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CHAPITRE II

De quelques sources auxiliaires pour l'étude pratique de l'Écriture sainte.

Les commencements de sciences ne sont jamais étudiés à cause d'eux-mêmes, mais à cause des progrès qu'ils font faire. Dans le chapitre^ précédent, nous avons montré, dans une série d'observations, d'exercices, de remarques, les études préparatoires les plus importantes qu'il faut apporter à la méditation pratique de l'Écriture sainte. Maintenant, nous allons indiquer les moyens qui peuvent en favoriser les progrès, et donner quelques exercices qui, étant plus difficiles et supposant déjà une plus grande habileté, produiront des fruits plus abondants et plus précieux.

ARTICLE PREMIER

Etude pratique des saints Pères.

On blâme ce qu'on ne connaît pas et ce qu'on ne sait pas estimer à sa juste valeur. On connaît et l'on estime rarement assez

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ce qu'on ne cherche pas, et ce qu'on ne recueille pas soi-même ; on ne recherche et on ne recueille rien au delà quand on tient pour bon ce que Ton a sous la main, et qu'on prend le moderne pour l'idéal de la -perfection; et l'on juge de la sorte aussi longtemps qu'on n'a pas entrevu le mieux ou qu'on n'a pas été forcé, contrairement à sa volonté, de le reconnaître

Disons donc un mot de l'étude pratique des saints Pères, en tant qu'elle peut favoriser la méditation édifiante de l'Écriture sainte.

§ I. — Ce qui est incontestablement vrai.

61 . L'accord des Pères de l'Église en matière de dogme et de morale est : 4° un témoignage qui atteste la croyance de l'Église, et par conséquent qui mérite autant de respect que cette croyance; 2° les Pères enseignaient, écrivaient, agissaient conformément aux exigences de leur époque; 3° ils s'expliquent donc principalement par le temps où ils vivaient; 3° toutefois, il est incontestable que l'Église chrétienne a ses écrivains classiques, qui méritent d'être lus avec tout le respect et toute l'attention possibles, — même de nos jours; — car, pour n'en citer qu'une raison, il est des vérités indépendantes temps et des circonstances, sur lesquelles ils ont répandu une vive lumière et qu'ils ont exprimées avec éclat et énergie.

i 11. — De quelques erreurs et préjugés contre lesquels il faut se mettre

en garde.

62. 1° C'est une erreur de vouloir établir par des passages empruntés aux saints Pères, des systèmes d'écoles qui sont le produit des âges modernes et dont les Pères ne pouvaient avoir aucune idée. 2° C'est une erreur de vouloir faire de quelques textes isolés et séparés de l'ensemble, la mesure de la scient des actes d'un Père de l'Église, sans recherche ultérieure; puisque saint Augustin a dit lui-même : «Neminem velim sic am- » plecti omnino mea, ut mesequatur, nisi in iis, in quibus me » non errasse perspexerit; nam propterea facio libros, in quibus

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» opuscula mea retractanda suscepi, ut nec me ipsum in omni- » Lus me secutum fuisse demonstrem. » — Si, dans l'étude de l'Écriture, tout dépend de l'ensemble plutôt que de quelques mots, il en est de même en ce qui concerne la lecture des Pères. C'est donc agir contrairement à leur esprit et contrairement à ce qu'ils ont fait eux-mêmes, que de les lire sans examen, et de prendre, sans recherche ultérieure, les premières paroles qu'on y rencontre pour les faire servir de preuves à ses propres opinions. N'ont-ils pas protité eux-mêmes des travaux de leurs devanciers? n'ont-ils pas pensé par eux-mêmes ? ont-ils restreint leur liberté d'appréciation quand la vérité ne permettait pas qu'elle le fût? 3° On est dans l'erreur quand on s'écrie à tout propos : Ce sentiment est contredit par tous les Pères ; ou ; Cette ojiiirion est admise par tous. Car, pour être autorisé aie dire avec raison et à-propos, il faudrait, premièrement, avoir extrait soimême les passages des saints Pères; deuxièmement, avoir tiré de tous leurs ouvrages les textes qui ont rapport au même sujet ; troisièmement, avoir établi par l'ensemble du contexte la valeur de ces passages ; quatrièmement, avoir trouvé que leurs sentiments sont conformes, et avoir prouvé qu'ils le sont; cinquièmement enfin, pouvoir démontrer qu'il y a une connexion étroite entre cette doctrine et une vérité de foi quelconque. Or, il n'est pas probable qu'au milieu de l'effervescence de la lutte les partis aient suffisamment de temps, de patience et de force pour entreprendre ces cinq opérations pénibles; car s'ils avaient ce temps, cette patience et cette force, ils n'en auraient plus pour se disputer. A la vérité, ces sortes de clameurs ont singulièrement baissé dans notre pays, mais je ne sais si le bruit qui les étouffe révèle plus de raison et de bon sens; pour moi, il me semble qu'on n'a que fait changer d'idole. Autrefois, on entendait répéter sur tous les tons : « Cela est contraire au sentiment de toute l'antiquité; » maintenant, on ne cesse de dire : «Cela est opposé à la saine raison. » Or, il en sera probablement de cet appel au tribunal de la raison générale comme il en a été des invocations de l'autorité des premiers siècles.

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