TROISIÈME MODÈLE
La descente du Saint-Esprit. (Act., ii, \ 4.)
Le cinquantième jour après la résurrection de Jésus-Christ fut le jour de la descente du Saint-Esprit sur les chrétiens, de même que le cinquantième jour après l'immolation de l'agneau était celui de la législation pour les Juifs.
La loi ancienne fat donnée sur une montagne et écrite sur des tables de pierre : la loi nouvelle fut donnée dans une salle à manger, par le Saint-Esprit, et gravée dans le cœur des fidèles.
Dans l'un et Fautre cas il y eut du feu : là un feu terrible mêlé de fumée , d'éclairs et de tonnerre; ici un feu doux qui, au lieu d'ébranler les corps, éclaira les esprits, et rendit éloquentes les bouches muettes.
Là , c'est un peuple qui murmure et qui est désuni ; ici , un peuple qui prie dans le calme et la paix, dans une salle unique.
Tout à coup, on entendit un grand bruit, semblable à un vent impétueux qui venait du ciel. — Ce vent ne devait pas, comme le vent du nord, apporter le froid du sein des nuages, ni, comme le vent du midi, faire sortir des marais une chaleur nuisible et pestilentielle : c'était un vent du ciel , où Jésus était allé pour en rapporter aux faibles la force et le salut.
Ce signe était perceptible à l'ouïe et à la vue , qui sont les deux principaux sens de l'homme. (Et ils virent paraître comme des langues de feu.)
Les langues de feu se reposèrent sur la tête de chacun : figure indiquant que le don devait durer longtemps.
Une langue de feu voltigea sur la tête de chacun : un seul Esprit descendit sur tous, — un seul feu les enflamma tous.
Dès l'apparition du signe visible , les effets du don invisible se manifestent ; — car tous, transformés en des hommes célestes, commencent à parler diverses langues , que nul enseignement humain ne leur avait apprises, mais qui leur furent inspirées par l'Esprit de Dieu.
Pour répandre la Doctrine céleste parmi des peuples de langage différent, il fallait des langues qui pussent l'annoncer à tous les peuples dans toutes leurs langues.
Ils parlaient de nouvelles langues. — Point de langage sans une langue et sans un esprit : où il y a un esprit céleste , là il y a un langage céleste; où il y a une langue de feu, là les esprits des auditeurs sont enflammés.
Ils parlaient de nouvelles langues. — La langue des Pharisiens est froide, — elle ne réchauffe pas ; la langue savante des philosophes ne touche pas ; la langue des orateurs, si éloquente qu'elle soit, ne corrige pas. Le don de réchauffer, de toucher,
de corriger, ce don-là vient du ciel. Les apôtres ne sont autre chose que des instruments parlants dont l'Esprit-Saint se sert pour faire retentir sa voix.
Ils parlaient de nouvelles langues . — Ce don, nul enseignement humain ne saurait le communiquer ; personne ne peut se le donner : Dieu le distribue selon la mesure qu'il a déterminée. C'est pourquoi celui à qui il a été donné davantage, ne doit pas pour autant mépriser les autres , mais plutôt s'efforcer de leur être plus utile.
Ils parlaient de nouvelles langues. — L'esprit est, comme le feu, prompt et actif. Maintenant les apôtres ne sommeillent plus, comme ils le faisaient avant la mort de Jésus-Christ; ils ne se cachent plus , comme avant sa résurrection ; ils se montrent en public , et annoncent publiquement et énergiquement la parole de Dieu, etc.
Cette paraphrase , dans le sens que l'entendait l'auteur, est déjà plus qu'un simple commentaire et qu'une pure description ; c'est un commentaire d'une utilité générale , parce qu'il tient le milieu entre une froide description et une dissertation savante , et qu'il est plus favorable à la piété qu'à l'esprit de raffinement. Ce n'est plus saint Luc qui raconte ; c'est le paraphraste qui, enflammé par le récit, ramasse tout ce qu'il trouve autour de lui , et substitue à sa narration le langage du sentiment , mais d'un sentiment né de la lumière et qui répand la lumière.
§ III. — Paraphrase, dans le sens plus strict.
86. Cette sorte de description favorise aussi la méditation édifiante de l'Écriture, en tant qu'elle nous fait aimer le Beau et le reproduire avec amour, dès que nous l'avons clairement reconnu. En s'appliquant à éclaircir le sens des passages de l'Écriture, elle a pour objet : 1° de traduire, par des expressions claires, les passages obscurs ; 2° de montrer l'enchaînement qui existe entre un passage et un autre, quand cet enchaînement existe, et qu'on peut le montrer ; 3° d'éclaircir une phrase obs-
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cure en indiquant le parallélisme d'autres passages plus clairs ; 4° d'instruire en dévoilant les intentions manifestes de l'auteur et l'histoire incontestable de l'époque ; 5° de préciser ce qui a un sens multiple en montrant son analogie avec des doctrines de foi déjà établies; 6° de donner çà et là quelques conseils puisés dans l'expérience individuelle.