‹ Théophile GautierChapitre 19 sur 64 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Un certain désordre se manifeste au fond de la place. De ce groupe effaré de jeunes filles et de jeunes gens se détache Vanda, fille du bourgmestre, qui traverse rapidement le théâtre sur les pointes. Elle semble poursuivie par un ennemi invisible qui lui inspire une peur mélangée de dégoût. Elle est pourchassée par un de ces rats innombrables qui transportent une des plaies d'Egypte dans la petite ville de Hameln. Pour éviter son frétillant adversaire, elle déplace les plis et replis de ses jupes de toutes sortes de façons, saute çà et là et cherche à se défendre contre une irruption de l'ennemi. — Il n'est pas besoin de montrer un rat imité par des procédés mécaniques; au moyen d'une pantomime ingénieuse et qui peut donner lieu à des poses et à des gestes chorégraphiques nouveaux, la danseuse peut faire deviner la présence et les attaques de l'animal. Le pas peut prétexter des parcours rapides, des sauts, des déplacements brusques, favorables à la danse.

Bientôt, fatiguée de ces poursuites, Vanda, par des signes de détresse, appelle à son secours son galant Hermann, qui, avec un air de bravache, tire son épée et cherche à transpercer le rat à travers les gazes et les évolutions de la danseuse, ce qui

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donne le thème d'un pas de deux, demi-comique, demi-héroïque. Hermahn embroche ranimai et prenant Vanda par la taille, élève le rat au bout de son épée et conduit la jeune fille délivrée devant le bourgmestre. Les jeunes filles qui subissaient les mêmes angoisses et tourbillonnaient au fond du théâtre, formant un vaste ballabile, se rapprochent et se massent devant le bourgmestre. Elles s'agenouilleni et se joignent aux supplications des deux amants, qui demandent au bourgmestre de les marier, ce qu'il refuse opiniâtrement en menaçant Hermann de le chasser de la ville s'il le voit rôder autour de son logis.

Pendant la scène précédente, le vieux bourgmestre, avec une lourdeur sénile et grotesque, a essayé de porter secours à sa fille, en manquant plusieurs fois de tomber. Des ménagères s'approchent de lui et des échevins leur montrent des jambons rongés, des pains émiettés, des hardes déchiquetées et autres dégâts faits aux provisions par les envahisseurs de Hameln. Quelques jeunes filles montrent leurs jolis souliers rongés, ce qui les empêche de danser le soir sous les tilleuls. Le sonneur montre la corde de la cloche qu'ils ont sciée avec leurs dents et qui empêche le carillon. Un recteur avec un in-folio déchiqueté, etc., etc. Gestes éplorés des échevins et du bourgmestre qui reconnaissent leur pouvoir impuissant.

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