II. DIFFÉRENTES ESPÈCES D'APPLICATIONS
9. Deux des serviteurs agirent prudemment, laborieusement et fidèlement, ils remplirent scrupuleusement leur charge d'ad-
ministrateurs. Cette fidélité dans l'emploi de nos talents constitue notre gloire en même temps que notre devoir.
10. Les deux serviteurs fidèles tirèrent profit de leurs talents, et ce profit, cet accroissement de richesses était en rapport exact avec la somme qui leur avait été confiée : celui qui avait cinq talents en gagna cinq, celui qui en avait deux les augmenta de deux. D'où il résulte que la vraie application consiste : a, en ce que chacun utilise ses ressources personnelles, et b, en ce qu'il fasse le bien qu'il peut faire avec ses ressources. Point de contrainte sous ce rapport : on ne saurait donner ce que l'on n'a pas. Mon ami, travaillez avec les moyens que vous avez reçus.
M . Le serviteur paresseux se comporta selon ses habitudes ; il enfouit son talent dans la terre, ou, comme s'exprime saint Luc, il le cacha dans son mouchoir. Son crime n'était donc pas de l'injustice, mais de la négligence : il ne profita pas de son talent. — D'où il résulte que nous nous attirons le ressentiment de Dieu quand, par paresse et par négligence, nous n'utilisons pas les talents qui nous ont été dispensés. L'oisiveté et la négligence sont aussi des péchés. Tout talent reçu oblige à l'employer conformément à la volonté de Dieu.
1$. Il n'avait qu'un talent, et il l'enfouit, et en faisant cela il agit injustement. — Cette doctrine nous apprend qu'aux yeux de la justice divine on ne serait pas excusable de dire : J'ai peu d'intelligence ; j'ai peu de revenus ; j'ai un faible emploi à administrer ; j'ai peu d'occasions pour faire le bien : car il est une loi, invariable pour tous, qui dit : Usez de ce que vous avez le mieux qu'il vous sera possible. Cette loi est claire pour vous comme pour moi : Faites de votre peu d'intelligence, de votre peu de revenus, de votre faible emploi, de vos rares occasions le meilleur usage que vous pourrez.
III. -IV. LE COMPTE QUE LE SEIGNEUR EXIGERA A SON RETOUR ; LA RÉCOMPENSE OU LE CHATIMENT QUI S'ENSUIVRA.
13. Le Seigneur fit rendre compte à tous ses serviteurs, aussi bien à ceux qui avaient peu reçu qu'à ceux qui avaient beaucoup
reçu. Le jour des rétributions générales arrivera pour tous ; et il arrivera infailliblement.
U. Le Seigneur vint tard; expression qui laisse à supposer qu'il se fera encore longtemps attendre ; mais il ne manquera pas de venir. Le Juge viendra certainement : donc soyez fidèle. L'heure de son arrivée est incertaine : donc soyez prêt à toute heure.
\ 5. Le Seigneur témoigna son contentement au serviteur qui avait gagné cinq talents et à celui qui en avait gagné deux, en se servant des mêmes expressions : Bon et fidèle serviteur, vous avez été fidèle en de petites choses. Celui-là est fidèle qui fait ce qu'il peut et ce qu'il doit, et sa fidélité plaît au Seigneur. Ainsi, tout ce que le Seigneur exige, c'est que chacun fasse valoir le talent qu'il a reçu. Il ne demande rien au delà de la limite de nos forces.
16. Le Seigneur est juste : «, dans ses exigences; b, dans l'appréciation du travail qu'on a exécuté; c, dans la manifestation de son contentement; d, dans la récompense qu'il accorde. Quelle source de consolations pour le serviteur fidèle ! Ce serviteur fidèle, le Seigneur le connaît ; il ne demande de lui que ce que ses forces lui permettent ; il reconnaît chacune des œuvres qu'il a accomplies ; il lui manifeste sa satisfaction : vous êtes un serviteur fidèle et dévoué, et il le récompense.
47. Ainsi donc ce qui est récompensé, c'est la fidélité, et non les grands talents, non les rares occasions qu'on a de faire le bien, non les belles et délicates pensées, non les bonnes paroles, non les bonnes mais stériles intentions, non les résolutions faibles et sans succès, mais la fidélité, et la fidélité seule. C'est d'après ses œuvres qu'on sera récompensé.
18. La fidélité dans les petites choses est récompensée par la puissance donnée sur les grandes. — Vous voyez là la surabondance de la récompense accordée aux mérites. Tout ce que nous avons et possédons ici-bas est assurément de peu de valeur ; mais quiconque fait fructifier le peu qu'il a, reçoit beaucoup et abondamment. A chacun selon ses mérites, et à chacun au delà de ses mérites.
19. L'essentiel de cette récompense consiste en ce que le serviteur entrera dans la joie de son Seigneur. La sagesse, la félicité, la puissance du Seigneur deviendront la sagesse, la félicité, la puissance du serviteur.
20. Les degrés du bonheur sont en proportion de ceux de la sainteté; c'est ce qu'enseigne la même parabole, dans saint- Luc. Au serviteur qui avec un marc d'argent en avait produit dix autres, il fut dit : « Gela est bien, bon serviteur, parce que vous avez été fidèle en ce peu, vous aurez intendance sur dix villes ; » et à celui qui avec cinq marcs en avait gagné cinq autres : « Vous autorité sur cinq villes. » Ainsi le même rapport qui existe entre aurez aussi l'autorité sur dix villes et l'autorité sur cinq existera entre la récompense accordée à une vertu et la récompense accordée à une autre vertu. Il y aura donc dans l'autre monde différents degrés de bonheur, comme il y a en ce monde différents degrés de fidélité.
21 . Saint Paul exprime la même vérité sous une autre figure : « Le soleil a son éclat, la lune le sien, et les étoiles le leur. Il arrivera de même dans la résurrection des morts » (I Cor., xv, 41 ). i2. Le serviteur paresseux est ingrat envers son maître, en ême temps qu'il est son ennemi personnel ; il s'en fait les idées les plus fausses, et il n'agit pas néanmoins d'après ses idées : « Je savais que vous êtes un maître dur, que vous moissonnez où vous n'avez pas semé, que vous récoltez où vous n'avez pas planté. « Cette excuse est une accusation portée contre un maître bon et équitable, et c'est une fausse accusation. Ce maître n'est pas dur : il ne moissonne pas où il n'a pas semé, il ne récolte pas où il n'a rien jeté. Sa semence, ce sont les talents qu'il a confiés. On voit ici combien les mobiles de nos actions corrompent facilement les principes de notre foi. Gomme ce serviteur était paresseux, il se faisait de fausses idées de son maître. Et voilà comment le cœur influe toujours sur l'intelligence ; c'est pourquoi, vous et votre cœur, soyez toujours là où est Dieu.
23. Le Seigneur juge le serviteur par la propre bouche de celui-ci : « Si vous saviez que je moissonne où je n'ai pas semé et
que je recueille où je n'ai rien mis, vous deviez mettre mon argent entre les mains des banquiers ; et à mon retour, j'eusse retiré avec intérêt ce qui est à moi. » Vous voyez là la justice et la sagesse du juge. Nul faux-fuyant ne réussit auprès de lui ; quiconque est condamné par le Seigneur est forcé de se condamner lui-même et de donner raison au juge.
24. « Otez-lui le talent qu'il a, et qu'on le donne à celui qui en a dix. Car on donnera à celui qui a déjà, et il sera dans l'abondance ; mais pour celui qui n'a rien, on lui enlèvera même ce qu'il semble avoir. » Ici s'ouvre une vue magnifique dans le royaume de la vérité et de la justice. Celui qui use mal du don qu'il a reçu, le perdra ; et celui qui en use bien, en recevra davantage. Profitez donc de ce que vous avez.
25. « Qu'on jette ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures. » Les ténèbres sont une figure de l'état souverainement malheureux et terrible du pécheur. Malheureux est le fruit de la paresse, et les larmes sont le sort de l'infidélité. — La privation de la lumière est le juste châtiment de l'abus de la lumière.