‹ Théologie pastoraleChapitre 88 sur 209 · SENS DE CETTE PARABOLE DANS SON RAPPORT IMMÉDIAT A JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SENS DE CETTE PARABOLE DANS SON RAPPORT IMMÉDIAT A JÉSUS-CHRIST

Considéré à son point de vue historique, le Christ se trouve tout entier dans cette parabole. Toute la doctrine de Jésus-Christ se réduit, à proprement parler, aux six chefs suivants : 1 ° Notre Seigneur est venu sur la terre et nous a apporté de la part de son Père un grand nombre d'ordonnances et de bienfaits. 2° Il n'est pas demeuré sur la terre, mais il est depuis longtemps retourné au ciel, et ses serviteurs fidèles attendent son retour. 3° Mais il ne restera pas toujours invisible et loin de nous; il reviendra certainement. 4° Il fera rendre compte à tous ses serviteurs. 5° Il récompensera ceux qui auront été fidèles, et 6° il exclura de

son royaume les infidèles Aveugles les sages du monde qui

ne voient point ce grand trésor renfermé dans un vase de peu de valeur !

Les matériaux qui suivent et qui peuvent servir de thèmes

pour sermons feront voir aux prédicateurs, aux catéchistes, aux confesseurs, aux prêtres qui assistent les malades, en un mot aux pasteurs des âmes, tout ce qu'ils peuvent tirer de cette parabole dans toutes les fonctions de leur ministère, pour consoler, instruire, fortifier, diriger, et quelles magnifiques applications ils en peuvent faire.

de la méditation de l'écriture, et de la réflexion sur les vérités de l'évangile.

i. Dans cette œuvre importante et qui intéresse tous les chrétiens, il y a aussi des serviteurs, à cinq, à deux et à un talent, suivant que Ton sait y lire et y apprendre davantage, qu'on sait plus ou moins bien s'en appliquer les vérités. \ ° C'est un devoir pour tout chrétien de méditer sur l'esprit et la doctrine de Jésus- Christ aussi sérieusement que sa position et le degré de son intelligence le lui permettent ; d'y apprendre tout ce qui lui est possible dans les conjonctures où il se trouve ; de s'appliquer ce qu'il y a appris aussi fidèlement qu'il le peut eu égard à sa situation. C'est là la volonté de Dieu, qui en a donné à chacun les moyens et les occasions. Le talent de réfléchir, d'apprendre, de s'appliquer ce qui a été appris, le paysan peut l'utiliser derrière sa charrue, la veuve à côté de sa quenouille, l'ouvrier au milieu de ses travaux manuels. S'ils ne le font pas ils seront semblables au serviteur paresseux, qui cache son talent dans son mouchoir, ou l'enfouit dans la terre ; — ils en devront rendre compte et ils en seront punis. C'est là précisément le devoir le plus négligé par le peuple fidèle, et voilà pourquoi il n'y a en lui nul désir, nulle envie d'agrandir ses connaissances ; voilà pourquoi sa piété est si mécanique, si vide de pensées; de là aussi le peu d'efiets que produit le culte public sur un si grand nombre Et, mes amis, d'où vient que parmi des centaines

de pasteurs il y en ait à peine dix qui sachent habituer et former leur peuple à la méditation calme et réfléchie de l'âme, bien que, sans cette méditation, toutes les prédications d'un pasteur soient infructueuses ? Suffit-il peut-être de recueillir la se-

menée de la vérité? Ne faut-il pas aussi la conserver? Mais comment la conserver quand l'esprit, l'intelligence et le cœur, aussitôt le sermon fini, retournent aux choses de la terre?

ii. Cette parabole des talents nous avertit : \ ° de ne point mesurer les talents des autres. Travaillez, au lieu de subtiliser. C'est le travail, et non la grandeur des talents, non la connaissance du plus ou moins de talents qu'ont les autres , c'est le travail du serviteur fidèle qui sera récompensé. 2° Cette parabole nous avertit de ne point nous décourager si nous avons peu de talents. Personne, si faibles que soient les capacités qu'il a reçues, n'est suffisamment autorisé à désespérer d'en pouvoir faire un bon usage. Tout ce qui est talent peut être placé comme capital ; ce capital, bien placé, peut rapporter de précieux intérêts, et ces intérêts être augmentés par de nouveaux talents. Le talent de tous les talents, c'est la volonté ; elle est une puissance dont tous les autres talents ont besoin. L'homme peut mettre obstacle à vos œuvres extérieures ; mais pour le talent par excellence, la volonté, personne ne peut en arrêter l'action, si vous n'y consentez pas. 3° Cette parabole nous avertit de nous préserver de l'envie. Les dons que nous possédons ne doivent pas nous devenir indifférents et nous inspirer du dégoût, quand nous remarquons que les autres ont des talents plus étendus et plus brillants que nous; car on demandera davantage à celui qui aura reçu davantage. Quelle que soit la différence des dons et des serviteurs, le maître est toujours égal à lui-même, et il n'y en a jamais qu'un seul. 4° Cette parabole nous avertit de ne pas avoir moins d'estime pour ceux qui ont moins reçu ou qui semblent avoir moins reçu que nous ; car cette mésestime est déjà un abus de talent. Pourquoi un serviteur mépriserait-il son coserviteur, puisque tous n'ont qu'en dépôt le bien qu'ils ont reçu ? 5° Cette parabole nous avertit de nous mettre en garde contre la paresse, laquelle sera punie d'une manière sensible.

m. La parabole des talents nous encourage : \ ° à être fidèles, laborieux et consciencieux : Servez vous de ce que vous avez ! Oh !

comme le monde serait beau, qu'il serait bon et aimable, si le riche consacrait ses richesses à faire le bien ; si Fhomme pauvre, mais bien portant, employait les forces de son corps à travailler; si Thomme intelligent employait ses facultés à la recherche et à la propagation de la vérité ; si chacun consacrait ses forces à son bien propre et à celui de ses semblables ; si chacun faisait luire dans le silence et l'humilité sa lumière, grande ou petite, à la louange de Dieu ! 2° Elle nous encourage à nous réjouir des dons d'autrui : ces dons sont des bienfaits de notre Père ; ils appartiennent au même Seigneur. 3° Elle nous encourage à mettre toute notre confiance en ce Bienfaiteur unique qui, à celui qui emploie bien ce qu'il a, donne ce qu'il n'a pas encore. Nos pères selon la nature sont aussi une figure du Père céleste; ils commencent à donner à leurs enfants une petite pièce d'argent pour en user selon leur gré : en font-ils un bon usage, ils leur donnent davantage ; en abusent-ils, ils leur enlèvent ce qui leur reste encore.

iv. Sur la joie que l'on éprouve d'avoir bien agi. — 1° Cette joie commence ici-bas, et est un avant-goût de la joie parfaite qu'on goûtera dans le ciel. Celui qui a bien agi peut se rendre à lui-même ce témoignage si encourageant et si consolant pour son cœur : Si le Seigneur arrivait maintenant, je pourrais entendre de sa bouche cette parole : Vous êtes un bon et fidèle serviteur ! 2° Cette joie pure nous accompagne jusqu'au delà de la mort; elle augmente après la mort et devient parfaite au jour de l'avènement de Jésus-Christ. Cette joie est pure, parce qu'elle a pour compagnes la modestie du pécheur et la reconnaissance d'une âme sauvée par le Seigneur : deux sentiments qui éloignent Famour-propre, et maintiennent la joie dans les bornes de la modestie et dans les limites de l'humilité.

v. Sur les joies de l'avenir. — 1° Elles sont la récompense d'une bonne administration, et sont en proportion de l'usage que l'on a fait de ses talents et de ses forces. 2° Elles sont une grâce par rapport aux talents et aux forces, car sans cette grâce nulle bonne administration n'est possible. 3° Elles sont donc, dans la plus

belle signification du mot, une récompense accordée au bon usage de la grâce ; pensée qui, lorsqu'elle est admise et vivement sentie, rend laborieux dans l'humilité et actif dans la charité.

vi. Celui qui travaille pour le Seigneur travaille pour soi. — 1° Toute bonne pensée, tout pieux désir, toute action généreuse, tout emploi d'un talent reçu conforme à la volonté du Seigneur est un travail pour Dieu. Car toutes les forces sont des dons d'en haut, et tout bon emploi de ces dons est une glorification du Seigneur, une glorification de sa grâce, un travail exécuté sur son domaine. 2° Et tout travail fait pour le Maître est un travail fait pour le serviteur, parce qu'il en est de la récompense de ce dernier ce qu'il en est de la semence : tout travail pour le Seigneur est une semence pour l'éternité.

vu. Des suites de la paresse. — 1° Les plus beaux talents demeurent enfouis, les meilleures dispositions restent sans développement et sont comme s'ils n'existaient pas du tout. 2° Ce qu'on possède de vraiment bon se perd insensiblement. 3° Les idées fausses et erronnées sur Dieu naissent d'elles-mêmes du sein de la paresse. 4° Elle prive des dons les plus excellents. 5° Elle attire la disgrâce du Seigneur, et 6° le châtiment qui s'ensuit est proportionné à la colère de Dieu et à la paresse du serviteur.

vin. Diverses révélations du seul vrai Dieu. — Impénétrables sont les profondeurs de la sagesse, de la charité, de la longanimité et de la justice de Dieu. La sagesse de Dieu se manifeste dans le partage inégal des dons ; sa charité et sa longanimité, dans la diverse application des talents, et sa justice, dans la récompense du bon serviteur et dans le châtiment du serviteur infidèle.

Les saints Pères, eux aussi, connaissaient la richesse et la valeur pratique de cette parabole, comme on le voit par ce passage de saint Chrysostome [Hom. in Matth., 79) : « Par talents nous entendons ce que chacun peut faire : soit que vous prêtiez à votre prochain l'appui de votre crédit, soit que vous le soulagiez de \otre argent, soit que vous l'instruisiez de votre sagesse, soit

que vous l'aidiez de quelque manière que ce soit. Que personne ne dise : Je n'ai qu'un talent, je ne suis bon à rien. — Êtes-vous plus pauvre que cette veuve de l'Évangile, plus inculte que Pierre et Jean, qui, malgré leur défaut d'argent et de culture, sont devenus des princes du ciel pour s'être sacrifiés tout entiers au bien commun? »

GREGORIUS MAX., Homil. IX.

« Nullus est, qui veraciter dicat : Talentum minime accepi : » — non est unde rationes ponere coner. Talenti enim nomine » cuilibet pauperi etiam hoc ipsum reputabitur, quod vel mini- » mum acceperit. — Alius accepit intelligentiam : praedicatio- » nis débet ministerium ex talento ; alius terrenam substano tiam accepit : erogationem talenti débet ex rébus. — Alius *> nec internorum intelligentiam, nec rerum afïluentiam accepit, » sed tamen didicit artem, qua pascitur : ipsa ars ei in talenti » acceptationem reputatur ; alius nihil horum assecutus est, sed » tamen familiaritas locum fortasse apud divitem meruit : talen- » tum profecto familiaritatis accepit. Si ergo nihil ei pro indi- » gentibus loquitur, pro talenti retentione damnatur. — Habens » ergo intellectum, curet omnino ne taceat ; habens rerum af- » fluentiam, vigilet ne a misericordiae largitate torpescat; habens » artem, qua tegitur, magnopere studeat ut usum illius atque » utilitatem cum proximo partiatur ; habens locum loquendi » apud divitem, damnationem pro retento talento timeat, si » cum valet, non apud eum pro pauperibus intercedit. — Tan- » tum quippe ab unoquoque nostrum venturus judex exiget, » quantum dédit.

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