SCÈNE II
Une mélodie bizarre se fait entendre dans le lointain, elle se rapproche graduellement grossie par les rumeurs de la rue. Un groupe nombreux s'approche du bourgmestre et, s'entr'ouvrant, laisse apercevoir un personnage d'aspect singulier, moitié saltimbanque, moitié musicien. Il est coiffé d'un feutre pointu dont les plumes se dressent comme des antennes d'insecte; une vaste fraise en roue de carrosse entoure son cou. Son pourpoint est formé de larges rubans de couleurs éclatantes et semés de signes cabalistiques dessinés en noir. Des fils de fer roulés en cercles sont passés autour de son corps comme une espèce de baudrier. A sa ceinture pendent divers sachets contenant des engins à prendre les rats. Une longue épée à garde de fer lui bat le flanc. Entre les mains il tient un violon au manche bizarrement sculpté d'où il tire la mélodie qui soulève la ville de Hameln. Une longue perche à laquelle sont suspendus une grande quantité de rats victimes de ses précédents exploits, est portée par une espèce de nain vêtu en Kobold ; petite jaquette grise, agrémentée de vert et chapeau de feutre vert.
Le Kobold plante la perche devant l'affiche qui promet cent ducats au libérateur de la ville, et le
Preneur de rats se tournant vers le bourgmestre, lui débite un discours plein d'emphase dans Lequel il lui promet de délivrer la ville si on lui accorde la récompense promise. Se défiant des échevins et du bourgmestre, il réclame la moitié de la somme d'avance. Contorsions et grimaces de la municipalité qui tire pièce à pièce de ses poches la somme requise avec des gestes d'avares de Quentin Melzys.