre de l'unité à la pluralité, du tout aux parties, de l'idée au principe ; de remonter de la pluralité à l'unité, des parties au tout, du principe à l'idée ; de nommer ce qui jusque-là n'avait pas de nom. . . .
§ II. — Sur quoi doit-on réfléchir en lisant le nouveau Testament?
Sur le fond du sujet, sur le principal personnage du récit, sur Jésus-Christ, sur les auteurs, sur le point central où viennent aboutir, comme les rayons de la lumière vers leur foyer, toutes les doctrines, tous les faits, etc., du nouveauTestament.
§ III. — Quelles sont les questions qui peuvent exciter et aider la réflexion dans l'étude des vérités fondamentales du nouveau Testament ?
Ce sont les suivantes : 1 . Le fait qui est raconté est-il clair, d'une intelligence facile? 2. Ce fait, et le langage dans lequel il
est présenté , sont - ils faciles à retenir , faciles à raconter ? 3. Y a-t-il quelque liaison entre les doctrines, les faits, les événements? 4. Les doctrines ont-elles quelque rapport aux faits et aux événements, et ce rapport a-t-il une cause intime? 5. Ce qu'il y a d'extraordinaire était-il facilement saisissante à l'époque où il s'est produit? 6. Ce fait extraordinaire a-t-il eu lieu sans préparation? 7. Les faits ordinaires se rattachent-ils par une liaison étroite aux faits extraordinaires? 8. Y a-t-il rapport entre ce qui a précédé et ce qui a suivi? 9. Les événements font-ils allusion à des écrits antérieurs et à des événements futurs? 10. Y a-t-il proportion entre les exigences et les promesses (1), ou bien celles-ci ne sont-elles pas supérieures à celles-là? M . Le fond, c'est-à-dire ce qui est enseigné, raconté, promis, exigé, est-il important pour l'homme? 12. Ce fond est-il pour nous d'une application facile ou difficile, ou bien tout à la fois facile et difficile; facile par rapport à la théorie, difficile quant à la pratique? 13. Ce fond est-il universellement vrai pour tous les hommes et pour tous les temps ? 1 4. Ce fond est-il entièrement digne de Dieu, autant qu'il nous est donné d'en juger d'après ce que notre nature humaine peut présumer, croire et penser de Dieu? 15. Le caractère prédominant des faits est-il moral, et propre à éveiller de nobles sentiments ? 1 6. Ce qu'il y a de clair et d'évident dans la doctrine satisfait-il, dans une large proportion, aux exigences de la saine raison humaine et aux besoins incontestables de l'humanité ? 17. Le côté mystérieux est-il en harmonie avec le but de la mission de Jésus-Christ, et avec l'aspiration vers l'infini qui est au fond de notre nature? 18. Dans quel rapport se trouve le côté clair de la doctrine avec le côté obscur? 19. Le fond est-il d'accord avec les événements incontestables qui se sont produits dans le monde à cette époque ?
(1) Sur ces questions et sur quelques autres, voir les exercices qui figurent dans l'article iii*.
§ IV. — Quelles sont les questions qui peuvent exciter et aider la réflexion sur la Personne de Jésus-Christ?— Les voici :
\ . Son langage et sa conduite sont-ils ceux d'un simple moraliste, ou bien demande-t-il qu'en sa qualité d'Envoyé de Dieu, on croie à la divinité de sa mission? 2. Son langage et sa conduite lui sont-ils uniquement inspirés par la gloire du Père dont il se nomme le Fils ? 3. Son langage et sa conduite sont-ils ceux du législateur, du Juge réel de l'humanité? 4. Son langage et sa conduite sont-ils ceux d'un roi de la terre ou d'un roi du ciel ? 5. Son langage et sa conduite sont-ils ceux d'un ami des hommes, des malades, des malheureux, des ignorants ? 6. Son langage et sa conduite sont-ils ceux du Maître de la nature? 7. Son langage et sa conduite sont-ils ceux d'un destructeur du royaume de Satan? 8. Son langage et sa conduite révèlent-ils qu'il est la Bonté et la Sagesse personnifiées? 9. Son langage et sa conduite sont-ils ceux d'un guide qui ramène à son Père ses frères égarés, d'un pasteur de ses brebis ? indiquent-ils, ce langage et cette conduite, qu'il a puissance sur la vie, sur la mort, sur l'immortalité? 10. Son langage et sa conduite sont-ils ceux d'un Fils de Dieu et des hommes ? sont-ils aussi divins que le seraient le langage et la conduite de celui qui aurait pris « la forme d'esclave ? » 1 I . Son langage et sa conduite peuvent-ils servir de modèle à l'humanité? 12. Parle-t-il, agit-il, souffre-t-il selon l'esprit de sa sublime mission, qui est d'être le Rédempteur de l'humanité déchue ?
§ V. — Quelles sont les questions qui peuvent exciter et aider la réflexion sur d'autres personnages remarquables?
1 . Que peut-on présumer du caractère (1 ) de tel ou tel personnage? 2. Quelles peuvent avoir été ses idées sur la religion, sur la moralité? 3. Quelle était sa manière d'être vis-à-vis de Jésus? 4. Joue-t-il un grand rôle dans le développement de l'histoire de Jésus-Christ? 5. Qu'y-a-t-il pour nous d'imitable et d'in-
(1) Quelques-unes de ces questions seront résolues en détail, selon leur plus ou moins d'importance, au deuxième chapitre, article v.
slructif dans ses actes? 6. Quels étaient les défauts et les faiblesses dominantes de ce personnage ?
§ VI. — Quelles sont les questions qui peuvent exciter et aider la réflexion sur les autres écrivains de l'Écriture sainte ?
1. L'auteur raconte-t-il avec simplicité et sans prétention? 2. Raconte-t-il sans déclamation, défaut qui d'ordinaire indique plutôt une œuvre de fantaisie qu'une connaissance exacte des choses? 3. Raconte-t-il clairement, sans laisser entrevoir un plan caché, contraire à la raison et à la vérité (comme Ta rêvé un écrivain) ? I. Raconte-t-il comme témoin, ou même comme auteur? 5. Quel est le récit du témoin, et quelles sont les réflexions de Fécrivain? 6. N'y a-t-il pas même une demi-syllabe qui trahisse que Fécrivain a composé pour faire du bruit ou pour illustrer son nom? 7. L'écrivain épargne-t-il ses faiblesses ou celles de ses amis ? 8. Ou plutôt n'est-ce pas là qu'on voit la différence frappante entre les travaux prétentieux des écrivains de notre siècle, et ceux des Évangiles : les uns ayant des savants pour auteurs, les autres n'étant composés que par des témoins qui n'avaient pas besoin de connaissances extraordinaires pour attester qu'ils avaient vu et entendu telle chose? 9. N'y a-t-il aucune trace possible de connivence entre les quatre historiens de Jésus-Christ? \0. Ou plutôt n'y a-t-il pas accord manifeste dans tout ce qu'on peut appeler cause manifeste de l'histoire ? 11. Pourriez-vous, après la lecture sincère et impartiale du nouveau Testament, dire sérieusement et avec une pleine conviction, en face d'hommes honnêtes que vous connaîtriez et aimeriez: « C'est ainsi que l'on invente? » ou plutôt ne seriezvous pas obligé de vous écrier : « Ce n'est pas ainsi que l'on invente ? »
§ VII. — Que faut-il dire du centre où aboutissent toutes les doctrines du nouveau Testament ?
A notre avis, il n'y a ici que deux questions à poser : Première question. — Que faut-il à l'humanité, dans sa situation présente, pour devenir bonne et heureuse?
Deuxième question. — Comment la doctrine du nouveau Testament nous donne-t-elle ce dont nous avons besoin pour devenir bons et heureux ?
Ces deux questions, le nouveau Testament les résout ainsi :
1 . Nous sommes pécheurs , incapables , par nous-mêmes , par nous seuls, de nous rendre bons et heureux ; nous avons besoin d'un rédempteur qui nous délivre des ténèbres, du péché, de la mort, et qui nous transporte dans le royaume de la charité, de la lumière, de la vie. N
% Le Père nous veut rendre bons et heureux par Jésus-Christ, son Fils. Jésus-Christ est le Rédempteur qui nous veut transporter au royaume de la lumière, de la charité, de la vie.
Que de cette idée centrale la lumière se répande sur toutes les doctrines particulières, nous n'avons pas besoin de le répéter, puisqu'elle est la base de tout commentaire ultérieur, et se trouve confirmée par chaque commentaire qu'on peut faire sur un passage en particulier.
Cette idée centrale est celle-ci : Nous avons besoin de secours, et Jésus-Christ est notre auxiliaire; il nous manque le vrai salut, le salut éternel, et Jésus-Christ est notre vrai salut et notre salut éternel ; en dehors de lui il n'y a rien. Cette doctrine, Jésus-Christ l'a enseignée, ses Apôtres l'ont enseignée, tous les vrais disciples des Apôtres l'ont enseignée , les Pères et les plus grands Docteurs de l'Église chrétienne l'ont enseignée jusqu'à ce jour. Elle l'a été jusqu'à cette heure, elle l'est encore maintenant, et elle le sera jusqu'à la fin du monde par l'Église catholique ; car « elle est bâtie sur Pierre, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mat th., xvi, 18 3 xxviii, 18-20),