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BEAUTÉS MOINS ÉVIDENTES DE CE RÉCIT

\ . Il est touchant le spectacle de ce pauvre auquel manquent les miettes qui tombent de la table du riche. Ce récit, en nous montrant la misère sous des traits si caractéristiques, ne saurait manquer son but, qui est d'agir sur le cœur des hommes.

2. Il n'y a pas jusqu'à cette circonstance où il est dit que les chiens viennent lécher les plaies du pauvre, qui ne soit parfaitement dépeinte; elle fait admirablement ressortir le contraste qui existe entre le pauvre et le riche ; elle inspire de l'horreur pour la dureté de cet homme envers un malheureux auquel sont refusées jusqu'aux miettes qu'il désire si ardemment, pendant que les

chiens viennent lui rendre le service qui est en leur pouvoir.

3. Le Souverain de l'immortalité, en faisant porter par les anges dans le sein d'Abraham Lazare inconnu et dédaigné, nous enseigne deux choses touchant le monde des esprits : la première, que les âmes des hommes sont immortelles ; la seconde, que les anges s'intéressent au sort des bons, et prennent une grande part à leurs destinées.

4. En nous montrant que ce même riche qui refusa les miettes de sa table à un pauvre, aurait si volontiers reçu une goutte d'eau du bout du doigt de ce dernier, et qu'il ne put l'obtenir, cette parabole nous fait comprendre combien est exacte la justice distributive de Dieu. Cette justice réduit le coupable à la nécessité de sentir toute l'étendue de son crime . Refuser des miettes de pain, — et en retour être privé d'une goutte d'eau, est de la plus stricte justice.

5. Les paroles suivantes sont une fine peinture de l'incrédulité pratique : « Celui qui n'écoute pas Moïse et les Prophètes, ne croirait pas, quand même un mort ressusciterait. » C'està-dire, celui qui repousse les révélations faites par l'organe d'autrui, lorsqu'elles sont dignes de créance, et qui les repousse parce que son cœur n'est pas assez généreux pour en accepter les conséquences, celui-là rejetterait pour le même motif les révélations qui lui seraient faites à lui-même. Celui qui dédaigne un bien présent, dédaignera aussi un bien futur quand il lui sera offert.

PARABOLE DES OUVRIERS A LA VIGNE (Matth., XX, 1-17). INTENTION DE JÉSUS-CHRIST DANS CETTE PARABOLE.

Dans cette parabole, Jésus-Christ voulait présenter sous une forme sensible cette vérité importante qui blessait si fortement l'orgueil national des Juifs, et qui pour ce motif ne pouvait trouver accès dans leurs cœurs, à savoir : « Qu'au jour du jugement ceux qui avaient été les derniers en ce monde seraient les

premiers, et que ceux qui avaient été les premiers seraient les derniers. » C'est-à-dire qu'un grand nombre d'entre les Israélites seraient les derniers, et qu'un grand nombre d'entre les païens seraient les premiers ; par conséquent que les Israélites , qui avaient été appelés les premiers, seraient placés après les païens, appelés les derniers.

Le Sauveur voulait combattre, par une figure saisissante , le préjugé qui empêchait le plus les Juifs d'accepter l'Évangile. Ils s'imaginaient qu'en vertu de Moïse et de la loi, ils devaient être admis exclusivement dans le royaume du Messie, et qu'ils y avaient plus de droits que les païens. Ce préjugé, saint Paul, dans son Épître aux Romains, fait tous ses efforts pour l'extirper. Saint Pierre n'en fut pas tout-à-fait exempt pendant quelque temps, mais il en fut guéri lors de l'entrée solennelle de Corneille dans l'Église.

Que telle ait été l'intention de Jésus-Christ dans cette parabole, c'est ce qui ressort en toute évidence :

Premièrement , de l'ensemble de cette parabole.

Dans le chapitre précédent, saint Pierre ayant demandé « quelle récompense ils recevraient pour avoir tout quitté et suivi Jésus-Christ, » et le Sauveur lui ayant fait cette réponse précise : « Qu'au temps de la régénération, ils seraient assis sur douze trônes et jugeraient les douze tribus d'Israël, » qu'ils n'obtiendraient pas seuls la vie éternelle, mais encore ceux qui auraient préféré Jésus-Christ à tout, il ajouta ces paroles significatives : « Mais plusieurs d'entre les premiers seront les derniers, et plusieurs d'entre les derniers seront les premiers. » A cette doctrine si surprenante pour les Juifs et même pour les disciples , se rattachait la parabole des ouvriers à la vigne, qui en était la confirmation. « Car (1), ajouta le Sauveur,

(1) Cornélius a Lapide remarque que la conjonction étUm se trouve dans quelques manuscrits latins : Regnum cœlorum enim. Quoi qu'il en soit, l'explication de cette parabole et des suivantes démontre clairement quel jour éclatant la connaissance du but du Sauveur répand sur tout l'ensemble de sa doctrine.

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il en est du royaume des deux comme de la vigne d'un père de famille, » etc. ; et il conclut toute la parabole en réitérant les paroles par lesquelles il a commencé : « Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. »

L'ensemble de cette parabole montre que ce passage : «Le sort des derniers sera celui des premiers, et celui des derniers celui des premiers, » a une relation nécessaire à la régénération, à la plénitude du royaume de Jésus-Christ. Que les expressions « premiers et derniers » doivent s'entendre des Juifs et des païens ; c'est ce qui résulte :

Deuxièmement, de ce passage analogue de saint Luc, xm, 25- 30 : « Quand le père de famille sera entré, et qu'il aura fermé la porte, vous vous trouverez dehors, et vous vous mettrez à heurter en disant : Seigneur, ouvrez-nous ; mais il vous répondra : Je ne vous connais point; d'où êtes- vous ? retirez- vous de moi, vous tous qui faites des œuvres d'iniquité. C'est alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez qu'Abraham, Isaac et Jacob, et tous les Prophètes seront dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Et il en viendra d'orient et d'occident, du septentrion et du midi qui auront place au festin dans le royaume de Dieu. »

Ainsi, les enfants de la maison seront les derniers, et les étrangers les premiers.

Troisièmement, l'intention de Jésus-Christ dans cette parabole ressort encore plus manifestement d'autres paraboles semblables. Ainsi, en saint Matthieu, xxi, 33-34, le Sauveur, parlant du sort des vignerons qui ont tué les serviteurs du maître, et jusqu'à l'héritier de la vigne, et qui en ont été punis par la perte de la vigne et j)ar celle de la vie, conclut en ces termes : « C'est pourquoi je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera ôté, et qu'il sera donné à un autre qui en produira les fruits. » Le même esprit règne dans la parabole du festin de nuit [Luc 9 xiv) auquel n'arrivent pas les hôtes qui y sont invités ; car on lit à la fin cette sentence terrible : « Je vous assure qu'aucun de ceux que j'ai conviés ne goûtera de mon souper. »

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Ainsi donc, la conséquence manifeste à tirer de ces trois remarquables paraboles, c'est que Jésus- Christ cherchait à faire comprendre aux Juifs, en se servant de figures diverses , cette grande et unique vérité. « Vous êtes les premiers invités aux travaux de la vigne ; vous êtes les premiers hôtes qui ont été appelés ; mais au jour de la régénération plusieurs d'entre vous seront les derniers. » Les derniers appelés, les derniers invités, ce sont les païens ; or, un grand nombre de ceux-ci seront les premiers. Saint Jérôme, lui aussi, comprenait la belle et haute signification de cette vérité; et ce qu'il voyait dans une clarté lumineuse, il Fexprimait d'une manière toute spéciale : Juxta vocationis ordinem (Judœï) primi fuerunt, et appellabantur cafjut ; nos secundi, qui dicebamur cauda, versi sumus in caput, et appel lamur fi lit (In cap. xi Is.).

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