EXEMPLE D'UNE PARAPHRASE QUI N'EST QU'UNE SIMPLE DESCRIPTION
Que servir a-t-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi , s'il ri a pas les œuvres, etc.? (Jacq., h, \ 4-24.)
A quoi servirait-il, mes chers frères, que quelqu'un eût constamment dans la bouche ces paroles : Je crois, je crois, et que, s'en tenant à cet étalage de paroles sur la foi, il ne pût montrer aucune action faite dans l'esprit de la foi ? Cette foi qui ne serait qu'en paroles, cette foi vide et inactive, froide et glacée, pourrait-elle le sauver ?
Supposons que votre frère et votre sœur n'eussent rien pour se garantir le corps contre le froid , n'eussent point de pain pour apaiser leur faim, et que, s'adressant à vous de leur voix la plus douce pour vous demander du pain et des vêtements, vous leur répondiez : « Dieu vous aide! cherchez vous-mêmes à vous nourrir et à vous réchauffer,» sans leur donner ni pain ni vêtements; ces paroles, dites-moi, serviraient-elles de quelque chose à votre frère nu et mourant de faim ? Aurait-il moins froid et moins faim qu'auparavant ? Ne serait-ce pas là une charité purement en paroles, et non en actions? — Ainsi, autant la charité qui n'est qu'en paroles est inutile aux autres, autant la foi qui n'est qu'en paroles est inutile à vous-même.
Si quelqu'un me disait : Je ne conteste pas que vous ayez la foi, mais vous ne pouvez pas non plus contester que j'aie les actes, je lui répondrais : Mon cher ami , montrez-moi votre foi sans les œuvres , si vous le pouvez ; moi , de mon côté , je vous prouverai de suite et sans peine ma foi par mes œuvres.
Au surplus, ne faites pas trop vanité de votre foi en un seul
Dieu; que vous croyiez en lui, c'est fort bien, assurément; mais, à quoi vous sert-il d'avoir simplement la foi, si vous n'y conformez pas votre conduite ? Sachez-le, les démons, eux aussi, ont la foi ; et j'ajouterai même, si vous le voulez, que leur conviction est dix fois plus ferme que la vôtre ; ils tremblent en pensant à Dieu, et cependant, avec toute leur foi et tout leur tremblement, ils n'en sont pas moins des démons. Dois-je encore vous prouver plus longuement que la foi sans les œuvres est chose insignifiante? Abraham ne fut-il pas appelé juste, agréable à Dieu, ami du Seigneur, précisément à cause des actions que lui inspirait sa foi, et pour s'être montré disposé à lui sacrifier son fils? >
Vous le voyez, ses actes marchaient de pair avec sa foi, et en étaient le couronnement. C'est là ce qu'atteste la sainte Écriture qui dit de lui :'« Abraham crut en Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice, et lui valut le grand nom d'ami de Dieu. » Vous voyez que ce sont les actes qui rendent l'homme juste, et non pas la foi seule sans les actes... Il faut donc que la foi soit vivante, et que sa vie se manifeste par les œuvres; il faut qu'elle soit vivante, afin qu'elle puisse être l'âme des bonnes œuvres, car ce n'est qu'à cette condition qu'elle peut nous rendre bons et justes. Une foi morte ne saurait rien produire , par conséquent, elle ne saurait rendre juste. Et si le corps qui n'est pas animé par un esprit est un cadavre, il en est de même de la foi quand elle n'est pas vivifiée par les œuvres.
ARTICLE IV
La sainte Écriture considérée comme document historique.
88. L'un des points de vue les plus importants où l'on puisse se placer pour étudier la sainte Écriture, c'est le point de vue historique ; ce point de vue est à la fois simple et complexe.
THÉOLOGIE PAbïORALE. 4 93
§ I. — L'Écriture sainte est l'histoire de la Providence et du gouvernement
de Dieu.
Il est vrai que l'histoire tout entière , pour l'homme qui s'est fait un devoir et une habitude de considérer toutes choses au point de vue de la religion , n'est que l'histoire du gouvernement de Dieu ; mais l'histoire biblique Test dans un sens tout particulier : nous y voyons Dieu agir de concert avec les hommes. Le Créateur du genre humain y parle humainement avec les hommes ; il commande , il juge , il punit , il promet , il récompensent exauce. Dieu n'est pas une froide abstraction de l'École, qui puisse être traitée à tel ou tel point de vue par les maîtres et les disciples; c'est un Être vivant, qui parle et agit, interroge et répond, crée et ordonne. Celui qui offre à Dieu ce qu'il a de mieux, lui plaît ; celui qui fuit Dieu, fuit son bonheur ; celui qui marche devant Dieu, Dieu l'accueille ; celui qui se confie en Dieu , Dieu ne permet pas qu'il soit confondu ; celui qui annonce et pratique la justice au milieu des impies, Dieu le sauvera des grandes eaux , pendant que des masses entières qui méprisent Dieu et son organe, y seront englouties ; celui qui préfère la volonté de Dieu à la sienne propre, sera béni, et toutes les nations le seront en lui ; celui qui préfère la volonté de Dieu à la volonté perverse de ses semblables, Dieu lui conserve la vie au milieu des chaînes, et le conduit sur le trône ; la vertu enfante l'espérance et la joie; le vice engendre le regret et l'amertume du cœur.
Ces lois de la Sainteté et de la Justice, de la Beauté et de la Sagesse sont rendues plus saisissantes par les événements racontés dans la sainte Écriture. Cette Écriture est donc une magnifique histoire de la Providence, c'est-à-dire de la Beauté et de la Sainteté invisible qui commande le bien, aide à l'opérer, le récompense et le parfait ; qui hait le mal, le défend, le paralyse, le punit, le confond (1).
(1) Voir mes sermons sur les faits de l'ancien Testament, en l'honneur de la Providence, et le premier exercice sur la méditation édifiante de l'Écriture, chapitre troisième de ce volume.
Thkol. past. I. ■ 13
S li. — L'Écriture sainte est l'histoire de l'humanité.
Si tout est divin pour celui qui dirige ses regards vers le ciel, tout est humain pour celui qui ne voit que la marche du monde. L'Écriture sainte nous apprend que tous les hommes sont issus d'un même sang ; nous assistons au début et au progrès de l'éducation du genre humain ; nous voyons les hommes agir en hommes ; nous voyons avec quelle rapidité le mal prend racine et les solides fondements qu'il se creuse ; lorsque le genre humain tout entier est dégénéré , nous assistons à son renouvellement par le déluge. Nous voyons combien la chute de la nature humaine est voisine de son origine; nous apprenons comment les inventions sont entrées dans le monde; quelle grande influence de grands événements survenus sur la terre ont exercée sur les destinées des hommes, et réciproquement. Nous y voyons tous les caractères, toutes les actions, toutes les passions dans leurs débuts et dans leurs développements.
§ III* — L'Écriture sainte est, avant tout, l'histoire de la religion et de la moralité parmi les hommes.
Nous y voyons comment le péché est entré dans le monde, et comment l'image de Dieu a été souillée dans l'homme ; nous y voyons ce que produit la foi aux promesses et aux commandements du Seigneur, comment la connaissance de la religion se transmet d'âge en âge, comment la prédominance de la sensualité bannit de la terre la foi et la vertu, etc., etc. Nous y voyons comment Dieu le Père se choisit un peuple et le sépare des autres nations, pour en faire une source de bénédiction qui répandra ses bienfaits sur tous les peuples et ravivera les germes éteints de la religion et de la moralité. Nous y voyons comment, du milieu de ce peuple, surgissent des hommes qui, ceints du glaive de la vérité, abattent le mensonge, détruisent les réceptacles de 1 "idolâtrie, et réédifient dans les cœurs des hommes des temples et des autels au seul vrai Dieu. L'Écriture sainte est donc l'histoire de la religion et de la moralité parmi les hommes.
THEOLOGIE rASTORALL. f95
5 IV. — L'Ecriture sainte est un dépôt, un document où sont conservées les révélations de Dieu aux hommes, et l'histoire des grandes institutions que la main de Dieu a fondées pour bénir tous les peuples dans un seul peuple, et tous Ihs enfants des hommes dans un seul enfant des hommes.
Il est dit à Abraham : ce Je suis votre protecteur, et votre récompense infiniment grande. »
A Moïse : ce Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. »
Il est dit du temps de David : « C'est moi qui, par Moïse, vous ai emmenés d'Egypte. »
Du temps des prophètes : « Je ferai avec vous une alliance éternelle, et ma grâce demeurera avec vous comme avec David. »
Du temps de Jésus-Christ : « Le Dieu qui jadis parlait avec nos pères par les prophètes, a parlé de nos jours avec nous par sou Fils. »
Et les Apôtres disent : « Nous remplissons les fonctions d'ambassadeurs de Jésus-Christ. »
Et ces ambassadeurs de Jésus-Christ en appellent constamment à la foi et aux promesses d'Abraham.
Quelle unité que celle qui règne dans les révélations de Dieu à travers tous les siècles, depuis Abraham jusqu'à saint Paul ! C'est le même Dieu qui appelle Abraham, qui envoie Moïse, les prophètes, Jésus-Christ et les Apôtres. En vérité, la Bible est bien l'histoire des révélations divines.
§ V. — L'Écriture sainte est l'histoire du peuple Israélite, son histoire nationale.
C'est elle, en effet, qui nous a conservé les documents relatifs à l'origine de cette nation, à sa constitution, à sa religion et à ses destinées. Elle est le livre historique d'une nation extrêmement remarquable.
Elle est aussi une histoire de famille d'un haut intérêt. L'histoire des patriarches, les livres de Ruth et de Tobie, contiennent une foule de traits empruntés à la vie domestique, qui offrent à la réflexion d'abondantes matières, et au cœur un aliment précieux.
Elle n'est pas moins remarquable considérée comme biogra-
phie de quelques hommes. Qui a jamais lu ce Livre sans s'être uni de sentiments et de cœur avec Moïse le législateur, avec Salomon le sage, avec David le poète, avec lsaïe révangéliste, avec Siméon le voyant, avec Jean le bien-aimé, avec Paul l'apôtre ?
Si complexes que soient ces points de vue, ils se réunissent tous dans celui-ci : Rapport de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu.
Les individus forment les familles, les familles les peuples, les peuples le genre humain. Notre race est d'un seul Dieu; ce Dieu unique veut manifester sa gloire dans toutes ses créatures. Partout donc il se montre Dieu, source de tout bien; et les hommes sont des hôtes qui le reçoivent ou le repoussent.
89. Cette unité de l'Histoire sacrée a trouvé de nombreux et de dignes interprètes. Un auteur français a écrit toute l'Écriture sainte, depuis la Genèse jusqu'à la fin des livres du nouveau Testament, sous le titre gracieux à! Histoire du peuple de Dieu, et un grand écrivain de la Suisse Ta résumée sous ce titre grandiose : Du Royaume de Dieu. Puisque la raison humaine cherche partout l'unité, il est bien naturel qu'elle la cherche et la trouve aussi dans les institutions que Dieu a fondées pour le salut du genre humain.
Parmi les nouveaux partisans du point de vue historique se place en première ligne M. le comte Frédéric de Stolberg, dans son Histoire de la Religion de Jésus-Christ (\). Qu'il me soit permis, pour l'exercice de ceux de mes jeunes amis qui veulent mettre des idées dans leurs études et mettre leurs études dans leur mémoire, de montrer, par un exemple, ce qu'il y a de complexe dans ce point de vue historique.