Elle peut de nouveau s'unir à Dieu par le saint amour
4. Pour cela, elle a besoin d'un médiateur divin, qui est Jésus- Christ.
Cette anthropologie, les matérialistes de nos jours la prennent pour du fanatisme, et à leurs yeux saint Paul n'est qu'un visionnaire; car, disent-ils, nous ne trouvons dans notre nature que la faculté de jouir , et comme les jouissances spirituelles sont une chimère, nous n'avons de faculté que pour les jouissances sensuelles.
Eh bien, saint Paul connaissait par expérience d'autres jouissances, et il parle d'une paix qui surpasse toute conception et que personne ne saurait comprendre ; il avoue, en outre, ouvertement que l'homme animal ne peut rien entendre aux choses de l'esprit. Ce même saint Paul sacrifia son honneur , renonça à tous les plaisirs de la terre, et alla jusqu'à immoler sa vie pour rendre la nature humaine attentive à sa divine origine. Ainsi donc, n'eussé-je d'ailleurs aucun motif, j'aimerais mieux en croire un homme éprouvé comme saint Paul, qui prêche quelque chose de supérieur aux jouissances animales , qui a souffert et est mort pour sa doctrine, que des esclaves des voluptés sensuelles, qui maudissent une paix qu'ils ne connaissent pas , qui répudient la divine origine de la nature humaine, parce qu'ils ne peuvent plus lire le titre, effacé par l'orgueil et Fimpureté, de la noblesse de leur naissance.
§ III. — Ghristologie de saint Paul.
Saint Paul voit dans Jésus-Christ : a, l'image du Dieu invisible , le premier-né de toute créature ; b, celui par qui tout a
été créé dans le ciel et sur la terre : les choses visibles et les invisibles, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances ; c, celui qui est avant tous , et en qui toutes choses subsistent ; d, le chef et la tête du corps de FÉglise ; e, le premier né d'entre les morts ; /*, l'héritier de toutes choses et celui qui a créé les siècles; g, la splendeur de la gloire du Père, qui soutient tout par la puissance de sa parole ; h, le Fils, par lequel Dieu a parlé dernièrement ; i, celui qui a sauvé le monde par son sang et nous a lui-même purifiés de nos péchés ; j, celui à cause duquel tout a été créé ; k, l'auteur de notre salut ; /, celui qui a tout renouvelé par ses souffrances; m, qui s'est fait en tout semblable aux frères, excepté pour le péché, afin de pouvoir venir en aide à ceux qui sont tentés; le miséricordieux et fidèle grand -prêtre qui a pitié de notre faiblesse ; n, qui, étant riche , s'est fait pauvre à cause de nous ; o, qui , ayant la forme et la nature de Dieu, s'est anéanti lui-même en prenant la forme et la nature de l'esclave ; p, celui que le Père a élevé audessus de tout, et à qui il a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, et au nom duquel tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers , afin que toute langue confesse qu'il est le Seigneur (Coloss., i, 15, 16, 17, 18; Hébr., i, 1, 2, 3; n, 10; v, 7, 8, 9, 10; vu, 26, 27, 28; ix, 11 ; II Cor., vin, 9, 10; Philip., n, 6, 7, 8, 9).
Ainsi, d'après saint Paul, Jésus-Christ est :
1 . La splendeur de Dieu et le Restaurateur le plus parfait de l'humanité ;
2. Le seul médiateur entre Dieu et les hommes , destiné à opérer la réunion des hommes avec Dieu ;
3. Il est souverainement digne de notre adoration , de notre amour, de notre reconnaissance, de notre confiance.
De notre adoration : à cause de son origine, puisqu'il est le créateur du monde, qu'il est élevé au-dessus de tout, qu'il est le premier-né par qui tout a été fait, qu'il soutient tout, qu'il a un nom placé au-dessus de tout nom.
De notre amour et de notre reconnaissance : puisqu'il a pris à
216 THÉOLOGIE TASTORAXE.
cause de nous la forme d'esclave, et qu'il est devenu notre rédemption.
De notre confiance : puisqu'il est notre grand-prêtre , notre frère, et que Dieu est notre tout en Jésus-Christ.
§ IV. — Doctrine de saint Paul sur la charité envers les frères.
Pour saint Paul, l'amour est la plénitude de toute la loi : « Celui qui aime son prochain a accompli la loi » {Rom., xm, 1 0).
A ses yeux, la charité est cette chose unique sans laquelle toutes les actions , les plus grandes et les meilleures, n'ont aucune valeur : « Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n'avais point la charité, je ne serais que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, que j'aurais une parfaite science de toutes choses ; quand j'aurais toute la foi capable de transporter les montagnes, si je n'avais point la charité, je ne serais rien. Et quand je distribuerais tout mon bien pour nourrir les pauvres, et que je livrerais mon corps pour être brûlé , si je n'avais point la charité , tout cela ne me servirait de rien» (I Cor., xm, 4-8).
Pour saint Paul, la charité est l'idéal de toute amabilité dans l'homme. « La charité est patiente ; elle est douce et bienfaisante ; elle n'est point envieuse ; elle n'est point téméraire et précipitée; elle ne s'enfle point ; elle n'est point ambitieuse; elle ne cherche point ses propres intérêts ; elle ne se pique point et ne s'aigrit point; elle n'a point de mauvais soupçons; elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout » (I Cor., xm, 4-7).
Selon lui, c'est la charité qui nous rend imitateurs de Dieu et de Jésus -Christ. « Soyez les imitateurs de Dieu, comme étant ses enfants bien-aimés; — marchez dans la charité,, comme Jésus nous a aimés » {Éphés., v, \, 2).
Pour lui, la charité est une vie nouvelle et divine, enfantée
dans la mort ; c'est elle qui s'abstient des choses permises, pour ne point scandaliser un frère encore faible (I Cor., vin, 7-13).
Pour lui, la charité est le plus grand œuvre de Dieu, et elle est en même temps cet art sublime qui sait se faire tout à tous. « Étant libre à l'égard de tous, je me suis fait serviteur de tous pour en gagner un plus grand nombre ; je me suis fait Juif avec les Juifs, pour gagner les Juifs; avec ceux qui sont sous la loi, j'ai vécu comme si j'eusse été encore sous la loi, pour gagner ceux qui sont sous la loi ; avec ceux qui n'avaient point de loi, j'ai vécu comme si je n'en eusse point eu moi-même. Je me suis fait tout à tous pour les sauver tous » (I Cor., ix, 20-23).
Pour lui, la charité est la seule chose qui reste, la seule qui franchisse le seuil de la mort et continue à vivre éternellement dans le sein de l'éternité. « La charité ne finit point » (ICor., xni, 8).
Ainsi, d'après saint Paul, la charité est : 1° la plénitude de la loi ; 2° la seule chose indispensable, sans laquelle tout le reste, science, foi, œuvres, souffrances, ne sont rien; 3° la disposition la plus parfaite où l'âme puisse se trouver. Souverainement pure de tout égoïsme, elle ne cherche pas ses intérêts; amie de la vérité et de la vertu , elle se réjouit de la vérité et non du mensonge ; pleine d'abnégation, elle ne s'irrite jamais ; exempte d'envie et d'orgueil, elle ne soupçonne pas le mal; patience éminente, elle endure tout, supporte tout; 4° la charité est, selon saint Paul, le sens de Dieu et de Jésus- Christ dans l'homme; 5° elle a sa source dans une tendresse indulgente pour tous les hommes : elle n'afflige pas celui pour qui Jésus- Christ est mort ; 6° elle est toute à tous en Jésus-Christ ; elle est la seule chose qui reste et soit immortelle dans l'âme humaine. — Combien il devait être grand et aimant, le cœur de celui qui pouvait, non-seulement écrire, mais agir ainsi !
§ V. — Saint Paul pénètre dans le monde éternel et invisible.
Saint Paul trouve que nous avons dans le ciel droit de citoyens, que c'est là que nous attendons notre Sauveur Jésus-
Christ, qui transformera notre corps, tout vil et tout abject qu'il est, afin de le rendre conforme à son corps glorieux, par Topération de cette puissance qui lui assujettit toutes choses. Il veut que nous nous affectionnions à ce qui est dans le ciel, où Jésus- Christ est assis à la droite de Dieu. Il prédit que, quand Jésus- Christ viendra à paraître, nous paraîtrons aussi avec lui dans la gloire. Il parle d'une construction qui vient de Dieu, d'une demeure céleste qui nous attend quand sera brisée cette maison de terre que nous habitons; d'une science qui est directement opposée à notre science actuelle ; qui n'est pas une science vaine et profane, mais la pleine vue de la vérité que nous contemplerons face à face; il affirme qu'il existe une liaison étroite entre le présent et l'avenir : que l'homme moissonnera ce qu'il aura semé, que si nous souffrons ici-bas avec Jésus-Christ, nous régnerons avec lui ; mais il montre en même temps combien l'avenir l'emporte sur le présent : « Je suis persuadé que les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec cette gloire qui un jour sera révélée en nous. » Il établit notre gloire future sur notre qualité d'enfants de Dieu : « Si nous sommes enfants, nous sommes héritiers, héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ. » Il peint sous des traits aimables la différence qui existe entre la vie présente et la vie future : «Le corps est mis en terre plein de corruption, et il ressuscitera incorruptible. Il est mis en terre tout difforme, et il ressuscitera tout glorieux. Il est mis en terre privé de mouvement, et il ressuscitera plein de vigueur. Il est mis en terre corps animal, et il ressuscitera corps spirituel (Philip., m, 20; Coloss., m, 1-4 ; I Cor., xiv,9-12; II Cor., v, 2; Galat., vi, 7; II Tim., H, 12; II Cor., iv, 17; Rom., vm, 17; I Cor., xv, 42-50).
§ VI. — Idées de saint Paul sur l'Église.
Saint Paul voit dans l'Église : a, un corps spirituel composé de plusieurs membres, animé et dirigé par Jésus-Christ, qui en est le chef; b, il y voit la plénitude de celui qui remplit tout de
sa présence ; c, il y voit une vaste maison édifiée sur le fondement des prophètes et des apôtres, et soutenue par Jésus- Christ, la pierre angulaire, dont toutes les parties sont jointes et unies par la charité, et qui s'élève comme un temple saint consacré au Seigneur ; d, il voit dans l'Église Tunique et grand mystère de la réconciliation de Dieu avec l'humanité, réalisée par Jésus- Christ; il y voit cette communauté sainte et pure qu'il s'est acquise par son sang, qu'il a purifiée dans le baptême d'eau; e, il voit dans l'Église la colonne et le fondement de la vérité; f, le troupeau de Dieu, racheté par le sang de Jésus-Christ, conduit par les évêques et gouverné par le Saint-Esprit, qui les a établis (Ephés., il, 19-22; iv, 4 5-16 ; v, 28, 33; I Tira., m, 15; Act., xx, 28).
Ainsi, d'après saint Paul, l'Église de Dieu est essentiellement: 1 ° la vie ; 2° la vie qui a sa source en Jésus-Christ ; 3° la vie qui ruisselle dans tous les membres, et 4° la vie qui réunit tous les membres avec le chef et avec Dieu.
Tels sont les caractères de la doctrine de l'apôtre sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur la charité, l'éternité, l'Église, doctrine que la raison humaine présente dans un ordre, une forme et un enchaînement différents, mais à laquelle elle ne saurait jamais substituer rien de mieux.
Maintenant venons aux caractères particuliers de saint Paul lui-même.
§ VII. — Piété de saint Paul.
Ses Épîtres en sont la manifestation la plus éloquente. Dans son Épître à Philémon, il le remercie de sa foi envers le Seigneur, et de sa charité envers tous ses frères (vers. 4-5); dans son Épître aux Romains, il rend grâces à Dieu de ce que la foi a été annoncée dans le monde entier (Rom., i, 8-10); dans celle aux Colossiens, il rend grâces au Seigneur pour la foi qu'ils ont en Jésus-Christ, et pour la charité qui les anime envers leurs frères; il prie pour qu'ils croissent dans la connaissance de Dieu et portent des fruits de toutes sortes de bonnes œuvres (Coloss.,
i, 3-12). Dans celle aux Philippiens, il rend grâces à Dieu de ce qu'ils ont reçu l'Évangile, et il demande au Seigneur que leur charité croisse de plus en plus en lumière et en intelligence, afin qu'ils sachent discerner ce qui est meilleur et plus utile, qu'ils soient purs et sincères jusqu'au jour de Jésus-Christ, sans que leur course soit interrompue ; qu'ils soient remplis des fruits de justice (Philip., i, 3-11). Dans son Épître aux Éphésiens, il hénit le Seigneur de ce qu'ils ont été élus pour être saints et irrépréhensibles dans la charité [Éphés., i, 3-6). Dans la première aux Corinthiens, il rend de continuelles actions de grâces à son Dieu, à cause de la grâce qui leur a été donnée en Jésus- Christ, qui les a comblés de toutes les richesses de la parole et de la science (I Cor., i, 4-5). Dans la deuxième aux Corinthiens, il loue le Père des miséricordes pour les consolations qu'il accorde dans tous les maux, et pour le don de pouvoir consoler les autres (I Cor., i, 3, 4). Dans sa première aux Thessaloniciens, il rend grâces à Dieu pour les témoignages qu'ils ont donnés de leur foi, de leur charité et de la fermeté de leur espérance ; il remercie Dieu pour la joie que lui ont causée les œuvres de leur foi et de leur charité, et il demande la grâce de les voir, afin de les affermir dans leur foi (I Thess.,i, 2-10; n, 17-18). Dans la seconde aux Thessaloniciens, il rend grâces à Dieu de l'augmentation de leur foi et de l'accroissement de leur charité mutuelle (II Thess., i, 3). Dans la première à Timothée, il rend grâces au Seigneur de l'avoir fortifié dans la foi, et d'avoir répandu sur lui sa grâce avec abondance (I Tim., i, 1 0-1 4) ; et dans la seconde, il le remercie de tout le bien qui s'est fait en lui et par lui, et manifeste le désir de voir son fils dans la foi (II Tim., i, 4). Dans l'Épître aux Galates, il remercie notre Sauveur de s'être livré lui-même pour nos péchés, et termine par ce souhait si expressif : « A qui gloire soit dans les siècles des siècles, etc. » [Galat., i. 3-5).
1 . La piété de saint Paul n'était donc, on le voit, qu'une suite continuelle d'actions de grâces, une conversation permanente avec le Seigneur, à qui son cœur était constamment ouvert,
mais une conversation qui n'avait pour objet que les intérêts les plus graves de l'homme, ses intérêts immortels.
2. Si sa piété se manifestait par des paroles, c'est qu'elle vivait dans son cœur, et que son cœur était trop plein pour ne point déborder.
3. Sa piété n'était autre chose qu'une charité vivante pour tous les chrétiens, une confiance qui avait sa source dans son Père céleste, un complet abandon en Jésus- Christ.
4. Il rend grâces pour la part de foi et de charité qui lui a été donnée, et il en demande une nouvelle part : il ne s'attache qu'à ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfait; il n'aime que ce qui est souverainement digne de tout amour.
5. Sa piété n'était pas distincte de son ministère de prédicateur, de ses souffrances, de ses travaux : tout cela ne formait qu'un tout, qui, né dans son cœur, jaillissait de son cœur et pénétrait toute sa vie, intérieure et extérieure; elle était, à proprement parler, l'âme de son âme; elle était engendrée de Dieu, et produisait partout des fruits divins.
Ainsi donc, soit dit en passant, c'est une faute, dans un sermon, d'avertir ses auditeurs de prier les uns pour les autres, de rendre grâces à Dieu, et de ne pas leur faire comprendre que ces prières et ces remerciements ne sont pas l'effet de résolutions indépendantes les unes des autres; mais qu'elles sont un fruit du cœur, du Christianisme vivant; c'est une faute de ne pas toujours revenir au point capital et fondamental, et de ne point partir de là.
§ VIH. ■— Fidélité de saint Paul a sa vocation.
1. Témoignage que saint Paul se pouvait rendre à lui-même. (II Cor.)
« Nous avons cette gloire, et notre conscience nous rend ce témoignage, que nous nous sommes conduit dans ce monde, et surtout à votre égard, dans la simplicité du cœur et dans la sincérité en Dieu, non avec la sagesse de la chair, mais dans la grâce de Dieu (i, 1 2) .
« Je prends Dieu à témoin, et je veux bien qu'il me punisse si je ne dis la vérité, que c'a été pour vous épargner que je n'ai point encore voulu aller à Corinthe. Nous ne voulons pas dominer sur votre foi, nous voulons seulement être les aides de votre joie (i, 23).
« Nous ne sommes pas comme plusieurs qui altèrent la parole de Dieu ; mais nous la prêchons avec une entière sincérité, comme de la part de Dieu, en la présence de Dieu et dans l'esprit de Jésus-Christ (n, 17).
« C'est pourquoi ayant reçu par la miséricorde de Dieu un ministère si excellent, nous ne nous fatiguons point à le remplir; mais nous rejetons loin de nous les passions qui se cachent comme étant honteuses; ne nous conduisant point avec artifice, et n'altérant point la parole de Dieu ; mais n'employant, pour nous rendre recommandables envers tous les hommes qui jugeront de nous selon le témoignage de leur conscience, que la sincérité avec laquelle nous prêchons devant Dieu la vérité (iv, \, 2).
« Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes; nous prêchons Jésus-Christ Notre-Seigneur; et quant à nous, nous sommes vos serviteurs pour le nom de Jésus-Christ (rv, 5).
« Nous portons ce trésor (la divine doctrine de l'Évangile) dans des vases fragiles, afin que sa sublime vertu soit attribuée non à nous,, mais à Dieu (iv, 7) .
« Nous sommes pressés par toutes sortes d'afflictions, mais nous n'en sommes point accablés ; nous nous trouvons dans des difficultés insurmontables , mais nous n'y succombons pas ; nous sommes persécutés, mais non abandonnés ; nous sommes abattus, mais non entièrement perdus. Nous portons toujours en notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus paraisse aussi dans notre corps. Car nous qui vivons, nous sommes à toute heure livrés à la mort pour Jésus, afin que la vie de Jésus paraisse aussi dans notre chair mortelle (iv, 8-14).
« Toutes ces choses (que nous souffrons) sont à votre avantage, afin que la grâce de Dieu se répandant avec abondance, il en
revienne aussi à Dieu plus de gloire par les actions de grâces qui lui en seront rendues par plusieurs (rv, 15, 16).
« Nous prenons garde de ne donner à personne aucun sujet de scandale, afin que notre ministère ne soit point déshonoré. Nous agissons en toutes choses comme des ministres de Dieu, nous rendant recommandables par une grande patience dans les maux, dans les nécessités et dans les angoisses, dans les plaies, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes; par la pureté, par la science, par une douceur persévérante, par la bonté, par les fruits du Saint- Esprit, par une charité sincère, par la parole de vérité, par la force de Dieu dont nous sommes revêtus, par les armes de la justice pour combattre à droite et à gauche, et pour nous soutenir également dans Fhonneur comme dans l'ignominie, dans la mauvaise comme la bonne réputation; car on nous considère comme des séducteurs, quoique nous soyons sincères et véritables; comme inconnus, quoique nous soyons très-connus; comme toujours mourants, quoique vivants toujours; comme châtiés, mais non jusqu'à être tués; comme tristes, et nous sommes toujours dans la joie ; commes pauvres, et nous en enrichissons plusieurs; comme n'ayant rien, et nous possédons tout (vi, 5-11). »
Ainsi, d'après l'ensemble de ce témoignage que pouvait se rendre saint Paul, sa fidélité à sa vocation consistait : 1 ° en ce que partout il marchait avec pureté et simplicité devant Dieu, et qu'il était exempt des artifices de la sagesse humaine; 2° en ce que partout il contribuait à la joie d'autrui, sans toutefois prétendre dominer sur la conscience des autres ; 3° en ce qu'il annonçait la pure parole de Dieu, sans la falsifier; 4° en ce que, tout en prêchant la doctrine du salut, il ne cherchait pas sa propre gloire; 5° en ce qu'il s'abstenait de toute contestation, et évitait cette sorte d'éloquence qui se loue elle-même; 6° en ce que, pour l'honneur de Jésus et pour le salut des hommes, il endurait toutes les persécutions et les injustices ; 7° en ce qu'il mettait tous ses soins à ne point scandaliser les autres ; 8° en un mot,
en ce que, dans toutes les circonstances de sa vie, il se montrait, par la pratique de toutes les vertus et par la patience dans toutes les souffrances, le vrai serviteur de Dieu. — Ainsi donc : Serviteur de Dieu pour le bien des fidèles, sans chercher ni son honneur ni ses avantages personnels; instrument de Dieu pour le bien des autres, dans toutes les conjonctures de sa vie : tel fut saint Paul.
II. Témoignage que se rend saint Paul dans le discours où il prend congé des anciens de l'Eglise d'Ephese (Act., xx, \ 8-38) .
Vous savez de quelle sorte je me suis conduit pendant tout le temps que j'ai été avec vous, depuis le premier jour où je suis entré en Asie.
Vous savez que j'ai servi le Seigneur en toute humilité, et avec beaucoup de larmes, et parmi les traverses qui me sont survenues par la conspiration des Juifs contre moi.
Que cependant je ne vous ai rien caché de ce qui pouvait vous être utile, rien ne m'ayant empêché de vous l'annoncer, et de vous en instruire en public et en particulier.
Prêchant aux Juifs , aussi bien qu'aux Gentils, la pénitence envers Dieu , et la foi en Notre -Seigneur Jésus- Christ.
Et maintenant , étant lié par le Saint-Esprit, je m'en vais a Jérusalem, sans que je sache ce qui doit m'y arriver; sinon que dans toutes les villes par où je passe, le Saint- Esprit me fait connaître que des chaînes et des afflictions
Il peut en appeler en toute confiance au témoignage des Anciens, et cela depuis son arrivée en Asie jusqu'à son départ. — Celui qui peut agir ainsi doit avoir vécu fidèle a sa vocation. Les bons ne craignent pas la lumière. Zèle pur au service de l'Évangile, accompagné
d'humilité,
de larmes,
de dangers.
Voila le véritable zèle, celui qu'on peut qualifier du beau nom d'apostolique.
Fidélité du docteur à sa vocation, consistant à annoncer tout ce qui est salutaire, dans toutes les circonstances, à tous ceux qui veulent entendre.
Le but fondamental des prédications de l'Apôtre, c'est : d'opérer le retour vers Dieu, de produire la foi vivante en Jésus-Christ.
Le zèle de l'Apôtre éclate principalement : Dans une fidélité sans bornes aux inspirations intérieures du Saint-Esprit; dans le mépris absolu des dangers qui menacent son existence; dans une activité infatigable à remplir sa mission, et à persévérer, même aux jours les plus sombres, auxquels un apôtre cumme saint Paul ne saurait échap-
m'y sont préparées. Mais je ne crains rien de toutes ces choses, et ma vie ne m'est pas plus précieuse que moimême. Il me suffit que j'achève ma course, que j'accomplisse le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus, qui est de prêcher l'Évangile de la grâce de Dieu.
Au reste, je sais que vous ne verrez plus mon visage, vous tous chez qui j'ai passé en prêchant le royaume de Dieu. Je vous déclare donc aujourd'hui que je suis pur du sang de vous tous (et que si quelqu'un se perd , ce ne sera point par ma faute).
Car rien n'a pu m'empêcher de vous annoncer toutes les volontés de Dieu.
Prenez donc garde a vousmêmes, et a tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques , pour gouverner l'Église de Dieu qu'il a acquise par son propre sang.
Je sais d'avance qu'après mon départ il entrera parmi vous des loups ravissants, qui n'épargneront point le troupeau; et que d'entre vous il s'élèvera des gens, qui publieront des doctrines corrompues , afin d'attirer des disciples après eux.
C'est pourquoi veillez , en vous souvenant que, durant trois ans, je n'ai point cessé nuit et jour d'exhorter avec larmes chacun de vous.
Et maintenant, je vous recommande a Dieu , et à sa Théol. past. I.
per, et qui ne sont que le prélude d'autres souffrances.
Confiance de l'Apôtre : Aucun d'entre vous ne sera perdu par ma faute. C'est ainsi que le Sauveur, dans ses jours heureux, et avant de marcher a la mort, se réjouissait d'avoir conservé tous ceux que son Père lui avait confiés, un seul excepté , perte dont personne n'était moins coupable que Jésus.
Condition requise pour avoir droit de dire Aucun de vous ne se perdra par ma faute.
Tous les devoirs des pasteurs sont résumés dans ces paroles : Veillez sur vous et sur votre troupeau. Principal motif d'être fidèle à leur vocation : c'est le Saint-Esprit qui leur a confié le ministère pastoral ; le troupeau qu'ils paissent , c'est le troupeau du Père céleste ; ce troupeau, il le leur a acquis au prix du sang de son Fils.
Le pasteur dévoué à son troupeau prévoit de loin et avertit ; il voit d'avance accourir les loups rapaces, et les hommes subtils qui falsifieront l'Évangile.
Il exhorte donc de veiller, a son exemple, sur le corps en général et sur chacun des membres en particulier.
Il recommande ses enfants au Seigneur; car c'est la parole de Dieu qui édifie la conimu-
nauté, l'esprit de Dieu qui la sanctifie, le ciel de Dieu qui la béatifie.
Il peut se rendre ce témoignage, qu'il a été souverainement désintéressé : ce que j'ai cherché à gagner , ce n'est pas votre bien , mais vous-mêmes, et a le gagner, non à moi, mais à la vérité, à Dieu.
Il termine par le mot de Jésus ; et cette manière convient parfaitement à un envoyé à qui son maître est l'objet de toutes ses pensées. Cette conclusion est tout à fait selon l'esprit de l'Évangile, qui est une œuvre de charité.
parole pleine de grâce, a celui qui peut achever l'édifice et vous donner l'héritage avec tous ses saints.
Je n'ai désiré recevoir de personne, ni argent, ni or, ni vêtements ; et vous savez vous-mêmes que ces mains que vous voyez ont fourni a tout ce qui nous était nécessaire.
Je vous ai montré en tout que c'est en travaillant ainsi qu'il faut ménager les faibles, et se souvenir de cette parole que le Seigneur Jésus a dite lui-même : Qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir.
Ce discours d'adieu est tout entier inspiré par l'amour. Ce généreux ouvrier ne pouvant plus rester auprès de ses frères , engage les Anciens à prendre sa place , et comme il ne peut se confier aux hommes, il les recommande à Dieu.
Qu'il doit être saint et pur l'homme qui peut partout en appeler au témoignage de tous, et se rendre à lui-même celui d'avoir fait preuve du plus noble dévouement et du désintéressement le plus complet !
D'après ces deux témoignages , la fidélité de saint Paul à sa vocation consiste : \° dans une application infatigable au service de son Maître ; 2° dans une pureté de doctrine que rien ne peut corrompre ; 3° dans une disposition à souffrir que rien ne peut ébranler ; 4° dans une abnégation qui ne connaît point de bornes ; 5° dans un dévouement au bien de l'Église qui entreprend tout, qui tour à tour exhorte , supplie , menace ; 6° dans une conduite qui peut s'offrir partout comme modèle ; 7° dans un attachement à la doctrine et à la vie de Jésus-Christ, qui ne se contente pas de regarder superficiellement, mais qui pénètre et agit partout.
93. Si nous réunissons tous ces traits avec ceux qui sont épars
théoloCtïe pastorale. 227
dans les fragments de sa vie que nous a transmis saint Luc , et qui reparaissent dans une foule d'autres passages de ses Épîtres, nous aurons une idée de sa rare bonté de cœur , de sa grandeur d'âme , de sa force d'esprit ; nous verrons réunies dans un seul homme les belles et précieuses qualités qui provoquent à la fois le respect et l'amour, telles que :
Une tendre charité envers les frères. Il souffre avec ceux qui souffrent, se réjouit avec ceux qui sont dans la joie : le tout joint à une ponctualité inflexible dans l'accomplissement des devoirs de sa mission ; il résiste en face à Céphas, et châtie impitoyablement ceux qui le méritent ;
Une connaissance sublime et profonde de l'Évangile , connaissance qui ne vient ni des hommes , ni par le moyen des hommes , mais immédiatement de Jésus-Christ , jointe à une grande délicatesse de ménagements envers des frères faibles et non éclairés : au point que saint Paul préférerait mourir plutôt que de scandaliser, en mangeant des viandes, un frère pour qui Jésus-Christ est mort ;
Une confiance inébranlable et pleine d'allégresse dans le Seigneur , duquel il attend infailliblement la couronne de justice , jointe au généreux abandon de ce qu'il a déjà acquis, pour ne plus s'occuper que de ce qu'il lui reste à obtenir ;
Une aspiration constante vers le but unique et grandiose de sa vocation , jointe à la résignation parfaite d'y arriver par des milliers de chemins, et de se faire tout à tous pour atteindre ce but nécessaire ;
Une complète abnégation de soi-même quand il s'agit des intérêts de sa communauté , jointe à un genre de vie extrêmement simple, gagnant sa vie par le travail de ses mains, et vivant avec tant de sobriété , qu'il lui reste encore de quoi soulager les malheureux ;
Un tendre dévouement à la personne de Jésus-Christ, joint à la connaissance la plus profonde de l'esprit et de la doctrine de Jésus-Christ,avertissant sans cesse de ne s'en point tenir à la lettre morte ;
Fidélité dans les grandes choses quand il s'agit du royaume des cieux, jointe à la fidélité dans les petites quand il est question de la faible santé de son cher Timothée , qu'il exhorte à user d'un peu de vin...
Une patience calme et résignée en Dieu dans toutes les souffrances, les angoisses et les persécutions, jointe à une activité infatigable qui ne craint pas d'agir et de parler en toutes circonstances pour la gloire de Jésus ;
Une tranquillité d'âme imperturbable née de sa foi au seul Roi invisible et immortel, jointe à la noble et active sollicitude d'une mère qui donne le lait aux faibles , relève ceux qui sont tombés , éprouve les douleurs de l'enfantement pour ses enfants qu'elle enfante de nouveau, et donne une nourriture plus forte à ceux qui sont plus avancés dans la sagesse.
Qui n'aimerait et n'estimerait un tel caractère ? Qui ne désirerait d'en avoir un semblable ? Qui ne souhaiterait au moins de le connaître personnellement ?
0 christianisme ! n'eussiez-vous formé qu'un seul Paul, et fûtce là votre unique création, la raison la plus froide devrait déjà vous avoir en grande estime. Ce qui peut produire une telle sagesse , une telle vertu, une telle béatitude, ce qui est capable de former un seul caractère de cette nature, voilà la force qu'honore le chrétien , et cela en satisfaisant à toutes les exigences de la raison ; voilà la force que respecte le chrétien, tout en respectant parfaitement la raison ; et cette force , il la respecte plus que toute la puissance de l'éloquence , que toute la puissance de l'érudition , que toute la puissance de la civilisation humaine, si dignes de respect qu'elles puissent être. Car seule elle s'est attiré un respect que n'ont pu se concilier jusqu'à cette heure nulle éloquence, nulle érudition, nulle civilisation, et que, à en juger par analogie, nulle ne se conciliera jamais.
Et ce respect 3 ce n'est pas plus de la déclamation , du fanatisme , que le jugement de tous les hommes affirmant que le soleil est plus éclatant que la lune.
Et si vous, qui que vous soyez, qui vous constituez juge en
Israël, vous trouvez ce respect trop grand, jugeant ainsi d'après votre manière de voir , fort mesquine assurément , souvenezvous que tous les grands hommes qu'a formés le christianisme se sont humblement inclinés devant le caractère de saint Paul, et qu'un écrivain de notre siècle pourrait se faire un titre de gloire d'imiter ce grand homme dans sa bassesse , et d'étudier dans un respectueux silence ce qu'il y a de grand dans ce caractère, comme l'ont fait tous les hommes vertueux qui nous ont précédés.
Parmi les hommes qui ont compris la grandeur de cet idéal, je ne citerai que saint Chrysostôme, qui a exprimé dans sept de ses discours l'estime dont son cœur débordait pour saint Paul , et qui , dans tous ses autres écrits , n'a laissé passer aucune occasion de rendre les hommes attentifs à la sublimité de ce caractère, et de les exhorter à se former sur ce beau modèle.
Et pour qu'on ne se figure pas que ce Docteur n'a eu tant d'estime pour son héros que parce que celui-ci a été ravi au troisième ciel, et non pas aussi à cause de sa grandeur personnelle, écoutez le passage suivant et voyez l'esprit qui y règne.
« Non tam beatum praedico Paulum, quod raptus sit in para- » disum , quam quod conjectus sit in carcerem. — Si quis me » apud superos collocaret cum angelis aut cum tanto vincto , y> eligerem carcerem » (Chrysost., ]Hom. vm, in Ep. adEphes.).
ARTICLE VI
L'Ecriture sainte considérée comme moyen de rectification et de perfectionnement pour la science humaine.
94. Que le Christianisme, et avec lui la sainte Écriture, aient porté , propagé et agrandi la lumière dans toutes les branches de la science humaine , c'est là , pour ne toucher qu'un côté spécial , ce qu'atteste toute la civilisation européenne , d'accord avec l'histoire ecclésiastique et profane.
Les influences de l'Écriture sainte (car pour le moment c'est elle seule qui est, en cause) sur le perfectionnement de la science humaine sont donc reconnues.
iNous allons signaler ici les plus importantes.
95. L'Écriture sainte nous apprend à relire dans notre intérieur, et en relisant à y trouver de nouvelles choses. Elle nous apprend à y relire et à y retrouver :
1 . La loi sacrée de l'humanité, si souvent méconnue par les passions sensuelles, altérée par les sophistes de la raison, mais, quoique semblable à une étincelle mourante , répandant encore çà et là quelques lueurs.
Quiconque ayant perdu rentrée de son cœur, relit dans rÉcriture sainte que la loi de Dieu a été originairement gravée dans nos âmes, et qu'aujourd'hui encore elle rend témoignage contre le pécheur (Rom., u, 11-15), FÉcriture le rappelle tout d'abord dans son propre cœur.
Cette loi , que Dieu a manifestée par les prophètes , réitérée par Jésus- Christ, il lui suffit de la chercher dans son propre cœur : il finira par la retrouver au milieu des ruines de sa nature , dans les caractères à demi effacés , gravés dans sa conscience.
Voilà la première et principale découverte.
L'Écriture sainte nous apprend à relire et à retrouver dans notre intérieur :
2. Les idées sur Dieu et sur l'éternité, que nous avions perdues ou sacrifiées à la passion du doute et du raisonnement.
Dieu est l'unique et éternelle lumière de toute lumière ; Dieu est l'unique et éternel amour de tout amour ; Dieu est l'unique et éternelle vie de toute vie : voilà ce qu'enseignent Jésus-Christ, saint Jean, saint Pierre, saint Paul , saint Jacques. Or, si Dieu est la lumière, l'amour, la vie même, ce n'est pas un Dieu des morts, mais un Dieu des vivants : c'est là ce qu'enseignent également Jésus-Christ, saint Jean, saint Pierre, saint Paul, saint Jacques.
Quiconque , ayant perdu la foi en Dieu et à l'immortalité de l'âme humaine , lira dans la sainte Écriture ces magnifiques témoignages sur Dieu et sur la vie éternelle des enfants de Dieu, sera ébranlé; il rentrera en lui-même et cherchera s'il ne pourra
pas retrouver dans son intérieur ridée de ce que iui enseigne l'Écriture, et en cherchant avec cette soif infinie de la lumière éternelle , de l'amour éternel , de la vie éternelle , qui est un besoin de sa nature, il trouvera — Dieu et l'éternité, qui proclament leur existence partout, à plus forte raison dans la conscience humaine.
Voilà une deuxième et capitale découverte.
L'Écriture sainte nous apprend à relire dans notre intérieur et à y retrouver :
3. Le Saint-Esprit, que nous avions oublié, et qui cependant vivifie tout, qui s'est annoncé à tous les saints de l'ancien Testament, et qui, dans la plénitude des temps, s'est manifesté dans tout son éclat en Jésus-Christ et par Jésus-Christ.
Quiconque, croyant à une loi sacrée, à un Dieu, aux mille voix de la conscience humaine dont les saintes Écritures ne sont que l'écho, et qui, en retrouvant la preuve dans ces pages divines, les comparera avec les aspirations secrètes de l'homme intérieur, trouvera peu à peu dans ces mêmes aspirations un écho de cet Esprit divin. Il commencera par désirer de pouvoir croire en Jésus-Christ; — insensiblement il pourra y croire, — et enfin, croyant en lui, il trouvera la lumière éternelle, l'amour éternel, la vie éternelle : Dieu en Jésus-Christ , le Père dans le Fils. Alléluia !
Voilàla troisième et la meilleure découverte que l'on puisse faire.
96. Après avoir relu dans notre intérieur, et après y avoir réellement fait cette triple et capitale découverte , notre âme, qui aura scruté les profondeurs de la divinité, pénétrera de plus en plus avant dans le sanctuaire de la science ; le miroir de notre âme qui aura reflété l'élément divin , deviendra de plus en plus pur, de plus en plus clair; notre science sur les éternelles destinées de l'homme sera éclairée d'une lumière nouvelle ; un nouvel amour, une vie nouvelle pénétreront notre âme et déborderont sur notre conduite extérieure.
97. Et tandis que le fond de notre être , illuminé sans cesse de clartés nouvelles , se transfigurera de plus en plus à l'image
de Dieu, nous verrons dans cette image de Dieu, qui se révélera comme un fait au plus intime de notre conscience, ou dans ces traits de Famour qui éclaire et vivifie tout , nous verrons Dieu lui-même , le Dieu qu'annonce la sainte Écriture ; et par cette vue intérieure, nous apprendrons peu à peu à comprendre ce que jusqu'ici nous n'avions cru que sur le témoignage de l'Écriture ; nous apprendrons à lire dans la lettre de l'Écriture ce que jusque-là nous n'avions pas supposé, et encore moins compris.
Tel est le triple degré de rectification et de perfectionnement de nos connaissances auquel la sainte Écriture peut nous aider à parvenir.
Nous apprenons à relire en nous , et à y retrouver la science perdue de la loi sacrée, de Dieu, de l'éternité, de l'esprit de Dieu : voilà le premier degré de notre science.
En administrant bien cette triple découverte que nous aurons faite , nous ressentirons en nous les effets de cette lumière , de cette charité , de cette vie nouvelle promises par l'Écriture, et nous deviendrons nous-mêmes une Bible vivante , pleine d'une sainte doctrine. — Deuxième degré de notre science.
La pureté et la transfiguration de notre âme se développant de jour en jour , nous apprendrons à mieux voir ce que nous n'avions fait que croire ; à comprendre ce que nous n'osions même pas présumer. Nous sentirons par expérience que ce que Jésus-Christ enseignait est parole de Dieu. Cette science expérimentale des choses divines est le troisième degré de notre science.
98. Que nous apprenions, par une vue intérieure, par l'expérience , à comprendre ce que nous n'avions fait que croire auparavant, nous en avons un exemple dans la doctrine de l'Apôtre sur la charité (I Cor., xm, 5, 6).
Ce que saint Paul exprime ici d'une manière précise, ce que le chrétien qui s'en tient à la lettre ne fait que répéter , ce que le sens charnel ne saurait comprendre , ce que l'égoïsme est obligé de regarder pour du fanatisme, le chrétien qui est arrivé
à ce troisième degré de vie et de science, en a une connaissance claire, résultant d'une vue lumineuse, d'une expérience immédiate. Car ayant en lui cet amour que possédait saint Paul à un degré si éminent, il connaît aussi par expérience :
\ ° L'état le plus sublime de Famé : la charité qui se sacrifie tout entière ;
2° L'état le plus beau de Fâme : la charité qui purifie tout ;
3° L'état le plus heureux de l'âme : la charité qui goûte le repos en Dieu.
La charité sacrifie tout ce qui est passager ; la charité purifie elle et sa demeure, le cœur ; la charité goûte cette paix qui surpasse toutes nos conceptions.
99. Que si nous étions arrivés, par une vue intérieure et par une expérience immédiate , à la connaissance lumineuse des choses divines , il nous serait facile de nous faire une idée de cette disposition de notre âme , et de l'appuyer des preuves les plus convaincantes. Ce qu'on appelle philosophie tirerait d'immenses avantages de cette étude pratique de l'Écriture, puisque cette étude serait en état de rectifier nos connaissances et de les faire passer par un triple degré de perfectionnement. Tout sophiste , tout penseur qui s'est arrêté à mi-chemin , verrait sa prétendue sagesse se briser contre ce roc de la Sagesse. Ainsi , vous qui vous moquez de cette âme céleste en laquelle habite la charité qui est tout dévouement , tout pureté , tout piété , qui jouit de la paix du Seigneur ; vous qui considérez ses sentiments comme de la folie, examinez-la dans ses rapports à l'humanité, et vous ne manquerez pas de reconnaître à ce reflet extérieur le soleil que vous n'avez pas encore appris à contempler dans sa magnificence intérieure.
Supposez une âme qui n'aurait de goût que pour le Vrai , le Bon, le Beau, le Bien, qui n'aurait d'autre désir que celui de voir partout ces idées substituées1 à ce qui est faux, mauvais, odieux , mal ; qui n'aurait d'autre occupation que de réaliser ce vœu unique : ne diriez-vous pas de cette âme qu'elle est belle, qu'elle est grande, qu'elle est noble? ne seriez- vous pas
forcé de l'aimer, de l'estimer, de l'admirer? — Assurément, direz-vous.
Or , comment une âme humaine pourrait-elle arriver à cette belle, sublime et pure disposition, sans se débarrasser de toutes les passions de l'égoïsme , de toute indifférence , de toute froideur, de toute paresse? — Oui, direz-vous, il faut qu'elle soit dégagée de tout cela.
Eh bien, comment un cœur humain qui est attaché aux choses de la terre, captivé par les choses du temps, pourra-t-il se déprendre de cet égoïsme, de cette indifférence, de cette froideur, si l'élément divin ne se dégage pas lui-même de tout élément qui lui est contraire ?
Ainsi , cette bonté que vous êtes forcé d'admirer dans le dévouement, dans l'oppression de toutes les passions égoïstes, dans le triomphe de toute indifférence, de toute paresse, ne saurait être autre chose, dans son principe, dans son essence, dans son germe, que le saint amour de Dieu, qui illumine et vivifie tout.
Si donc la Bonté, dans ses influences sur la science, sur la vertu, sur le bonheur de l'homme, vous paraît si belle, si grande et si noble , vous devez nécessairement aussi lui retrouver ces qualités en la considérant dans son principe, dans son essence, dans son germe ; par conséquent aussi vous la trouverez belle , grande et noble lorsqu'elle vous apparaîtra comme amour de Dieu; car cet amour est la racine, le principe, le centre de toute bonté.
C'est ainsi que peu à peu vous comprendrez que tout ce sur quoi vous avez édifié jusqu'ici n'est qu'une halte à mi-chemin , ou une répudiation de cet amour de Dieu. Car, dites-moi, qu'estimez-vous encore , si vous vous croyez trop noble pour ne point dédaigner ce que vous ne comprenez pas? — Vous édifiez, dites-vous, sur votre bonne volonté : — Soit !
Mais cette bonne volonté, qui constitue et manifeste la valeur de la vertu, est-elle sans racine, sans vie? Le saint amour, l'amour qui illumine et vivifie tout , n'est-il pas lui-même la bonne volonté, la meilleure volonté ? Citez- m'en une meilleure !
Vous édifiez, ajoutez-vous, sur la religion pratique. — Soit !
Mais cette religion pratique, qui doit se révéler dans la vie de rhomme bon, pieux et juste, ne doit-elle pas avoir son existence propre, et une existence vivante et durable? Or, comment votre religion aurait-elle un corps, une vie, une consistance en dehors du saint amour ?
Vous édifiez sur l'union qui relie entre eux et avec Dieu tous les hommes vertueux. — A merveille ! mais qu'est-ce que l'union des esprits sans la charité qui fait vibrer les cœurs ?
Ou bien édifieriez-vous peut-être sur l'éternel fondement , et la vie éternelle serait-elle réellement la chose la plus importante à vos yeux ? — Mais qu'est-ce que la vie éternelle sans l'amour éternel, qui s'appelle Dieu, et qui réunit les hommes à Dieu ?
Voilà ce que peut et doit devenir, par l'étude pratique de l'Écriture, la vraie philosophie, c'est-à-dire celle qui veut commencer par le vrai commencement et finir par la véritable fin. L'Écriture sainte la ramènera partout à son vrai commencement, et lui montrera sans cesse le but qu'elle doit atteindre.