‹ Théologie pastoraleChapitre 62 sur 209 · EXERCICE SUR SAINT MATTHIEU, VII · texte numérisé non relu

EXERCICE SUR SAINT MATTHIEU, VII

« Faites aux hommes tout ce que vous voudriez qu'ils vous tissent; en cela consistent la loi et les prophètes. »

A. L'enseignement qui résulte de cette doctrine de Jésus se distingue par sa généralité,

\ ° Il est général pour le fond de la doctrine : Faites aux hommes tout ce que vous voudriez qu'ils vous fissent à vous-même. Ce passage oblige à tout ce qui peut contribuer au bien du prochain, à la commisération, à l'assistance, à l'indulgence, à la patience, à la douceur, à l'esprit de sacrifice.

2° Il est général quant aux personnes qu'il oblige. Ce que Jésus-Christ disait à ses disciples dans ce passage s'adresse à tous les hommes. La doctrine qu'il formule les concerne tous. Quiconque est homme est astreint à cette loi ; quiconque, ayant un cœur humain, est capable de sentir, peut lire ce commandement gravé dans son cœur.

3° Il est général par rapport aux personnes envers lesquelles il oblige. Tous peuvent et doivent ressentir les heureux effets de ce commandement ; tous, depuis le mendiant jusqu'au roi, depuis l'enfant jusqu'au vieillard ; tous les hommes, quelque climat qu'ils habitent, en quelque lieu qu'ils séjournent, dans toutes les circonstances de leur vie.

4° Il est général par rapport aux conséquences. Quels beaux résultats cet enseignement ne produirait-il pas dans le monde, s'il était partout observé ? Mais aussi quelles terribles calamités, s'il n'était pas généralement suivi ?

Ainsi donc, cette loi commande à tous les hommes d'observer envers tous et en toute circonstance ce qu'on appelle du nom de charité ; elle veut qu'on, s'intéresse à la prospérité de tous, à la suppression ou à l'adoucissement de toutes les misères.

B. L enseignement que donne Jésus-Christ dans ce passage , se distingue en ce qu'il est clair et intelligible.

Autant il est facile à chacun de savoir ce qu'il désirerait dans un cas particulier, autant il lui est aisé de comprendre le sens

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de cette doclrine. Chacun sait ce qu'il veut; or, personne n'a besoin d'en savoir davantage pour comprendre cet enseignement. Ce que je veux que les autres me fassent est précisément ce qu'ils veulent que je leur fasse à eux. Peut-on imaginer quelque chose de plus intelligible? Ce commandement n'est donc ni trop élevé pour les enfants, ni trop savant pour les ignorants.

C. L'enseignement que Jésus donne dans ce passage se distingue par son côté pratique.

Quoi de plus facile que d'interroger son cœur en toute circonstance et de lui dire : Mon cœur, que désireriez-vous si vous vous trouviez dans la situation de votre frère?

Que désireriez-vous s'il n'y avait plus un seul petit morceau de pain dans votre garde-manger? Réponse : Que quelqu'un vint vous apporter de quoi ne pas mourir de faim. Eh bien, allez, vous aussi, remplir le garde-manger vide de la veuve qui passe devant votre porte, pâle et mourant de faim.

Que désireriez-vous si vous étiez tourmenté par le doute? Réponse : Que quelqu'un vint vous apporter de la lumière. Eh bien, allez trouver votre voisin inquiet, et portez la lumière à celui qui lutte contre les ténèbres du doute.

Que désirez-vous quand vous tombez entre les mains des voleurs, et que vous êtes étendu sur le chemin à moitié mort ? Réponse : Qu'il vienne à passer, non pas un prêtre ou un lévite, mais un Samaritain, qui verse de l'huile sur vos blessures. — Eh bien, allez, vous aussi, porter du soulagement à ce malheureux que les voleurs ont pillé hier au soir, et qu'ils ont laissé à demi-mort.

D. L'enseignement que Jésus donne dans ce passage se distingue par sa valeur décisive pour les cas douteux.

Il décide plus promptement et plus sûrement que la casuistique. Il y a des hommes qui dans leurs entreprises ne peuvent se décider que lentement et péniblement; eh bien, s'ils suivaient ce principe il leur serait souvent beaucoup plus facile de prendre une résolution ; s'ils se mettaient dans la position de leur prochain, et laissaient à leur coeur le soin de prononcer, leur Théol. past. I. 40

choix, dans des milliers de cas, serait plus i'acile et \audrait mieux.

E. L'enseignement que Jésus donne dans ce passage se distingue par sa simplicité et sa force.

Si le voleur de grands chemins, au moment où il se dispose à mettre le couteau sous la gorge d'un voyageur qui le supplie en grâce de lui accorder la vie, se disait à lui-même : « Quelles seraient tes dispositions si tu étais voyageur, et que ce voyageur fût un voleur armé d'un couteau? » je crois que l'instrument échapperait des mains de ce voleur, et que celui-ci tomberait aux pieds du voyageur, au lieu de lui donner la mort.

F. L'enseignement que Jésus donne dans ce passage se distingue par son impropriété à recevoir un autre sens.

[1 constitue les désirs de notre propre cœur juges de ce que nous devons aux autres. Or, notre cœur, malgré son état de corruption et d'abaissement, est encore suffisamment bon pour remplir cet office. Le voluptueux le plus indiscipliné, le sophiste le plus extravagant, ne pourraient répondre que d'une manière satisfaisante à cette question : Que désireriez-vous que les autres vous fissent si vous vous trouviez dans telle situation? Si le féroce Néron, sur le point d'allumer des corps humains enduits de poix pour illuminer ses fêtes nocturnes, eût demandé à son cœur, avant de commettre ce crime révoltant : Si vous étiez chrétien, désireriez-vous d'être brûlé en guise de flambeau ? le cœur de ce barbare l'aurait détourné de cette action inhumaine. On ne saurait donc imaginer pour le cœur humain aucun degré de perversion et d'abrutissement où il fût capable de renverser ce principe invariable : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit.

G. L'enseignement que Jésus donne dans ce passage, renferme, plus que tout autre, la plénitude de la loi et des prophètes.

Quand nous lisons dans notre cœur, nous y trouvons facilement ces mots écrits avec le doigt de Dieu : « Aimez-vous les uns les autres. » Or, en quoi consiste-t-il, cet amour, sinon à faire à chacun ce que nous désirerions qui nous fût fait à nous-mêmes

un de semblables circonstances? Ouvrons le code de la législation mosaïque, nous y trouverons aussitôt cette doctrine : Aimez votre prochain comme vous-même. Or, qu'est-ce qu'aimer le prochain comme soi-même, sinon se mettre constamment dans la position d'autrui, et lui faire tout ce que nous attendrions de lui dans la même situation ? Si nous parcourons les prophètes, nous y troLiverons à chaque instant l'invitation de protéger les veuves et les orphelins , de donner du pain à ceux qui en manquent ; nous y lirons que la miséricorde vaut mieux que le sacrifice. Si nous lisons les saints Évangiles, ce complément de la loi et des prophètes, nous nous convaincrons que toutes les lignes y respirent la charité. Si nous lisons les Épîtres des Apôtres, nous y trouverons encore la même loi d'amour; car la charité est la plénitude de la loi, elle est fille du Seigneur, etc. L'esprit, la quintescence, le but de la loi, des prophètes, des Évangiles consistent donc à aimer Dieu en Dieu, et Dieu dans le prochain, en faisant à ce dernier tout ce que nous désirerions qu'il fit à nous-mêmes en pareille occurrence.

VII. Réunissez tous les passages de V ancien et du nouveau Testament : \ ° qui pourront s'y prêter sans qu'on leur fasse violence; 2° qui seront de nature à séclaircir, à s expliquer et à se préciser l'un l'autre; 3° ou dont l'un renfermera un sens plus étendu que l'autre.

Rien de plus vrai que les paroles suivantes que je trouvai un jour écrites par une main inconnue sur le premier feuillet d'un vieux livre, et que je retrouvai plus tard dans saint Augustin : Vêtus, fons novi; novum, lux veteris. L'ancien Testament — source du nouveau ; le nouveau — lumière de l'ancien.

Dans les trois cent soixante- cinq devises empruntées aux écrits du nouveau Testament, et qui ont été incorporées à la sixième partie de mon Manuel de piété, se trouvent des exemples dont les passages s'harmonisent entre eux, ou s'expliquent les uns les autres.

Ainsi, quand la Sagesse dh% par la bouche de Salomon : « Ma joie est d'être avec les enfants des hommes » (Prov., vin, 3i), et

que, plus loin, cette même F.^esse dit par la bouche de Jésus : « Dieu a tant aimé le mondu qu'il a donné son Fils unique » {Jean, m, 16), le lecteur peut : 1° établir un magnifique rapprochement entre ces deux passages ; 2° éclaircir le premier par le second, et 3° faire ressortir les importantes conséquences qui résultent du second, et qu'on ne pouvait apercevoir dans le premier.

Il est incontestable que le nouveau Testament contient des doctrines supérieures à celles de l'ancien; car Jésus-Christ nous dit lui-même qu'il y a dans le premier plus que Salomon. En effet, quand Salomon dit : « Ne soyez pas prompt à fuir vos créanciers; car si vous ne pouviez payer, on vous enlèverait votre lit de dessous votre corps, » Jésus-Christ ajoute : « Donnez à celui qui vous demande, et ne vous détournez pas de celui qui veut vous emprunter. » L'un enseigne la prudence, l'autre la sagesse.

Au reste, je prie mes amis de croire que l'exercice que je conseille, — la comparaison des textes de la Bible, — ne saurait être remplacé ni par les Concordances ni par les Harmonies des Évangiles. Car les travaux individuels portent des fruits individuels, et n'eussent-ils que ce résultat, ce serait déjà suffisant. Quand on peut voir de ses propres yeux, il faut le faire.

VIII. Toutes les vérités particulières que vous voyez dans une nouvelle lumière, ramenez-les à une seule vérité, ou à quelquesunes qui vous donneront plus de lumière et de force pour agir sur vous et sur les autres.

C'est ainsi que quelqu'un réduisit toute la doctrine dogmatique et morale du christianisme contenue dans l'ancien et le nouveau Testament à ces deux vérités : Dieu est bon ; V homme doit l'être aussi. La première proposition contient toute la dogmatique ; la seconde toute la morale. Il prouva que la première pouvait se résumer ainsi : premièrement, en montrant ce qu'est Dieu; deuxièmement, ce qu'il a fait pour nous; troisièmement, ce qu'il fera encore. Quant à la seconde, il n'est pas besoin d'exemple pour prouver que toute la doctrine morale

peut se réduire à la véritable vertu , à la conformité réelle de notre volonté avec la volonté de Dieu.

Saint Jean Fa fait d'ailleurs longtemps avant nous , lorsqu'il a écrit dans sa première Épitre : « Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu. » Dieu est charité : voilà toute notre doctrine dogmatique. Aimons comme Dieu, et restons dans l'amour : voilà toute notre doctrine morale. Si vous êtes dans la charité et restez dans la charité , vous êtes et vous restez en Dieu : voilà toute la doctrine du salut.

Voulez- vous envisager l'objet de notre foi, de notre espérance, de notre amour, principalement par rapport à l'homme, méditez le sens de ces trois propositions :

i. L'homme était bon et heureux ;

ir. Il ne l'est plus ;

m. Il peut le redevenir.

Il faudrait que vous fussiez bien peu exercé pour ne pouvoir pas l'aire entrer dans ce cadre l'histoire de l'homme, celle de son excellence, de sa misère, de ses espérances, de ses efforts, de sa délivrance. Ces réductions de la pluralité à l'unité , des parties au tout, étaient tout à fait familières au grand délégué du Seigneur, à saintPaul ; elles doivent l'être aussi à tout pasteur ; car il lui importe , comme à saint Paul , de ramener constamment son peuple à la question principale.

De tels exercices , qui deviennent de plus en plus difficiles , mais qui, en retour, compensent largement la peine qu'ils occasionnent, pourraierit être multipliés encore; ceux que nous avons donnés suffisent à ceux qui voudront en profiter et les prendre pour modèles ; quant à ceux qui , en nous lisant, ne voudront voir que des phrases et des mots, et repousseront tout exercice, nous en avons déjà dit plus que suffisamment.

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